Salle Pleyel

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Salle Pleyel

Description de l'image  Salle Pleyel 5.jpg.
Type Salle de concerts symphoniques
Lieu 252, rue du faubourg Saint-Honoré
(Paris)
Coordonnées 48° 52′ 37″ Nord 2° 18′ 04″ Est / 48.876994, 2.301036 ()
Architecte(s) Gustave Lyon
Inauguration
Capacité 1913
Gestionnaire Cité Pleyel
Protection  Inscrit MH (2002)
Site web www.sallepleyel.fr

Résidence

Orchestre de Paris
Orchestre philharmonique de Radio France

La salle Pleyel, du nom de la manufacture de pianos française Pleyel, est une salle de concerts symphoniques située dans le VIIIe arrondissement de Paris, 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, près de la place des Ternes, et inaugurée en 1927. Depuis septembre 2006, elle accueille en résidence l’orchestre de Paris et l’orchestre philharmonique de Radio France. La salle Pleyel est gérée par la Cité de la musique depuis 2006 et propriété de cette dernière depuis juin 2009.

De style art déco, elle est généralement considérée comme l’une des grandes salles du XXe siècle et comme un « passage obligé de la gent musicale internationale » (Trinques 2003, p. 147). Elle a contribué à l’animation de la vie musicale de la capitale française en accueillant depuis son ouverture environ vingt-cinq millions de spectateurs lors de vingt mille concerts[1]. Plusieurs fois rénovée, elle a rouvert en septembre 2006 après quatre années d’interruption. La salle fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [2].

C’est le seul auditorium spécifiquement construit pour la musique symphonique à Paris, les autres concerts avec orchestre ayant lieu notamment à la salle Olivier-Messiaen de la maison de Radio France et à la salle Gaveau, plus petites, ou au théâtre des Champs-Élysées et au théâtre du Châtelet, des salles à l’italienne.

(M) Ce site est desservi par la station de métro Ternes.

Programmation[modifier | modifier le code]

Depuis l’automne 2006, la salle Pleyel accueille en résidence permanente deux formations :

  • l’orchestre de Paris, qui y donne tous ses concerts, le mercredi et le jeudi, soit une cinquantaine de concerts par saison représentant une trentaine de programmes, et y tient également toutes ses répétitions ;
  • l’orchestre philharmonique de Radio France, qui donne à Pleyel une vingtaine de concerts pendant la première saison, le vendredi.

L’orchestre symphonique de Londres a par ailleurs signé une convention de résidence de trois ans dans le cadre de laquelle il donnera à Pleyel tous ses concerts parisiens, soit quatre ou cinq programmes par saison.

Pleyel accueille régulièrement depuis sa réouverture :

Outre les concerts symphoniques qui constituent la majeure partie de sa saison de réouverture, Pleyel accueille des récitals vocaux, de la musique de chambre et des concerts de jazz. Elle accueille depuis 2010, en coproduction avec la Cité de la musique, les concerts du festival Days Off. Au total, elle programme chaque saison 200 concerts environ, dont la moitié assurée par les trois formations en résidence.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les anciennes salles Pleyel[modifier | modifier le code]

La salle Pleyel trouve sa lointaine origine dans les deux salles de concert précédemment construites par Camille Pleyel, le fils d’Ignace Pleyel, fondateur en 1807 de la célèbre manufacture de pianos Pleyel.

Un salon, d’environ cent cinquante places, est d’abord ouvert le 1er janvier 1830 au nº 9 de la rue Cadet, dans le IXe arrondissement. Il accueille de grands pianistes de l’époque, dont Frédéric Chopin en 1832 et Franz Liszt en 1833.

La première salle Pleyel est construite en 1838–1839 au nº 22 de la rue Rochechouart, à côté de la manufacture, et inaugurée en décembre 1839. Dans cette salle de cinq cent cinquante places ont lieu des concerts de piano et de musique de chambre qui occupent une place importante dans la vie musicale parisienne du XIXe siècle. De nombreux grands musiciens s’y produisent : Chopin y donne son dernier concert en 1848, et elle voit les débuts, entre autres, de Camille Saint-Saëns, âgé de onze ans, en mai 1846, de César Franck, d’Anton Rubinstein etc.. En janvier 1897, le compositeur et virtuose pianiste Edouard Potjes y donna un concert très apprécié. Dans cette salle sont notamment créés[3] :

La construction[modifier | modifier le code]

Façade de la salle.

