Annie Besant

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Annie Besant
Annie Besant en 1897
Annie Besant en 1897

Naissance 1er octobre 1847
Londres
Décès 20 septembre 1933
Chennai
Profession(s) féministe et écrivain britannique
Conjoint(s) Frank Besant (1867 - 1873)
Famille Digby et Mabel

Annie Besant (née Wood le 1er octobre 1847[N 1] à Londres, décédée le 20 septembre 1933 à Chennai) est une théosophe, socialiste, féministe et écrivain britannique qui prit part à la lutte ouvrière avant de devenir membre de la Société Théosophique puis de lutter pour l'indépendance de l'Inde.

Issue d'une famille anglo-irlandaise et orpheline de père à cinq ans, elle fut éduquée de façon privée par une dame charitable. Elle fit de nombreuses lectures philosophiques qui développèrent ses questionnements métaphysiques et spirituels. Elle prit aussi conscience à la même époque de la condition ouvrière. Jeune femme de la classe moyenne victorienne, elle n'avait alors pas d'autre avenir que le mariage. En décembre 1867, elle épousa Frank Besant, un pasteur anglican. Le mariage fut malheureux pour de multiples raisons. Après avoir eu deux enfants, le couple se sépara en 1873.

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Famille et jeunesse

[modifier] Famille

Annie Besant, issue d'une famille anglo-irlandaise[N 2] de la classe moyenne, est née à Londres le 1er octobre 1847. Son père, William Burton Persse Wood appartenait à une bonne famille du Devon. Matthew Wood, grand-oncle d'Annie, fut Sheriff et Lord Maire de la City puis Membre du Parlement pour cette même City à partir de 1817. Il est resté célèbre pour avoir pris la défense de la reine Caroline lors de son divorce puis du duc de Kent, le père de la reine Victoria qui lui accorda le titre de baronnet. Ses fils firent aussi des carrières couronnées de succès dans l'Église anglicane, l'armée, la justice, les finances et au Parlement. Le grand-père d'Annie par contre était issu de la branche cadette moins fortunée. Il se maria avec une Irlandaise et s'installa à Galway où naquit le père d'Annie[1].

Le père d'Annie, William Wood fit des études de médecine au Trinity College de Dublin et épousa lui aussi une Irlandaise, Emily Morris[N 3]. Touchés indirectement par la famine des années 1840, le couple quitta l'Irlande pour Londres où William Wood abandonna la profession de médecin pour un emploi de secrétaire dans la City. Installés dans le quartier de St. John's Wood, ils eurent trois enfants : Henry, Annie et Alfred[2].

[modifier] Enfance

Son père mourut alors qu'elle avait cinq ans. S'il avait abandonné la pratique de la médecine, il accompagnait parfois ses amis médecins. Il se blessa au doigt en disséquant une personne morte de tuberculose osseuse et contracta lui aussi la maladie dont il finit par mourir en 1852. Dans ses souvenirs, Annie Besant racontait que sa mère s'était occupé de son père jusqu'au bout et que ses cheveux étaient devenus blancs la nuit où il mourut. Quelques mois plus tard, Alfred, le plus jeune des enfants, décéda à son tour. Lors de ces deux occasions, Emily Wood aurait fait preuve de « clairvoyance » : restée chez elle lors de l'enterrement, elle était cependant capable de le raconter comme si elle y avait assisté et elle put retrouver seule la tombe de son mari, avant que la pierre tombale ne la signalât ; elle prédit aussi la mort de son fils. Annie Besant disait que sa mère était très imprégnée de superstition celtique[3].

Bâtiment de la public school de Harrow.

