Max Ernst

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Max Ernst
Max Ernst 1976.jpg

Max Ernst en 1976.

Naissance
Décès
(à 84 ans)
Paris
Nationalité

Drapeau d'Allemagne Allemand
Drapeau des États-Unis Américain ((naturalisé en 1948)

Drapeau de France Français ((naturalisé en 1958)
Activité
Formation
Lieux de travail
Mouvement
Père
Conjoints
Luise Straus-Ernst (d) (de à )
Marie-Berthe Aurenche (d) (de à )
Peggy Guggenheim (de à )
Dorothea Tanning (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Œuvres réputées
signature de Max Ernst

signature

Max Ernst, né le à Brühl et mort le à Paris, est un peintre et sculpteur allemand naturalisé américain en 1948[1] puis français en 1958[2], dont l'œuvre se rattache aux mouvements dadaïste et surréaliste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Max Ernst est le fils du peintre Philipp Ernst (1862-1942) et de Louise Kopp.

En 1909, il commence à étudier la philosophie à l'université de Bonn mais il abandonne rapidement les cours pour se consacrer à l'art. Il rencontre les membres du groupe Blaue Reiter en 1911 avec qui il expose à Berlin, en 1913. La même année, il fait la connaissance de Guillaume Apollinaire et Robert Delaunay, part pour Paris et s'installe dans le quartier du Montparnasse.

Durant la Première Guerre mondiale, il sert dans l'artillerie allemande, sur le front russe puis en France[3]. En 1918, il épouse Louise Straus, historienne d'art. Leur relation tumultueuse ne tiendra pas.

La période dadaïste et surréaliste[modifier | modifier le code]

Max Ernst et ses amis parisiens devant la galerie Au Sans Pareil (1921). L'homme sur la bicyclette est Philippe Soupault ; à droite sur l'espalier, André Breton.

L'année suivante, il rend visite à Paul Klee et crée ses premières peintures, impressions à la main et collages ; il expérimente différents supports et matériaux. En 1920, il fonde le collectif Zentrale W/3 avec deux autres « stupides Occidentaux » (« Weststupidien »), Jean Arp et Baargeld. Au mois de février, ils publient une nouvelle revue La Chamade (Dilettantes, unissez-vous!), avec quelques contributeurs français, au rang desquels André Breton, Paul Éluard et Louis Aragon. La deuxième exposition dada de Cologne (Dada-Vorfrühling) s'ouvre au mois d'avril 1920 à la brasserie Winter[4]. Il y expose les collages collectifs, rebaptisés plaisamment FaTaGaGa (FAbrication de TAbleaux GArantis GAzométriques), qu'il a réalisés avec Jean Arp. L'exposition déchaîne l'indignation et est fermée par la police pour trouble à l'ordre public ; elle provoque la brouille de Max Ernst avec son père.

Avec son comparse Baargeld, Ernst organise la Première internationale dadaïste à Berlin à la fin du mois de juin 1920. Quelques mois plus tard, en vacances à Tarrenz, dans le Tyrol, il y fait la connaissance de Tristan Tzara, et retrouve Hans Arp, Sophie Taeuber et André Breton.

Deux ans plus tard, en 1922, il retourne à la communauté d'artistes de Montparnasse à Paris où il vit chez le couple Éluard.

En 1925, Max Ernst pratique le « frottage »[5] : il laisse courir une mine de crayon à papier sur une feuille posée sur une surface quelconque (parquet ou autre texture). Cette technique fait apparaître des figures plus ou moins imaginaires. Elle s'apparente à l'écriture automatique des écrivains surréalistes qu'il côtoyait comme Paul Éluard et André Breton.

L'année suivante, il collabore avec le peintre Joan Miró pour la création de décors pour les spectacles chorégraphiques de Serge de Diaghilev. Avec l'aide de Miró, Max Ernst se lance dans l'élaboration d'une nouvelle technique, le « grattage » du pigment directement sur la toile.

En 1933, Max Ernst part en Italie. C'est là qu'il compose, en trois semaines, 184 collages à partir d'ouvrages français illustrés en noir et blanc de la fin du XIXe siècle. De retour à Paris, il les publie dans un ouvrage en cinq volumes appelé Une semaine de bonté ou les sept éléments capitaux, chacun de couleur différente d'avril à septembre 1934 aux éditions de la galerie Jeanne Bucher[6].

En 1934, fréquentant Alberto Giacometti, il commence à sculpter. En 1937, il rencontre Leonora Carrington avec qui il part vivre à Saint-Martin-d'Ardèche. En 1938, l'héritière américaine Peggy Guggenheim achète un bon nombre d'œuvres de Max Ernst qu'elle expose dans sa nouvelle galerie d'art à Londres[7].

