Sadegh Hedayat

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Sadegh Hedayat à Paris.

Sadegh Hedayat (en persan : صادق هدایت), né à Téhéran le et mort à Paris le , est un écrivain et traducteur iranien. Hedayat est considéré comme l'un des plus grands écrivains de l'Iran moderne[1]. Il est contemporain, entre autres, des écrivains iraniens Houshang Golshiri, Mohammad-Ali Djamalzadeh et Sadegh Choubak. C'est à Hedayat que l'on doit pour la première fois en Iran une véritable écriture romanesque, car avant lui la littérature n'était que presque exclusivement représentée par la poésie, avec sa prosodie particulière[2].

Il est surtout célèbre pour son roman La Chouette aveugle, salué par les surréalistes lors de sa parution en français en 1953.

Auteur d'une littérature crépusculaire et insolite, hanté par ses démons et vivant en marge de la société, il porte un regard désespéré, teinté d'une ironie impitoyable, sur l'absurdité du monde et l'inguérissable folie de l'âme humaine. Esprit libre dans la lignée d'Omar Khayyam – dont il fit paraître une édition critique des Chants –, il fut aussi un satiriste iconoclaste, influencé à la fois par les maîtres modernes de l'Europe, notamment Franz Kafka, et par le folklore et les traditions de la Perse antique.

« Pessimiste incurable », grand amateur de vodka et d'opium, Hedayat se suicide dans la misère et l'extrême solitude en dans son appartement de la rue Championnet, à Paris. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Biographie[modifier | modifier le code]

Hedayat en 1928 ou 1929
Avec son père, Mehdi Qoli Hedayat
Tombe de l'écrivain au cimetière du Père-Lachaise à Paris

Issu d'une famille aristocratique[3] Sadegh Hedayat poursuit ses études au collège français Saint-Louis de Téhéran, puis, après quelque temps en Belgique, à Paris de 1926 à 1930. Il fait une tentative de suicide au cours de ses études en 1927, mais il est sauvé par un petit bateau de pêcheurs des bords de la Marne. Il retourne ensuite en Iran pour travailler dans l'administration de la banque nationale où il végète sa vie durant. Il voyage en Inde en 1936 pendant deux ans et demi, ce qui lui fait forte impression. C'est au cours de ce voyage qu'il s'initie au moyen-persan à Bombay. Il visite également l'Ouzbékistan soviétique en 1944. Il retourne en France en décembre 1950 pour se suicider à Paris cinq mois plus tard[4]. Son œuvre est marquée par la hantise du suicide, mais est traversée aussi par la description des mœurs persanes décrites avec humour et poésie. Traducteur du moyen-persan (pahlavi), il avait une immense admiration pour le folklore iranien alliée avec un certain mépris pour les superstitions et le pouvoir des mollahs archaïques qu'il qualifiait de « têtes de choux »[5].

Son chef-d'œuvre, La Chouette aveugle, écrit en 1936-1937, raconte les hallucinations d'un opiomane poursuivi par les interférences d'une vie antérieure. Sa publication en 1941 à Téhéran fit scandale. Dans Recontres avec Sadegh Hedayat, le parcours d'une initiation, son disciple Frédéric Farzaneh révèle que l'écrivain était fortement marqué entre autres par Edgar Poe, Maupassant (qu'il traduisit), Rilke, Kafka (qu'il traduisit du français), Virginia Woolf, Hermann Hesse, William Faulkner ou Tchékhov. Outre ses romans, il est également l'auteur de deux pièces de théâtre, de récits de voyage (dont un à propos d'Ispahan) et de divers essais, dont l'un concerne Omar Khayyâm.

