Boycott des bus de Montgomery

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Le boycott des bus de Montgomery est une campagne politique et sociale entamée en 1955 à Montgomery, dans l'État de l'Alabama, aux États-Unis, pour s'opposer à la politique municipale de ségrégation raciale dans les transports publics[1]. Consécutif à l'arrestation de Rosa Parks, une Noire américaine qui avait refusé de céder sa place à un Blanc dans un bus, ce boycott a été l'un des événements majeurs du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Il dura du 5 décembre 1955 au 21 décembre 1956, et aboutit à une décision de la Cour suprême déclarant anticonstitutionnelles les lois de l'État d'Alabama imposant la ségrégation raciale dans les bus.

Le refus de Rosa Parks de céder sa place dans un bus[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rosa Parks.
Le carton des empreintes de Rosa Parks.

Rosa Parks devient célèbre lorsque, le 1er décembre 1955 dans la ville de Montgomery, elle refuse d'obéir au conducteur de bus James Blake qui lui demande de laisser sa place à un Blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus.

Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs étaient réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentaient 75 % des usagers, devaient utiliser les places à l'arrière du bus. Ils pouvaient néanmoins s'asseoir dans la zone centrale, jusqu'à ce que des Blancs en aient besoin ; ils devaient alors soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Si les places centrales étaient occupées, les Noirs devaient tout de même acheter leur billet à l'avant, mais devaient ressortir du bus avant de rentrer par la porte arrière pour rejoindre les emplacements qui leur étaient destinés. Mme Parks n'était pas la première personne à violer ce règlement, Claudette Colvin, une adolescente âgée de 15 ans, avait déjà été arrêtée le 2 mars 1955 et d'autres personnes l'avaient payé durement, parfois de leur vie[2].

Rapport de police sur Rosa Parks du 1er décembre 1955, page 2.

Pendant des années, la communauté noire se plaint de la situation et Mme Parks ne fait pas exception : « Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n'ont pas commencé avec cette arrestation. J'ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. » Parks en fait une expérience publique un jour pluvieux de novembre 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, comme à son habitude, lui demande de payer sa course à l'avant, redescendre et de remonter par la porte arrière. Voyant que du monde gêne l'accès par l'arrière, elle décide d'aller directement vers le fond. Blake furieux, la main sur son revolver, l'empoigne pour la ramener vers l'avant. Elle laisse alors tomber intentionnellement son sac à main et s'assied un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Blake lui laisse à peine le temps de descendre du bus, qu'il redémarre. Rosa Parks marche plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, ce sera le même chauffeur le 1er décembre 1955 alors qu'elle cherchait à l'éviter depuis cet événement[3].

Ce jour de 1955, elle n'avait semble-t-il pas planifié son geste, mais une fois décidée, elle l'assume totalement[4]. Après son travail, elle prend le bus vers 18 heures. Alors qu'elle s'est assise au milieu, quatre personnes blanches montent à l'arrêt devant l’ Empire Theater mais il n'y a de places assises que pour trois passagers. Le quatrième le signale à Blake qui demande aux noirs d'une rangée du milieu de la zone du milieu d'aller à l'arrière. Ces derniers refusent puis finalement les trois hommes noirs obtempèrent mais Rosa reste dans cette rangée, acceptant uniquement de se déplacer à droite prêt de la fenêtre[5],[6]. Blake, furieux qu'elle refuse de se déplacer dans la colored section , descend du bus et appelle son chef qui lui demande de faire venir la police. Elle est arrêtée, emmenée au poste de police de l'hôtel de ville puis transférée à la prison. Elle prend contact avec l'avocat Edgar Nixon, membre du chapitre de Montgomery du NAACP, une des principales associations de défense des droits des Noirs américains. Bien que furieux du traitement réservé à Mme Parks, il voit tout de suite l'intérêt symbolique du combat à mener. Il appelle un avocat blanc, Clifford Durr (en), qui accepte de contester la loi sur la ségrégation dans les bus. Ils la font libérer le lendemain soir[7].

Mobilisation avec Martin Luther King[modifier | modifier le code]

La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l'époque Dr. Martin Luther King, Jr, se réunirent à l'église baptiste de la Dexter Avenue pour discuter des actions à mener à la suite de l'arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent la Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularisera les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. Le mouvement a trois revendications immédiates :

  1. Que les Blancs et les Noirs puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus.
  2. Que les chauffeurs soient plus courtois à l'égard de toutes les personnes.
  3. Que des chauffeurs noirs soient engagés.

