Paul Poiret

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Paul Poiret, né Alexandre Paul Poiret à Paris le [1] et mort à Paris le , est un grand couturier français, connu pour ses audaces. Considéré comme un précurseur du style Art déco, il crée la maison de couture qui porte son nom en 1903.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Paul Poiret est embauché comme dessinateur de mode chez Doucet en 1898, puis travaille chez Worth de 1901 à 1903.

La maison Paul Poiret (1903-1929)[modifier | modifier le code]

Il ouvre sa maison de couture en et habille Réjane, ce qui le lance. Il est le premier couturier, avec Madeleine Vionnet[2], à supprimer le corset en 1906, en créant des robes taille haute. Il devient ainsi un pionnier de l'émancipation féminine.

En 1908 il demande à Paul Iribe de dessiner son catalogue, Les Robes de Paul Poiret racontées par Paul Iribe. Le caractère novateur de l'ouvrage lui confère un grand succès. En 1910, l'orientalisme est à la mode. Les ballets russes et Léon Bakst triomphent à Paris. Poiret suit la tendance. Il achète les tissus colorés du Wiener Werkstätte à Vienne avec qui il entame une longue collaboration.

En 1911, il lance Les Parfums de Rosine (du prénom de sa première fille), et devient le premier à imaginer le « parfum de couturier » qu'il conçoit en harmonie avec ses créations. Il ouvre un laboratoire au 39 rue du Colisée et une usine à Courbevoie incluant un atelier de verrerie et de cartonnerie pour le conditionnement. Les premières compositions sont imaginées par Maurice Schaller puis par Henri Alméras, mais Poiret s'implique personnellement. Jusqu'en 1929, ce sont trente-cinq parfums qui sortent des usines, dont certains adoptent des noms singuliers comme Shakhyamuni (1913) ou Hahna l’Étrange Fleur (1919)[3]. Cette même année 1911, il se diversifie dans les broderies et les imprimés avec les Ateliers de Martine (du prénom de sa deuxième fille). Georges Lepape collabore à un album, Les Choses de Paul Poiret, pour présenter ses robes. Il fait aussi appel à d'autres artistes peintres comme Raoul Dufy, Mario Simon, André Marty, etc.

En 1911, pendant son voyage en Russie, Poiret s'installe chez son amie et grande couturière russe Nadejda Lamanova dans son atelier au boulevard Tverskoï (Moscou) et donne trois défilés de mode[4],[5].

En , dans son hôtel particulier de l'avenue d'Antin, il organise une fête somptueuse sur le thème de la Perse, reconstituant « une cour sablée où, sous un vélum bleu essor, des fontaines jaillissaient dans des vasques en porcelaines ». De nombreuses personnalités sont présentées, comme les peintres Luc-Albert Moreau et Guy-Pierre Fauconnet, l'actrice Régina Badet ou la princesse Murat, alors que le tragédien Édouard de Max conte Les Sept Vizirs[6].

Entre 1911 et 1917, il loue et restaure le pavillon du Butard à La Celle-Saint-Cloud et l'utilise comme résidence estivale et écrin de grandes fêtes, dont celle restée célèbre en date du — « Festes de Bacchus » — à l'occasion de laquelle il crée un costume de bacchante : robe en mousseline de soie imprimée et un « châle Knossos » de Mariano Fortuny y Madrazo, portés par Denise Poiret[7]. Isadora Duncan danse sur les tables au milieu de 300 invités et 900 bouteilles de champagne furent consommées jusqu'aux premières lueurs du jour. Antérieurement, il avait fait construire à l'Île-Tudy la villa Kermaria où il organisa aussi des fêtes somptueuses ; les peintres Bernard Naudin et Raoul Dufy par exemple y séjournèrent[8], ainsi que le poète Max Jacob[9].

