Nihilisme

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Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel le monde (et plus particulièrement l'existence humaine) est dénué de tout sens, de tout but, de toute vérité compréhensible ou encore de toutes valeurs. Cette notion est applicable à différents contextes : histoire, politique, littérature et philosophie.

Politique[modifier | modifier le code]

Le terme nihilisme fut popularisé par l'écrivain russe Ivan Tourgueniev dans son roman Pères et Fils (1862) pour décrire au travers de son héros, Bazarov, les vues de l'intelligentsia radicale russe émergente. Tel que le définit Tourgueniev, le nihilisme correspond à un positivisme radical. Mais le livre connut beaucoup de succès et le héros Bazarov encore plus. Le nihilisme désigna alors progressivement un mouvement politique de critique sociale apparu au milieu du XIXe siècle en Russie. Il évolua ensuite vers une doctrine politique n'admettant aucune contrainte de la société sur l'individu, et refusant tout absolu religieux, métaphysique, moral ou politique.

Par extension, le nihilisme fut le nom donné aux mouvements radicaux, « révolutionnaires » anti-tsaristes qui prônèrent le terrorisme politique[1]. En 1881, le groupe Narodnaïa Volia réussit à assassiner l'empereur Alexandre II, qui cherchait pourtant à rendre son régime moins autocratique. Le pouvoir suprême passa alors à son fils, qui avait des idées moins « libérales ». La répression qui suivit l'assassinat du tsar fut fatale au mouvement nihiliste russe, mais pas à ses idées. Le terrorisme révolutionnaire devait reprendre de plus belle et avec une ampleur inégalée quelques années plus tard. Le raidissement autoritaire, dans une société qui s'industrialisait rapidement eut pour conséquence pendant la Première Guerre mondiale l'adhésion d'une frange non négligeable d'intellectuels à la révolution russe, puis, à l'instauration du régime bolchevik, dans lequel la lutte des classes était érigée en système. Bien qu'éphémère, ce mouvement politique a soulevé des questions auxquelles se sont intéressés des penseurs de tous horizons. De ces interrogations est née une doctrine philosophique mettant en avant l'absurdité du monde tel qu'il est, la négation des valeurs morales sociologiquement acceptées et plus généralement, la négation de l'existence d'une réalité substantielle.

Littérature[modifier | modifier le code]

Des écrivains comme Dostoïevski dans Les Démons et Émile Zola dans Germinal montrent et éventuellement dénoncent le danger de l'extrémisme et du nihilisme. Dostoïevski constate la difficulté de concilier l'idée d'un Dieu bon et tout-puissant avec l'existence du mal. Le mal, surtout, le tourmente. D'un autre côté, il constate que l'athéisme occidental ne nie plus seulement Dieu, mais aussi le sens de la « création », la raison d'être du monde et de la vie. Il constate que la justice humaine est incapable de porter remède au mal moral. Elle est elle-même parfois un mécanisme producteur d'inhumanité. Dostoïevski en vient à constater que « si Dieu n'existe pas, tout est permis » (Les Frères Karamazov, XI - VI). (Cette constatation devient ce que certains appelleraient plus tard le « Problème du bien »). C'est à cette question que, plus tard, des individus comme Albert Camus tenteront de répondre. Camus, par exemple, pense que le sens de l'absurde n'est pas dans les choses. « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. ». L'absurde est alors maintenu comme certitude et présupposition première. Pour Camus, sa conséquence est le renoncement à toute attribution métaphysique d'un sens transcendant à l'existence.

Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, Albert Camus par exemple dans Le Mythe de Sisyphe (1942) ou L'Étranger (1942) ou Eugène Ionesco dans La Cantatrice chauve (1950) illustrent cette aliénation de l'individu occidental et son vide existentiel corseté. Ces contraintes permettent chez des artistes comme les surréalistes un dépassement symbolique.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Nihilisme de Gorgias ou ses propos sur le non-être[modifier | modifier le code]

Dans la Grèce antique, le sophiste Gorgias fut l'un des premiers à développer des thèses qualifiées a posteriori de « nihilistes ». Ces thèses se résument en trois points :

  • Rien n'existe.
  • Si quelque chose existe, ce quelque chose ne saurait être appréhendé et encore moins connu par l'homme.
  • Même s'il l'était, son appréhension ne serait pas communicable à autrui.

