Médiathèque

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Dérivé de média, avec le suffixe -thèque, d'après bibliothèque, le terme médiathèque s'est imposé au cours des années 1970[1].

La médiathèque de Roanne

Une médiathèque est un établissement culturel qui conserve et met à la disposition du public une collection de documents qui figurent sur des supports variés (bande magnétique, film, disque, papier)[2], correspondant aux différents médias, permettant la consultation sur place et l'emprunt à domicile. Son fonctionnement est semblable à celui d'une bibliothèque, mais elle se diversifie par les différents supports et les différentes activités d'animation qui sont mis à la disposition du public pour s'informer.

Le terme «médiathèque» est un phénomène français, et correspond à une période de l'histoire des bibliothèques françaises.[3] Selon Michel Melot, la médiathèque est plus qu'un simple «dépôt de livres»[4]. Elle ne saurait se traduire qu'à l'intégration de nouveaux médias, qu'à l'intégration des documents sur différents supports dans la bibliothèque[4]. «La médiathèque répond beaucoup plus largement à l'idée d'une bibliothèque ouverte non seulement à tous les types de documents, mais aussi à tous les publics, et à toutes sortes d'activités d'information ou de loisirs»[4].

Certaines municipalités lui préfèrent l'appellation de «bibliothèque multimédia» sur le modèle anglo-saxon de «multimedia library».

Historique[modifier | modifier le code]

La naissance de la médiathèque[modifier | modifier le code]

Au courant du XXe siècle, nous retrouvons en France les bibliothèques savantes d'une part et les bibliothèques populaires d'autres part. Noël Richter décrivait les deux types de bibliothèques comme suit : «La première a privilégié l'érudition historique, littéraire et juridique, et les textes classiques. Elle a rejeté la création littéraire vivante, la vulgarisation et les textes écrits pour distraire. Elle s'est sclérosée et transformée en musée du livre mort. La seconde n'a cherché qu'à conditionner une masse réputée dangereuse et inaccessible aux lumières de la raison en lui concédant une information et une lecture soigneusement triées»[5]. Les bibliothèques publiques vont se construire pour contrer ces modèles[5] Le rôle d'éducateur va lui être assigné pour répondre aux besoins de la démocratie en devenant un service public où «l'université du peuple [...] unique pour toute la population [...] prêt[e] ses collections abondantes et utiles à tous»[6].

Tout au long du XXe siècle, les bibliothèques françaises sont dénoncées comme étant en retard comparativement aux nouveaux modèles et aux nouvelles propositions anglo-saxonnes.[7] Dans la première moitié du XXe siècle, les pratiques bibliothécaires des «public library» anglo-saxonnes, comme le libre accès, l'information et la documentation, l'esprit de responsabilité individuelle et la gratuité font écho dans la pratique des bibliothécaires français.[8] «L'approche américaine se soucie peu de ces catégories [savants et populaires], et raisonne en fonction de collections, certes différentes et de différents niveaux, mais toutes également accessible à tous»[9]. Ces modèles seront introduits en France au début du XXe siècle, notamment par Maurcie Pelisson, la CARD et Eugène Morel[10].Ce dernier, à la suite de ses voyages dans les pays anglo-saxons, va introduire l'idée d'une nouvelle politique des bibliothèques françaises qui ne préjuge ni du statut des lecteurs ni de la nature des collections[8]. On va alors transformer l'offre de lecture en cherchant à satisfaire tous les publics, par une diversification des collections et par le rapprochement entre la bibliothèque savante et la bibliothèque populaire[11].

Durant cette première phase, l'accent est mis sur le rôle éducatif de la bibliothèque publique et sur l'éducation permanente[12].Cette volonté apparaît notamment par la construction de bibliothèques pour enfants, comme l'Heure Joyeuse créée en 1924, qui offre le libre accès à des ouvrages, des heures de conte et d'animation[10]. Cette volonté apparaît également par la promotion de la lecture publique par la création en 1929 de la Commission de la lecture publique pour une réorganisation de la lecture publique, en 1936 par la création de l'Association pour le développement de la lecture publique et en 1945 par la création de la Direction des bibliothèques et de la lecture publique dirigée par le ministère de l'Éducation nationale[13]. De même, en 1968, un groupe sur la lecture publique entérinera l'importance de développer l'animation culturelle en bibliothèque[14].