« Poiret le magnifique » achète un hôtel particulier avenue d'Antin où il organise des fêtes somptueuses dont la fameuse Mille et deuxième nuit, qui marque l'histoire des nuits parisiennes. Il fait partie du cercle des Mortigny, fondé par Dimitri d'Osnobichine, qui regroupe de nombreux artistes et habitués de la vie parisienne : Bernard Boutet de Monvel, Pierre Brissaud, Georges Villa, Guy Arnoux, Joë Hamman, Lucien-Victor Guirand de Scevola, Joseph Pinchon, André Warnod, Pierre Troisgros, Jean Routier, Henri Callot, Pierre Falize, Pierre Prunier, cercle qui fonctionne jusque dans les années 1950, Poiret fait jouer Le Secret des Mortigny pièce de Marcel Bain au Théâtre de l'Oasis, théâtre de verdure dans le jardin de l'hôtel particulier du couturier, 26 avenue Victor-Emmanuel III, Paris 8e[10].

Poiret connaît le triomphe : il habille les comédiennes les plus en vue; c'est lui qui gaine de soie la première vamp de l'histoire, Irma Vep, interprétée par Musidora sous la direction de Louis Feuillade.

Il habille également le tout-Paris, aidé par sa femme Denise qui se fait ambassadrice de la marque. Il s'inspire de ses nombreux voyages pour créer des vêtements marqués par l'Orient, la Russie, l'Afrique du Nord.

1920 créations de Paul Poiret (Fondation Ethnographique du Péloponnèse, Nauplie)

En collaboration avec le peintre Raoul Dufy, il lance des imprimés audacieux; plus tard, il crée la jupe-culotte et la jupe entravée, qui font scandale.

Le 5/11/1913 jour de l'inauguration du Salon d'Automne au Grand Palais à Paris, il remarque et achète le soir même deux des "trois bouteilles décorées de médaillons et bandeaux émaillés" de Maurice Marinot, avec qui il cherchera fin 1919 à collaborer directement en association avec son beau-frère André Groult, mais sans succès.

Il édita des robes de Georges Barbier, dont Groult éditait les papiers peints.

Après la Première Guerre mondiale, son étoile commence à pâlir. La clientèle le délaisse pour un style plus épuré. La Maison Paul Poiret connaît ses premières difficultés financières en 1923, mais poursuit ses activités grâce au soutien financier de Georges Aubert. Sa participation à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes en 1925 est très remarquée : il présente ses collections sur trois péniches baptisées Délices, Amours et Orgues.

En 1921-1923 il fait construire à Mézy-sur-Seine (Yvelines) la villa Paul Poiret, dessinée par Robert Mallet-Stevens, dont la construction est interrompue par les difficultés financières du couturier en 1923, et qui ne sera terminée qu'en 1932 par Elvire Popesco, qui l'avait rachetée deux ans auparavant.

Il possédait également la "Villa Casablanca" à Biarritz, construite en 1922 par Guillaume Tronchet et rachetée ensuite par Jean Patou[11].

En 1927 il joue avec Colette dans sa pièce La Vagabonde.

En 1928, Paul Poiret publie Pan, Annuaire du luxe à Paris, aux Éditions Devambez, très bel annuaire qui réunit presque tous les grands noms du commerce de luxe de l'époque. Publié et conçu par lui, il est illustré de 116 planches en noir et en couleurs par les plus grands artistes contemporains dont Bellaigue, L. Boucher, Jean Cocteau, Mlle Colin, Maurice Crozet, La Jarrige, Deluermoz, Dufy, Dupas, Yan B. Dyl, Fau, Foujita, Gus Bofa, Edy-Legrand, Libiszewski, Charles Martin, Mourgue, Sem, Touchagues, Valerio, Van Moppès, etc. Cet album offre un panorama important sur la publicité des années 1920 : tailleurs, chapeliers, cannes, bottiers, couturiers, lingerie, fourrures, bijoux, la table, orfèvrerie, primeurs, vins, fleurs, galeries d'exposition, photographes, pharmaciens, restaurants, hôtels, cabarets, voyages, sports, bagages, plages, chevaux, chasse, pêche, etc.

Fin , la maison Paul Poiret ferme, du fait de la crise économique; les Parfums de Rosine sont rachetés par Oriza L. Legrand.

En 1930 il publie En habillant l'époque et invente la gaine[réf. nécessaire], souple et confortable.