Sur le fait que rien n’existe, voici l’argumentation de Gorgias, expliquée de manière simplifiée :

Si quelque chose existe, c’est forcément l’être ou le non être. Or ni l’un ni l’autre n’existe. Le non-être n’existe pas. En effet, penser le non-être comme tel est en soi la preuve que le non-être n’existe pas. D’autre part, le non-être en tant qu’idée existe. Or une chose ne peut à la fois exister et ne pas exister. Donc le non-être n’existe pas. De même, l’être n’existe pas. Car si l’être existe, il est soit dérivé, soit non dérivé (comprendre « dérivé » dans le sens « issu de quelque chose »). Cependant, si l’être est non dérivé, il n’a pas de commencement, et il est alors infini. Mais, si l’être est le contenu d’un contenant qui serait l’espace qui l’entoure, alors l’être ne peut être infini car il n’existe aucun contenant qui soit plus grand que l’infini. Si l’être ne peut être contenu dans un contenant, il n’existe pas. De même, si l’être est dérivé, alors il est issu soit de l’être soit du non-être. Or, ce qui donne naissance doit faire partie de l’existence, ce qui n’est pas le cas du non-être. Donc l’être ne peut être dérivé du non-être. De même, l’être ne peut être issu de l’être, car il n’est pas né mais existe de tout temps. En d’autres termes, si un être est issu d’un autre être, cet autre doit lui-même être issu d’un autre être, ce qui crée une infinité, et ramène l’être dérivé à la condition d’être non dérivé. Donc il est impossible que l’être soit. Ainsi, si ni l’être ni le non-être n’existent, alors rien n’existe.

Apparition du terme[modifier | modifier le code]

Le terme apparait sous la plume de Jacob Hermann Obereit (de) voyant dans l'oeuvre d'Emmanuel Kant à qui il reproche l'hypostase du sujet, par une méthode spéculative, en 1787 et un anéantissement méthodique de la certitude du monde naturel, de sorte que l'ouverture d'une conscience vide de sens se pose. Le nihilisme philosophique est articulé en 1799 par Friedrich Heinrich Jacobi dans une lettre à Johann Gottlieb Fichte, pour critiquer son système philosophique.

Pensée de Nietzsche[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, Friedrich Nietzsche décrit l'accélération de l'histoire avec les déséquilibres qui s'accentuent, ces déséquilibres tendant à être compensés par la tyrannie anonyme des institutions, tyrannie elle-même génératrice de "stress". Pour lui, la notion de nihilisme recèle un paradoxe intéressant. Il décrit deux formes de nihilisme :

  • un nihilisme passif : « Nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu'il est ne devrait pas être, et que le monde tel qu'il devrait être n'existe pas. De ce fait, l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens : de ce fait le pathos du « en vain » est le pathos nihiliste — et une inconséquence du nihiliste[2]. Ce nihilisme passif peut être « très approximativement », rapproché de la doctrine de Schopenhauer, qui influença grandement la pensée du philosophe.
  • un nihilisme actif, lorsque les croyances s'effondrent du fait qu'elles sont dépassées.

Selon Nietzsche, l'état normal du nihilisme, qui est la négation de l'être, est une manière divine de penser, en ce sens qu'elle est un rejet définitif de tout « idéalisme » (idéalisme identifié à du nihilisme au sens des "faibles") et de ses conséquences (la morale chrétienne entre autres). Influencé par la pensée nietzschéenne, Cioran inventera le nihilisme « pessimiste », qui ne laisse à l'homme aucune lueur d'espoir : « Contre l'obsession de la mort, les subterfuges de l'espoir comme les arguments de la raison s'avèrent inefficaces[3]. » Par ailleurs et dans une œuvre parfois comparée à celle de Cioran, Albert Caraco voyait la vie comme un non-sens absolu.

« Que les plus hautes valeurs se dévalorisent », voici la définition que Nietzsche donne du nihilisme dans son livre posthume, la volonté de puissance. Pour éviter cela, Nietzsche en vient à penser la transvaluation de toutes les valeurs (sous-titre du livre précité) et en appelle au surhomme. Heidegger en viendra à critiquer ouvertement cette définition, la jugeant superficielle, car au lieu de dépasser la métaphysique, elle l'accomplit et l'achève via le concept de volonté de puissance[4].

