Cafres

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« L'empire du Monomotapa et la Coste des Cafres » (1688)

Le terme cafre ou caffre désigne les Noirs de la Cafrerie (partie de l’Afrique australe)[1], appelés en Afrique du Sud : Kaffer (Kaffir, Keffir). Kaffer est en afrikaans assimilable au mot nigger aux États-Unis[2] ou nègre dans la France coloniale.

Le terme cafrine (féminin de cafre) signifie une réunionnaise jeune et jolie possédant un phénotype négroïde, ou d'une manière générale, une jeune femme supposée d'origine africaine.

Origine[modifier | modifier le code]

L’origine probable du terme est le mot arabe kafir (kfr) qui signifie « incroyant » ou « infidèle ». C'est ainsi que les marchands d'esclaves arabes désignaient les habitants des régions allant du comptoir mozambicain au Cap sud-africain, ces « non-convertis à l'islam » dont la doctrine religieuse permettait seul le commerce. Ce n'est que plus tard que les Européens, au premier rang desquels les Portugais, reprirent le terme jusque dans les formes qu'on lui connaît aujourd'hui en afrikaans (kafer) et en créole réunionnais (caf ou kaf)[3].

L'ethnographie classique, comme au XIXe siècle, emploie encore le vocable pour désigner les cultures autochtones de l’Afrique du Sud. Cet usage est repris en français comme synonyme de Nguni, groupe qui comprend les Zoulous (Cafres du Natal) et les Xhosas (Cafres du Cap)[4].

Usage contemporain[modifier | modifier le code]

À La Réunion, contrairement à d'autres pays ou régions du sud-ouest de l'océan Indien, le terme est d'un emploi courant. Il désigne « tout individu dont le phénotype renvoie plus ou moins aux origines africaines ou/et malgaches », comme le décrit le sociologue Paul Mayoka dans son essai intitulé L'image du cafre[5],[6]. Il s'agit donc globalement de descendants d'esclaves ou de travailleurs « engagés » (Africains ou Malgaches) après l'abolition de l'esclavage en 1848. Le terme reste associé aux lieux ou événements faisant mémoire par rapport au passé esclavagiste de l'île : la Plaine des Cafres et le 20 décembre ou la fête des Cafres célébrant l’abolition de l’esclavage proclamée en ce jour de 1848[7]. Cela va sans dire qu'il est encore chargé de cette histoire et des rapports sociaux et symboliques dont elle a été le témoin. Des travaux actuels explorent dans la société insulaire toutes les facettes attachées à l'usage du terme (Rose-May Nicole, Paul Mayoka, Lucette Labache, Philippe Bessière, etc.). Tout en relevant quelques connotations gentillettes du style « mon caf! » ou « mon ti' caf! », ou encore l'invention de son plaisant féminin cafrine, ceux-ci montrent la perpétuation d'un référentiel péjoratif et de ses effets parfois négatifs sur les ressortissants cafres, surtout dans les jeunes générations. C'est ainsi, depuis les années 1990, une vraie dynamique associative œuvre à la mise en lumière du patrimoine des créoles afro-malgaches de la Réunion : les Cafres, ainsi qu'à la valorisation du terme.

