Les Sentiers de la gloire

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Les Sentiers de la gloire
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Adolphe Menjou et Kirk Douglas

Titre original Paths of Glory
Réalisation Stanley Kubrick
Scénario Stanley Kubrick
Jim Thompson
Calder Willingham
d'après le roman de
Humphrey Cobb
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Guerre
Durée 88 minutes
Sortie 1957

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory[1]) est un film de guerre américain de Stanley Kubrick, en noir et blanc, sorti en 1957, inspiré du livre éponyme de Humphrey Cobb paru en 1935.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En 1916, la guerre de tranchées s'est enlisée. En faisant miroiter un avancement, le général de division Broulard incite le général de brigade Mireau à lancer un de ses régiments à l'assaut d'une position allemande très solide, la cote 110[2], sans renforts ni préparatifs, et avec peu de préparation d'artillerie. Le régiment du colonel Dax, est repoussé par le feu ennemi au prix de lourdes pertes et doit se replier. Observant la scène et s'apercevant qu'une partie des hommes n'a pas quitté la tranchée, le général Mireau enrage et ordonne de faire tirer au canon sur ses propres positions pour les forcer à attaquer. Son ordre oral, est rejeté par son officier d'artillerie.

Devant ce rejet, le général Mireau traduit le régiment en conseil de guerre pour « lâcheté », souhaitant qu'une centaine des soldats soient fusillés. Le colonel Dax repousse cette initiative qu'il juge révoltante. Finalement, le général Broulard pousse au compromis : seuls trois hommes, un par compagnie, seront jugés.

Le colonel Dax, demande alors l'autorisation au général Broulard de défendre les trois hommes qui seront désignés. Mais tout son talent ne réussit pas à faire fléchir les juges pour qui la sentence ne fait aucun doute : les soldats seront fusillés le lendemain.

En dernier recours, le colonel Dax décide de retrouver le général Broulard, pour lui apporter les preuves que le général Mireau a ordonné à son artillerie de tirer sur ses propres troupes. Cela n'empêche pas l'exécution des trois soldats, mais le général Broulard ordonne une enquête sur les agissements du général Mireau et offre le commandement de la brigade au colonel Dax, croyant que celui-ci a agi par pure ambition. Dax refuse de façon cet avancement, écœuré par le cynisme du général, et s'empresse de retourner auprès de ses hommes.

Il est attiré par les cris et les sifflements de soldats entassés dans un bar. Une Allemande est présentée sur une scène en larmes, moquée par les soldats. Puis elle se met à chanter, les hommes se taisent, émus par la chanson. Ils iront même jusqu'à chanter avec la jeune Allemande. Un nouvel ordre parvient au colonel : les hommes doivent retourner immédiatement au front, mais il leur permet de rester dans ce bar quelques minutes de plus.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Remarque : le doublage a été effectué en 1975 pour sa sortie en salles.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Ce film s'inspire de plusieurs faits réels. Pendant la Première Guerre mondiale, environ 2 500 soldats français ont été condamnés à mort par les conseils de guerre, dont un peu plus de 600 furent réellement fusillés « pour l'exemple » par l'armée pour des motifs divers (abandon de poste, mutilations volontaires, refus d'obéissance…), les autres ayant vu leur peine commuée en travaux forcés.

Stanley Kubrick s'appuie principalement sur l'affaire des caporaux de Souain où le général Réveilhac aurait fait tirer l'un des ses propres régiments (le 336e régiment d'infanterie) dont les hommes refusaient de sortir des tranchées lors d'un assaut suicidaire contre une colline occupée par les Allemands, avant de faire exécuter quatre caporaux le 17 mars 1915. Ces soldats (trois originaires de la Manche : Théophile Maupas, Louis Lefoulon, Louis Girard ; un d'Ille-et-Vilaine : Lucien Lechat) seront réhabilités en 1934 grâce à l'action de la femme de Théophile Maupas, l'institutrice Blanche Maupas. Un monument, est d'ailleurs toujours visible à Sartilly (Manche) commémorant leur réhabilitation. Pendant la guerre de 1914-1918, la justice militaire était devenue une justice d'exception depuis des décrets d'août et septembre 1914 : le sursis, le recours en révision, les circonstances atténuantes et le droit de grâce étaient supprimés.