Dans les années 1950 et 1960, certains points sont acquis. La lecture publique, le libre accès et les sections pour enfants ne font plus question[15].L'accent est alors mis sur la diversification des supports autres que le livre[15]. «La politique du libre accès (mettre les usagers en contact direct avec les livres, pour en faciliter l'accès) se double d'une diversification des médias présentés. L'idée est d'une part que le patrimoine culturel est plus large que le patrimoine littéraire, mais aussi musical, filmographique, artistique, scientifique, etc., et d'autres part, que des moyens modernes de communication et de diffusion peuvent attirer dans les bibliothèques un public qui en est peu familier, en en cassant l'image austère et rébarbative»[16].Durant ces années, les discothèques, et les vidéothèques vont se multiplier, offrant tantôt de la consultation sur place, plus tard, l'emprunt[16].

Dans les années 1970, l'urbanisation, la scolarisation massive et une demande culturelle inassouvie vont amener la construction de nouvelles bibliothèques ainsi qu'une augmentation du budget qui leur est accordé[17]. L'architecture des bibliothèques se fait audacieuse, et elle devient un symbole dans l'espace urbain[17]. Le libre accès est généralisé, l'ouverture vers de nouveaux supports et la diversité des différentes formes de cultures sont affirmées[17]. Dans les années 1970 à 1990, de nombreuses médiathèques voient le jour[1]. «L'esprit de la médiathèque est de placer tous les supports sur un pied d'égalité, comme ayant une égale dignité, sans réelle prééminence de l'imprimé. [...] La médiathèque apparaît ainsi comme un outil d'information exhaustif, à la pointe de l'actualité dans les contenus et de la modernité des contenants»[18].

L'intégration des médias dans les bibliothèques françaises[modifier | modifier le code]

La diversification des médias a toujours existé dans les bibliothèques, ne serait-ce part les illustrations dans les livres ou les cabinets d'estampes, qui était jusqu'au XVIIIe siècle le complément naturel de la collection de livres.[19] C'est pourquoi l'entrée des différents supports dans la bibliothèque s'est faite tout naturellement[19].

Le concept de médiathèque s'est développé dans les années 1970, quand les contenus audiovisuels (documents sonores et enregistrements vidéo) ont été considérés comme des témoignages culturels au même titre que l'écrit. L'apparition des nouveaux médias dans la bibliothèque s'est faite graduellement au cours du XXe siècle. Le mot «média» apparaît dans les années 1930, lorsque le «mass media» fait son apparition avec le succès des magazines illustrés, de la radio, puis de la télévision[20]. Avec l'apparition du microsillon en 1948, puis de la cassette en 1963, l'édition s'empare de produits autres que l'imprimé[20]. Constatant que l'image animée et les documents multimédias entraient dans le champ de l'édition, ils ressortissaient naturellement du domaine des bibliothèques.[14] Dès les années 1970, l'ouverture, en bibliothèque, vers de nouveaux supports (tels les disques, les vidéocassettes, les logiciels, etc.) se fait progressivement, affirmant ainsi la diversité des formes de cultures, tel qu'insistait en 1972 Alice Garriguoux, responsable du Service de la lecture publique : « La bibliothèque, du reste, n'est pas liée au seul imprimé. Diapositive, film, disque, bande, cassette ne sont qu'une autre forme d'enregistrement de la création, de la pensée et du savoir.»[21] Dès 1975, une publication de nouvelles normes édictées par le ministère vient entériner l'entrée, dans les bibliothèques publiques, des nouveaux médias.[22]

Le terme de médiathèque a été retenu pour mieux refléter la diversité des œuvres et des ressources collectées et présentées au public, notamment sous forme de disques microsillons , cassettes audio pour la musique, cassettes vidéo (Betacam et VHS) pour le cinéma.

Dans les années 1980 et 1990, les médiathèques ont naturellement accueilli les supports numériques (CD audio, DVD vidéo) qui sont venus compléter les supports traditionnels (imprimés, microfilms, disques vinyle, etc.).

