Joë Bousquet

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Joë Bousquet
Description de l'image Joë Bousquet (par Jean Camberoque) 1943.jpg.
Nom de naissance Joseph, Jean, Théophile Bousquet
Naissance
Narbonne (Aude, France)
Décès (à 53 ans)
Carcassonne (Aude, France)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français

Œuvres principales

La Tisane de sarments, Traduit du silence, Le Meneur de lune, Lettres à Poisson d'Or (posthume)

Joë Bousquet, né à Narbonne (Aude) le et mort à Carcassonne (Aude) le , est un poète et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joë Bousquet est né dans une famille aisée. À l'âge de trois ans, il réchappe d'une fièvre typhoïde. Son adolescence est caractérisée par un comportement de mauvais garçon, agressif et coureur. Son père le destinait à une carrière dans la banque, ce que Joë redoutait[1].

En 1916, à dix-neuf ans, pendant la Première Guerre mondiale, Bousquet est engagé sur le front des hostilités où rapidement son audace le fait remarquer. Il recevra ainsi la Croix de guerre, la Médaille militaire puis la Légion d’Honneur (en 1932, il sera nommé Commandeur de la Légion d'Honneur)[2]. Le , âgé de 21 ans, il est grièvement blessé lors du combat de Vailly. Atteint à la colonne vertébrale par une balle allemande, il est paralysé à hauteur des pectoraux, perdant l'usage de ses membres inférieurs et devenu impuissant. Il demeure alité le reste de sa vie, le plus souvent au 53 de la rue de Verdun à Carcassonne, dans une chambre dont les volets sont fermés en permanence, selon son désir. Sa sœur aînée, Henriette Patau-Bousquet, veille sur lui et souvent le tire d'un désespoir profond. Durant les beaux jours, il réside aussi à Villalier, dans la villa familiale entourée d'un parc. Il écrit à propos de sa blessure :

« Ma blessure existait avant moi, je suis né pour l'incarner[3]. »

Dans sa chambre, Bousquet passe pratiquement tout son temps à lire et à écrire.[1] Il reçoit beaucoup, des amis, mais aussi de nombreuses admiratrices. Avec ses plus proches amis, François-Paul Alibert, Ferdinand Alquié, Claude-Louis Estève et René Nelli, il fonde en 1928 la revue Chantiers. Dans les années 1940, la revue Les Cahiers du Sud le charge d'un Cabinet de lectures, dont il s'occupe avec Francine Bloch, premier chroniqueur principal de la revue. Il fait de sa chambre une boîte à lettres de la résistance locale.

Il est en relation épistolaire avec de nombreux écrivains et artistes dont Paul Éluard, Max Ernst et Jean Paulhan, ainsi qu’avec la philosophe Simone Weil[4] : il partage avec elle le souci d’authenticité et l’amour de la vérité, qui exigent de consentir à demeurer au plus près de sa souffrance, et de refuser de se réfugier dans une parole simplement divertissante[5]. Joë Bousquet laisse une œuvre poétique considérable. Il repose dans le cimetière de Villalier[6].

Distinctions[modifier | modifier le code]

1932 : Barette de commandeur de la légion d'honneur Commandeur de l'Ordre national de la Légion d'honneur

1917 : Medaille militaire ribbon.svg Médaille militaire

1917 : Ruban de la Croix de Guerre 1914-1918 (France) Croix de guerre 1914-1918 avec palme

Postérité[modifier | modifier le code]

Joë Bousquet écrit constamment son prénom « Joe » alors que la forme imprimée « Joë », avec tréma, est devenue usuelle du vivant de l'auteur.

Conservée en l'état, la Maison des Mémoires abrite une exposition permanente, ainsi que le Centre Joë Bousquet et son temps. Ce dernier organise des manifestations autour de l'œuvre du poète. Elle est labellisée depuis 2011 Maison des Illustres par le ministère de la Culture[7].

Une rue porte son nom à Carcassonne, à Narbonne, à Labastide-Saint-Georges (Tarn), Baillargues (Hérault) et à La Palme (Aude), où il passait des vacances chez ses grands-parents[8]. Une place porte son nom à Villalier (Aude).