Au début des années 1920, l’ingénieur et architecte Gustave Lyon, directeur de la société Pleyel, décide de faire construire un grand centre musical avec en son cœur une salle de concert symphonique de trois mille places bénéficiant des dernières recherches en acoustique musicale, et intégrant des studios et des espaces d’accueil et d’exposition, permettant notamment de promouvoir les instruments produits par la société. En 1922, il confie la réalisation de son projet à l’architecte Jean-Marcel Auburtin, qui décèdera en 1926 ; deux de ses collaborateurs, André Granet et Jean-Baptiste Mathon, le remplaceront. Le chantier est lancé le 5 décembre 1924 sur le terrain situé au nº 252 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à proximité de la place de l’Étoile, et achevé en 1927.

Le bâtiment comprend :

  • la grande salle, d’une capacité trois mille places environ ;
  • la salle Debussy, d’une capacité de cent cinquante places environ ;
  • la salle Chopin, d’une capacité de cinq cent neuf places environ, prévue pour la musique de chambre ;
  • des espaces d’accueil comme le grand hall, ainsi qu’un espace d’exposition et de démonstration de pianos Pleyel ;
  • des studios insonorisés ;
  • des espaces de bureau, des appartements.

L'inauguration[modifier | modifier le code]

Le 18 octobre 1927, la salle Pleyel est inaugurée par un concert de l’orchestre de la Société des concerts du Conservatoire dirigé par Philippe Gaubert, avec en soliste Robert Casadesus et au cours duquel Igor Stravinski et Maurice Ravel dirigent également[4]. Y assistent le président de la République Gaston Doumergue, le président du Conseil des ministres Raymond Poincaré, le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts Édouard Herriot, ainsi que des compositeurs comme Paul Dukas, Manuel de Falla, André Messager et Reynaldo Hahn.

La critique musicale ainsi que l’architecte Le Corbusier saluent la réussite acoustique d’une salle alors considérée comme révolutionnaire, comme en témoigne l'article signé Henry Prunières et paru dans La Revue musicale :

« Le 18 octobre 1927 a été solennellement inaugurée la nouvelle Salle Pleyel. (...) Paris en effet ne vient pas d'être doté d'une belle salle de concert de 3 000 places, comme il y en a déjà depuis longtemps à Vienne, à Berlin, à Amsterdam, aux États-Unis, mais d'une salle qui ne ressemble à aucune autre et qui marque, on peut du moins l'espérer, la prééminence de l'acoustique sur l'architecture en ces matières. Pour la première fois, ce n'est pas un architecte qui a dressé les plans de la salle, mais un acousticien. Ce dernier a longuement calculé les divers problèmes qu'imposaient à son esprit les lois de la réflexion des ondes sonores et a établi un plan de salle où n'intervient aucune préoccupation d'ordre architectural. (...) Il prenait pour point de départ le théâtre antique qui consiste en une scène pour les acteurs devant un mur de fond réfléchissant le son sur les spectateurs. L'excellente acoustique qu'on observe sur presque tous les théâtres antiques provenait assurait-il de cette disposition et de l'absence de plafond. (...) M. Gustave Lyon se proposait donc d'éliminer le plafond, ne lui laissant qu'un rôle de protection de la salle, mais l'empêchant de réfléchir la moindre onde sonore. Il se proposait en outre de superposer trois salles, chacune recevant isolément les ondes qui lui étaient destinées grâce à trois « murs de fond » disposés à des hauteurs diverses. (...) Ce qui est prodigieux, c'est que le succès de cette conception hardie dépasse toutes les espérances[5]. »

Les premières années[modifier | modifier le code]

Le 19 juillet 1928, la grande salle est ravagée par un incendie qui endommage également les salles Debussy et Chopin. Les réparations sont rapides et permettent au bâtiment de rouvrir dès la fin de l’année. Des matériaux ininflammables ont été utilisés, comme du métal pour les fauteuils. Cependant, la capacité de la salle a dû être réduite à 2 546 places.

