Bernard Quentin

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Bernard Quentin
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Naissance
Nationalité
Drapeau : France Française
Activité
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Mouvement
Conjoint

Bernard Quentin est un peintre, sculpteur et designer français appartenant à l'École de Paris, né le à Doingt-Flamicourt (Somme).

Son œuvre, en grande partie un travail sur l’écriture et la graphie, est qualifié d'« art sémiotique » ou l'« art scriptural ». Il est le mari de la réalisatrice Florence Quentin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bernard Quentin arrive à Paris vers 1940 afin d'étudier la peinture, la sculpture et l'architecture à l'École nationale supérieure des arts décoratifs et à l'École nationale supérieure des beaux-arts. Actif dans la Résistance au sein du réseau « Manipule »[1] entre 1942 et 1944, Bernard Quentin fréquente en 1945 la Maison de la pensée française où il se lie avec Pablo Picasso (le thème des Horreurs de la guerre qui constitue son envoi au Salon des moins de trente ans de 1945 se revendique, quoique d'un registre expressionniste abstrait, comme inspiré de Guernica) avant de reprendre à l'École nationale supérieure des beaux-arts les cours interrompus par la guerre et de simultanément s'ancrer en 1946 au quartier Saint-Germain-des-Prés. Il y connaît les milieux existentialistes et surréalistes, fréquente les peintres Wols et Camille Bryen, ainsi que le théoricien du lettrisme Isidore Isou[1], et fait partie de « la bande à Boris Vian » avec Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Anne-Marie Cazalis et Juliette Gréco[2]. Bernard Quentin, vivant alors avec Juliette Gréco dans une chambre sous les toits du no 7 rue Servandoni, se souvient : « Nous sortions tous les soirs. Nous nous couchions si tard que je n'étais jamais levé à l'heure pour aller à la cantine des beaux-arts »[3]. De fait, « pour Gréco, Quentin et leurs amis, les nuits du quartier commencent au bistrot et finissent dans d'interminables promenades dans les rues un peu provinciales du sixième arrondissement »[3].

Sa première exposition, en 1945 à la Maison de l'université à Paris, fait itinérance en Suisse en 1946. C'est à Berne que Bernard Quentin découvre avec fascination les œuvres de Paul Klee qui, conservées dans la maison du fils de ce dernier, font valoir une approche très profonde des écritures orientales et africaines. « Ce primitivisme poétique le séduit et l'éloigne de l'expressionnisme abstrait »[1] pour l'amener, par la création d'idéogrammes où déjà il énonce son intérêt pour le cunéiforme, l'écriture hiéroglyphique égyptienne, le rune scandinave (à l'étude duquel il va passer tout l'hiver 1948 en Laponie), les inscriptions rupestres de la Vallée des merveilles[4], à rapprocher durablement sa démarche de la lettre et du signe. C'est dans ce champ d'investigation que, dans les années 1947-1950, il expose chez Aimé Maeght avec le groupe Les mains éblouies qui réunit notamment Joan Miró, Alberto Giacometti, Jean Signovert, Alexander Calder et Antoni Tàpies, et où il se lie surtout d'amitié avec Pierre Dmitrienko, François Arnal et Serge Rezvani.

En 1954, Bernard Quentin voyage en Amérique du Sud (Brésil et Pérou), en Afrique de l'ouest (réalisant des fresques murales à Niamey et Bamako), puis, peu après, dans plusieurs capitales d'Europe de l'est (Varsovie, Moscou, Prague)[4].