Fin 2008, une correspondance amoureuse (-) de Joë Bousquet avec une jeune femme, « Linette », est éditée.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésies[modifier | modifier le code]

  • La Fiancée du vent, Chantiers, 1928
  • Il ne fait pas assez noir, R. Debresse, 1932
  • Le Mal d'enfance, Denoël, 1939, illustré par René Iché
  • Les roses de janvier, 1939, illustré par René Magritte
  • Mon frère l'ombre, Cahiers de l'École de Rochefort, 1943
  • La Connaissance du soir, Éditions du Raisin, 1945
  • L'Œuvre de la nuit, Éditions Montbrun, 1946
  • Chantelaine, Les Bibliophiles alésiens, 1947

Romans[modifier | modifier le code]

  • Le Rendez-vous d'un soir d'hiver, 1933
  • Une passante bleue et blonde, Éditions René Debresse, 1934
  • La Tisane de sarments, Denoël, 1936
  • Le passeur s'est endormi, Denoël, 1939
  • Iris et Petite Fumée, 1939,
  • Le Médisant par bonté, Gallimard, 1945
  • Le Meneur de lune, Éditions Albin Michel, 1946
  • Œuvre romanesque complète, 4 volumes, Éditions Albin Michel, 1979 à 1984

Recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Le Fruit dont l'ombre est la saveur, Éditions de Minuit, 1947

Œuvres érotiques[modifier | modifier le code]

  • Le Cahier noir, Éditions Albin Michel, (1989) 2006

Essais critiques[modifier | modifier le code]

  • Les Capitales : ou de Jean Duns Scott à Jean Paulhan, 1955
  • Lumière, infranchissable pourriture et autres essais sur Pierre Jean Jouve, Fata Morgana, 1987

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Lettres à Poisson d'Or, Gallimard, 1967
  • Lettres à Jean Cassou, Rougerie, 1971
  • Lettres à Carlo Suarès, Rougerie, 1973
  • Lettres à Stéphane et à Jean, Éditions Albin Michel, 1975
  • Lettres à Ginette, 1930-1950, Éditions Albin Michel, 1980
  • À Max-Philippe Delatte, 1981
  • Lettres à Magritte, Talus d'approche, 1981
  • Un amour couleur de thé, Verdier, 1984
  • Lettres à une jeune fille, Grasset, 2008

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • Traduit du silence, Gallimard, 1941
  • Mystique, Préface par Xavier Bordes, 1972, Éditions Gallimard, (1973)

Œuvres posthumes[modifier | modifier le code]

  • Fumerolle, 1951
  • La Neige d'un autre âge, Cercle du livre, 1952
  • Le Mal du soir, Bordas, 1953
  • Langage entier, Rougerie, 1966
  • Notes d'inconnaissance, Rougerie, 1967
  • Le Sème-Chemins, Rougerie, 1968
  • Le Salut d'une parole, Gaston Puel, 1968
  • Le Pays des armes rouillées : mémoires, Rougerie, 1969
  • D'une autre vie, 1970
  • L'Homme dont je mourrai, Rougerie, 1974
  • La Romance du Seuil, Rougerie, 1976
  • Le Bréviaire Bleu, Rougerie, 1977
  • Le Roi du sel, suivi de Le Conte des sept robes et de Le Cahier C1, Albin Michel, 1977
  • Isel, Rougerie, 1978
  • Papillon de neige : journal 1939-1942, Verdier, 1990
  • Langage entier, Rougerie, 1981
  • Note-book, Rougerie, 1983
  • La Beauté dans les choses, Éditions Unes, 1983
  • La Nacre de sel, J.M. Savary, 1988
  • Exploration de mon médecin, Sables, 1988
  • D'un regard l'autre, Verdier, 1990
  • Le Galant de neige, Fata Mogana, 1994
  • René Daumal, Éditions Unes, 1996
  • L'Œuvre de la nuit, Éditions Unes, 1996
  • L'Archimûr à l'x orange, Les Librairies entre les lignes, 1999
  • Amarante et Muette, conte, Sables, 2005
  • Le Soleil souterrain, Sables, 2008

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies, essais[modifier | modifier le code]