Dès ses premières années, la salle Pleyel accueille des concerts de l’orchestre symphonique de Paris, de la Société philharmonique de Paris, et des orchestres Colonne, Lamoureux et Pasdeloup, des pianistes Cortot, Casadesus, François, Perlemuter, Rubinstein, Horowitz, Arrau, Nat, de Landowska, Enesco, Thibaud et Segovia. À son pupitre passent notamment Walter, Furtwängler, Pierné, et des compositeurs comme Honegger, Ravel, Schönberg, de Falla, Stravinski, Poulenc.

En 1929 est installé un orgue Cavaillé-Coll de soixante-dix jeux à quatre claviers mobiles ; il est inauguré le 5 mars 1930 par Marcel Dupré.

La Grande Dépression entraîne la faillite de la société Pleyel en mars 1933. En mai 1935, la salle Pleyel, affaiblie financièrement par l’incendie de 1928 et incapable de rembourser ses emprunts, devient la propriété de sa banque, le Crédit lyonnais. La Société immobilière Saint-Honoré-Monceau, par l'intermédiaire de laquelle Pleyel possédait la salle, est renommée en 1938 Centre artistique de Paris. La manufacture et la salle restent séparées jusqu’en 2000.

L’architecte de l'immeuble, André Hamayon, est chargé en 1958 de retravailler l’acoustique de la grande salle, dont la réverbération semble trop importante.

La programmation des années 1940 à 1990[modifier | modifier le code]

Durant la deuxième moitié du XXe siècle, la salle Pleyel reste un auditorium de renommée mondiale et accueille la plupart des grandes formations et des grands musiciens de l’époque[6].

À partir des années 1950, et dans les années 1960 dans le cadre du Paris Jazz Festival, la salle Pleyel accueille la plupart des grands noms du jazz au XXe siècle : Louis Armstrong, Stéphane Grappelli, Art Tatum, Django Reinhardt, Ella Fitzgerald, Erroll Garner, Miles Davis, Keith Jarrett, Ray Charles, Michel Petrucciani. Même quelques groupes de rock, comme Lynyrd Skynyrd, y donnent des concerts dans les années 1970. S’y produisent également des chanteurs de variétés, comme Maurice Chevalier, France Gall, Dalida et Leonard Cohen.

Le Crédit Lyonnais, propriétaire de la salle, choisit de ne pas en limiter l’usage à des concerts et la loue à l’occasion pour des congrès politiques, des conférences, des offices religieux, des projections, des concours de coiffure, des tirages de la Loterie nationale ou des galas de variétés.

En 1980, l’Orchestre de Paris, alors dirigé par Daniel Barenboim, quitte le palais des congrès pour prendre résidence à la salle Pleyel.

Le 31 octobre 1981, les cycles « Piano **** », fondés en 1971[7], s’y installent avec un concert lors duquel Claudio Abbado et Rudolf Serkin jouent les Neuvième et Vingtième Concertos pour piano de Mozart.

En novembre 1999, le chanteur Charles Trenet donne salle Pleyel son dernier concert.

La rénovation des années 1980[modifier | modifier le code]

En 1981, le Crédit lyonnais, qui développe une politique de mécénat culturel, décide d’une nouvelle rénovation de la salle Pleyel. Il en confie la maîtrise d’œuvre aux architectes Claude Hamayon et Xavier Rosset, associés à l’acousticien Abraham Melzer, à l’architecte et scénographe Bernard Guillaumot et au décorateur Noël Davoine.

La salle ainsi restaurée est inaugurée le 14 octobre 1981. Le résultat de cette rénovation a été critiqué en ce qui concerne l’acoustique ; de nouveaux travaux de moindre envergure sont menés en 1994 par Christian de Portzamparc.

