Vérité

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Vérité (homonymie).

La vérité (du latin veritas, « vérité », dérivé de verus, « vrai »)[1] est la qualité de ce qui est vrai. C’est l’adéquation de l’idée, la pensée, avec son objet, adéquation de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel. On distingue vérité et sincérité, cette dernière n’étant que la volonté de dire ce que l’on croit être vrai[2]. De ce fait, il est difficile de séparer l’histoire de la vérité de l’histoire de la philosophie, apparaissant pourtant antinomiques[3], les notions de philosophie et vérité sont inévitablement liées[3].

La diversité des interprétations Page d'aide sur l'homonymie du mot a engendré par le passé et jusqu’à maintenant bien des controverses et suscité de nombreuses « spéculations philosophiques »[4]. Les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d’écoles différentes. Nietzsche, qui inventa le concept d’histoire de la vérité[5], philosophe et poète allemand du XIXe siècle, qualifié de « philosophe au marteau[6] », estime que « Tout ce qui est bon et tout ce qui est beau dépend de l’illusion : la vérité tue — qui plus est, elle se tue elle-même »[7].

Vérité dans le domaine philosophique[modifier | modifier le code]

Différents sens[modifier | modifier le code]

  1. La vérité matérielle, qui est l'adéquation entre ce qui est et le jugement que l'on énonce dans une proposition : cette adéquation est validée par l'expérience. Mais la nature de ce type de vérité est variable, car elle peut être qualifiée de vérité objective, relative, subjective, ou encore projective etc., suivant la théorie de la connaissance que l'on soutient (réalisme, relativisme, criticisme, constructivisme, etc.).
  2. La vérité formelle, qui est la validité des conclusions d'un système hypothético-déductif, procédant suivant des règles de déduction à partir de postulats et d'axiomes admis. Cette vérité est indépendante du contenu des propositions (voyez l'article logique) et dépend de son accord avec les lois de l'entendement. Dans ce cas, la vérité est une vérité de correspondance, et elle est a priori car elle ne dépend pas de l'expérience.
    Ce dernier point permet d'introduire une distinction : les vérités purement formelles et a priori sont appelées des vérités analytiques. Ces vérités sont nécessaires et ne nous apprennent rien sur le monde. Les vérités tirées de l'expérience sont quant à elle des vérités synthétiques, car nous lions des termes qui supposent pour des êtres dont l'existence est contingente.
  3. La vérité métaphysique qui, remontant d'une hypothèse à ses conditions, suppose l'existence d'un référent ontologique existant en soi. Dans ce cas, on distingue vérité absolue et vérité relative.
  4. La vérité d'une croyance ou d'une opinion, qui est la vérité d'une proposition qui s'accorde à un ensemble de croyances qui lui préexistent. Ce genre de vérité est souvent appelé vérité cohérente.

L'origine de l'idée de Vérité[modifier | modifier le code]

Platon veut que le discernement du vrai et la vérité même, placés hors du domaine des opinions et de sens, n'appartiennent qu'à la pensée et à l'intelligence.

Martin Heidegger, dans des analyses remontant jusqu'aux premiers pré-socratiques, dit avoir exhumé le sens originaire du concept de Vérité comme Alètheia, qui n'est pas encore un concept de relation mais l'expression du surgissement hors du retrait, de l'étant en soi[pas clair]. Ce premier sens, aurait été, selon lui, perdu avec Platon et Aristote et l'idée de vérité aurait subi depuis son origine plusieurs transformations pour aboutir en dernier à la vérité-certitude que procure l'illusion de la calculabilité universelle qui est celle de maintenant[8].

Michel Foucault, dans ses cours au Collège de France [9] avait coutume de dire que la vérité n'est ni absolue, ni stable, ni univoque.

« La Vérité a une histoire qui en Occident se divise en deux périodes: l'âge de la Vérité-foudre et celui de la Vérité-ciel ».
La Vérité-foudre est celle qui est dévoilée à une date précise, sur un lieu déterminé et par une personne élue des dieux comme l'oracle de Delphes, les prophètes bibliques ou encore aujourd'hui le pape catholique parlant « ex cathedra ». Ce premier âge dure depuis des millénaires et a suscité des lignées de zélateurs, fléaux des hérésiarques, et inlassables bâtisseurs d'inquisitions.
La Vérité-ciel est en revanche établie pour tous, toujours et partout: c'est celle de la science, de Copernic, de Newton et d'Einstein. Ce second âge, fondé sur la raison scientifique, commence pour ainsi dire au XVIII° siècle mais possède également ses « grands prêtres ».

Et Michel Foucault n'excluait pas qu'un jour ces derniers n'en viennent à défendre leur propre vision des choses et leurs prérogatives en ayant recours à des arguments peu différents de ceux avancés en des époques antérieures[10].