Il publie trois livres de mémoires et meurt en partie ruiné et oublié en 1944.

Sa marque commerciale est un turban très enveloppant orné d'une aigrette que son épouse rend célèbre.

Famille[modifier | modifier le code]

Fils d'Auguste Poiret et de Louise Heinrich, sa sœur Nicole épouse le styliste de meubles André Groult d'où Benoîte Groult et Flora Groult.

Sa sœur Jeanne (1871-1959) épousera le bijoutier René Boivin (1864-1917).

Enfin sa sœur Germaine Bongard (1885-1971), peintre, tint de 1911 à 1925 au 5, rue de Penthièvre à Paris une maison de couture connue sous le nom de Jove, où elle exposa des artistes de l'École de Paris.

Il épouse le à Paris Denise Boulet (1886-1982) dont il eut cinq enfants : Rosine, Martine, Colin, Perrine et Gaspard.

En 1915 Derain fit son portrait (Musée de peinture et de sculpture de Grenoble).

Vers 1924 la relieuse Hélène Alix utilisa une soie rayée issue de manteaux de Poiret de 1914 afin d'habiller un des dix exemplaires de tête de l'édition originale du Bal du Comte d'Orgel de Raymond Radiguet (1924), qui fit partie de la vente de "très beaux livres des XIXe et XXe siècles et de manuscrits" à Drouot le 4/06/1986 (reprod. coul. face au n°118 du catalogue Ader, Picard et Tajan).

Galerie[modifier | modifier le code]

Postérité et expositions[modifier | modifier le code]

Les créations de Paul Poiret ont fait l’objet de plusieurs expositions au fil des ans. Parmi les plus marquantes, on compte Paul Poiret et Nicole Groult, Maîtres de mode Art Déco au Palais Galliera à Paris en 1986[12].

En , le couturier Azzedine Alaïa a exposé la garde-robe personnelle de Denise Poiret dans la galerie de sa maison de couture, sous le titre « La Création en liberté », avant qu’elle ne soit adjugée en vente aux enchères[13]. Les effets personnels de Denise Poiret réalisent des montants records : un manteau d'automobile que Paul Poiret lui avait créé en 1914 est notamment adjugé plus de 110 000 euros[14].

Le Metropolitan Museum à New York acquiert de nombreuses pièces lors de cette vente, qui ont servi de point de départ à l’exposition organisée par le musée américain deux ans plus tard. En 2007, le Metropolitan Museum ouvre ainsi la première rétrospective d’envergure, intitulée « Paul Poiret : Le Magnifique » (Paul Poiret: King of Fashion)[15]. Cette exposition voyage ensuite au Kremlin en Russie en 2011 pour célébrer le centenaire de la visite de Paul Poiret à Moscou et Saint-Pétersbourg[16].

En 2013, c’est au tour du Musée international de la parfumerie à Grasse de dédier une exposition au travail pionnier de Poiret dans la parfumerie avec « Les Parfums de Rosine », lancés en 1911, ayant pour titre Paul Poiret, couturier parfumeur[17].  

La Fondation Alexandre Vassiliev conserve, en plus de vêtements et accessoires par la maison de couture, plusieurs peintures[18] de la main de Paul Poiret, ainsi que des effets personnels[19].

Renouveau de la marque[modifier | modifier le code]

Éteinte depuis 1933, la griffe Paul Poiret fait l’objet de nombreuses convoitises et plusieurs propriétaires se partagent les droits sur le nom. Le statu quo change lorsqu’au début des années 2010 la société luxembourgeoise Luvanis, spécialisée dans la relance de marques endormies, reprend l'ensemble des droits sur la marque dans le monde[20].

Désormais unique propriétaire, Luvanis charge en 2014 la banque d’affaires londonienne Savigny Partners de l'aider à trouver le meilleur candidat pour faire renaître la marque[21]. C’est le groupe de luxe sud-coréen Shinsegae International, notamment distributeur des marques Givenchy, Céline, Brunello Cucinelli et Moncler, qui est retenu en 2015 au terme d'un long processus de sélection[22].