Boycott[modifier | modifier le code]

musée Henry Ford (Dearborn, Michigan).

Jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales le 5 décembre, Rosa Parks écope d'une amende de 10 dollars (plus 4 dollars de frais de justice). Ses avocats décident de faire appel[8].

La veille du procès, 35 000 tracts sont distribués pour inviter les Noirs à ne plus emprunter les bus le lundi 5 décembre. Le mot d'ordre fut repris le lundi par The Montgomery Advertiser, le journal noir local. Le mot d'ordre fut reconduit après une réunion à l'église. C'est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolongera 381 jours. Des douzaines de bus publics sont restés au dépôt pendant des mois jusqu'à ce que la loi sur la ségrégation dans les bus publics fût levée. La plupart marchèrent à pied ; des taxis conduits par des Noirs firent des trajets au tarif du bus (10 cents). Quelques Blancs les rejoignirent, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils avaient besoin que leurs employés noirs viennent travailler. Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'eut le mouvement, des fonds ont commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle, ou plus modestement l'achat de paires de chaussures. Des actes violents furent perpétrés, y compris le dynamitage des domiciles de Martin Luther King et de l'avocat Edgar Nixon, et King est victime de violences physiques[9]. Fidèle à sa stratégie de non-violence, King demande de ne pas répondre à ces actes. Ce mouvement provoqua beaucoup d'autres protestations contre la ségrégation menée aux États-Unis.

À travers son rôle initiateur du boycott, Rosa Parks aida à la prise de conscience des Américains dans la lutte pour les droits civiques. Martin Luther King écrit dans son livre paru en 1958, '[Stride Toward Freedom]', « L'arrestation de Mme Parks fut l'élément déclencheur plutôt que la cause des protestations... ».

Décision de la Cour suprême[modifier | modifier le code]

Finalement, le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis statua par l'arrêt Browdler v. Gayle (en) que la ségrégation dans les bus était anticonstitutionnelle. La nouvelle ne parvint à Montgomery que le 20 décembre. Le boycott cessa le lendemain.

Toutefois, la violence continua avec des tirs contre les bus et le domicile de Luther King et des explosions visant les églises fréquentées par les Noirs. Et si la ségrégation avait été abolie dans les bus de l'état, ce n'était pas encore le cas pour les liaisons inter-étatiques. Un groupe de jeunes fonda le Freedom Ride (qui peut se traduire par les voyages de la liberté), mais après quelques jours, un de ces bus est stoppé par le Ku Klux Klan ; ses occupants sont battus et le car brûlé. Ce n'est qu'en 1964 que les lois ségrégationnistes sont abrogées par le Civil Rights Act qui interdit toute forme de ségrégation dans les lieux publics, puis en 1965 par le Voting Rights Act qui supprime les tests et les taxes pour devenir électeur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Montgomery City Code, Alabama Department of Archives and History, (consulté le 23 septembre 2014).
  2. (en) « Five years before Parks, black soldier's defiance on Montgomery, Ala., bus cost him his life », The San Diego Union-Tribune, 16 janvier 2006 (consulté le 22 septembre 2014).
  3. (en) Ruth Ashby, Rosa Parks. Freedom Rider, Sterling Publishing Company,‎ 2008, p. 38
  4. (en) Donnie Williams et Wayne Greenhaw, The Thunder of Angels: The Montgomery Bus Boycott and the People who Broke the Back of Jim Crow, Chicago, Chicago Review Press,‎ 2005 (ISBN 978-1-55652-590-2), p. 48
  5. La libération d'une seule place pourrait paraître suffisante mais bien souvent, les blancs n'acceptent pas d'être assis à côté de noirs.
  6. (en) The Rosa Parks Story – What Happened on the Bus
  7. (en) Stewart Burns, Daybreak of Freedom. The Montgomery Bus Boycott, UNC Press,‎ 1997, p. 9
  8. (en) Joyce A. Hanson, Rosa Parks. A Biography, ABC-CLIO,‎ 2011, p. 87
  9. (en) MLK's Biography, Nobelprize.org, Official site, 1964

Articles connexes[modifier | modifier le code]