Accord de jugement[modifier | modifier le code]

Selon l'une des plus anciennes conceptions de la vérité, que l'on trouve par exemple chez Aristote[11], la vérité est « l'accord de nos jugements de perception ou de connaissance avec la réalité ». Ailleurs, Aristote dit également « dire de ce qui est que cela est, et dire de ce qui n'est pas que cela n'est pas, c'est dire la vérité »[12]. Une idée peut être appelée fausse si elle ne correspond à rien de réel ni de possible (par exemple, des idées de chimères, de centaures, de dieux, etc.) ou vraie en ce sens qu'elle correspond à des choses réelles (par exemple, les idées d'homme ou de cheval). Dans cette conception classique, la vérité est une « qualité ». Selon William James, il y a d'une part la réalité, d'autre part des jugements qui sont en accord avec celle-ci ; il n'existe pas une troisième « chose » qui serait la vérité. La vérité est le caractère que prennent certains jugements, et rien de plus. Par suite, la vérité n'est pas une donnée toute faite, elle se fait, elle est le fruit de l'effort et de la recherche.

Mais c'est dans le jugement exprimant une connaissance seul que semblent résider l'erreur et la vérité proprement dites. Il n'y a erreur que pour celui qui affirme l'existence de la chimère et du centaure, de même il n'y a vérité que pour celui qui nie leur existence, ou qui affirme par exemple celle de l'homme ou du cheval. Une telle théorie de la vérité repose sur l'idée que celle-ci doit être en adéquation, ou en correspondance, avec un état de choses réel.

Problèmes ontologiques[modifier | modifier le code]

On peut dire que la vérité est l'affirmation de ce qui existe ou la négation de ce qui n'existe pas ; donc, finalement, l'accord de nos jugements avec la réalité. Le problème est de savoir ce que l'on va tenir pour réel :

  • criticisme : on objectera que la réalité métaphysique et absolue n'est pas accessible à la connaissance. À quoi l'on peut répondre que la plupart de nos jugements ne concernent en rien la réalité métaphysique et absolue, mais simplement les différents êtres et phénomènes qui sont, pour nous, objets d'expérience, autrement dit de perception.
  • idéalisme : les différents objets et phénomènes se ramènent à nos représentations et à celle des autres sujets conscients; la vérité ne consiste donc pas dans l'accord de nos jugements avec une réalité extérieure à notre esprit, mais bien plutôt dans l'accord de la pensée avec elle-même, par conséquent avec ses propres perceptions et avec les perceptions des autres esprits.

Vérité Scientifique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vérité scientifique.

Claude Bernard, expérimentateur critique s'il en est, écrit :

« Il faut croire à la science, c'est-à-dire au déterminisme, au rapport absolu et nécessaire des choses, aussi bien dans les domaines propres aux êtres vivants que dans tous les autres; mais il faut en même temps être convaincu que nous n'avons ce rapport que d'une manière plus ou moins approximative, et que les théories que nous possédons sont loin de représenter des vérités immuables(...) Si l'on croit trop, l'esprit se trouve lié et rétréci par les conséquences de son propre raisonnement; il n'a plus de liberté d'action et manque par suite de l'initiative que possède celui qui sait se dégager de cette foi aveugle dans les théories, qui n'est au fond qu'une superstition scientifique ».

Sciences déductives[modifier | modifier le code]

Valeurs[modifier | modifier le code]

Une proposition exprime une pensée ; elle contient des mots qui renvoient à des concepts, elle a une structure interne, mais en même temps elle forme un tout : dès qu'elle exprime la pensée elle l'unifie, en ce sens qu'elle appelle de la part du récepteur une option qui prend la forme d'une acceptation ou d'un refus. De là les deux possibilités de la logique classique : une proposition est vraie ou fausse[13]. On[Qui ?] pourrait objecter que le schéma binaire vrai-faux n'est pas pertinent du fait qu'il n'y a pas que des chats blancs et des chats noirs, mais beaucoup de chats de couleurs diverses. Ce serait oublier que le faux s'oppose au vrai, non comme le noir s'oppose au blanc, mais comme le non-blanc s'oppose au blanc[14]. Cependant, cette dichotomie vrai-faux pourrait être contestée d'un autre point de vue : que se passe -t-il si la réponse à la question posée n'est pas connue ? On a vu plus haut quelle était la position de Bertrand Russell : la vérité des choses est indépendante de nos moyens de les atteindre ; tel n'est pas l'avis des intuitionnistes tels Roger Apéry qui refuse en particulier d'appliquer le principe du tiers-exclu aux objets mathématiques infinis.