Pensée de Heidegger[modifier | modifier le code]

Pour Martin Heidegger, le « nihilisme » est fonction et conséquence de la pensée « métaphysique » (qui s'inscrit de Platon à Nietzsche), c'est-à-dire de l'histoire de la pensée occidentale, qui se caractérise, pour lui, par « l'oubli de l'être ». Heidegger identifiera le nihilisme comme destin de l'histoire occidentale. Une meilleure définition du nihilisme « moderne », dont le déploiement se manifeste dans la technique, serait, pour Heidegger : « Tout est nul, à tout égard » ([5]).

Pensée de Leo Strauss[modifier | modifier le code]

Selon Leo Strauss, la définition « (d'un) nihiliste est un homme qui connaît les principes de la civilisation, ne serait-ce que d'une manière superficielle. Un homme simplement non-civilisé, un sauvage, n'est pas un nihiliste[6]. »

Nihilisme au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Pour Michel Serres : « Quel est le pays qui était au XXe siècle de loin le premier pour la musique, la littérature, la philosophie, les beaux-arts etc., l’enseignement, la médecine, la science etc. ? C’était de loin l’Allemagne : et cette Allemagne-là, qui était la plus cultivée de toutes les nations, cette vieille culture, elle l’a protégée de quoi ? [...] De rien ! » (…) « Il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation[7]. »

Alain Badiou constate que : « Le structuralisme, d’inspiration scientiste, accomplit la prophétie de Martin Heidegger selon quoi rien n’échappe à l’empire de la technique, l’accomplissement nihiliste de la métaphysique qui parle de la « mort de l’Homme ». Son corrélat littéraire est le Nouveau Roman, Alain Robbe-Grillet, etc... . Son ontologie du manque, avec une absence du sujet dont tout le problème est de dire d’une façon arrachée à ce que ce nihilisme combattait et dépassait, empêche de revenir à la philosophie de la conscience. Le vrai nihiliste, le nihiliste actif, est l’interlocuteur essentiel car déversé soit dans une anthropologie historienne, soit dans une philosophie de la Nature. Le second courant l’emporte, avec Michel Serres et sa cosmologie du bruit de fond. La seule exception demeure Jacques Lacan, pour autant qu’il n’a jamais cédé sur le concept de sujet, sans jamais non plus se replier sur la phénoménologie[8]. » Stéphane Zagdanski complète dans Les intérêts du temps que : « Rien n'arrête le progrès. Le progrès est programmé pour ne pas s'arrêter avant d'avoir jeté l'humanité dans l'abîme du grand Rien. » Gianni Vattimo tend à une démythologisation généralisée[9],[10],[11]. Sa lecture de Heidegger par Nietzsche, souligne qu'il n'y a pas de dépassement de l'âge de la technique, qu'un ancrage ontologique nous est interdit et que notre temps est celui du nihilisme. Son analyse de l'art postmoderne propose le concept de pensiero debole (dé-bole), sans pensée dogmatique possible, mais une pensée souple ou faible. Il prône « un nihilisme actif, lequel serait la force de vivre dans un monde où il n'y a plus de fondements, ni sur le plan métaphysique, ni sur le plan des autorités politiques. (…) Le problème du nihilisme est d'instaurer une attitude philosophique capable de développer une forme de rationalité non fondationnelle. Cela conduit à replacer le nihilisme dans l'histoire de l'être, parce qu'il n'y a d'autre rationalité non fondationnelle que remémorative. (…) Ou bien nous cherchons à reconstruire une civilisation fondationnelle ; ou bien nous acceptons de vivre la dissolution des fondements comme la seule forme d'émancipation possible ». Roland Jaccard : "Comme tous les nihilistes, il attend un miracle : celui de sa propre mort. Mais même ce miracle ne se produira pas. Homme de paille, de paillettes et de poudres aux yeux, il est là pour l'éternité, dans l'absence, dans le vide, dans le vent, dans l'arène désertée de ses plaisirs, dans le manège lugubre de ses désirs, avec l'espoir fragile d'appartenir encore à la race des hommes, alors qu'il n'en est plus que le déchet". Pour Alain Finkielkraut : « Le relativisme est la plaie de nos sociétés quand bien même il ne conduirait pas au totalitarisme. Il conduit au nihilisme, qui n’est pas celui du « tout est possible », ni nécessairement du « tout est permis » – on met quand même ici ou là des barrières – mais le nihilisme effrayant du « tout est égal » qui accompagne l’enlaidissement du monde. Le monde s’enlaidit sous nos yeux. Si tout est égal, on ne peut pas répondre à cet enlaidissement. Le postmodernisme vous dira : « oui, tout change mais de toute façon l’humanité n’est que perpétuelle métamorphose, il n’est pas de crépuscule qui ne soit une aurore ». On cessera d’être moderne au sens d’un temps linéaire qui progresse, mais on aura troqué cette philosophie pour une autre pire encore, la métamorphose continuelle d’une réalité inaccessible à toute critique : « ça change, vive le changement ! »[12]. Mehdi Belhaj Kacem, dans L’esprit du nihilisme, veut déconstruire le (pseudo-) concept nietzschéo-heideggerien de « nihilisme » et décrire ce que, par provocation provisionnelle il appelle « nihilisme démocratique », la « redécouverte » de la Tragédie par l’homme sans dieu(x). Il démontre que: "la Transgression est la condition de possibilité de toute législation, obscurantisme, qui a toujours pensé la précession de la transgression sur la législation : nommément la religion (le péché originel). (…) La vérité, de toujours, est elle-même de structure ironique, (…) la structure de l’ironie étant celle qui ne force pas la vérité à s’avouer, mais la laisse à sa caractéristique ontologique majeure, qui est son indécidabilité. (…) D'ailleurs, les gens qui se suicident sont ceux qui ont le plus d'humour." François Cusset synthétise dans French Theory, un monde sur une voie nihiliste suicidaire décrit dans A l'abri du déclin du monde. Philippe Nassif dans La lutte initiale: Quitter l'empire du nihilisme, met en parallèle le nihiliste "de l’artiste au journaliste, du journaliste au marketer, du marketer à la machine…" la philosophie française "aspirée par la médiasphère s’essaye à la pop philo (Gilles Deleuze, Mark Alizart, Jean-Pierre Zarader, Patrice Maniglier) au journalisme (Michel Foucault), au marketing du concept (Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann) – et, un peu paumée salue avec soulagement l’arrivée des machines." (…) les questions de bio-éthiques remplaçant la sociologie ou la psychanalyse comme "acte philosophique" pour François Ewald ancien maoïste, gestionnaire du fond Foucault et aujourd’hui tête pensante du Medef[13],[14].