Dans les années 1960, Bernard Quentin élargit ses investigations de la peinture à la sculpture en exécutant des statues totémiques et surtout ses premières sculptures gonflables (les Cybules, la Vénus de Chicago) qui, appelés à des interventions monumentales dans les paysages, seront vues comme annonciatrices du Land Art[réf. nécessaire]. Il est dans le même temps le premier designer à concevoir des sièges gonflables[5] qui sont présentés en 1963 par la galerie Iris Clert à Paris lors d'une exposition à ambition futuriste (Le salon de l'an 2104), à la Foire internationale de New York en 1964 ensuite, puis produits en série, pour être vendus aux États-Unis et au Japon, par le groupe Adamoli à Milan en 1966[6]. Poursuivant cependant simultanément son travail sur le signe, Bernard Quentin s'est installé en 1962 et pour une durée de deux années à Milan dans le cadre d'un accord avec le Centre de recherche Olivetti, y déplaçant alors son champ de travail de la peinture vers l'informatique, offrant à Salvador Dalí de voir en lui « le pionnier de l'art cybernétique et de l'écriture électronique »[réf. nécessaire].

En 1977, Bernard Quentin crée, avec entre autres Jesus Rafael Soto, Jean Messagier, Jean-Pierre Raynaud, Pierre Restany et Serge Rezvani, le collectif L'Art+ qui se donne pour finalité de prolonger l'art dans des intégrations monumentales à l'environnement[7].

Sur la création de son alphabet, en même temps que sur le choix de l'appeler « Babel », Bernard Quentin s'explique : « Il fallait trouver un langage universel et, pour ça, inventer des symboles compréhensibles par tous. Mais le sens des symboles peut différer d'un continent à l'autre. C'est pourquoi j'ai imposé des symboles qui peuvent être repris par tout le monde. C'est le côté universel. Je me suis basé sur les calligraphies coufiques et zen, où chaque artiste ajoute quelque chose, en plus du sens ». Chez Bernard Quentin, la couleur des signes les situe grammaticalement : bleu pour les noms, vert pour les adjectifs, rouge pour les verbes, orange pour les articles et les pronoms. Système d'écriture donc « pour unir les hommes », fort de « trois mille signes qui peuvent tout dire, tout raconter. Graffitis, sténo-graffitis, hiéroglyphes, pictogrammes, fibres optiques, lettres électroniques, forment “l'art sémiotique” de Bernard Quentin qui n'a jamais cessé d'explorer le champ des possibles inscrits dans chaque mot, chaque signe, chaque graphie »[8].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

En France
Au Maroc

Œuvres dans les collections privées référencées[modifier | modifier le code]

Ouvrages illustrés[modifier | modifier le code]

  • Gustave-Arthur Dassonville, J'ai dû mourir, gravures de Bernard Quentin, édité par l'auteur, 1952.
  • Bernard Quentin, Connaître l'art de la démesure de Bernard Quentin, dont suite de 110 exemplaires constituant l'édition originale et enrichis d'une œuvre sur tissu signée par l'artiste, Éditions Jacques Dopagne et Michel Broomhead, Paris, 1986.
  • Charles-Horace Pietri, Moires, dix poèmes gravés à l'eau-forte par Bernard Quentin, 1989.
  • Jean-Loup Philippe, Le Papierha, cinq gravures de Bernard Quentin, Éditions Athmy, 2002.
  • Pierre Grimblat, Autodidarque, poèmes précédés d'un frontispice de Bernard Quentin, Éditions Léon Scheer, 2006[21].

Expositions[modifier | modifier le code]

Personnelles
Collectives

Réception critique[modifier | modifier le code]