William Wood laissa sa famille sans ressources. Celle-ci partit d'abord pour le quartier bien moins huppé de Richmond Terrace, à Clapham, banlieue de Londres au sud de la Tamise où était déjà installée le reste la famille irlandaise. Pour respecter une des dernières volontés de son mari qui voulait que leur fils Henry fît du droit, Emily Wood s'installa ensuite à Harrow, où se trouve la célèbre public school du même nom afin que son fils pût y entrer en bénéficiant des frais d'inscription réduits pour les habitants de la ville. Elle y ouvrit une pension pour les élèves de l'école à l'automne 1855 afin de gagner sa vie. L'année suivante, Annie fut confiée à Ellen Marryat, sœur de Florence et Frederick Marryat. Cette vieille fille de 41 ans fortunée et charitable se chargerait de son éducation, en même temps que celle d'une de ses nièces Amy Marryat. Annie Besant dans son autobiographie raconte qu'elle eut le cœur brisé de quitter sa mère pour aller s'installer dans le Dorset, à Fern Hill près de Charmouth. Elle reconnaissait aussi tout ce qu'elle devait à Ellen Marryat qui lui donna une solide éducation. Elle apprit ainsi la géographie, le latin et diverses langues étrangères dont le français et l'allemand. L'éducation religieuse était très fortement présente, Miss Marryat étant très marquée par le courant évangélique[4].

[modifier] Adolescence

En 1861, Ellen Marryat décida de voyager à travers l'Europe avec Annie alors âgée de treize ans, son neveu (qu'elle emmenait à Düsseldorf consulter un chirurgien de l'œil) et une nouvelle protégée Emma Mann, nièce du principal de Harrow et de Arthur Penrhyn Stanley. Ils passèrent plusieurs mois à Bonn puis s'installèrent à Paris pour sept mois où aux leçons quotidiennes s'ajoutèrent les visites des musées et églises. Annie y découvrit le catholicisme et principalement ses messes qui lui plurent beaucoup plus que l'évangélisme austère auquel elle était habituée. Elle pensa se convertir avant de se rapprocher du courant « High Church » au sein de l'anglicanisme. Celui-ci, dit parfois anglo-catholicisme était très proche des rites catholiques. Au printemps 1862, elle reçut sa confirmation de l'évêque de l'Ohio alors à Paris. Elle raconte qu'elle se sentit comme touchée par le Saint-Esprit. De retour en Angleterre, elle s'installa avec Miss Marryat d'abord à Sidmouth puis Londres. Cette dernière entreprit alors de donner de plus en plus de latitude intellectuelle à sa pupille avant de lui permettre de retourner chez sa mère, à Harrow, à quinze ans et demi[5].

Là, elle poursuivit son éducation tout en ayant une vie sociale un peu plus développée. Elle lut Homère, Dante et Platon et accepta des invitations à des parties de croquet et à des bals. Elle se rapprocha de plus en plus du catholicisme, se mit à se signer et à communier toutes les semaines et tenta même l'auto-flagellation. Cependant, elle ne se convertit pas, préférant toujours le Mouvement d'Oxford (autre nom du mouvement « High Church »). Elle décida aussi, comme le lui avait enseigné Ellen Marryat, d'aller voir par elle même aux sources mêmes. Elle étudia alors les écrits des Pères de l'Église, principalement Origène, saint Jean Chrysostome et saint Augustin. Elle y découvrit les concepts, défendus ou condamnés, de transmigration des âmes, l'accès à Dieu par la connaissance, les vertus du célibat, la magie, le pouvoir des images et des idoles, la signification des nombres ou les incantations. Elle découvrit la mythologie grecque, mais aussi la magie chaldéenne, le brahmanisme, le culte d'Isis et Hermès Trismégiste. À Pâques 1866, la ferveur chrétienne d'Annie atteignit un paroxysme. Elle parcourut en esprit les stations du chemin de Croix. Afin de mieux comprendre la Semaine Sainte, elle entreprit de comparer les différentes versions des Évangiles et fut alors surprise par les incohérences du texte. Elle rejeta cependant ses doutes. Ce fut dans cet état d'esprit qu'elle rencontra son futur mari[6].

