Steve Biko

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Steve Biko
Statue de Steve Biko devant l’hôtel de ville d'East London.
Statue de Steve Biko devant l’hôtel de ville d'East London.
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance King William's Town
Flag of South Africa 1928-1994.svg Afrique du Sud
Date de décès (à 30 ans)
Lieu de décès Pretoria
Flag of South Africa 1928-1994.svg Afrique du Sud
Nationalité Sud-Africaine

Stephen Bantu Biko, dit Steve Biko, né le et mort le , était un militant noir d'Afrique du Sud et une des figures de la lutte anti-apartheid.

Étudiant et militant anti-apartheid[modifier | modifier le code]

Né à King William's Town dans la province du Cap, Steve Biko rejette rapidement la politique à cause de son frère, arrêté en 1963 pour militantisme anti-apartheid et proxénétisme.

Étudiant à l'université de médecine du Natal où il est élu au conseil représentatif des étudiants noirs, Biko est délégué en 1968 à la Conférence de la National Union of South African Students (NUSAS) à l'Université de Rhodes.

Révolté par sa condition de Noir dans l'Afrique du Sud de l'apartheid, il en vient rapidement à rompre avec le libéralisme et la diversité multiraciale prônée par la NUSAS.

En 1968, il milite pour un mouvement exclusivement noir au contraire de la NUSAS largement ouverte aux étudiants libéraux blancs.

Création de la SASO, syndicat d'étudiants noirs[modifier | modifier le code]

En 1969, à l'université du Nord près de Pietersburg, il participe aux côtés de nombreux étudiants noirs du Natal à la création de la South African Students Organisation (SASO, Organisation des Étudiants sud-africains), et en devient le premier président élu. Le SASO était l'un des principaux représentants du Black consciousness movement (Mouvement de Conscience noire) dont Biko était l'initiateur.

Biko et le Black Consciousness movement critiquent l'ANC et les libéraux blancs, préconisant une émancipation des Noirs par eux-mêmes, en affirmant que, même s'ils sont de bonne volonté, les Blancs ne peuvent comprendre entièrement le point de vue des Noirs sur la lutte à mener. Il se prononce contre l'intégration entre Noirs et Blancs, se déclarant contre « le fait qu'une minorité de colons impose un système entier de valeurs aux peuples indigènes ».

Pour lui, la « libération psychologique » doit précéder la « libération psychique »: les Noirs ne peuvent se libérer politiquement de l’apartheid que s’ils cessent de se sentir inférieurs aux blancs. C'est pourquoi, ils ne doivent ni ne peuvent compter sur l’aide ou l’assistance de Blancs et doivent cesser de participer à tout mouvement incluant des Blancs. L'idée que les Noirs puissent ainsi déterminer de leur propre destinée et le principe de la fierté de la conscience noire eurent un grand retentissement alors que les lois d'apartheid étaient à l'apogée de leur mise en œuvre.

La pensée de Biko est ainsi influencée par celle d'autres grands leaders de l'émancipation des Noirs, tels W.E.B. DuBois, Marcus Garvey, Alain Locke, Frantz Fanon et les penseurs de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Biko développe cette doctrine en adaptant le slogan des Black Panthers américains « black is beautiful », préconisant aux Noirs de croire en leurs capacités et de prendre en main leur destinée. Attentif à la pensée de Gandhi et de Martin Luther King, Biko employait des techniques de non-violence, mais davantage en tant que moyen stratégiquement efficace de lutte face à l'appareil répressif de l'État ségrégationniste que par conviction pacifiste [1].

Malgré cette stratégie non-violente, la SASO fut assimilée par le pouvoir en place au Black Power américain, alors que Biko prêchait aux noirs modérés la nécessaire polarisation raciale en deux camps irrémédiablement hostiles [citation nécessaire] avant le déclenchement d'un conflit racial, prélude aux changements politiques.

En 1972, la SASO se prononça contre toute coopération avec les leaders noirs impliqués dans le système de l'apartheid. Biko qualifie même de « collaborateurs » les modérés travaillant à l'intérieur du système ou ceux qui prônent de tels rapprochements, et fait entériner une idéologie radicale. La même année, Biko lance la Black Peoples Convention (BPC), version post-étudiante de la SASO.

En 1973, il est détenu sous l'accusation de terrorisme avec d'autres membres de la Conscience noire, alors que les écoles sont progressivement politisées par les membres de son organisation et que se développent les tentatives de boycotts et de fermetures d'écoles. Biko est alors banni et assigné à résidence dans sa région du Cap-Oriental, empêché de tenir des discours en public et de parler à plus d'une personne à la fois. Dans le même temps, les désirs d'émancipation des jeunes noirs lui apportent de plus en plus de militants qui rejettent les principes de modération et d'intégration de leurs parents.

En juin 1976, cette évolution débouche sur des soulèvements populaires dans tous les townships du pays, à mesure que se durcit la répression des forces de sécurité et notamment la révolte des écoliers contre l'imposition de l'éducation en afrikaans qui deviendra le massacre de Soweto. Biko est d'abord mis au secret pendant 101 jours puis, bravant les interdictions de séjour, il sillonne le Cap-Oriental. C'est à cette époque qu'il se lie d'amitié avec le journaliste progressiste Donald Woods qui écrira sa biographie.