La période américaine[modifier | modifier le code]

Dès le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en septembre 1939, Max Ernst est arrêté comme « étranger ennemi » et interné dans le camp des Milles près d'Aix-en-Provence. Avec l'aide du journaliste américain Varian Fry, fondateur du Comité américain de secours à Marseille en août 1940, il réussit à quitter le pays en compagnie de Peggy Guggenheim. Ils arrivent aux États-Unis en 1941 et se marient l'année suivante. Max Ernst vit à New York où, à côté des peintres Marcel Duchamp et Marc Chagall et de nombreux intellectuels français[8],[9], il aide au développement de l'expressionnisme abstrait parmi les peintres américains comme Jackson Pollock.

Son mariage avec Peggy Guggenheim est un échec. En octobre 1946, il épouse Dorothea Tanning à Beverly Hills (Californie). Le couple Ernst-Tanning s'installe à Sedona, (Arizona). En 1948, il est naturalisé américain[1], écrit le traité Beyond Painting, puis part voyager en Europe en 1950. En 1952, il devient satrape du Collège de 'Pataphysique.

Le retour en France[modifier | modifier le code]

Tombe de l'artiste à Paris au cimetière du Père-Lachaise.

À partir de 1953, il s'installe à Paris et, l'année suivante, reçoit le grand prix de la biennale de Venise, ce qui lui vaut l'exclusion du mouvement surréaliste.

De 1955 à 1963, il réside à Huismes (Indre-et-Loire) où il réalise des œuvres marquées par la Touraine : Le Jardin de la France (1962), Hommage à Léonard ou La Tourangelle. Il est naturalisé français en 1958[2].

En 1963, il déménage avec Dorothea Tanning dans une petite ville du sud de la France, Seillans (Var), où il continue à travailler. Il crée les décors d'un théâtre et une fontaine dans la ville d'Amboise (Indre-et-Loire). En 1966, il réalise un jeu d'échecs en verre sur un échiquier géant de cinq mètres de côté, qu'il baptise Immortel.

Max Ernst devient un ami du grand industriel Jean Riboud. Il offre à l'éditeur Jean-Jacques Pauvert l'illustration du sigle de sa marque : « JJP »[réf. nécessaire].

En 1975, une rétrospective a lieu au Musée Solomon R. Guggenheim à New York et les galeries nationales du Grand Palais de Paris publient un catalogue complet de ses œuvres.

Max Ernst meurt à Paris le au no 19 rue de Lille. Ses cendres sont conservées à Paris au cimetière du Père-Lachaise (columbarium, case 2102)[10].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1920 :
    • Le Rossignol chinois, 12,2 × 8,8 cm, musée de Grenoble ;
    • The Punching Ball ou L'Immortalité de Buonarotti ou Max Ernst et Caesar Buonarotti, collage, photographie et gouache sur papier, 17,6 × 11,5 cm, collection privée[réf. nécessaire] ;
    • C'est le chapeau qui fait l'homme, collage sur papier, New York, MoMA[11].
  • 1923 :
    • Castor et pollution, collection particulière[réf. nécessaire] ;
    • Ubu imperator, huile sur toile, 81 × 65 cm, Paris, musée national d'art moderne[13],[14] ;
    • La Femme chancelante, Düsseldorf, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen ;
    • Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis, Paris, musée national d'art moderne ;
    • La Belle jardinière (Création d'Éve), huile sur toile, 196 × 114 cm, œuvre disparue en 1939[15].
  • 1930 :
    • Loplop présente Loplop, Houston, The Menil Collection ;
    • Couple zoomorphe en gestation[réf. nécessaire] ;
    • Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au Carmel, roman-collage.
  • 1938
    • La Nature à l'Aurore, New York, Museum of Modern Art.
  • 1940 :
    • Le Fascinant Cyprès, collection particulière[réf. nécessaire] ;
    • Arbre solitaire et arbres conjugaux, Madrid, musée Thyssen-Bornemisza ;
    • La Mariée mise à nu, Venise, Fondation Peggy Guggenheim ;
    • L'Antipape, 1941-1942, Venise, Fondation Peggy Guggenheim ;
    • L'Europe après la pluie, Hartford (Connecticut), Wadsworth Atheneum, collection Ella Gallup et Mary Catlin Sumner ;
    • Jeune homme intrigué par le vol d'une mouche non euclidienne[réf. nécessaire] ;
    • Le Roi joue avec la reine, sculpture, Houston, The Menil Collection ;
    • Le Capricorne, sculpture, Paris, musée national d'art moderne, don de l'artiste ;
    • Après moi le sommeil, huile sur toile, Paris, musée national d'art moderne ;
    • Le Jardin de la France, huile sur toile, Paris, musée national d'art moderne ;
    • Les Jeunes et les jeux twistent, huile sur toile, 116 × 89 cm[17] ;
    • L'Immortel, sculpture géante en verre[réf. nécessaire] ;
    • L’Œil du silence, 1943-1944, décalcomanie[réf. nécessaire].
  • 1962
    • Le Jardin de la France, huile sur toile, 114 × 168 cm, peint sur la toile Salambô (Salon de 1898) de Michel Richard-Putz[18].