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

  • Bouf-é Kour (La Chouette aveugle), Bombay, 1936 (très petit nombre d'exemplaires ronéotypés), puis éd. Amir-Kabir, Téhéran, 1941 ;
  • Le Chien Errant , 1941
  • Traduction en persan de La Métamorphose de Franz Kafka ;
  • La Chouette aveugle, traduit du persan par Roger Lescot, Éditions José Corti, 1953 ;
  • Enterré vivant, traduit du persan par Derayeh Derakhshesh, José Corti, 1986 ;
  • L'Abîme et autres récits, traduit du persan par Derayeh Derakhshesh, José Corti, 1987 ;
  • Trois gouttes de sang, traduit du persan par Gilbert Lazard, Phébus, 1989 ;
  • Les Chants d'Omar Khayam, édition établie par Sadegh Hedayat, traduit du persan par M.F. Farzaneh et Jean Malaplate, José Corti, 1993 ;
  • Hâdji Agha, traduit du persan par Gilbert Lazard, Phébus, 1996 ;
  • L'Eau de jouvence et autres récits, traduit du persan par M.F. et Frédéric Farzaneh, José Corti, 1996 ;
  • La Griffe suivi de Lâleh, traduit du persan par Gilbert Lazard, éditions Novetlé, 1996 ;
  • Madame Alavieh et autres récits, traduit du persan par M.F. et Frédéric Farzaneh, José Corti, 1997 ;
  • L'Homme qui tua son désir, traduit du persan par Christophe Balaÿ, Gilbert Lazard et Dominique Orpillard, Phébus, 1998.

Quelques essais[modifier | modifier le code]

  • 1923 Roubayat-e Hakim Omar-e Khayyâm/ Les Roubayats d'Omar Khayyâm
  • 1924 Ensan va hayvan/ L'Homme et l'animal
  • 1927 Marg/ La Mort
  • 1940 Chaykuvski/ Tchaïkovski
  • 1941 Shivehha-ye novin dar she’r-e parsi/ Les Nouvelles tendances de la poésie persane
  • 1948 Payam-e Kafka/ Le Message de Kafka

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

  • Daniil Komissarov, Sadegh Hedayat. Vie et œuvre, Moscou, 1967
  • Daniil Komissarov, Sadegh Heyadat, Moscou, 2001
  • M. F. Farzaneh, Rencontres avec Sadegh Hedayat, le parcours d'une initiation, éd. José Corti, Paris, 1993, 364 p.
  • Youssef Ishghpour, Tombeau de Sadegh Hedayat, éd. Farrago, Tours, 1999, 90 p.
  • Mohammadreza Sarshar, Critique sur les histoires de Sadegh Hedayat 2005
  • Noushin Sharokhi, Critique sur les histoires de Sadegh Hedayat, Radio Zamaneh, 2006

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1987 : Raul Ruiz réalise en France La Chouette aveugle d'après son roman éponyme. Ce film est salué par la critique.
  • la dernière journée et la dernière nuit de l'écrivain sont adaptées dans un court métrage Le Sacré et l'absurde, présenté au festival du film de Tribeca en 2004.
  • 2005 : Khosrow Sinai réalise un film documentaire intitulé Goftogou ba sayé (« En parlant avec une ombre ») qui traite de l'influence de films occidentaux, tels que Le Golem, Nosferatu ou Dracula, sur Sadegh Hedayat.
  • 2009 : Mohsen Shahrnazdar et Sam Kalantari réalisent un film documentaire sur l'écrivain, intitulé Du no 37.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Youssef Ishaghpour le qualifie de « plus grand écrivain de l'Iran moderne » dans Le Tombeau de Sadegh Hedayat.
  2. Sadegh Hedayat selon l'écrivain Alin Erfan
  3. Son arrière-grand-père, Mirza Reza Qoli Khan Hedayat (1800-1871), était l'historiographe et poète de la cour des Qadjars. Il fut également précepteur des fils du chah, dont le futur chah Mozaffaredin. Plusieurs membres de sa famille furent ministres auprès de la cour
  4. Il se suicide au gaz dans son appartement et laisse de l'argent en évidence pour payer ses obsèques
  5. F. Farzaneh, Recontres avec Sadegh Hedayat, Paris, Joseph Corti, 1993

Liens externes[modifier | modifier le code]

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