  • « C'est l'une des grandes conquêtes de l'art contemporain d'avoir su voir l'écriture en elle-même, lui reconnaître une spécificité plastique […] Quentin est de ceux qui en ont tiré le maximum de conséquences, c'est-à-dire d'œuvres […] Tout ce qu'il a créé dans cette béance de la modernité renvoie à ce marquage du monde qu'est l'écriture. » Jean-Clarence Lambert[36]
  • « Certaines de ses créations sont proches de l'esprit d'un Claes Oldenburg aux États-Unis. Les écritures, signes et graffitis de Quentin datent de 1946-1950 et 1961-1963: c'est avec étonnement qu'on peut les rapprocher aujourd'hui des graffitis monumentaux de Keith Haring par exemple. Mais il y a chez Quentin une fascination du signe, du signifiant même, qui l'a poussé sans doute à transcrire ses recherches sur le plan de la sculpture et de l'architecture, et l'a conduit à intégrer la poésie dans l'environnement par le “scriptural” » - Gérald Schurr[37]
  • « […] Bernard Quentin, d'une façon continue, a ancré son travail de plasticien sur l'objet-lettre et l'objet-mot. Créant des objets-mots, des architectures-sculptures, aménageant des rues-poèmes, il a contribué à l'apparition d'un "art sémiotique" par lequel, interrogeant la forme du langage, il conduit à s'interroger sur le langage de la forme. » - Jacques Busse[4]
  • « Hors normes, renouant avec l'origine scripturale de l'art, l'œuvre de Bernard Quentin s'inscrit dans une méthode de penser et de communiquer innovante, à partir de codes inédits pour un parcours sémiotique au message multiple et omniscient. Constitué de conquêtes successives, puisant dans les calligraphies primitives, son parcours se déroule dans une parfaite cohérence, de l'écriture automatique à l'écriture électronique, et développe des langages visuels qui n'ont plus de rapports avec la gestuelle spontanée graphique de l'abstraction lyrique de laquelle il s'est vite détaché. » - Lydia Harambourg[38]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Galerie Pascal Polar, Bruxelles, Bernard Quentin, biographie, sur pascalpolar.be.
  2. Valère-Marie Marchand, Boris Vian, le sourire créateur, Éditions de l'Archipel, 2009.
  3. a et b Bertrand Dicale, Juliette Gréco, l'invention de la femme libre, Éditions Textuel, 2009.
  4. a, b, c et d Jacques Busse, « Bernard Quentin », in Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999.
  5. Constantino Corsini, « Pneumatic design », Domus, décembre 1967.
  6. (en) Charlotte et Peter Fiell, Plastic dreams : synthetic visions in design, Londres, Fiell editor, 2009.
  7. a et b Galerie Michel Broomhead - Junker, Présentation de Bernard Quentin, sur bj-fineart.com.
  8. a et b Art Actualités, Bernard Quentin: la vie est belle, 1er mai 2013
  9. Catherine Millet, L'art contemporain en France, Flammarion, 2005.
  10. Archives INA, L'avant-garde - Bernard Quentin et ses gonflables, 1975, film vidéo, YouTube, durée 7 min 49 s.
  11. a et b Le Berry, Bernard Quentin hôte du Donjon de Jouy, 12 août 2013
  12. a et b Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin Delcroix, De Bonnard à Baselitz, estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992, page 339.
  13. a et b >Emmanuelle Boleau, « Hommage à Élie Azagury », Selektimmo, 26 mars 2010.
  14. Noémie Lesquins, « Archives Jean Le Couteur », Colonnes, no 12, octobre 1988.
  15. Guy Boyer, « Décès du collectionneur Bob Calle », Connaissance des arts, 8 avril 2015.
  16. Dominique Poiret, « Le collectionneur d'art Robert Calle est décédé », Libération, 9 avril 2015.
  17. Thomas Monnerais, « Gérard Depardieu , fan d'un artiste méconnu de 87 ans », Le Monde, 25 mai 2011.
  18. Serge Kaganski, « J'ai visité sa maison en chantier avec Gérard Depardieu », Les Inrocks, 16 juillet 2011.
  19. Caroline Beyer, « Depardieu vend son hôtel particulier 50 millions d'euros », Le Figaro, 13 décembre 2012.
  20. Anthony Barzilay Freund (texte) et Roger Davies (photographies), « Gold rush », Elle Décor, décembre 2009.