Steve Biko est arrêté par la police le . Emmené à Port Elizabeth où il est torturé, Biko est ensuite transféré à Pretoria, Transvaal, le . L'année d'après, la SASO et la BPC fusionnèrent pour former l'AZAPO, parti politique qui obtint deux sièges à l'Assemblée nationale en 2004.

Une mort suspecte[modifier | modifier le code]

Le [2], Biko meurt en détention, officiellement des suites d'une grève de la faim. Le prêche lors de ses funérailles est assuré par Desmond Tutu, futur Prix Nobel de la paix, alors proche de la Black theology (théologie noire) [3].

Les conditions de la détention ainsi que le décès brutal de Steve Biko font l'objet d'une polémique internationale qui débouche sur la condamnation du régime sud-africain. À l'ONU, le conseil de sécurité vota coup sur coup les résolutions 417 (31 octobre 1977) et 418 (4 novembre 1977), cette dernière imposant un embargo sur les ventes d'armes à destination de l'Afrique du Sud[4]. Après son décès, Steve Biko devint le symbole de la résistance noire face à la cruauté du pouvoir en place.

Aux questions de la députée libérale Helen Suzman sur la mort de Biko, la réponse du ministre de la justice, Jimmy Kruger, résonna à travers le monde entier : « la mort de Steve Biko me laisse froid ». Les policiers concernés ne reçoivent qu'un blâme dans un premier temps alors que les médecins impliqués sont pris à partie par leurs collègues. La police finira par confesser le meurtre de Steve Biko à la Commission vérité et réconciliation à la fin des années 1990.

Le , soit près de dix ans après l'avènement d'un régime multiracial en Afrique du Sud, la justice sud-africaine renonce à poursuivre les cinq policiers pour manque de preuves et absence de témoins.

Hommages[modifier | modifier le code]

Son nom inspira de multiples chansons, dont :

  • Similar to Steven Biko, Diallo, de Wyclef Jean
  • Tribute to Steve Biko, du toaster jamaïcain Tappa Zukie dans son album Peace in the Ghetto, 1978 ;
  • A motor-bike in Afrika, du britannique Peter Hammill, sur son album The Future Now, 1978 ;
  • Biko's Kindred Lament, du groupe de reggae anglais Steel Pulse sur l'album Tribute to the Martyrs, 1979 ;
  • Biko de Peter Gabriel, sur l'album Peter Gabriel 3 (Melt) en 1980 ;
  • Bory samory, où Alpha Blondy cite son nom, parmi beaucoup d'autres leaders noirs, dans l'album Cocody rock (1984) : « Steve Biko oki faga » ;
  • Asimbonanga, du groupe Savuka mené par Johnny Clegg, où le nom de Steven Biko est cité, sur l'album Third World Child, 1987 ;
  • Jonathan, du chanteur français Renaud, qui cite Steve Biko dans la chanson, écrite pour son ami Johnny Clegg, sur l'album Putain de camion, 1988 ;
  • Steve Biko (Stir It Up) des rappeurs New-Yorkais A Tribe Called Quest, sur l'album Midnight Marauders, 1993 ;
  • Silver Tongue Show, du groupe de reggae Groundation, sur l'album Hebron Gate, 2002 ;
  • Table d'écoute, du rappeur français Médine, sur l'album du même nom, 2006 ;
  • Biko, du groupe indé Bloc Party, de leur album Intimacy, 2008 ;
  • Ba mana !, du rappeur Rockin'Squat, de l'album Confession d'un enfant du siècle (Volume 2), 2009 ;
  • Steve Biko, du Jamaïcain Beenie Man (sur le Cherry Oh Baby Riddim inspiré de la chanson Cherry Oh Baby interprétée par Eric Donaldson) ;
  • Tsunami, du rappeur français Ali.
  • Biko du chanteur Manu Dibango dans son album Wakafrica sorti le 18 janvier 1999. Le titre Biko est le 2e titre de l'album.
  • Homage to Steve Biko.1978. Huile sur toile de Gerard Sekoto.
  • Biko reprise de la chanson écrite par Peter Gabriel, interprétée par le groupe Simple Minds (1989) dans l'album Street Fighting Years

En 1987, le film Cry Freedom de Richard Attenborough, adaptation du roman de John Briley, est lui aussi basé sur le meurtre de Steve Biko.

Aujourd'hui, une statue lui rendant hommage s'élève dans le centre d'East London et un pont a été baptisé en sa mémoire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Steve Biko : poème de Jean Métellus en hommage à Steve Biko dans le recueil Voix nègres, voix rebelles, Éditions Le Temps des Cerises, Paris 2000
  • Donald Woods, Vie et Mort de Steve Biko, Éditions Stock, 1978

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Companion to African Philosophy, publié par Kwasi Wiredu, William E. Abraham, Abiola Irele, Ifeanyi A. Menkiti. Blackwell Publishing (2003), p. 213.
  2. (en)Stephen Bantu Biko, South African History Online, consulté le 2 mai 2012.
  3. Desmond Tutu, Steve Bantu Biko Memorial Lecture Delivered By Archbishop Emeritus Desmond Tutu, University Of Cape Town - 26 septembre 2006 (en)
  4. Textes des Résolutions votées en 1977