Peter Singer

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Peter Singer

Philosophe australien

Philosophie contemporaine

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Peter Singer professant à Oxford.

Naissance (67 ans)
à Melbourne (Australie)
École/tradition philosophie analytique, utilitarisme
Principaux intérêts Morale, bioéthique, philosophie politique, biologie
Idées remarquables antispécisme
Œuvres principales La Libération animale
Influencé par John Stuart Mill, Henry Sidgwick, Jeremy Bentham, Charles Darwin

Peter Albert David Singer dit Peter Singer, né le à Melbourne, est un philosophe australien . Il est titulaire de la chaire d'éthique de l'université de Princeton, et professeur à l'université Charles Sturt (Melbourne), en Australie.

Il a travaillé à deux reprises dans la chaire de philosophie de l'université Monash, où il a créé le centre de bioéthique humaine. En 1996, il se présenta sans succès en tant que candidat Vert pour le Sénat australien. En 2004, il fut reconnu comme l'humaniste australien de l'année par le Conseil des sociétés humanistes australiennes. En dehors du milieu universitaire, Singer est surtout connu pour son livre La Libération animale, considéré comme le livre fondateur des mouvements modernes de droits des animaux. Ses positions sur des questions de bioéthique ont également suscité la controverse, notamment aux États-Unis et en Allemagne.

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

Les parents de Singer étaient des Juifs viennois, qui échappèrent à l'annexion de l'Autriche et prirent la fuite en Australie en 1938. Ses grands-parents paternels furent déportés à Łódź sans aucune nouvelle d'eux. Son grand-père maternel mourut dans le camp de concentration de Theresienstadt. Le père de Singer importait du thé et du café, tandis que sa mère exerçait la médecine. Peter Singer étudie au Scotch College de Melbourne, puis se dirige vers des études de droit, d'histoire et de philosophie à l'université de Melbourne où il obtient un Bachelor of Arts en 1967, et un Master of Arts pour son mémoire intitulé « Why should I be moral? » (« Pourquoi devrais-je être moral ? ») en 1969. Il reçoit alors une bourse d'études pour l'université d'Oxford ; son travail sur la désobéissance civile, supervisée par R.M. Hare, est sanctionné par un Bachelor of Philosophy en 1971, et publié sous la forme d'un livre en 1973 : Democracy and Disobedience. Par ailleurs, Peter Singer se dit lui-même végétarien, dans une interview donnée le 3 mai 2006 au magazine américain Mother Jones : « Je ne mange pas de viande. Je suis végétarien depuis 1971. »[1].

La libération animale[modifier | modifier le code]

Son livre La Libération animale (Animal Liberation) (1975, 2e édition en 1990 ; traduction française, Grasset, 1993 ; nouv. éd. Petite Bibliothèque Payot, 2012) a influencé les mouvements modernes de protection des animaux. Dans son ouvrage, il argumente contre le spécisme : la discrimination entre les êtres sur la seule base de leur appartenance d'espèce, presque toujours en pratique en faveur des membres de l'espèce humaine et en défaveur des animaux non humains. L'idée est que tous les êtres capables de souffrir ou d'éprouver du plaisir (êtres sensibles) doivent être considérés comme moralement égaux, en ce sens que leurs intérêts doivent être pris en compte de manière égale. Il conclut en particulier que le fait d'utiliser des animaux pour se nourrir est injustifié car cela entraîne une souffrance disproportionnée par rapport aux bienfaits que les humains tirent de cette consommation ; et qu'il est donc moralement obligatoire de s'abstenir de manger la chair des animaux (végétarisme), voire tous les produits de leur exploitation (véganisme).

Avortement, euthanasie et infanticide[modifier | modifier le code]

Peter Singer se prononce pour le droit à l'avortement, en utilisant cependant une approche qui le distingue de l'argumentation classique : en cohérence avec sa théorie éthique, il propose que le droit d'un être à la vie est fondamentalement lié à la capacité qu'il a à manifester des préférences, elles-mêmes liées à la possibilité de ressentir du plaisir ou de la douleur.

Pour se faire comprendre, Singer énonce d'abord le syllogisme suivant qui peut selon lui traduire l'argument central des opposants à l'avortement:

Il est mal de tuer un être humain innocent.
Un fœtus humain est un être humain innocent.
En conséquence, il est mal de tuer un fœtus humain[2].

