Brahman

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Brahman (devanāgarī: ब्रह्मन्)[1] est un terme sanskrit qui apparaît dans le plus ancien texte védique, cette collection de versets de louanges (la ṛksaṃhitā) que la tradition transmet jusqu'à nos jours sous le nom de ṛgveda signifiant « connaissance des versets ». La date de composition de cette œuvre antique varie, selon les auteurs, entre -1500 et -900 avant l'ère courante[2] voire vers -1200 avant l'ère courante[3].

Ce terme qualifie d'abord le Sva (Soi suprême) conçu comme origine du tout (svayambhu signifie « qui vient de Soi ») qui culmine, dans le védisme, en Prajapati.

Dans l'hindouisme et plus particulièrement dans la métaphysique du vedānta liée au sāṃkhya, il se rapporte à l'âme ou la conscience cosmique présente en toute chose (le Purusha), à l'Absolu éternel surplombant toutes les dualités, opposé, bien qu'étant intimement lié, aux âmes individuelles incarnées (jīvātman) qui se réincarnent à cause de l'illusion (māyā) produite par prakṛti (« la Nature Originelle, combinant les potentialités de l'Énergie et de la Matière »[4]).

Approche linguistique[modifier | modifier le code]

Morphologie du mot brahman[modifier | modifier le code]

Ce mot de la langue sanskrite se construit sur la racine verbale BṚH- dont le sens épouse celui des verbes français « fortifier, accroître, augmenter, agrandir ». Le participe bṛhant- se traduit par « puissant, abondant, vaste, grand »[5].

Le mot brahman (ब्रह्मन् prononcé [brəhmən]) est un dérivé primaire[6] de la racine BṚH- portée au degré plein (degré guṇa) par insertion dans la racine d'une voyelle a- (BRAH-), et complétée par le suffixe -man. Brahman est un nom d'action de genre neutre, signifiant littéralement « fortification, croissance, augmentation ».

À l'époque védique, l'accent tonique permet de distinguer nom d'action et nom d'agent. L'accentuation effectuée sur la racine verbale donne au mot la valeur d'un nom d'action dont le genre est généralement neutre : bráhman. Lorsque l'accent porte sur le suffixe, le mot reçoit la valeur d'un nom d'agent de genre masculin : brahmán, qui signifie alors « ce qui fortifie, ce qui produit une croissance, une abondance, une majesté ».

Le « Dictionnaire philosophique » de Voltaire et l'« Anacalypsis » de Godfrey Higgins tentent de rapprocher le nom indien Brahman du nom hébreu Abraham.

Déclinaison du mot brahman[modifier | modifier le code]

Pour entrer en contexte ce mot sanskrit se décline. Selon sa fonction dans la phrase qui l'intègre il présente une des formes suivantes : aux cas directs du singulier le nominatif est brahman au neutre et brahmā au masculin, le vocatif est brahman au neutre et au masculin, l'accusatif est brahman au neutre et brahmānam au masculin; les cas obliques du singulier présentent, pour le neutre comme pour le masculin, les formes suivantes : l'instrumental brahmanā, le datif brahmane, l'ablatif et le génitif ont la même forme brahmanas, et le locatif brahmani.

Termes dérivés[modifier | modifier le code]

Porter la voyelle initiale d'un nom à l'état accru (vṛddhi) suffit souvent à transformer ce nom en adjectif[7]. À partir du nom brahman se forme un adjectif de forme masculine brāhma- qui devient brāhmī- au féminin. Le français traduit cet adjectif par « brahmanique » au sens de « favorable au brahman »[8].

Un autre dérivé compose la racine au degré accru (vṛddhi) et un suffixe -ana permettant de noter « le fait d'accomplir le verbe radical ». Le mot brāhmaṇa (ब्राह्मण prononcé [brα:hməNə)] est initialement un adjectif signifiant « relatif au brahman » qui, qualifiant un membre de la caste sacerdotale védique, devient le nom masculin brāhmaṇa qui désigne un prêtre védique nommé « brahmane » en français. Ce mot est aussi un nom de genre neutre, brāhmaṇa, qui désigne littéralement « le fait d'accroître » le corpus littéraire védique originel (les trois Védas et l'Atharva-Véda) par des commentaires en prose rédigés par différents auteurs brahmanes de l'antiquité.