Bouddhisme[modifier | modifier le code]

Le bouddhisme est souvent confondu avec le nihilisme[15]. Cette compréhension du bouddhisme est une interprétation erronée ou simplement une ignorance de la notion de vacuité (shûnyâta)[16], appelée aussi interdépendance. Cette vue fausse[17]vient de notre manière instinctive de penser en termes de dualité[18] (confere avec les biais cognitifs[19]), de couples d'oppositions. Le bouddhisme rejette tant l'Être que le Néant, concepts qui tous deux ne correspondent à aucune réalité (l'Être n'est pas, puisqu'il n'y a rien de permanent et tout est provisoire, et le Néant n'est pas, par définition : la réalité est quelque chose qui n'est ni l'un ni l'autre et que la pensée discursive ne peut saisir ultimement) :

« Ce monde est supporté par un dualisme, celui de l'existence et de la non-existence. Mais quand on voit avec juste discernement l'origine du monde tel qu'il est, "non-existence" n'est pas le terme qu'on retient. Quand on voit avec juste discernement la cessation du monde tel qu'il est, "existence" n'est pas le terme qu'on retient. (Kaccayanagotta Sutta) »

Quand on dit que les choses sont vides d'existence propre, on veut dire qu'elles sont composées et n'existent pas par elles-mêmes, c'est-à-dire qu'elles dépendent des autres pour exister. Quand on considère un objet, on n'y trouve nulle part d'entité, seulement des parties interdépendantes. De plus, comme les phénomènes sont impermanents, ils sont transitoires, ils n'existent pas durablement. C'est en ce sens que l'on parle de non-soi, de vacuité d'existence propre. Les phénomènes ne renvoient pas à un substrat durable (l'Être), ni à une absence de cause (le Néant), mais à d'autres phénomènes en réalité relative.

