Système de castes en Inde
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Le terme caste (du portugais casta : pur, non mélangé), terme d'origine occidentale et non indienne, regroupe deux concepts liés, mais différents et parfois antagoniques dans la société indienne : le varna (वर्ण, couleur), caste socio-religieuse de l'hindouisme liée à la pratique de l'Ahimsa, non-violence universelle, et la jâti (जाति, naissance), caste socio-professionnelle considérée par les Indiens comme leur système de sécurité sociale et un facteur validant la démocratie représentative [2]. Ce système divise la société indienne en différentes catégories de citoyens avec des fonctions et des devoirs différents.
Le système de caste socio-professionnel (jati), fondé sur la naissance, existe en Inde moderne. Mais la discrimination selon le système des castes est désormais théoriquement interdite selon la constitution de l'Inde[3].
Sommaire |
Définitions [modifier]
Selon Célestin Bouglé, en Inde : « Le régime des castes se définit : 1° par la spécialisation héréditaire ; 2° par l'organisation hiérarchique ; 3° par la répulsion réciproque »[4]. Selon la plupart des sociologues[5], même s'il existe des hiérarchies dans toutes les sociétés, le système des castes est propre à l'Inde[6].
La modernisation de la société indienne tend à estomper la séparation des personnes, bien qu'elle reste forte dans les zones rurales, là où vit toujours la majorité de la population indienne, et parmi les couches les plus défavorisées de la population.
Le système des castes a été fortement combattu par plusieurs réformateurs indiens, le plus connu d'entre eux est Bhimrao Ramji Ambedkar, rédacteur de la constitution de l'Inde et lui-même intouchable mahar avant de se convertir au bouddhisme.
Il a été théoriquement aboli et toute discrimination est interdite par la loi indienne.
Néanmoins, il faut savoir que la varna (caste socio-religieuse) ne coïncide jamais avec la prospérité socio-économique : dans la plus haute caste socio-religieuse de l'Inde, celle des brâhmanes, 53 % de la communauté des brâhmanes vit en dessous du seuil de pauvreté [7] (posséder le moins possible de biens matériels est une valeur traditionnelle hindoue concernant les seuls brâhmanes) [8].
Origine du mot caste [modifier]
À Goa, durant la période coloniale, les Portugais utilisaient les termes suivants pour catégoriser les habitants de l'enclave :
- les castiços, les Portugais, nés en Inde de parents portugais ;
- les mestiços, les métis indo-portugais ;
- les reinols, les fonctionnaires nés au Portugal et envoyés en Inde ;
- les canarins, les Indiens, qui refusaient fièrement d'être assimilés aux mestipos et que les Portugais qualifièrent de casta, « ceux de sang pur ».
La traditions des varnas [modifier]
Dans l'hindouisme, les textes védiques semblent indiquer que la société doit être divisée en quatre varnas ou classes, qui sont :
- les brâhmanes (brāhmaṇa, ब्राह्मण, lié au sacré), prêtres, enseignants et professeurs ;
- les kshatriya (kṣatriya, क्षत्रिय, qui a le pouvoir temporel, aussi - râjanya), roi, princes, administrateurs et soldats ;
- les vaishya (vaiśya, वैश्य, lié au clan, aussi - ârya), artisans, commerçants, hommes d'affaires, agriculteurs et bergers ;
- les sudra (śūdra, शूद्र, serviteur), serviteurs.
Dans le Manu Smriti, est mentionnée une autre classe de personnes n'ayant aucune position dans l'un de ces quatre varnas. Les classes supérieures, qui sont censées maintenir la pureté rituelle et corporelle, sont venues à considérer ces dernières comme des « intouchables ». Ces personnes sont également appelées : les Dalits (« opprimés ») ou les Harijans (« enfants de Dieu »). Selon les lois de Manu, il n'y a pas de cinquième varna [9].
Les varna sont présentés dans la Bhagavad-gîtâ de la façon suivante (d'après la traduction de Émile Senart citée dans Le modèle indou) :
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Les devoirs des brâhmanes, kshatriya, vaishya, shoudra Sérénité, maîtrise de soi, ascèse, pureté, patience, La vaillance, la gloire, la constance et l'adresse, Soin des champs et du bétail, négoce, Bhagavad-gîtâ, XVIII, 41-44 |
Le varna est intimement lié à l'hindouisme et à la notion de karma (« acte, rituel » en sanskrit[10] : un karmatchari est un « travailleur » dans les langues indiennes, un faiseur d'actes). Chacune de ces parties du corps social est censée provenir d'une partie du corps de Brahma, dont le brahmane est la bouche. En dehors de cette justification religieuse de la place de chacun, et de la hiérarchie entre les castes, ces classes recoupent la trifonctionnnalité indo-européenne : les fonctions sacrée, guerrière et de production clairement identifiables.