Un autre problème a été soulevé depuis les Grecs : certaines propositions ne peuvent sans paradoxe se voir attribuer une valeur de vérité ; la plus connue est sans doute le paradoxe du menteur : « Cette phrase est fausse » (où l'expression « cette phrase » désigne l'affirmation elle-même) ; des variantes plus sophistiquées et connues de ce paradoxe, qui, convenablement formalisé, a donné naissance aux célèbres théorèmes d’incomplétude de Gödel.

Traitement des fonctions de vérité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Calcul des propositions.

À l'époque moderne, Boole, Schröder et Frege, parmi d'autres, s'attachèrent à dégager des structures ; Boole fut le premier à écrire la logique en symboles maniables ; il avait en vue une algébrisation du langage dans ce contexte sans cependant se préoccuper outre mesure des fondements ; Frege interpréta tout connecteur comme une fonction, inventant en 1879 le terme « fonction de vérité[15] » pour signifier qu'en logique propositionelle la valeur de vérité d'un énoncé composé ne dépend que des valeurs des énoncés simples à partir desquels il est formé, et non du contenu. En d'autres termes, les connexions sont utilisées au sens matériel ; car Frege avait ressuscité le conditionnel philonien[16] dont il avait découvert l'efficacité.

Sémantique et syntaxe[modifier | modifier le code]

Quand on tente d’expliquer le sens d’une expression, on emploie nécessairement d’autres expressions, ainsi dans un cadre purement déductif il est impossible que tous les mots d’une théorie puissent recevoir une définition ; au début d’une théorie il y a nécessairement des termes premiers. On peut d’ailleurs observer que c’est là une affaire de choix : il serait erroné de croire que certaines expressions ne peuvent en aucune manière se définir[17]. D’autre part, une fois les termes premiers choisis, il faut une méthode pour construire les énoncés, et des règles de déduction, cela constitue la syntaxe.

Une « réalisation » d'un langage du premier ordre, ou encore structure pour ce langage, associe un élément sémantique - individu, relation ou fonction - à chaque élément syntaxique - respectivement symbole d'individu, symbole de prédicat ou signe fonctionnel[18]. Une formule est dite « valide » dans une structure si elle est satisfaite - donne donc lieu à un énoncé vrai - pour tous les individus de la structure[19].

Un « modèle » d'un ensemble de formules est une structure qui rend valide chaque formule de l'ensemble (voir théorie des modèles). Une théorie est un ensemble de formules, si elle a un modèle elle est dite « compatible ». Une formule est « universellement valide » si elle est valide dans toute réalisation du langage sur lequel elle est construite[20]. La question de savoir si tout énoncé sémantiquement vrai est syntaxiquement démontrable, ainsi que la possibilité ou non d'effectuer un test automatique de vérité ou de fausseté, dépendent de la théorie concernée.

Quine et nominalisme[modifier | modifier le code]

La Vérité (1901), œuvre de Merson.

Quine introduit des schémas ou modèles d'énoncés qui jouent en sémantique un rôle analogue à celui que d'autres auteurs font jouer aux « formules » de la syntaxe. Les énoncés sont des instances particulières de ces schémas, ils en résultent par substitution, la même expression étant substituée à toutes les occurrences d'une même lettre. Ainsi il peut arriver qu'un énoncé soit vrai en raison de sa structure logique seulement, par exemple :

« S'ils drainent l'étang mais ni ne rouvrent la route ni ne draguent le port ni n'assurent aux montagnards un marché, et par contre s'assurent à eux-mêmes un commerce actif, alors on aura eu raison de dire que s'ils drainent l'étang et rouvrent la route ou s'ils draguent le port ils assureront aux montagnards un marché et à eux-mêmes un commerce actif. »

— W.V.O. Quine Méthodes de logique[21]

Malgré les apparences, c'est en effet une lapalissade, comme l'on s'en assurera sans peine[22], son schéma est du type : Si P et non-Q et non-R et non-S et T, alors [(P et Q) ou R] seulement si (S et T). Quine qualifie de tels schémas de « valides » ; il nomme « implication » un conditionnel valide, donc chez lui « implication » et « conditionnel » ne sont pas synonymes ; mais on retrouve bien le même concept de validité, implémenté différemment de la théorie classique.

Cette primauté de la sémantique provient de la philosophie nominaliste de Quine : les schémas sont des mannequins - « dummies » - qui n'appartiennent pas à un langage-objet ; les valeurs de vérité ne sont pas des objets abstraits mais des manières de parler des propositions vraies et des propositions fausses ; ces dernières sont les énoncés déclaratifs eux-mêmes plutôt que des entités invisibles cachées derrière eux[23].