Le rachat par Hubert Martigny puis par la Cité de la musique[modifier | modifier le code]

Le Crédit Lyonnais reste propriétaire de la salle Pleyel jusqu’en 1998, date à laquelle, étant alors en grave difficulté financière, il la vend dans le cadre des cessions d’actifs du Consortium de réalisation (CDR). Apprenant par la presse, en 1997, que la salle est à vendre, l’industriel Hubert Martigny, cofondateur de la société de conseil en innovation Altran Technologies et mélomane, décide de présenter un dossier comportant une partie financière (de 10 millions d’euros), un projet artistique (la création d’une véritable direction artistique à Pleyel), et un projet de rénovation. C’est la cohérence de son dossier et l’ambition qu’il a pour le lieu qui fait la différence avec les autres projets présentés. Malgré tout, peu d’enchérisseurs s'intéressent à cet actif si particulier. En 1998, Hubert Martigny devient propriétaire de la salle en la rachète sur ses propres fonds pour 10 millions d’euros via la société IDSH et en confie la direction artistique à son épouse, le chef d’orchestre Carla Maria Tarditi.

Le Crédit Lyonnais a, un temps, pensé démolir ce lieu et bénéficier des 2 600 mètres carrés du terrain pour en faire un immeuble de bureaux, mais le projet fut rendu impossible par une ordonnance de 1945 interdisant de détourner une salle de spectacle de son objet d’origine. Pourtant, à la fin des années 1990, l’immeuble ne fait l’objet d’aucune protection. Il faut attendre 1999 pour que la salle soit inscrite à l’inventaire des Monuments historiques.

En 2000, Hubert Martigny rachète également les pianos Pleyel et leur marque. Il investit beaucoup d’argent dans le redressement des pianos et décide de lancer la rénovation de la salle, conformément à son engagement, en investissant 33 millions d’euros sur ses fonds propres.

Le 8 décembre 2003, le ministre de la Culture et de la Communication Jean-Jacques Aillagon conclut avec Hubert Martigny un accord en vertu duquel l’exploitation de la salle est confiée à l’État pour une durée de vingt ans. En raison du montant élevé du loyer, le ministère de l'Économie, des Finances et de l’Industrie refuse d’entériner l’accord[8].

Fin 2004, le successeur de M. Aillagon, Renaud Donnedieu de Vabres, autorise un accord plus avantageux pour l’État, qui aboutira en 2009 au « rachat » de la salle par l’établissement public de la Cité de la musique : le 8 novembre 2004, Hubert Martigny s’engage à louer pour cinquante ans la salle Pleyel à la Cité de la musique, qui deviendra, en 2056, propriétaire de la salle et de ses annexes pour l’euro symbolique.

La rénovation des années 2000[modifier | modifier le code]

Évaluation[modifier | modifier le code]

L’acoustique de la salle Pleyel avait déjà fait l'objet de critiques, auxquelles les différentes rénovations n’avaient pas apporté de réponse. Le plafond parabolique conçu par Gustave Lyon provoquait en effet une redistribution du son uniforme et sans relief, et la forme de la salle, facteur primordial de son acoustique en particulier en ce qui concerne le volume, n’avait jamais été modifiée lors des différentes rénovations.

En 1989, une étude du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) mettait en évidence les problèmes acoustiques : temps de réverbération insuffisant, sensation d’enveloppement inexistante, manque d’équilibre, écho du mur arrière.

En février 1999, un rapport d’André Larquié, alors directeur de la Cité de la musique, au ministre de la Culture et de la Communication, fait une évaluation critique de la capacité de la salle Pleyel à devenir un auditorium symphonique de rang international[9] :

« Il faut pourtant constater que cette salle, au nom emblématique, n’a jamais été reconnue comme l’une des salles de référence de la vie musicale, et les professionnels interrogés soulignent tous les faiblesses qui la caractérisent :

  • Son acoustique ne saurait être considérée comme réellement satisfaisante. Notamment, pour les spectateurs, les pupitres de cordes paraissent « mats », et les cuivres tendent à écraser « le quatuor ». Ce problème paraît lié à la conception même de la structure de la salle. […]
  • Malgré les travaux effectués en 1981, la salle a vieilli ; la décoration de la salle elle-même, certes améliorable, apparaît aujourd'hui bien triste, et son confort très relatif.
  • La configuration même de son hall d’accueil, peu ouvert sur le quartier, n’y rend guère facile l’organisation d’une animation attractive permanente.
  • Enfin, sa localisation, certes à proximité des Champs-Élysées, la situe néanmoins dans un quartier peu animé, et surtout excentré par rapport à la vie musicale et culturelle de la capitale.