  21. Éditions Léon Scheer, Pierre Grimblat - Autodidarque, présentation du livre
  22. Roger van Gindertael, Michel Seuphor et Léon Degand, Bernard Quentin à la Galerie Mai in revue Art Aujourd'hui, n°9, avril 1950.
  23. Galeries Broomhead, Rambert et Haîk, Art maximal et monumental, présentation de l'exposition, juin 1989
  24. Musée de la Poste, Présentation de l'exposition Bernard Quentin, 2007
  25. Martine Piazzon, diaporama, Bernard Quentin, l'écriture au cœur de l'art, Musée de la Poste, 2007
  26. Galerie Catherine Houard, Présentation avec diaporama de l'exposition Bernard Quentin, 2011
  27. Galerie Catherine Houard, Le parcours de Bernard Quentin, 2011
  28. Béatrice Coppens, Langage des signes, graffitis et poésie, Sud-ouest, 30 juin 2011
  29. Galerie W, La vie est est belle, présentation de l'exposition, 2013
  30. News Art Today, Éric Landau présente l'exposition Bernard Quentin, film, 2013, durée 2 min 08 s
  31. Galerie W, Bernard Quentin
  32. Sens et le dire (blog de Frédérique Flori), "La vie est belle" à la Galerie W, mai 2013
  33. Casimir Bernard, Bernard Quentin, grand invité de l'été, Le journal du Cher, 16 juillet 2015
  34. Centre d'arts plastiques de Royan, Présentation de l'exposition Bernard Quentin, 2014
  35. Rectorat de l'Académie de Poitiers, Bernard Quentin - un art langage universel postmoderne
  36. Jean-Clarence Lambert, Quentin, des graffitis aux monuments, Éditions Cercle d'art, 1991.
  37. Gérald Schurr, Le guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1993, p.835.
  38. Lydia Harambourg, « Bernard Quentin - pour un art post-moderne », in Bernard Quentin - Quentin Babel-Web, un art langage universel, Centre d'arts plastiques de Royan, 2014.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Seuphor, Dictionnaire de la peinture abstraite, Hazan, Paris, 1957.
  • Jean-Clarence Lambert, La jeune école de Paris, Collection « Le Musée de poche », Editions Georges Fall, 1958.
  • Constantino Corsini, « Pneumatic design », Domus, décembre 1967.
  • Sous la direction de Gérard Ifert et Béatrice Simon, S'asseoir, Éditions du Musée de Grenoble, 1974.
  • Michel Butor, Michel Giroud, Jean-Clarence Lambert, Gilbert Lascault, Marc Le Bot, Gérard-Georges Lemaire, Raphaël Monticelli, Francis Parent, François Pluchart, Pierre Restany, Julian Rios et Michel Sicard, Écritures dans la peinture, Villa Arson, Nice/Centre national des arts plastiques, 1984.
  • Collectif (dont texte de Bernard Quentin), Connaître l'art de la démesure de Quentin, Éditions Galerie Michel Broomhead, Paris, 1986.
  • Jean-Clarence Lambert, Pierre Restany et Jean Leymarie, Quentin, des graffitis de 1947 aux monuments du troisième millénaire, Cercle d'art, Paris, 1991.
  • Françoise Woimant, Marie-Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz, estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992.
  • Gérald Schurr, Le guidargus de la peinture, Les Éditions de l'Amateur, 1993.
  • Lydia Harambourg, L'École de Paris 1945-1965, Dictionnaire des peintres, Ides et Calendes, Neuchâtel, 1993.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, t.11, Gründ, 1999, p. 345-346.
  • Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001. Voir page 1033, entrée « Bernard Quentin ».
  • Catherine Millet, L'art contemporain en France, Flammarion, 2005.
  • Bertrand Dicale, Juliette Gréco, l'invention de la femme libre, Éditions Textuel, Paris, 2009.
  • Valère-Marie Marchand, Boris Vian, le sourire créateur, Éditions L'Archipel, Paris, 2009.
  • (en) Charlotte et Peter Fiell, Plastic dreams : synthetic visions in design, Londres, Fiell editor, 2009 (introduction en ligne).
  • Forest (dir.), Mobi-Boom, l'explosion du design en France - 1945-1975, Éditions les arts décoratifs, Paris, 2010.
  • Lydia Harambourg et Bernard Quentin, Bernard Quentin - Quentin Babel-Web, un art langage universel, Éditions du Centre d'arts plastiques de Royan, juillet-septembre 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]