Pour éviter la confusion entre brāhmaṇa nom neutre signalant un ensemble d'ouvrages littéraires, et brāhmaṇa nom masculin (brāhmaṇī au féminin) désignant la personne d'un brahmane, la langue anglaise utilise en ce dernier cas le mot brahmin qui, en sanskrit, est un adjectif signifiant « appartenant au brahman ». Ce mot se construit, en sanskrit, par adjonction du suffixe -in (marque d'appartenance) à la racine BRAH-.

Approche conceptuelle[modifier | modifier le code]

Veda et Brahmanas[modifier | modifier le code]

Le terme brahman figure dans les textes les plus archaïques du védisme. Dans le plus ancien recueil (saṃhitā) de strophes védiques, le Rigveda, figurent quelques allusions au brahman telle, par exemple, cette invocation (sūkta) à Indra : « Toutes ces offrandes de soma sont pour toi, ô héros, je te fais brahman pour te renforcer »[9].

Upanishads[modifier | modifier le code]

Dès les premières Upaniṣads, la notion de brahman comme puissance suprême du (yajña), le sacrifice védique, puissance magique et religieuse concentrée en Prajāpati, est réinterprétée comme puissance spirituelle et but suprême de toute connaissance (vidyā). La Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (II. 3. 1) livre l'assertion suivante : « brahman se manifeste vraiment sous deux modes, avec forme (saguṇa) et sans forme (nirguṇa), mortel et immortel, stable et instable, ceci et cela »[10].

Vedānta[modifier | modifier le code]

Les brahmasutras forment une collection incomplète d'aphorismes dont l'auteur serait Bādarāyana, dont la date varie de 200 ans avant l'ère courante à 200 ans de l'ère courante. Ce recueil contient plusieurs versets (sutras) de Uttaramimāmsā généralement connus sous l'appellation de Vedānta sutras.

Advaita Vedānta[modifier | modifier le code]

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Selon la philosophie de l'Advaita Vedānta, le Brahman est la réalité ultime. Par rapport à lui, tout autre, comprenant Dieu et le monde sont une illusion. Quand l'homme essaye de connaître le Brahman sans d'attribut avec son esprit, sous l'influence d'une puissance illusoire de Brahman, appelée la Māyā, Brahman devient le « Dieu (Īshvara) ». Le Dieu est Brahman avec sa Māyā. Il est « Saguna Brahman », ou Brahman avec des attributs positifs. Il est omniscient, omniprésent, incorporel, indépendant, créateur du monde, son gouverneur et également son destructeur. Il est éternel et immuable. Il est immanent et transcendant. Il peut même être considéré comme disposant d’une personnalité. Il est le sujet du culte (vénération). Il est la base de la moralité et donateur des fruits de son Karma (les actions). Il règne sur le monde avec sa Māyā. Cependant, alors que Dieu est le seigneur de la Māyā, elle est toujours sous sa commande, les êtres vivants (jiva, dans le sens des humains en tant qu'individus) sont les domestiques de Māyā (sous forme d'ignorance). Cette ignorance est la cause du malheur et du péché dans le monde mortel. Tandis que Dieu est bonheur infini, les humains sont misérables. La réalité ultime demeure Brahman, et rien autrement. L'âme individuelle (le soi) de toutes les créatures vivantes s'appelle l'Ātman. La connaissance vraie du Brahman est exigée pour obtenir la libération du cycle des renaissances (réincarnations), qui s'appelle Moksha. Après Moksha, il n'y a absolument aucune différence entre le Brahman et l'Atmân d'une personne.

Dvaita Vedānta[modifier | modifier le code]

Selon la philosophie du Dvaita Vedānta, le Brahman et le Dieu sont un et le même. Dieu peut être considéré pour avoir une forme anthropomorphique pour le culte de la dévotion. La plupart du temps, les Dvaitistes aiment regarder le Brahman comme Vishnou ou Krishna (un de ses incarnations). En outre, l'Atman et le Brahman sont différents. La dévotion, ou la Bhakti, est la meilleure manière d'obtenir Moksha, qui est considéré comme atteindre la demeure de Vishnou.

Hindouisme[modifier | modifier le code]

Selon la conception hindouiste, Brahman ne peut se définir qu'en énonçant ce qu'il n'est pas (neti-neti, en sanskrit : ni ceci, ni ceci ). Brahman est décrit comme la réalité infinie, omniprésente, omnipotente, incorporelle, transcendante et immanente qui est la base divine de toute l'existence. Il est grammaticalement neutre, mais peut être exceptionnellement traité comme masculin. Il est vérité infinie, conscience infinie et bonheur infini. Dans les Veda, Brahman existe depuis toujours et existera à jamais. Il est en toute chose mais transcende toute chose, il est la source divine de toute Vie. C'est l'Absolu divin : tous les dieux de la religion hindoue ne sont que ses facettes, des incarnations du Brahman.