  • Joë Bousquet présenté par Michel Maurette : Lettres inédites. Une bibliographie. Visages de ce temps, Rodez, Éditions Subervie, 1963, 127 p.
  • Suzanne André, Hubert Juin, Gaston Massat, Joë Bousquet, Paris, Seghers, coll. « Poètes d'aujourd'hui », 1972
  • René Nelli, Joë Bousquet, sa vie, son œuvre, Paris, Albin Michel, 1975
  • Collectif, sous la direction de François-Charles Gaudard, Joë Bousquet et l'écriture, Paris, Éditions L'Harmattan, 2000
  • François Berquin, Hypocrisies de Joë Bousquet, Villeneuve d'Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2000, 317 p.
  • Pierre Cabanne, La Chambre de Joë Bousquet, Enquête et écrits sur une collection, Marseille, André Dimanche Éditeur, 2005
  • Édith de la Héronnière, Joë Bousquet, Une vie à corps perdu, Paris, Albin Michel, 2006
  • Guillaume de Fonclare, Joë, Paris, Stock, 2014
  • Claude Le Manchec, Joë Bousquet. Je suis né de ma blessure, préface de Xavier Bordes, Lille, Laborintus, 2020, 304 p.
  • Dans La route des étangs (Paris, Grasset, 1971), son ami Jean Mistler évoque longuement leur amitié. L'intrigue du roman est d'ailleurs empruntée à un souvenir que Joë Bousquet avait raconté à Jean Mistler, et qui figure dans l'un de ses derniers livres (Le Médisant par bonté, Paris, Gallimard, coll. « L'imaginaire », p. 154).

Articles[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Seul un long-métrage produit pour la télévision (France 3) a été adapté de l'œuvre de Joë Bousquet et diffusé en 1980 : La Tisane de sarments, réalisé par Jean-Claude Morin, adapté du roman éponyme et de Traduit du silence par le réalisateur et la scénariste et écrivain Marie-France Briselance, avec notamment Philippe Léotard dans le rôle du poète. La très forte charge émotionnelle du comédien (ancien professeur de français et connaisseur du poète), alors en complète déroute affective, compense largement le manque de ressemblance physique avec Joë Bousquet, le personnage principal de La Tisane de sarments étant de toute façon un personnage fictif bien qu'empruntant beaucoup à la vie de son auteur. Bernard Weisz, dans L'Humanité, souligne que « C’est un film de communion avec Bousquet, d’une facture rare à la télévision. Ce roman onirique, cette histoire d’amour fou est devenue un film qui donne le goût très fort de connaître Bousquet et ses livres »[10]. Ce film de long-métrage avait été précédé par un court-métrage de 13 minutes, toujours pour France 3 et du même réalisateur, Joë Bousquet, ou le mouvement paradoxal, une évocation des actions de résistance (paradoxales pour un infirme, imaginables pour un chantre de la liberté) du poète face à l'Occupation allemande et à la rafle des juifs en France. Ces films sont disponibles à l'INA (www.institut-national-audiovisuel.fr) et sont édités en DVD (sortie le 14 octobre 2020) dans la collection Ciné-Club TV (Inser&cut/L'Oeil du témoin).

Inspirations[modifier | modifier le code]

  • Un poème explicitement attribué à Joë Bousquet est récité dans l'épisode 4 de la série d'animation japonaise Ergo Proxy.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Josiane Vidal, « Joe Bousquet, Le meneur de lune », sur lacan-universite.fr (consulté le 30 novembre 2020)
  2. Maison d'ecrivains, « Joë Bousquet – Carcassonne »
  3. Gilles Deleuze, Logique du sens, Paris, Les éditions de Minuit, coll. « Critique », , 393 p., chap. 21 (« de l'événement »), p. 174
  4. Voir Monique Broc-Lapeyre, Simone Weil et Joë Bousquet, Cahiers Simone Weil, mars 2002.
  5. Simone Weil, Lettre à Joë Bousquet, 12 mai 1942, dans Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Gallimard, Collection Folio sagesses, 2015, p. 39 à 52.
  6. Martial Andrieu, « Mystères et non-dits autour de Joë Bousquet et de la Résistance... », sur http://musiqueetpatrimoinedecarcassonne.blogspirit.com, (consulté le 21 décembre 2020)
  7. Martial Andrieu, « Histoire de l'achat de la maison du poète Joë Bousquet », sur http://musiqueetpatrimoinedecarcassonne.blogspirit.com, (consulté le 21 décembre 2020)
  8. Voir : La Route des Étangs, de Jean Mistler (Grasset 1971)
  9. « Les Amants de Carcassonne », sur https://www.glenat.com, (consulté le 21 décembre 2020)
  10. L'Humanité du samedi 10 mai 1980, page 2 de Télévision / Radio / Presse, Bernard Weisz

Liens externes[modifier | modifier le code]