Cependant, il est important de noter que beaucoup de Noirs utilisent le terme « cafrine » avec fierté pour désigner une jolie jeune femme d'origine africaine, à l'instar du mot « négresse », qui parti d'une connotation péjorative et raciste, a été récupéré par les descendants d'esclaves, pour se nommer entre eux avec une certaine affection.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Article CAFRE, CAFFRE du Trésor de la Langue Française informatisé. Cf. aussi, sur l’extension géographique de la Cafrerie, différentes versions de l’article cafrerie contenues dans plusieurs éditions de Vosgien, François-Léopold (chanoine de Vaucouleurs), Dictionnaire géographique portatif […], Didot, Paris, 1747 (Quérard a considéré qu’il s'agissait d'un pseudonyme de Jean-Baptiste Ladvocat, 1709-1765 ; on trouve l’ouvrage sous les deux noms dans le catalogue de la BnF).
  2. Article [1]
  3. Mayoka 1997, p. 11-12
  4. Définition empruntée à Alain Ricard, « Eugène Casalis, les Bassoutos, la poésie… », in L'Ethnologie à Bordeaux, Hommage à Pierre Métais, Centre d'études et de recherches ethnologiques, Bordeaux, 1995, p. 1 [lire en ligne]
  5. Mayoka 1997, p. 12-13
  6. « CAFRE, cafrine » du lexique figurant dans Michel Beniamino, Le français de La Réunion, EDICEF, coll. « Actualités linguistiques francophones » Vanves, 1996 (ISBN 2-84-129240-1) [lire en ligne]
  7. Martine Esther, Les Damnés des tropiques, Éditions Publibook (ISBN 2748342224 et 9782748342222, lire en ligne), p. 105

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • (en) George French Angas, The Kafirs illustrated in a series of drawings taken among the Amazulu, Amaponda and Amakosa tribes; also, portraits of the Hottentot, Malay, Fingo and other races... together with sketches of landscape scenery, etc, J. Hogarth, Londres, 1849, 50 p.
  • (en) George McCall Theal, Kaffir folk-lore, or, A selection from the traditional tales current among the people living on the eastern border of the Cape colony, W. Swann Sonnenschein, Londres, 1882
  • (fr) Johann Christoph Ludwig Alberti, Description physique et historique des Cafres, etc., Amsterdam, 1811, 255 p.
  • (fr) Guillaume Chenu de Laujardière, Relation d'un voyage à la côte des Cafres, 1686-1689 (édition établie, annotée et commentée par Emmanuelle Dugay), Éditions de Paris, Paris, 1996, 99 p. (ISBN 290529146X)
  • (fr) Hendrik Pieter Nicolaas Muller, Industrie des Cafres du Sud-Est de l'Afrique. Chansons du Zambèse, E. J. Brill, Leyde, 1893
  • (fr) William Paterson, Quatre voyages chez le Hottentots et chez les Cafres, par Williams [sic] Paterson, depuis mai 1777 jusqu'en décembre 1779 (traduit de l'anglais), chez Didot l'aîne, Paris, 1790, 329 p.
  • (fr) Jean Pierre Purry, Mémoire sur le Pais des Cafres, et la Terre de Nuyts, Par rapport à l'utilité que la Compagnie des Indes Orientales en pourroit retirer pour son commerce, Amsterdam, 1718
  • (pt) Joaquim d’Almeida da Cunha, Breve memoria ácerca da Medicina entre os Cafres da provincia de Moçambique, etc., Mozambique, 1883, 21 p.

Travaux modernes[modifier | modifier le code]

  • (fr) Dominique Lanni, Fureur et barbarie : récits de voyageurs chez les Cafres et les Hottentots (1665-1721), Cosmopole, Paris, 2001, 213 p. (ISBN 2-84630-011-9)
  • (fr) Paul Mayoka, L'image du Cafre: de l'Afrique réunionnaise, Publications Hibiscus, Saint-Denis (La Réunion), 1997, 55 p. (ISBN 2-912266-00-9)
  • (fr) Rose-May Nicole, Noirs, cafres et créoles : études de la représentation du non blanc réunionnais : documents et littératures réunionnaises 1710-1980, L'Harmattan, 1996, 334 p. (ISBN 2-7384-4615-9) (texte remanié d'une thèse) ;
  • Paul Mayoka, L'image du Cafre…, Saint-Denis, Publications Hibiscus,‎ 1997 (ISBN 2-912266-00-9)
  • (pt) Francisco Gavicho de Lacerda, Os cafres : seus usos e costumes, Rodrigues, Lisbonne, 1944, 154 p.