Significatif de cette situation, de nombreux orchestres étrangers de passage à Paris, et leurs chefs, ainsi d'ailleurs que les producteurs, préfèrent organiser leurs concerts, ou leurs récitals, au Théâtre des Champs-Élysées, malgré une jauge sensiblement inférieure (environ quatre cents places de moins) pour un prix de location équivalent (de l’ordre de 100 000 F hors taxes). »

François Ceria, l’architecte chargé de la rénovation, confirme ce jugement négatif : « Ce qui a été bidouillé après-coup est épouvantable[10]. »

Travaux[modifier | modifier le code]

Le 13 octobre 2002, après le premier concert en France de l’orchestre philharmonique de Berlin sous la direction de son nouveau chef Simon Rattle, la salle Pleyel est fermée pour des travaux de rénovation qui ne commenceront finalement qu’en janvier 2005. Ils coûtent 30 millions d’euros, pris en charge par la société d’Hubert Martigny grâce à un prêt du groupe Caisse d’épargne.

Hubert Martigny a obtenu un permis de construire en juillet 2004. La rénovation est confiée à Artec Consultants, l’un des cabinets de conception de salles de concert les plus renommés du monde, et à l’architecte François Ceria. La réalisation est assurée par la Société d’études, d’aménagement et de réalisations immobilières et foncières (Sodéarif), filiale de Bouygues construction. En janvier 2005, Bouygues prend possession de la salle pour 19 mois de travaux qui s’achèvent le 31 juillet 2006.

La réouverture de 2006[modifier | modifier le code]

Le 1er septembre 2006, la Cité de la musique, sous la direction de son directeur général, Laurent Bayle, prend la direction de la « nouvelle salle Pleyel ». Elle est inaugurée le 13 septembre 2006, avec l’orchestre de Paris, dirigé par Christoph Eschenbach, qui joue la Deuxième Symphonie Résurrection de Gustav Mahler.

Une nouvelle saison musicale de 160 concerts permet pour la première fois d’accueillir simultanément deux orchestres résidents et un orchestre invité. L’orchestre de Paris, l’orchestre philharmonique de Radio France, le London Symphony Orchestra, l’orchestre philharmonique de Berlin et tant d’autres retrouvent le chemin de Pleyel.

Architecture et acoustique[modifier | modifier le code]

La salle de 1927[modifier | modifier le code]

La salle conçue par Gustave Lyon et construite de 1924 à 1927 par Jean-Marcel Auburtin, puis André Granet et Jean-Baptiste Mathon est fortement marquée par l’architecture moderne, avec « la nudité des lieux, le plafond, immense voûte reliant d’un seul jet l’arrière-scène au sommet du second balcon, l’absence voulue de toute recherche décorative » (Trinques 2003, p. 148). Elle peut accueillir 3 000 spectateurs environ – 2 546 après les travaux consécutifs à l’incendie de 1928.

Gustave Lyon, dans sa recherche acoustique, a imaginé de baser la structure de la salle sur celle d’un entonnoir. La scène est l’endroit le plus réduit de la salle, et le plafond est lié au mur arrière environ 6 m au-dessus de l’orchestre ; il constitue une vaste voûte arrondie qui remonte et s’élargit au fur et à mesure qu’elle rejoint l’arrière de la salle. Devant la scène, un long parterre s’étend jusqu’aux deux balcons du fond. La hauteur du plafond au niveau des balcons est presque double que celle au niveau de l’orchestre.

La salle, aux couleurs dorées, est décorée de panneaux de Marc Jaulmes.

Le hall, de 24 m sur 12 avec en son centre une rotonde ouverte sur les étages supérieurs, est décoré dans le style art déco par des ferronneries de Raymond Subes, des médaillons de Le Bourgeois et des luminaires de la maison Baguès. Il comporte un magasin de pianos, de phonographes et d’appareils de radio, des vitrines d’exposition, une librairie, une galerie de peintures et un salon de thé.