[modifier] Mariage

[modifier] Fiançailles

Annie Wood rencontra Frank Besant à l'église de Clapham dont dépendait sa famille et où il officiait provisoirement à Noël 1865 puis à nouveau à Pâques 1866. Sa mère, jugeant que le jeune pasteur pouvait être un prétendant convenable pour sa fille, l'invita à passer une semaine durant l'été avec elles. Annie passa alors de longs moments à discuter avec lui. Cependant, alors qu'il considérait que lors de ces discussions il lui faisait la cour, Annie, elle, n'en avait pas même l'idée. Aussi, fut-elle complètement surprise lorsqu'il la demanda en mariage à la fin de la semaine. Elle ne sut quoi répondre et il prit son silence pour une réponse positive. Il considérait aussi qu'il devait épouser Annie car les longs moments qu'il avait passés seul avec elle pouvaient compromettre l'honneur de la jeune fille. Frank Besant avait 25 ans et était alors instituteur à Clapham où en tant que futur pasteur anglican, il remplaçait parfois des pasteurs en charge de cure afin d'arrondir ses fins de mois. Issu d'une famille très anglicane, il avait fait ses études dans des établissements profondément anglicans eux-aussi (King's College de Londres et Emmanuel College à Cambridge). Il se spécialisa en mathématiques et dès sa sortie de l'université, il retourna dans son ancienne grammar school enseigner les mathématiques tout en espérant être rapidement ordonné prêtre. Il était très timide et par conséquent considéré comme très cassant[7].

La demande en mariage, réitérée à Londres, fut acceptée par la mère d'Annie puisqu'elle l'avait plus ou moins suscitée. La jeune femme accepta elle aussi, mais en conçut du ressentiment contre sa mère. Annie passa la fin de l'été à voyager en Suisse avec la famille de William Prowting Roberts, un avocat engagé dans la cause chartiste puis pour les conditions de travail et de vie des mineurs et des classes populaires urbaines en général qu'il fit découvrir à Annie lors de leurs conversations. Lorsqu'elle leur rendit visite à nouveau, à l'été 1867, à Manchester, peu de temps avant son mariage, elle assista aux manifestations autour du procès puis de la condamnation à mort des membres de l'Irish Republican Brotherhood. Ces expériences, d'une foule en colère et de ce qu'elle considéra comme un verdict injuste, la marquèrent pour le reste de sa vie[8].

À l'automne 1866, Annie essaya de rompre ses fiançailles. Sa mère l'en dissuada avec deux arguments principaux : en tant que femme de pasteur, Annie serait en position idéale pour faire le bien et de toutes façons, elle n'avait pas réellement d'autre perspective que le mariage. Elle l'accepta finalement. De plus, Frank venait d'être ordonné prêtre. Il était devenu, selon les mots d'Annie, « un être semi-angélique » qui pouvait répondre aux aspirations spirituelles de la jeune femme alors : il serait son époux terrestre comme Jésus était pour elle son époux céleste[9].

[modifier] Un mariage malheureux

Le 21 décembre 1867, Annie Wood épousa Frank Besant à Hastings. La nuit de noces fut une abomination pour la jeune femme qui n'avait aucune idée de ce qui se passerait. Elle la ressentit comme un véritable viol et n'en retira que du dégoût et de la peur[10].

[modifier] Autorité victorienne du mari
Le Cheltenham college.

Le couple s'installa à Cheltenham en janvier 1868. Frank Besant avait obtenu un poste d'enseignant de mathématiques au Cheltenham college, une public school et Annie s'occupa d'une pension pour les élèves, comme sa mère l'avait fait à Harrow. Elle eut du mal à s'intégrer dans le groupe des épouses d'enseignant : elles ne faisaient que « parler de domestiques et de bébés » ; de plus, toute l'école était « Low Church » alors qu'elle était, elle, « High Church ». Annie Besant avait une impression de plus en plus forte d'isolement intellectuel, alors qu'en fait, certaines de ces femmes et de leurs filles étaient au moins aussi éduquées qu'elle voire se battaient pour le droit à l'éducation des femmes. Il semblerait que son mariage ait eu une influence défavorable sur son moral et son état d'esprit[11].

La gestion de la pension n'était pas suffisante pour l'occuper et elle se montra peu douée pour la gestion de la maison (tâches ménagères et domesticité). Il semblerait qu'elle ait laissé faire son mari (très autoritaire) afin de ne pas tout à fait devenir une « femme au foyer ». Elle passait ses journées à s'ennuyer, d'autant plus que l'étiquette ne lui permettait pas de sortir seule. Les relations de couple étaient très tendues. En février 1870, selon un affidavit de 1878, Frank la frappa en lui hurlant de rentrer chez sa mère[12].