  • L'Ishvara ou le Suprême Dieu (Litt. le Seigneur Suprême), qui peut complètement être identifié avec la vérité suprême Brahman, comme par la philosophie Dvaita, ou partiellement comme une manifestation mondaine du Brahman. Il a des attributs (positifs), mais le Brahman n'a pas d'attribut.
  • Les Deva de L'Hindouisme ; on ne doit pas confondre les termes Îshvara et devas. Au-dessous du divin unique que représente Brahmā, Vishnou et Shiva et la Déesse, (ou Mère), (qui est leur émanation directe, bien que différenciée), nous trouvons toutes les manifestations, individualisées et particularisées, de Dieu dans le monde. Ce sont « les dieux » de l'Inde, au nombre de 330 millions, et dont les aventures, les démêlés, tant qu'entre eux qu'avec les sages, les héros et les démons, forment la partie la plus massive et la plus difficile à interpréter de la mythologie hindoue[11].
"Cet univers est tout entier pénétré de Moi, dans Ma forme non manifestée. Tous les êtres sont en Moi, mais je ne suis pas en eux. Dans le même temps, rien de ce qui est créé n'est en Moi. Vois Ma puissance surnaturelle! Je soutiens tous les êtres, Je suis partout présent, et pourtant, Je demeure la source même de toute création. De même que dans l'espace éthéré se tient le vent puissant, soufflant partout, ainsi, sache-le, en Moi se tiennent tous les êtres." : le Brahman tel qu'il est défini dans la Bhagavad-Gītā

Il n'a pas tout à fait des connotations habituelles de Dieu et même du concept du monisme. On dit de lui, que Brahman ne peut pas être connu par des moyens matériels ; nous ne pouvons pas être rendus conscients de lui, parce que Brahman est notre conscience même.

Le mot brahman signifie donc, dans l'hindouisme : "1) les textes védiques ; 2) puissance mystérieuse grâce à laquelle les rites sont efficaces ; 3) le Sacré ; 4) l'Absolu ; 5) la seule Réalité dont la manifestation (Māyā) n'est qu'une illusion ; 6) la Conscience qui se connaît en tout ce qui existe, l'existence supracosmique qui sous-tend le cosmos, le Moi cosmique (chez shrî Aurobindo)", et le nom Brahmā veut dire "1) Manifestation personnelle du Brahman ; 2) le visage du Dieu personnel unique dans son action de créateur, l'une des trois personnes de la trimûrti (Brahmā, Vishnou, Shiva)."[12]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. Arthur Llewellyn Basham, Kenneth G. Zysk, The Origins and Development of Classical Hinduism, Éd.Oxford University Press US, 1991, page 7. (ISBN 9780195073492)
  3. Eliot Deutsch, Sylvie Girard, Qu'est-ce que l'Advaita Vedanta?, Éd. Les Deux Océans, 1980, page 15
  4. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet)
  5. N.Stchoupak, L.Nitti, L.Renou, Dictionnaire sanskrit-français, page 516.
  6. Louis Renou, Grammaire sanskrite élémentaire, page 16 : la racine verbale (dhātu) s'adjoint un suffixe (pratyaya) pour former un dérivé primaire (krt) qui peut désigner soit l'action soit l'agent du verbe signifié par la racine.
  7. Jean Varenne, Grammaire du sanskrit, pages 41-42, §52 c).
  8. N.Stchoupak, L.Nitti, L.Renou, Dictionnaire sanskrit-français, page 521, orthographie ce mot « brâhmanique », le Larousse 2006 l'orthographie, sans accent circonflexe, « brahmanique ».
  9. Jan Gonda, Le religioni dell'India, Veda e antico Induismo, page 69, donne la référence de ce verset du Rigveda (RV. 7, 22, 7) et le cite : « Per te sono tutte queste offerte di soma, o eroe (Indra); io faccio a te brahman per rafforzarti ».
  10. James Helfer, Wesleyan University (USA), article brahman in The Perennial Dictionary of World Religions, page 118, cite : « Truly, there are two modes of Brahman, the formed and the formless, the mortal and the immortal, the stable and the unstable, the this and the that ».
  11. Pierre Grimal, Mythologie de la Méditerranée au Gange, Larousse, Paris, 1963
  12. Jean Herbert et Jean Varenne, Vocabulaire de l'hindouisme, Dervy, 1985, p. 36.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]