La jâti [modifier]
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À côté du système du varna existe un autre découpage de la société indienne, le système des jāti, au nombre de 4635 - d'après une étude de l'Anthropological Survey of India de 1993 - et qui recouvre assez précisément le découpage en professions. Ce dernier système, qui se rapproche assez d'une organisation de la société indienne en corporations, préexistait peut-être au système des varna. On notera qu'aucune jâti ne franchit de frontière linguistique et que donc toutes les zones linguistiques indiennes ont leur propre système de jâti.
Contrairement à ce qu'affirme l'opinion occidentale, l'orthodoxie hindoue condamne les jâti : aucun texte hindou ne les légitime ; seuls les varnas sont considérés comme étant valables dans l'hindouisme.[réf. nécessaire] Les membres de deux jâtis différentes vivent de manière totalement séparée. En particulier, ils ne partagent pas de nourriture et ne se marient pas entre eux (c'est un système endogame). En fait, chaque jâti possède ses propres habitudes culinaires, vestimentaires, parfois un langage propre, souvent ses propres divinités et les servants de ces divinités appartiennent à la jâti et ne sont donc pas brâhmanes. Un membre de la jâti des cordonniers pourra devenir tailleur, à condition de s'expatrier (comme les héros de « L'Équilibre du monde » de l'auteur canadien d'origine indienne, Rohinton Mistry).
Le sociologue indien Mysore Narasimhachar Srinivas qui travailla durant cinq décennies sur le système des castes, a, semble-t-il, été le premier à utiliser le terme de brâhmanisation pour décrire le processus, ancien et courant, de l'élévation d'une jâti dans l'échelle varnique (On parle aussi de processus de sanskritisation).
En effet, si la modification du statut d'un individu est inenvisageable dans le système des varna, il n'en est pas de même pour la position de la jâti. Autrement dit, dans la société indienne, un homme ne peut évoluer, au sens de l'échelle varnique, qu'en tant que membre de la communauté dans laquelle il naît, ce qui montre que le système des jâti est plus important aux yeux de la plupart des Indiens que celui des varna et qu'il l'a peut-être précédé historiquement. Cette façon de voir ne satisfait évidemment pas les brâhmanes qui sont au sommet de la pyramide.
Cette ascension de la jâti ne peut s'obtenir qu'à certaines conditions :
- elle doit toucher la totalité ou du moins une partie importante de la jâti ;
- celle-ci doit s'engager dans une modification de ses pratiques, pour se rapprocher de celles des brâhmanes, en particulier :
- changer ses habitudes alimentaires - une caractéristique des jâti - et tendre vers le végétarisme,
- suivre les coutumes des brâhmanes concernant le mariage,
- élever le niveau éducatif de la jâti et éviter l'impureté au sens brâhmanique.
Une jâti emblématique concernant cette évolution varnique est celle des intouchables Mâhar, qui ont donné son nom à l'État du Maharashtra et à laquelle appartenait le Dr Ambedkar, le rédacteur de la constitution indienne. Ambedkar œuvra à la suppression de l'intouchabilité, mais à la fin de sa vie, voyant que cet objectif restait encore très lointain, milita pour que les Mâhar se convertissent en masse au bouddhisme et adoptent de nouvelles habitudes en rupture avec celles de leur jâti, en particulier encouragent leurs enfants à faire des études, observent une plus grande propreté corporelle, abandonnent la consommation de viande bovine, tendent vers le végétarisme et brûlent leurs morts au lieu de les enterrer. Tous ces changements ont fait que, depuis cinquante ans, le statut des Mâhar qui ont suivi ces recommandations s'est grandement amélioré et qu'ils jouissent d'une considération nouvelle, leur conversion n'étant comprise par le corps social que comme une adhésion à une secte particulière de l'hindouisme.
Tous les Mâhar, cependant, ne suivirent pas cette voie, certains avaient été précédemment convertis au christianisme. Cette décision, n'étant pas une émanation de la jâti mais partant du niveau de la famille ou d'un groupe de familles, les sortait de l'échelle varnique. Comme, de plus, les missionnaires étaient étrangers, cela marqua plus encore l'aspect extérieur de cette conversion. Enfin, à l'image de ce qui s'était fait au Paraguay, les familles furent regroupés au sein de « réserves confessionnelles ». Suivant la formule de Deleury, « d'intouchables qu'ils avaient été, ils étaient devenus étrangers » sans espace reconnu dans la société indienne.
Un célèbre exemple de brâhmanisation est celle des paysans Koumbi appartenant à la varna des sudras. Ceux-ci s'enrôlèrent dans les armées marathes de Shivaji et accompagnèrent ses successeurs dans leurs campagnes. Obtenant des terres en remerciement de leur engagement, ils y fondèrent des dynasties et devinrent, de fait, des kshatriyas.