Annie Besant se tourna à nouveau vers la lecture puis vers l'écriture : des pamphlets religieux que son mari appréciait peu car ils étaient trop « High Church » ; un livre sur la spiritualité qui semble avoir été accepté mais ne fut finalement jamais édité ; un roman qui fut rejeté car trop politique et une nouvelle qui fut publiée dans le Family Herald, un « magazine d'informations domestiques ». Elle gagna alors 30 shillings, les premiers revenus de sa vie. Ils furent immédiatement récupérés par son époux. La loi disposait en effet que les revenus de la femme appartenaient à son mari, son « propriétaire » comme se mit alors à dire Annie. Elle déclara qu'elle n'avait pas besoin de cet argent, mais qu'elle fut choquée d'apprendre qu'il n'était pas à elle du tout[13].

Annie Besant en 1869

Elle eut avec lui deux enfants : Arthur Digby, né le 16 janvier 1869 et Mabel Emily, née le 28 août 1870. Elle s'occupa elle-même de ses enfants : le couple ne pouvait se permettre une nourrice. Il semblerait que la violente dispute de février 1870 fût liée à une demande d'Annie de ne plus avoir d'autres enfants, pour des raisons matérielles. La seule véritable contraception pour un pasteur anglican était l'abstinence, or, il semblerait que Frank ait pris très à cœur de forcer son épouse à l'accomplissement du « devoir conjugal ». Elle se remit difficilement de son second accouchement, tandis que les disputes se faisaient de plus en plus régulières et de plus en plus violentes. Dans l'affidavit de 1878, elle l'accusa de cruauté ; il expliqua que son attitude à elle expliquait sa conduite à lui[14].

En 1871, sa fille Mabel tomba très gravement malade. Annie Besant s'épuisa à la soigner puis fit une dépression. Elle perdit alors la foi face aux épreuves et injustices que lui envoyait Dieu. Dans les mois qui suivirent, son mari essaya de la lui faire retrouver, luttant contre ce qu'il appelait ses « doutes » et lui présentant un autre pasteur anglican de Cheltenham qui lui servirait de guide spirituel. Celui-ci ne put rien faire : les solutions anglicanes, comme le Repentir, qu'il proposait n'avaient plus aucun écho en Annie qui désirait alors trouver une autre voie d'accès à la connaissance de Dieu. Pour lutter contre sa dépression, son médecin lui suggéra de lire des ouvrages de science, d'anatomie et de physiologie, afin de distraire son esprit de ses angoisses existentielles. Enfin, pour lui changer définitivement les esprits, Frank quitta son poste d'enseignant à Cheltenham College pour prendre une cure à Sibsey, un tout petit village dispersé, d'un millier d'habitants, dans le Lincolnshire. Cependant, dans ce petit village, sans vie sociale, Annie était plus libre que dans la ville de Cheltenham et pouvait sortir sans risquer de se compromettre[15].

[modifier] Rupture
La gare de Sibsey.

Elle remplit ses fonctions de femme de pasteur en rendant des visites caritatives aux pauvres et aux malades. À nouveau, elle fut confrontée à la misère populaire renforcée alors par de mauvaises récoltes sans que le propriétaire (absent) ait baissé les loyers. De plus, les ouvriers agricoles qui prenaient contact avec les syndicats perdaient définitivement toute possibilité de trouver à s'employer. Dans son Autobiographie, Annie Besant dit qu'elle apprit beaucoup politiquement à ce moment-là. Elle se posa à nouveau aussi la question de sa foi. Elle se remit à lire de la théologie et découvrit les ouvrages de Matthew Arnold et son idée de morale comme religion. Ces lectures déplurent à son époux qui se remit, lui, à la frapper, au point qu'en juin 1872, elle s'enfuit chez sa mère à Londres[16].

Charles Voysey, caricaturé dans Vanity Fair (octobre 1871).

Là, elle alla écouter le prêche de Charles Voysey, un pasteur anglican qui venait d'être condamné pour hérésie par le Privy Council. Il refusait les idées de péché originel et de châtiment éternel ainsi que la divinité du Christ et le Repentir. Il déclarait aussi que la Bible n'était pas la parole divine. Après avoir quitté l'Église anglicane, il fonda une Église théiste. Annie se lia d'amitié avec lui. Voysey lui présenta diverses personnalités libres-penseurs de Londres, comme l'éditeur Thomas Scott qui publiait des pamphlets rationalistes ou républicains, l'indianiste John Muir, le réformateur socialiste Charles Bray ou l'évêque du Natal John William Colenso, défenseur de la cause des Zoulous. Lorsque Frank l'apprit, sa colère ne fit que croître[17].