Il observe dans ses ouvrages Rethinking Life and Death (Repenser la vie et la mort) et Practical Ethics (Questions d'éthique pratique) que si l'on accepte sans discuter les prémisses, l'argument est valide par déduction. Les défenseurs de l'avortement remettent traditionnellement en cause la deuxième prémisse : le fœtus ne deviendrait humain ou vivant que postérieurement à la conception. Singer oppose que le développement est un processus progressif, dont il n'est pas possible d'extraire un instant particulier à partir duquel la vie humaine commencerait.

Peter Singer au MIT.

L'argument de Singer en faveur de l'avortement est en ce sens original : plutôt que de s'attaquer à la deuxième prémisse, il interroge la première, niant qu'il est nécessairement mal d'interrompre la vie d'un humain innocent:

[The argument that a fetus is not alive] is a resort to a convenient fiction that turns an evidently living being into one that legally is not alive. Instead of accepting such fictions, we should recognise that the fact that a being is human, and alive, does not in itself tell us whether it is wrong to take that being's life[3].

Singer soutient que la défense ou l'opposition à l'avortement devraient reposer sur un calcul utilitariste qui pondère les préférences de la femme et celles du fœtus, la préférence étant tout ce qui est de nature à être recherché ou évité; à tout bénéfice ou dommage causé à un être correspond directement la satisfaction ou la frustration d'une ou plusieurs de ses préférences.

La capacité à ressentir de la douleur ou de la satisfaction étant un prérequis pour avoir une préférence de quelque nature que ce soit, et un fœtus, en tout cas âgé de 18 semaines ou moins, n'ayant selon Singer pas la capacité de ressentir de la douleur ou de la satisfaction, il n'est pas possible pour un fœtus de manifester la moindre préférence. Dans ce calcul utilitariste, rien ne vient donc peser contre la préférence d'une femme à avoir un avortement. En conséquence, l'avortement est moralement permis.

À propos de l'infanticide, Singer propose que les nouveau-nés ne possèdent pas encore les caractéristiques essentielles qui font une personne : la rationalité, l'autonomie et la conscience de soi[4]. Le meurtre d'un nouveau-né n'est donc pas équivalent à celui d'une personne, c'est-à-dire à celui d'un être qui veut continuer à vivre[5].

Singer distingue l'euthanasie volontaire, qui se fait avec le consentement du sujet, de l'euthanasie involontaire ou non volontaire.

Dans Rethinking Life and Death: The Collapse of Our Traditional Ethics, il approfondit les dilemmes créés par les avancées de la médecine. Il traite notamment de la valeur de la vie humaine et de l'éthique de la qualité de vie.

Singer a vécu personnellement la complexité de certaines de ces questions. À propos de sa mère, touchée par la maladie d'Alzheimer, il expliquait partager avec sa sœur la responsabilité des décisions à prendre, mais que s'il était seul arbitre, sa mère ne continuerait peut-être pas à vivre[6].

Personism[modifier | modifier le code]

Même s'il exprime une admiration pour bon nombre de valeurs promues par l'humanisme séculaire, Singer pense que la notion d'humanisme est incomplète. Il promeut une vision de preference utilitarian qu'il appelle personism[7].

Publications en français[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Mother Jones, 3 mai 2006 : « I don't eat meat. I've been a vegetarian since 1971. » [lire en ligne]
  2. Abortion Utilitarian.net, 1995
  3. Rethinking Life and Death 105. Traduction libre : [L'argument selon lequel le fœtus ne serait pas vivant] recourt à une fiction commode qui fait d'un être à l'évidence vivant un être légalement non vivant. Au lieu d'accepter une telle fiction, nous devrions reconnaître que le caractère humain, et vivant, d'un être ne nous dit pas en soi s'il est mal ou non de prendre sa vie.
  4. Taking Life: Humans, dans Practical Ethics, 2ème édition, 1993.
  5. Singer, Peter. Peter Singer FAQ, Princeton University. Lien vérifié le 8 mars 2009.
  6. "The Pursuit of Happiness".Entretien avec Ronald Bailey dans le magazine Reason, Décembre 2000.
  7. Pablo Stafforini, « Utilitarian.net », Utilitarian.net (consulté en 2011-05-23)

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Textes de Peter Singer[modifier | modifier le code]

Sur Peter Singer ou sa philosophie[modifier | modifier le code]