Décors au théâtre[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Une rétrospective lui a été consacrée pendant l'hiver 1991-1992 à Paris au Centre Georges-Pompidou.
  • Un musée Max Ernst (de) comprenant 300 œuvres a été ouvert à Brühl, sa ville natale, en 2005.
  • L'Eléphant Célèbes et Ubu Imperator ont été exposés en 2005-2006 à Paris au musée national d'art moderne dans le cadre de l'exposition « Dada ».
  • Sa maison au lieu-dit Le Pin Perdu à Huismes (Indre-et-Loire) est devenue une résidence d'artiste.
  • Exposition Les Collages de Max Ernst « Une semaine de bonté », à Paris au musée d'Orsay, de juin à septembre 2009.
  • Exposition rétrospective Max Ernst, à Riehen à la fondation Beyeler, de mai à septembre 2013.
  • Exposition Max Ernst. Le Jardin de la France, du samedi 17 octobre 2009 au lundi 18 janvier 2010, au musée des Beaux-Arts de Tours.
  • Une exposition permanente à Seillans, la collection Max Ernst-Dorothea Tanning, conserve une partie des estampes réalisées durant les douze dernières années de sa vie et qui sont le reflet de ses procédés. Max Ernst a également fait don à la municipalité de Seillans d'une sculpture géante, Le Génie de la Bastille, qui est installée sur la place de la République.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Maison Max Ernst », sur maison-max-ernst.org (consulté en août 2016)
  2. a et b « Max Ernst », sur larousse.fr (consulté en août 2016)
  3. , entre autres à Vailly-sur-Aisne. Cf. la lettre de Nadeau à Joë Bousquet, citée dans Maurice Nadeau, Grâces leur soient rendues : Mémoires littéraires, Paris, Albin Michel, (ISBN 978-2-226-33957-7).
  4. D'après le catalogue « Dada-Vorfühling », sur Bibl. de l'université de l'Iowa (consulté le 27 décembre 2015).
  5. Une technique de relevé d'empreinte courante chez les archéologues.
  6. Philippe Dagen, « Max Ernst sublime l'art du collage », Le Monde, 8 avril 2008.
  7. Nicolas Devigne, Julia Drost et Ursula Moureau-Martini (dir.), Max Ernst. L'imagier des poètes, Paris, PUPS, coll. « Monde germanique », 2008, 296 p. (ISBN 978-2840505754).
  8. Eugénie Bastié, « Breton / Saint-Exupéry, le manifeste et le sacrifice », Le Figaro Magazine, semaine du 21 juillet 2017, pages 22-25.
  9. Cf. Emmanuelle Loyer, Paris à New York. Intellectuels et artistes français en exil (1940-1947), Grasset, 2005.
  10. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 778.
  11. Reproduction dans Beaux arts magazine, no 90, mai 1991, p. 56.
  12. Reproduction dans Beaux arts magazine, no 82, septembre 1990, p. 59.
  13. Reproduction dans Beaux arts magazine no 90, mai 1991, p. 1.
  14. Cf. Laurent Grison, « Mais enfin, Père Ubu, ne voyez-vous pas que le peuple attend le don de joyeux avènement ? », in Marginales, Ker Éditions, no 295, 2017.
  15. Rachelle Viennot Hüwel, « Le Jardin de France de Max Ernst, sépulcre inquiétant de Salammbô », La revue des musées de France. Revue du Louvre, n°4, 2016, p.97.
  16. Mélody Jan-Ré, Le Genre à l’œuvre, volume 3, « Représentations », L'Harmattan, 2012, p. 180.
  17. Reproduction dans Beaux arts magazine, no 335, mai 2012, p. 129.
  18. Rachelle Viennot Hüwel, Modèle:Opci, p.94.
  19. Reproduction dans Beaux arts magazine, no 80, juin 1990, p. 154.
  20. Inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques le .

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Max Ernst Oeuvre-Katalog, 6 volumes : vol. 1 (ISBN 3-7701-0606-7)  ; vol. 2 (ISBN 3-7701-2606-8) ; vol. 3 (ISBN 3-7701-3606-3) ; vol. 4 (ISBN 3-7701-4606-9) ; vol. 5 (ISBN 3-7701-5606-4) ; vol. 6 (ISBN 3-7701-6606-X).
  • Max Ernst œuvre sculpté 1913-1961, préface d'Alain Bosquet, Éditions Le Point Cardinal, 1961.
  • Max Ernst, Paris, édition de la galerie Malingue, 2003, 184 p.
    Catalogue de l'exposition à Paris à la galerie Malingue du 21 mai au 18 juillet 2003.
  • Sarane Alexandrian, Max Ernst, Filipacchi, coll. « La Septième Face du dé », 1971 (ASIN B01G91YIIS).
  • Ludger Derenthal et Jürgen Pech, Max Ernst, Casterman, coll. « Diffusion N.E.F », 1992, 287 p. (ISBN 978-2203451100).
  • Werner Spies, Max Ernst, vie et œuvre, trad. de l'allemand par Françoise Joly, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 2007, 352 p. (ISBN 978-2844263414).
    Première édition en 2005, DuMont Literatur und Kunst Verlag, Cologne (ISBN 978-2-84426-341-4).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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