Le fait que la femme du pasteur ait perdu la foi posait un gros problème social. Elle fit une dernière tentative et réussit à rencontrer Edward Bouverie Pusey, un des maîtres à penser du mouvement d'Oxford. Mais, personnalité intransigeante, Pusey se heurta de front avec elle et lui dit : « No, no, you have read too much already; you must pray, you must pray. » (« Non, non, vous avez déjà trop lu ; vous devez prier maintenant, vous devez prier. »)[18].

Elle retourna à Sibsey à l'automne. Les époux s'installèrent dans deux pièces séparées de la maison. Elle reprit ses activités caritatives durant l'hiver : la région était en proie à une épidémie de typhoïde et Annie Besant gagna le respect des villageois pour sa dévotion aux malades. En effet, son attitude à l'église commençait à les choquer car elle quittait l'office quand celui-ci évoquait des aspects de l'anglicanisme auxquels elle ne croyait plus comme la communion. Elle s'enfermait aussi seule dans l'église à d'autres moments. Elle se mit même à prêcher dans l'église vide. Elle publia deux pamphlets[N 4] avec pour seul nom d'auteur « épouse d'un ecclésiastique » qui mirent en colère son époux. Ils étaient préfacés par Voysey. Frank Besant craignait en lui étant associé, même via sa femme, de perdre lui aussi sa cure. Il aurait encouragé en ce sens par son frère aîné qui lui avait peur de perdre la protection de ses propres employeurs[19].

Le 20 juillet 1873, elle quitta Sibsey et son mari. La famille Besant lui fit savoir que la rupture était définitive. Elle entrait en marge de la société victorienne. Elle s'installa à Londres chez son frère et sa mère. Là, elle fit une dépression nerveuse. En septembre, Frank Besant vint faire un scandale qui poussa Henry Wood à entamer une procédure de séparation entre sa sœur et son beau-frère car un divorce était hors de question pour le pasteur Frank Besant. La séparation fut prononcée le 25 octobre 1873. Elle divisait la garde des enfants : Mabel à Annie et Digby à Frank. Ce dernier avait d'abord refusé mais céda lorsqu'on menaça de révéler son attitude vis-à-vis de sa femme et la cruauté était une cause de divorce reconnue. Il accepta aussi de verser une pension à son épouse (£110, soit le quart de son revenu). Après avoir quitté son mari, elle dut quitter aussi le domicile de son frère car lui aussi exigeait qu'elle rompît tout contact avec Voysey[20].

[modifier] Féministe et socialiste

Annie Besant

[modifier] Difficultés matérielles

Sans revenu, Annie Besant dut chercher du travail d'autant plus que ses connaissances lui fermèrent leur porte, en raison du scandale moral et religieux qu'elle avait causé. Après diverses tentatives infructueuses, elle fut accueillie finalement par un couple américain installé à Londres, Ellen et Moncure Daniel Conway. Ce dernier avait été un ardent défenseur de Voysey et se sentait en partie responsable de la situation d'Annie Besant. Il utilisa les compétences d'Annie Besant en allemand : elle l'aiderait dans la traduction d'ouvrages dont il avait besoin pour la rédaction d'un des siens. Puis, elle fut engagée comme gouvernante chez un pasteur de Folkestone. En avril 1874, sa mère Emily Wood, tomba gravement malade et Annie se rendit à ses côtés pour l'assister dans ses derniers instants. Sur son lit de mort, sa mère tenta de la faire revenir dans le giron de l'Église anglicane et de lui faire à nouveau accepter la communion. Elle accepta la communion et ce fut Arthur Penrhyn Stanley qui l'administra aux deux femmes, les autres pasteurs appelés ayant refusé[21].