Le concept de « vacuité absolue » (Śūnyatā) est cependant ce qui s'approche le plus du "néant" de la philosophie occidentale, et le nirvāna est défini dans les textes comme « là où il n'y a rien, où rien ne peut être saisi » (Sutta Nipāta, 1093-1094). Le nirvāna est, en fait, un état de l'esprit dans et pour lequel il n'y a plus lieu de parler de « choses ». Les objets n'ont pas d'existence en soi, ils sont composés. Mais les parties elles-mêmes sont composées. Dans le bouddhisme, on considère généralement que l'on peut appréhender ainsi ce qui est appelé « réalité » en allant jusqu'à arriver à la conclusion qu'il n'y a rien qui constitue les choses. Le bouddhisme affirme l'existence interdépendante tout en niant son essence. D'où l'expression du Sūtra du Cœur :

« La forme est vide et le vide est forme. »

Friedrich Nietzsche emploie le terme de nihilisme dans un sens très particulier, qui n'est pas exactement le sens courant : il désigne ainsi la tendance à dévaloriser l'ici-bas en faveur d'un « au-delà », quel qu'il soit, religieux, politique, etc. Le bouddhisme, à l'exception peut-être du Mahayana, ne relève pas de cette définition là du nihilisme étant donné que son approche est plutôt immanente. En effet, il insiste sur l'importance de considérer avec autant d'intérêt tous les êtres où qu'ils soient. Dans son dernier ouvrage « Ecce Homo », Nietzsche présente le bouddhisme comme une « hygiène » qui tend à « libérer l'âme du ressentiment ». Nietzsche s'oppose encore plus fondamentalement au bouddhisme avec le principe de l'Éternel retour, puisqu'il y postule que la vie peut être désirable.

Concernant les âmes, le bouddhisme généralement rejette l'annihilationisme « (ucchedavada) », qui est le point de vue selon lequel la mort est la fin absolue de l'existence (la renaissance est niée), ce qui était l'opinion de l'école Chârvâka, et rejette l'éternalisme, point de vue selon lequel les âmes sont éternelles. D'après le bouddhisme, les esprits existent de façon interdépendante, et subissent ce qu'on appelle réincarnation ou renaissance.

Le Néant est également un état de conscience, accessible par la méditation, qui correspond à la sphère du Néant (akiñcaññayatanam) dans l'arūpaloka.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Albert Camus, chapitre « Le Terrorisme Individuel », L'Homme Révolté , p. 193-225, Gallimard, 1951.
  2. Fragments posthumes, cité dans Le nihilisme est-il un humanisme de Christine Daigle.
  3. Emil Cioran, Précis de décomposition, « Les Essais », Gallimard, 1949, p. 22.
  4. Heidegger, "Nietzsche" tome 2
  5. Heidegger, Essais et conférences et Chemins qui ne mènent nulle part
  6. « belcikowski.org »
  7. Interview de Michel Serres, sur KTO
  8. Badiou, icicommence.net
  9. La Fin de la modernité (nihilisme et herméneutique dans la culture post-moderne), paru au Seuil en 1987
  10. . L'avenir de la religion (solidarité, charité, ironie)
  11. Vattimo, sur Marcvillemain.com
  12. Finkielkraut, sur Notredamedesneiges
  13. La lutte initiale, dans GQ magazine
  14. Interview, sur France Culture
  15. C'est le point de vue des premiers auteurs européens entrés en contact avec le bouddhisme, tels que Hegel, Victor Cousin ou Renan. Ainsi Jules Barthélemy-Saint-Hilaire écrit dans « Le Bouddha et sa religion » en 1860 : « Le nirvana, ou le néant, est une conception monstrueuse qui répugne à tous les instincts de la nature humaine, qui révolte la raison, et qui implique l'athéisme ». Voir aussi à ce sujet « Le culte du néant », Roger-Pol Droit, Le Seuil, 1997.
  16. « La vacuité n'est ni le néant ni un espace vide distinct des phénomènes ou extérieur à eux. C'est la nature même des phénomènes. » (Le Moine et le philosophe, Jean-François Revel, Matthieu Ricard, 1997)
  17. Le nihilisme est condamné par le bouddhisme, il fait partie des vues fausses 51 à 57 du Brahmājālasūtta.
  18. Voir aussi Philosophie bouddhiste#Non-dualité
  19. http://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_cognitif