Le bâtiment a huit étages, où sont installés des appartements, des salles d’exposition, des ateliers de montage, de service et de maintenance, une bibliothèque, et soixante studios.

La salle entre 1961 et 2006[modifier | modifier le code]

Quelle qu’ait été la qualité de l’acoustique originelle, les réparations consécutives à l’incendie de 1928 ont fait apparaître un écho qui a été le principal défaut de la salle Pleyel. « L’ancien écho, c’est un peu le fantôme de Pleyel, note en 2006 la critique du Monde, Marie-Aude Roux. À certains endroits de la salle, le public avait deux concerts pour le prix d’un[11]. » La salle a connu trois rénovations en un tiers de siècle, qui, tout en modifiant sensiblement la configuration de la salle, n’ont pas pu apporter de solution à ce problème.

1958

Après la rénovation de 1958 par André Hamayon, la salle comporte cadre de scène, ce qui supprime sa continuité. L’acoustique est modifiée par un plafond plus bas et des réflecteurs en forme de pointes de diamants. Elle dipose également d’un plateau plus vaste.

Dans les espaces d’accueil, la rotonde est recouverte au niveau du hall d’une calotte sphérique qui la sépare des niveaux supérieurs. Au premier étage, un studio de danse remplace la galerie d’exposition.

1981

Après les nouveaux travaux de 1981, la grande salle a retrouvé sa concavité originelle grâce à un plafond de bois et à la suppression du cadre de scène. La décoration, retravaillée, allie les tons chauds du revêtements de bois d’orme au bleu des nouveaux sièges. Elle offre 2 370 places.

1994

Lors de la rénovation menée en 1994 par Christian de Portzamparc, la décoration de la salle est modifiée ; dans le hall, la mosaïque au sol de la rotonde est remplacée par du marbre blanc.

La salle en 2006[modifier | modifier le code]

Salle Pleyel, 2008 : parterre et balcons.
Salle Pleyel, 2008 : grills, scène et arrière-scène.
Salle Pleyel, 2008 : la scène pendant une représentation.
Grande salle

La grande salle a été profondément transformée lors de la rénovation de 2005-2006, à tel point que le critique du Monde, Renaud Machart, considère qu’« il ne s’agit pas d’une réfection, mais d’une construction nouvelle au sein de la coque originelle du bâtiment[12]. » Sa jauge est réduite à 1 913 places – soit 1 760 pour le public lorsqu’un chœur est sur la scène :

  • Le faux plafond en bois et de la conque de scène ont été supprimés ; la nouvelle salle fait 44 m de long, 27 m de large et 19 m de haut, et le volume d’air par spectateur a été augmenté d’un tiers. La salle est moins longue et la scène se trouve ainsi plus proche du public.
  • Le nouveau parterre comporte 1 030 places, notamment en raison de la réduction des espaces sous les balcons. Les sièges sont disposés en trois blocs.
  • Les sièges des deux balcons – 397 au premier et 327 au deuxième – ont été réalignés.
  • Quatre balcons latéraux – ou plutôt des bergères, avec une seule rangée de sièges – ont été ajoutés pour améliorer la diffusion du son ; chacun peut accueillir 19 personnes.
  • La scène a été agrandie de moitié et redessinée ; une série de trappes et de plateaux réglables remplace les gradins.
  • Des banquettes sont aménagées derrière l’orchestre (arrière-scène), comme à la philharmonie de Berlin, pour accueillir 162 spectateurs ou, parfois, un chœur.
  • Les nouveaux sièges sont plus larges de dix centimètres et les rangées plus espacées, afin d’améliorer le confort pour les spectateurs.
  • La salle perd ses couleurs foncées et arbore désormais des murs peints en blanc légèrement teinté, du hêtre clair recouvert d’un tissu rouge bourgogne pour les fauteuils, du bois de chêne clair pour la scène et du hêtre pour le reste de l’habillage, et gagne ainsi en sobriété comme en chaleur.