Après le décès de sa mère, pour payer le loyer de ses deux pièces sur Colby Road, Annie Besant écrivit de nombreux pamphlets pour l'éditeur Thomas Scott[N 5]. Elle signa de son nom de femme mariée et s'y déclarait théiste. Elle passait ses journées à travailler dans la « reading room » de la British Library. Elle prit aussi contact avec la National Secular Society de Charles Bradlaugh avec qui elle se lia d'amitié. Elle évolua alors vers l'athéisme. Le 25 août 1874, malgré l'opposition de son mari qui ne put cependant l'empêcher, elle donna sa première conférence, intitulée « The Political Status of Women »[22].

[modifier] Engagement au service de la libre-pensée et de la réforme sociale

Charles Bradlaugh

Charles Bradlaugh lui proposa alors de contribuer, pour une guinée par semaine, au National Reformer, le journal hebdomadaire de la société séculariste qu'il avait fondée en 1866, la National Secular Society. Ce travail et ce salaire lui assuraient non seulement une indépendance financière, mais aussi le début de la carrière intellectuelle qu'elle envisageait. Elle écrivit son premier article le 30 août 1874 pour lequel elle adopta le pseudonyme qu'elle utiliserait dorénavant : « Ajax[N 6] ». Elle écrivit sur de nombreux sujets. Elle couvrit par exemple en octobre 1874, la campagne électorale pour une élection législative partielle à Northampton à laquelle se présentait Bradlaugh. Ses articles décrivaient la misère ouvrière de la ville. Dans d'autres, elles attaquaient les membres des clergés opposés à la libre-pensée ou les hommes politiques opposés aux réformes. Elle continua aussi les conférences qu'elle considérait comme essentielles à son travail de propagande pour la libre-pensée et la réforme sociale. Elle y était annoncée en tant que « célèbre Ajax »[23].

Au début de l'année 1875, elle publia un nouveau pamphlet : On the Nature and Existence of God (De la Nature et de l'existence de Dieu). Elle y écrivait que nul n'avait jamais encore eu de preuves de l'existence d'un dieu et que si un dieu existait, il ne voulait pas que l'homme ait de preuves de son existence. Elle expliquait que la raison en était liée aux prêtres et aux religions qui n'étaient capables que de produire des dégâts et du désespoir. Selon elle, la morale devait être séparée de la religion et ne venir que de la réflexion et l'expérience[24].

[modifier] Limitation des naissances

Elle publie, avec Bradlaugh, un pamphlet sur la limitation des naissances (The Fruits of Philosophy, or the Private Companion of Young Married People) qui lui vaut d'être condamnée à la prison après un procès en 1877, au terme duquel une peine d'emprisonnement fut bientôt commuée en une simple amende. Bradlaugh fut relaxé, et toutes les charges contre lui furent abadonnées. Annie continua à rédiger des livres sur l'orthogénie et l'athéisme, et devient présidente de la Ligue malthusienne. Elle adhère à la Fabian Society et elle fut membre du comité directeur. En 1888, elle participe à la rédaction des Fabian Essays in Socialism

[modifier] La théosophie

En 1889, après avoir lu La Doctrine Secrète de Helena Blavatsky elle devient membre de la Société théosophique. En 1893, elle va vivre en Inde pour développer la Société théosophique et établit son centre à Adyar, près de Chennai, y découvre Krishnamurti en 1909 et prépare activement le pays à l'indépendance. Très influencée par la culture indienne, elle devient présidente de la Société théosophique en 1907, succédant au colonel Henry Steel Olcott.

[modifier] Indépendance de l'Inde

Sa contribution à la lutte pour l'indépendance de l'Inde est remarquable : elle fonde la Home Rule League avec le soutien et la coopération de Lokmanya Tilak. En 1915, elle est élue président du Parti du Congrès à Kolkata. Elle participe activement au mouvement de non-coopération (Non-Cooperation Movement) et boycotte la Simon Commission. Elle établit également la Central Hindu School. Ses idées politiques et sociales étaient diffusées à travers les journaux New India et Commonwealth. Cependant elle refuse de condamner le Massacre d'Amritsar ce qui lui vaut d'être exclue du Parti du Congrès.

Annie Besant fut l'une des premières initiées de l'Ordre Maçonnique Le Droit Humain, dont elle fonda la fédération britannique et qu'elle répandit à travers l'empire britannique [réf. nécessaire]. Elle étudia également au cours de sa vie les enseignements de l'islam et notamment le comportement et la vie de Mahomet.