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antoine Coquart, D. Pissarev et l'idéologie du nihilisme russe, Paris, 1946.
  • Manuel de Diéguez, De l'absurde. Essai sur le nihilisme. Précédé d'une lettre ouverte à Albert Camus, Paris, 1948.
  • Emil Cioran, Précis de décomposition, NRF, Paris, 1949.
  • Wanda Bannour, Les Nihilistes russes, Anthropos, Paris, 1978.
  • Albert Camus, « Nietzsche et le nihilisme », in Les Temps Modernes, 1951 (repris dans L'Homme révolté, Paris, 1951).
  • Léopold Flam, « Nietzsche et le nihilisme », in Revue de l'Université de Bruxelles, octobre 1959-février 1960.
  • Angèle Kremer-Marietti, « Que signifie le nihilisme ? », in Nietzsche, Le nihilisme européen, Paris, Union générale d'éditions, 1976.
  • Jean Granier, « Le nihilisme », in Encycopaedia universalis, volume 11, Paris, Encyclopaedia universalis France S.A., 1980, p. 816-819.
  • Albert Caraco, Bréviaire du chaos, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1982.
  • Guillaume Faye \ Patrick Rizzi, « Pour en finir avec le nihilisme », in Nouvelle école, no 37, avril 1982, p. 12-46.
  • André Glucksmann, "La tentation du nihilisme", in La Force du vertige, Paris, Grasset&Fasquelle, 1983, p. 167-177.
  • Wanda Bannour, "Le nihilisme", in L'univers philosophique, Encyclopédie philosophique universelle, tome I, 1989.
  • Fred Poché, « Nihilisme », Dictionnaire critique de théologie (sous la direction de Jean-Yves Lacoste et Olivier Riaudel), Paris, Puf, 2007, p. 971-973.
  • André Comte-Sponville, "Le nihilisme et son contraire", in Le Magazine Littéraire, numéro 279, juillet-août 1990 ; repris dans Impromptus, PUF, 1996, p. 127 à 135.
  • Jacques Deschamps, "Nihilisme", in Encyclopédie philosophique universelle, Les notions philosophiques, tome II, Paris, PUF, 1990.
  • Vladimir Biaggi, Le Nihilisme, textes choisis et commentés, GF Flammarion, 1998.
  • Franco Volpi, Il Nichilismo, Laterza, Roma, 2004.
  • Michel Haar, Par-delà le nihilisme. Nouveaux essais sur Nietzsche, Paris, P.U.F., 1998.
  • Mario Kopic, S Nietzscheom o Europi, Jesenski i Turk, Zagreb 2001.
  • Jacqueline Russ, Le Tragique créateur. Qui a peur du nihilisme ?, Paris, Armand Colin, 1998.
  • Yannick Beaubatie, Le Nihilisme et la morale de Nietzsche, Paris, Larousse, 1994.
  • Nancy Huston, Professeurs de désespoir. Essai sur le nihilisme, Actes Sud, 2004
  • Angèle Kremer-Marietti, L'Humanisme entre positivisme et nihilisme, in Philosophies de l'humanisme, L'Art du Comprendre, no 15, 2006.
  • Rossano Pecoraro, O Niilismo, Rio de Janeiro, Zahaar Éd., 2007.
  • Jean-Pierre Faye, Michèle Cohen-Halimi L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique, Paris. 2008. (ISBN 2-91337-279-1)
  • Léo Strauss, Nihilisme et politique, Ed.: Payot-Rivages poche, 2004, ISBN 2-7436-1237-1
  • Roland Jaccard, "La Tentation nihiliste", éd. PUF, collection "Perspectives critiques", 1989. Réédition "Le Livre de Poche", 2011.
  • Crépon, M. et de Launay M.(dir.), Les configurations du nihilisme, Librairie philosophique J.Vrin, Paris, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]