Quelques médiathèques françaises et étrangères[modifier | modifier le code]

La médiathèque de Sendai au Japon.

En France, on peut citer, à titre d'exemple, les médiathèques suivantes :

À l'étranger, citons la médiathèque de Sendai, au Japon

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne-Marie Bertrand et Yves Alix, « II.Les blibliothèques françaises au XXe siècle », Les Bibliothèques,‎ , p. 27-44 (lire en ligne)
  • Anne-Marie Bertrand et David-Georges Picard et al., Quel modèle de bibliothèque?, Villeurbanne, Presses de l'enssib, , 183 p. (lire en ligne)
  • Anne-Marie Bertrand, « La médiathèque questionnées », Bulletin des bibliothèques de France, no 2,‎ , p. 8-12 (lire en ligne)
  • Anne-Marie Bertand, Annie LeSaux, et al., Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Villeurbanne, Bulletin des bibliothèques de France (no hors série), , 296 p.
  • « Dossier : Où en est la médiathèque ? », BBF, vol. 39, no 2,‎ (lire en ligne)
  • Martine Poulin, « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Documentation et bibliothèques, vol. 40, no 1,‎ , p. 5-14 (lire en ligne)
  • Ministère de la Culture et de la Communication, « La grande mutation des bibliothèques municipales », Développement culturel, no 2,‎ 1998. pdf.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Anne-Marie Bertrand, « La médiathèque questionnée », Bulletin des bibliothèques de France (BBF),‎ , p. 8, article no 2 (ISSN 1292-8399, lire en ligne)
  2. Larousse (s.d.), « Médiathèque », sur Dictionnaire Larousse (consulté le )
  3. Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 209 (lire en ligne [PDF])
  4. a b et c Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 208 (lire en ligne [PDF])
  5. a et b Anne-Marie Bertrand et al., Quel modèle de bibliothèque ?, Villeurbanne, Presses de l’enssib, , 183 p. (lire en ligne), p. 13
  6. Anne-Marie Bertrand et al., Quel modèle de bibliothèque ?, Villeurbanne, Presses de l’enssib, , 183 p. (lire en ligne), p. 13-14
  7. Martine Poulin, « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Documentation et bibliothèques, vol. 40, no 1,‎ , p. 5-6 (lire en ligne)
  8. a et b Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 214 (lire en ligne [PDF])
  9. Michel Melot, « Le temps des médiathèques. », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 211 (lire en ligne [PDF])
  10. a et b Martine Poulin, « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Documentation et bibliothèques, 1re série, vol. 40,‎ , p. 7 (lire en ligne)
  11. Bertrand, A. & Alix, Y., « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Les bibliothèques,‎ , p. 4 (lire en ligne [PDF])
  12. Anne-Marie Bertrand et al., Quel modèle de bibliothèque ?, Villeurbanne, Presses de l’enssib, , 183 p. (lire en ligne), p. 34
  13. Martine Poulin, « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Documentation et bibliothèques, 1re série, vol. 40,‎ , p. 7-8 (lire en ligne)
  14. a et b Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 221 (lire en ligne)
  15. a et b Michel Melot, « Le temps des médiathèques. », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 217 (lire en ligne [PDF])
  16. a et b Bertrand, A. & Alix, Y., « II. Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Les bibliothèques,‎ , p. 10 (lire en ligne [PDF])
  17. a b et c Martine Poulin, « Les bibliothèques françaises au XXe siècle », Documentation et bibliothèques,‎ , p. 11 (lire en ligne)
  18. Ministère de la Culture et de la Communication, « La grande mutation des bibliothèques municipales », Développement Culturel, no 126,‎ , p. 3
  19. a et b Michel Melot, « Le temps des médiathèques. », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 212 (lire en ligne [PDF])
  20. a et b Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 207 (lire en ligne [PDF])
  21. Anne-Marie Bertrand et al., Quel modèle de bibliothèque ?, Villeurbanne, Presses de l’enssib, , 738 p. (lire en ligne), p. 22
  22. Michel Melot, « Le temps des médiathèques », Regards sur un demi-siècle. Cinquantenaire du Bulletin des bibliothèques de France, Bulletin des bibliothèques de France,‎ , p. 220 (lire en ligne [PDF])