Lors des répétitions de la semaine précédente, les musiciens de l’orchestre de Paris, qui avaient pris résidence au théâtre Mogador pendant les travaux, ont apprécié favorablement l’acoustique de la nouvelle salle. Pour le premier violon Philippe Aïche, « il y a une très belle définition du son notamment dans les graves, cela donne une grande clarté dans l’émission, la couleur passe bien et, surtout, il n’y a plus l’ancien écho ! […] On a aussi le sentiment d’une plus grande proximité avec le public. Nous espérons d’ailleurs redevenir un vrai orchestre de proximité ! » Le violoncelliste Éric Picard considère que « l’acoustique est très lumineuse, légère, souple, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit facile. Il manque peut-être un peu de réverbération, mais on s’entend jouer très bien entre musiciens, ce qui n’était pas le cas auparavant[11]. » Le critique du Monde, Renaud Machart, loue quant à lui la « parfaite lisibilité des plans sonores, des détails, des nuances » : « on entend mieux la Deuxième Symphonie de Mahler à la Salle Pleyel qu’au Concertgebouw d’Amsterdam, haut lieu de la tradition mahlérienne, mais salle très résonnante. » Le son du nouveau Pleyel « n’est pas sec, il est plutôt mat » ; « en dépit de la configuration “ramassée” de la salle, il n’est jamais agressif, frontal[12]. »

Il semble que l’acoustique exige d’un orchestre une grande homogénéité et une grande correction rythmique. Le percussionniste Frédéric Macarez juge la salle « très sonore et presque crue : il va falloir améliorer la rondeur du son, tout en gardant la même précision d’attaque. » Le directeur musical de l’orchestre, Christoph Eschenbach, confirme que « cette acoustique peu réverbérée exige une parfaite définition de la partition. On entend tout. C’est bien pour la discipline de l’orchestre, qui va pouvoir retrouver son naturel et perdre une certaine dureté acquise à Mogador, où il fallait constamment forcer le son[11]. » Renaut Machart avance que « cette acoustique ne cachera pas les défauts des formations qui y joueront ; les violons devront, sans l’aide “cosmétique” d’une bouée de sauvetage sonore, créer par eux-mêmes le sourire, la lumière et la caresse des aigus suspendus pianissimo. » La salle sera tout aussi bien adaptée, selon lui, à des concerts avec un moindre volume sonore : « on peut parier que les formations orchestrales plus réduites et les instruments anciens y seront chez eux tout autant, et l’on devine que les récitals de chant y trouveront un écrin presque intime[12]. »

Espaces d’accueil

Les travaux ont également concerné les espaces d’accueil : la façade, le hall et la rotonde ont été restaurés dans le style art déco des origines. La rotonde est de nouveau ouverte sur l’étage, dotant le hall d’un puits de lumière, et elle retrouve sa mosaïque au sol de pierres noires et blanches et de dallages dorés à l’or fin. Un vaste foyer de plus de 600 m², en fond de parterre et donnant sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré par de grandes baies vitrées, remplace les studios de danse au premier étage. Dans les autres étages, 3 000 m² de bureaux ont été restaurés.

Afin de pouvoir accueillir simultanément les deux orchestres en résidence et des orchestres invités, les salles Chopin et Debussy, dont l’architecture est restée en l’état, ont été transformées en deux vestiaires et un espace qui permettra aux chanteurs de chauffer leur voix avant d’entrer en scène. Un studio d’enregistrement a de plus été installé sous la grande salle pour permettre à Radio France d’assurer sa mission d’enregistrement et de diffusion de concerts ; la réalisation d’un enregistrement à Pleyel rendait auparavant nécessaire l’installation d’un groupe électrogène dans la rue Daru.

Organisation[modifier | modifier le code]

Statut[modifier | modifier le code]

La salle Pleyel est aujourd’hui la propriété de la Cité de la musique.

Le 8 novembre 2004, la Cité de la musique, avec l’autorisation du ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres, a conclu un contrat de bail en vertu duquel la salle Pleyel lui sera louée pour un loyer annuel d’un 1,5 million d’euros pendant une période de cinquante ans. Cité-Pleyel, une filiale de la Cité de la musique placée sous la responsabilité de son directeur général Laurent Bayle et à laquelle la ville de Paris est associée pour 20 %, a été constituée pour en assurer la gestion. En 2009, la Cité de la musique rachète prématurément la Salle Pleyel[13].