[modifier] Bibliographie

[modifier] Œuvres

Voir sur Wikisource : Annie Besant.

Le Lieutenant-Colonel Arthur Edward Powell (1882, Newton, New Jersey - 1969, Los Angeles, Californie) effectua une synthèse condensée du travail d'Annie Besant et de Charles Webster Leadbeater dans une série de 5 livres :

  • Le Double Ethérique
  • Le Corps Astral
  • Le Corps Mental
  • Le Corps Causal
  • Le Système solaire

Trad. française aux Editions Adyar www.editionsadyar.com atma-porte-divine.fr

  • The Political Status of Women (1874)
  • Marriage, As It Was, As It Is, And As It Should Be: A Plea For Reform (1878)
  • The Law Of Population, sur l'orthogénie (1877)
  • Autobiographical Sketches (1885)
  • Why I became a Theosophist (1889)
  • An Autobiography (1893)
  • The Ancient Wisdom (1898)
  • Bhagavad Gita (traduction) (1905)
  • Introduction to Yoga (1908)
  • Autobiographie (1908)
  • Occult Chemistry (avec Charles Webster Leadbeater) (1919)
  • The Doctrine of the Heart (1920)
  • Esoteric Christianity
  • The Life and Teachings of Mohammed
  • Vers le Temple

[modifier] Études sur Annie Besant

  • (en) Nancy Fix Anderson (ed.), Lives of Victorian Political Figures, Volume 3: Annie Besant, 2008. (ISBN 978 1 85196 850 3)
  • (en) B. Das, The Central Hindu College and Mrs Besant, Divine Life Press, 1913.
  • (fr) René Guénon, Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion., Éditions Traditionnelles, 1921. (opposant convaincu à la théosophie).
  • (en) Ann Taylor, Annie Besant, Oxford University Press, 1992. (ISBN 978-0192117960)

[modifier] Généralités

  • 101 Great Indian Eminent Personalities, Tiny Tot Publications, Delhi.

[modifier] Notes et références

[modifier] Notes

  1. Selon son acte de naissance, cité par A. Taylor, p. 1.
  2. A. Besant disait : « Je suis Irlandaise au trois-quarts par le sang et intégralement de cœur ». (A. Taylor, p. 1).
  3. ou Maurice parfois.
  4. « On the Deity of Jesus of Nazareth » (« À propos de la divinité de Jésus de Nazareth ») et « According to St John: On the Deity of Jesus of Nazareth, Part II: A Comparison between the Fourth Gospel and the Three Synoptics » (Selon St Jean : À propos de la divinité de Jésus de Nazareth, Deuxième partie : Une comparaison entre le quatrième Évangile et les trois évangiles synoptiques)
  5. « Inspiration », « The Atonement », « Meditation and Salvation », « Eternal Torture » et « The Religious Education of Children ».
  6. En hommage à Ajax fils de Télamon qui réclamait la lumière, même si celle-ci devait le révéler à ses ennemis. (A. Taylor, p. 82).

[modifier] Références

  1. A. Taylor, p. 1.
  2. A. Taylor, p. 2.
  3. A. Taylor, p. 3.
  4. A. Taylor, p. 4-9.
  5. A. Taylor, p. 10-14.
  6. A. Taylor, p. 14-17.
  7. A. Taylor, p. 18-21.
  8. A. Taylor, p. 21-23 et 25-27.
  9. A. Taylor, p. 24.
  10. A. Taylor, p. 27.
  11. A. Taylor, p. 28-30.
  12. A. Taylor, p. 30-31 et 34.
  13. A. Taylor, p. 31-33.
  14. A. Taylor, p. 33-35.
  15. A. Taylor, p. 36-42.
  16. A. Taylor, p. 43-44.
  17. A. Taylor, p. 44-50.
  18. A. Taylor, p. 50-52.
  19. A. Taylor, p. 52-57.
  20. A. Taylor, p. 58-60.
  21. A. Taylor, p. 61-68.
  22. A. Taylor, p. 69-73.
  23. A. Taylor, p. 74-86.
  24. A. Taylor, p. 86-87.

[modifier] Liens externes

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