Cette brâhmanisation est même accessible aux intouchables, comme les Gâkwâd qui, grâce à leur incorporation dans les armées marathes et malgré leur origine, fondèrent la dynastie régnante de Baroda, ou les Holkar d'Indore, de provenance aborigène, à qui personne ne contesterait le statut de kshatriya.
Il est probable d'ailleurs que le système n'ait pas été aussi rigide au début de notre ère. Ce qui est certain, en revanche, c'est que la présence anglaise figea la politique indienne en institutionnalisant les dynasties régnantes avec lesquelles elle signait des traités, interdisant par suite la progression de certaines jâti vers le pouvoir local et donc leur possibilité de brâhmanisation. De la même façon, l'institution d'un état civil moderne risque d'être une entrave à ce mouvement, car s'il permet de mettre en place les mécanismes de discrimination positive, qui ont d'ailleurs déjà entraîné des résultats appréciables, aura tendance à enfermer plus encore les personnes dans une catégorie.
Problématique d'un système de castes dans une Inde démocratique [modifier]
En Inde, depuis l’indépendance en 1947, tous les citoyens sont théoriquement égaux en droit. En rompant avec un système vieux de trois millénaires, par nature inégal, l’Inde a effectué, il y a environ 50 ans, une véritable révolution. Cependant, le système des castes a simplement été considéré comme non-existant, et n'a pas été aboli, ni déclaré illégal. En effet, beaucoup d’Indiens, tout comme Gandhi, sont très attachés à leur culture, c’est-à-dire, à l’hindouisme et aux castes, qu'ils considèrent comme consubstantiel. Détruire le système des castes serait pour beaucoup, détruire l’Inde tout simplement puisque la religion hindouiste, est le seul lien unificateur de la nation.
Références [modifier]
- Online Collection (The Riddell Gifts), National Galleries of Scotland, 1985
- Le modèle indou, Guy Déleury, éditions Kailash.
-
« La Constitution de l’Inde indépendante ayant aboli l’intouchabilité et interdit toute discrimination de caste »
Satish Deshpande, « Castes et inégalités sociales dans l'Inde contemporaine », Actes de la recherche en sciences sociales, no 160, 2005, p. 98-116 [texte intégral (page consultée le 27-03-2010)]
- Émile Durkheim, Le régime des castes l’Année sociologique, n˚ 11, 1910, pp. 384 à 387. Texte reproduit in Émile Durkheim, Textes. 3. Fonctions sociales et institutions (pp. 293 à 296). Paris: Les Éditions de Minuit, 1975, 570 pages. Collection: Le sens commun.
- (Hutton, 1949, Dumont 1966, Leach, 1967)
- Y a-t-il des castes aux Indes, Claude Meillassoux
- http://www.youtube.com/watch?v=P7Xgc4ljHKM&feature=plcp
- Hindouisme, anthropologie d'une civilisation. Madeleine Biardeau, éditions Flammarion.
- Hindouisme, anthropologie d'une civilisation. Madeleine Biardeau, éditions Flammarion.
- Hindouisme, anthropologie d'une civilisation. Madeleine Biardeau, éditions Flammarion.
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Louis Frédéric, Dictionnaire de la civilisation indienne, Robert Laffont, 1987
- Émile Durkheim, Le régime des castes, En ligne
- Claude Meillassoux, Y a-t-il des castes aux Indes ? en ligne
- Jean Baechler La solution indienne : Essai sur les origines du régime des Castes, Presses Universitaires de France
- Guy Deleury, Le modèle indou, Éditions Kailash, Paris et Pondichéry, 1993
- Louis Dumont, Homo hierarchicus. Le système des castes et ses implications., Gallimard (coll. TEL), Paris, 1966
- Robert Deliege, Les Castes en Inde aujourd'hui, Presses universitaires de France, Paris, 2004
- Alain Daniélou, Les quatre sens de la vie, Librairie académique Perrin, Paris, 1963
- Geertz, Clifford, Negara - The Theatre State in Nineteenth-Century Bali, Princeton University Press, 1980, ISBN 0-691-05316-2
- Émile Senart, Les Castes dans l’Inde. Les faits et le système, Ernest Leroux, Paris, 1896, sur Wikisource.
Articles connexes [modifier]
- Dvija
- Veda
- Hindouisme
- Fonctions tripartites indo-européennes
- Juifs en Inde
- Louis Dumont, anthropologue français qui a porté une réflexion profonde sur le système de caste en Inde.
- Warren Hastings et Droit en Inde: cristallisation du système des castes sous la colonisation britannique.
- Système de castes balinais
- Scheduled Tribe
Vidéo [modifier]
- Démocratie et économie de marché : La surprenante modernité indienne Dans cette conférence en ligne d'avril 2006, [Christophe Jaffrelot], spécialiste de l'Inde au CERI (IEP Paris), explique comment les changements dans les rapports entre les castes expliquent le décollage économique de l'Inde.