L’association de Pleyel à la Cité de la musique devrait permettre une organisation cohérente de la programmation des deux institutions, comme l’a laissé entendre Laurent Bayle le 6 mars 2006[14] :

« Il est important de fidéliser ces grands orchestres étrangers afin de travailler avec une meilleure souplesse. Pleyel et la Cité vont certes garder leur identité, mais je souhaite esquisser un modèle global qui mette en résonance la programmation thématique de La Villette avec le grand répertoire de chefs-d’œuvre symphoniques qui seront joués à Pleyel. »

Un grand auditorium ouvrira en 2014 à la Cité de la musique, ce qui pourrait alors entraîner une redéfinition des missions de la salle Pleyel.

Financement[modifier | modifier le code]

Cité Pleyel, l’organisme chargé de la gestion de la salle, est financé par[15] :

  • une subvention, provenant à 80 % de la Cité de la musique et à 20 % de la ville de Paris, et représentant 40 % du budget ;
  • son activité propre, c’est-à-dire la billetterie et la location à des producteurs externes et aux orchestres résidents ;
  • des partenariats avec le secteur privé, notamment la Société générale, qui devient en 2006 le « mécène principal » de la salle Pleyel à laquelle elle verse 600 000 euros par an.

Direction[modifier | modifier le code]

Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la musique, est président de Cité Pleyel, filiale de la Cité qui assure l’exploitation de la salle.

Créations et enregistrements[modifier | modifier le code]

Créations[modifier | modifier le code]

Parmi les œuvres créées à Pleyel[3] on compte notamment :

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Pleyel accueille des musiciens de jazz ou de variétés, et certains concerts ont été enregistrés et publiés, notamment de Julian Cannonball Adderley (Salle Pleyel, 1960), Miles Davis (Live in Paris, 1964), Count Basie (Concert - Salle Pleyel, 1972), Keith Jarrett (Over the Rainbow, C The Blues, 1992), France Gall (Pleyel, 1994, sorti en 2005), Oscar Peterson (Live at the Salle Pleyel, 1997), Charles Trenet (Charles Trenet à Pleyel, 1999) ou Étienne Daho (Pleyel Paris, 2008). Laurent Garnier est le premier et à ce jour, le seul DJ à avoir investi la salle accompagné d'une dizaine de musiciens (It's Just Musik - Live à Pleyel, 2010).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La nouvelle Salle Pleyel : le moment de vérité », Le Monde de la musique nº 308, avril 2006, p. 53 [lire en ligne]
  2. « Notice no PA75080003 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. a et b Source partielle : Base de données Brahms de l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique
  4. Voir le programme du concert inaugural sur l’ancien site internet de la salle
  5. « Inauguration de la salle Pleyel », par Henry Prunières, La Revue musicale, 9e année, no 1, 1 novembre 1927, pp. 59-62.
  6. Voir la liste d’artistes s’y étant produit, sur l’ancien site internet de la salle.
  7. On prononce « piano quatre étoiles ».
  8. Brève du magazine en ligne Forum Opéra, 24 septembre 2004.
  9. André Larquié, Rapport concernant l’éventuelle réalisation d’un auditorium symphonique à Paris, ministère de la Culture et de la Communication, 23 février 1999 : § 22–32.
  10. « Pleyel rénovée », par Jérôme-Alexandre Nielsberg, L'Humanité, 14 mars 2006 [lire en ligne].
  11. a, b et c « La quatrième vie de Pleyel », par Marie-Aude Roux, Le Monde daté du 12 septembre 2006 [lire en ligne]
  12. a, b et c « La belle acoustique de la nouvelle Salle Pleyel », par Renaud Machart, Le Monde daté du 16 septembre 2006 [lire en ligne]
  13. « La Salle Pleyel, coeur symphonique de Paris, rachetée par l'Etat » AFP daté du 2 avril 2009 [lire en ligne]
  14. « La Salle Pleyel rénovée ouvrira ses portes en septembre », par Renaud Machart et Marie-Aude Roux, Le Monde daté du 7 mars 2006 [lire en ligne]
  15. Conférence de présentation de la saison 2006–2007, Paris, Salon Hoche, 9 mars 2006

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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