Après plusieurs annonces dans la presse internationale[23], Shinsegae a confirmé la relance de Poiret depuis son berceau parisien en avec la femme d'affaires belge Anne Chapelle (PDG et propriétaire des marques Ann Demeulemeester et Haider Ackermann[24]) aux commandes de la maison et la couturière Yiqing Yin chargée des nouvelles collections[25]. Poiret présente sa première collection de mode depuis 90 ans en à Paris[26].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance No 24 à Paris 1er arrondissement - page 3 archives numérisées Paris
  2. Françoise Thibaut, « Le temps des couturières : Madeleine Vionnet et Jeanne Lanvin », Canal Académie, 17 février 2013.
  3. [PDF]Naissance et évolution du parfum de couturier par Isabelle Chazot, L'Osmothèque, en ligne.
  4. Paul Poiret, En habillant l'époque
  5. (ru) Raisa Kirsanova, « Paul Poiret en Russie », Catalogue d'exposition "Paul Poiret - le roi de la mode",‎ , p. 65-78
  6. Bénédicte Burguet, « Le paquebot moderniste de Paul Poiret », Vanity Fair no 5, novembre 2013, pages 88-89.
  7. Don de Madame Poiret de Wilde au Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, en 1985.
  8. Erwan Mordelet, Île-Tudy, éditions Alain Bargain, Quimper, 2004
  9. [1].
  10. Comoedia du 14 juin 1921
  11. Pierre Groppo, « La villa de Paul Poiret et de Jean Patou », Vanity Fair no 32, février 2016, pages 66-67.
  12. Emmanuèle Peyret, « Poiret, sœurs et sans reproche », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 23 novembre 2017)
  13. (en-US) Suzy Menkes, « Liberty belle: Poiret's modernist vision », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 23 novembre 2017)
  14. « Catalogue de la vente La Création en Liberté : Univers de Denise et Paul Poiret (1905 -1928) à Piasa - Fin de la vente le 11 Mai 2005 », sur www.piasa.auction.fr (consulté le 15 novembre 2017)
  15. « Poiret: King of Fashion », sur The Metropolitan Museum of Art, i.e. The Met Museum, (consulté le 15 novembre 2017)
  16. (en) Jekaterina Tchekourda, « Poiret, the Forgotten Fashion Designer », The Moscow Times,‎ (lire en ligne, consulté le 23 novembre 2017)
  17. « Paul Poiret, premier couturier parfumeur, célébré à Grasse », Culturebox,‎ (lire en ligne, consulté le 23 novembre 2017)
  18. (en) Fondation Alexandre Vassiliev, « "Ma terrasse" by Paul Poiret », sur www.vassilievfoudation.com
  19. (en) Fondation Alexandre Vassiliev, « Aimée and Louise VIEILLOT portrait », sur www.vassilievfoundation.com
  20. (en-US) Miles Socha, « Paul Poiret Poised for Brand Revival », WWD,‎ (lire en ligne, consulté le 15 novembre 2017)
  21. (en) Vanessa Friedman, « Fashionistas and Investors Start Salivating: Paul Poiret Is For Sale », On the Runway Blog,‎ (lire en ligne, consulté le 15 novembre 2017)
  22. (en-US) Miles Socha, « Paul Poiret Trademarks Acquired By Shinsegae International », WWD,‎ (lire en ligne, consulté le 23 novembre 2017)
  23. (en-US) Astrid Wendlandt, « The Rebirth of Paul Poiret », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 15 novembre 2017)
  24. « La maison Poiret va “renaître” plus de 80 ans après sa fermeture », Journal du Luxe.fr Actualité du luxe,‎ (lire en ligne, consulté le 6 février 2018)
  25. (en) Osman Ahmed, « Anne Chapelle’s Next Move: Rebooting Poiret », The Business of Fashion,‎ (lire en ligne, consulté le 3 février 2018)
  26. (en) Laird Borrelli-Persson, « Poiret Is Being Revived a Century After Its Heyday—Will It Matter to Fashion Audiences in 2018? », Vogue,‎ (lire en ligne, consulté le 3 février 2018)