L'épisode du soldat sur une civière qu'on ranime pour le fusiller s'inspire lui d'un autre cas, celui du sous-lieutenant Jean-Julien-Marius Chapelant exécuté le 11 octobre 1914 après une parodie de procès. Gravement blessé aux jambes depuis plusieurs jours, incapable de tenir debout, épuisé moralement et physiquement, le sous-lieutenant Chapelant avait alors été ficelé sur son brancard et celui-ci posé le long d'un arbre pour qu'on puisse le fusiller. Inhumé au bois des Loges dans une fosse commune toujours non identifiée à ce jour du 11 novembre 2012, seul son nom figure au cimetière d'Ampuis où il est né, sa tombe (vide) a été honorée par l'Union des Mutilés et Anciens Combattants qui y ont apposé une plaque de marbre portant l'inscription : « les anciens combattants à leur frère d'armes Jean Julien Marius Chapelant, martyr des cours martiales ». Jean Julien Marius Chapelant a été « déclaré » et reconnu « mort pour la France » par le ministre délégué aux anciens combattants Kader Arif le 31 octobre 2012 et ce geste a été officialisé à l’occasion des cérémonies du 11 novembre[3].

Plus qu'un film de guerre c'est un film antimilitariste qui dénonce les comportements de la haute hiérarchie militaire et met en évidence la résistance désespérée d'un homme, le colonel Dax. À la différence du film de guerre classique, l'affrontement, n'est pas entre deux camps ennemis mais entre les officiers généraux et les soldats d'un même camp, les uns jouant leur promotion, les autres leur vie. D'ailleurs on ne voit pas d'Allemands. Ce thème sera repris dans Les Hommes contre, dans Un long dimanche de fiançailles et dans Le Pantalon. Le film britannique Pour l'exemple traite du même sujet dans l'armée britannique.

Accueil du film[modifier | modifier le code]

Le film est projeté à Munich le [4]. Il est perçu comme une critique directe de l'armée française, par la cruauté des scènes finales et la satire violente des états-majors français. Il reçoit plusieurs récompenses, dont le prix Chevalier de la Barre[5].

Sous la pression et la menace de représailles d'associations d'anciens combattants français et belges, le gouvernement français, alors plongé dans les remous de la guerre d'Algérie, proteste auprès de la United Artists et le ministère des Affaires étrangères insiste auprès de la Belgique pour qu'il soit déprogrammé[6]. Devant l'ampleur du mouvement contestataire, les producteurs du film décident, par auto-censure de ne pas le distribuer en France, et ne demandèrent pas de visa d'exploitation au ministre chargé du cinéma français : si cela avait été le cas, les autorités françaises auraient pu, à ce moment, refuser ce visa. De nombreux pays en Europe, comme la Suisse, refusent de le diffuser[7]. Ce n'est que dix-huit ans plus tard, en 1975, que le film est finalement projeté en France[8].

Autour du film[modifier | modifier le code]

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  • Avant d'être retranscrit au cinéma le livre d'Humphrey Cobb fut adapté en 1935 pour Broadway par Sidney Howard, un dramaturge et scénariste connu pour ses opinions de gauche. La pièce fut un échec mais Howard déclara publiquement que le roman méritait une adaptation cinématographique.
  • Le film a été en partie tourné au nouveau château de Schleissheim, en Bavière.
  • Le film a utilisé des acteurs américains et des figurants allemands ; comportements et mimiques sont très peu français. Le « Présentez… Armes ! » est allemand.
  • Le numéro du régiment d'infanterie « 701e » n'a pas existé (maximum 418e).
  • Le déroulement du procès devant la cour martiale est d'inspiration anglo-saxonne, plutôt que française. Il n'y a jamais « d'objection » en France pendant un procès.
  • Les casques des poilus mélangent ceux de 1915 et ceux de 1926, les fusils du travelling de la tranchée ne sont pas tous d'époque.
  • La chanson interprétée par la jeune Allemande à la fin du film est Der treue Husar (littéralement « le fidèle hussard »), adaptée en France par Francis Lemarque sous le titre Marjolaine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Citation de Élégie écrite dans un cimetière de campagne, poème de Thomas Gray.
  2. nommée « la Fourmilière » dans la version originale.
  3. AFP, « Un fusillé pour l'exemple de 1914 déclaré «mort pour la France» », sur liberation.fr,‎ (consulté le 9 novembre 2012)
  4. Stanley Kubrick, Marcello Walter Bruno (p. 211), Gremese International, 2001.
  5. Le prix, décerné lors du Festival de Cannes, était destiné à récompenser annuellement une œuvre cinématographique qui « exaltait l’esprit de tolérance et de fraternité humaine ou dénonçait l’intolérance et l’injustice de quelque origine qu’elles soient ».
  6. « Comme hors-la-loi, ce film fait scandale », Le Point, no 1984 du 23 septembre 2010.
  7. Stanley Kubrick, Marcello Walter Bruno (p. 11), Gremese International, 2001.
  8. Les Sentiers de la gloire - Fiche du Centre national de documentation pédagogique (CNDP)