Sciences naturelles[modifier | modifier le code]

Fragment du frontispice de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : on y voit la Vérité rayonnante de lumière ; à droite, la Raison et la Philosophie lui arrachent son voile (peint par Charles-Nicolas Cochin et gravé par Benoît-Louis Prévost en 1772

Point de vue pragmatique[modifier | modifier le code]

Les applications utiles que l'on peut tirer des théories scientifiques en sont une vérification partielle et indirecte. Une théorie n'est pas « vraie » dans ce sens seulement qu'elle est matériellement utile : c'est plutôt qu'on ne pourrait en tirer aucune application utile si elle ne contenait pas une part de vérité.

Vérification, réfutation et corroboration[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Méthode scientifique et Vérité scientifique.

Selon un point de vue répandu, les sciences empiriques se caractérisent par le fait qu'elles utilisent ou devraient utiliser des méthodes inductives, partant de propositions singulières pour aboutir à des propositions universelles. Cependant, prise à la lettre, une telle extrapolation induit des risques d'erreur : peu importe le nombre de cygnes blancs que l'on a observés, rien ne pourra nous permettre d'affirmer que tout cygne est nécessairement blanc ; aussi Reichenbach adoucit-il cette prétention en avançant que les énoncés scientifiques ne peuvent atteindre que des degrés continus de probabilité dont les limites supérieure et inférieure, hors d'atteinte, sont la vérité et la fausseté[24]. Karl Popper conteste cette approche[25].

À défaut de pouvoir prouver une théorie, on peut s'attacher à la réfuter. La théorie est corroborée si elle réussit les tests de réfutation[26]. À la « logique inductive » et ses degrés de probabilité, Popper oppose ce qu'il appelle une méthode déductive de contrôle[27]. Popper croyait à la vérité absolue comprise comme une catégorie logique ; il ne croyait pas que notre science puisse l'atteindre, ni même qu'elle puisse accéder à une probabilité du vrai ; en fait, il alla jusqu'à douter qu'elle constitue une connaissance : « La science n'est pas un système d'énoncés certains ou bien établis, non plus qu'un système progressant régulièrement vers un état final. Notre science n'est pas une connaissance - épistêmê - : elle ne peut jamais prétendre avoir atteint la vérité ni même l'un de ses substituts, telle la probabilité[28]. » Par là Popper s'oppose directement aux « pragmatistes » qui définissent la vérité scientifique en termes de « succès » d'une théorie[29].

Et cependant il ne doutait pas que cette Vérité existât quelque part. Il s'appuie pour cela sur les travaux de Tarski concernant la validité et les modèles, en particulier le concept de « fonction propositionnelle universellement valide » qui aboutit à l'existence d'énoncés vrais dans tous les mondes possibles[30]. Il en donne une traduction dans le domaine des sciences de la nature : « On peut dire qu'un énoncé est naturellement ou physiquement nécessaire si et seulement si on peut le déduire d'une fonction propositionnelle satisfaite dans tous les mondes qui ne diffèrent de notre monde, s'ils en diffèrent, qu'eu égard à des conditions initiales[31]. »

Thomas Kuhn et les paradigmes[modifier | modifier le code]

L'activité scientifique normale, dit Kuhn, est fondée sur la présomption que la communauté scientifique sait comment est constitué le monde[32]. Aussi a-t-elle tendance à occulter toute nouveauté propre à ébranler ses convictions de base. Quand les spécialistes ne peuvent ignorer plus longtemps de telles anomalies, alors commencent les investigations extraordinaires qui les conduisent à un nouvel ensemble de convictions[33]: c'est ce que Kuhn nomme une révolution scientifique. Ainsi le développement historique de la science est-il fait d'alternances entre ce que Kuhn appelle des « périodes de science normale » où le savoir est cumulatif à l'intérieur d'un système conceptuel donné ou paradigme, et de « périodes révolutionnaires » qui voient s'opérer les changements de paradigme.

Les paradigmes sont extrêmement résistants. On pourrait s'attendre à ce qu'il suffise d'une seule preuve pour rendre fausse une théorie ; pour Kuhn cependant, l'observation du comportement de la communauté scientifique montre que face à une anomalie les savants préféreront toujours élaborer de nouvelles versions et des remaniements ad hoc de leur théorie[34]. On ne dit jamais qu'un paradigme est faux avant de l'avoir remplacé par un autre.

Ainsi l'acte de jugement qui conduit les scientifiques à rejeter une théorie antérieurement acceptée est toujours fondé sur quelque chose de plus qu'une comparaison de cette théorie avec le monde[34].

Vérité dans le droit[modifier | modifier le code]

Le Christ et Pilate - La Vérité? Qu'est ce que la Vérité ?, toile de Nikolaï Gay.

La vérité a également une forte connotation juridique[35], entendu d’un point de vue judiciaire[style à revoir] au sens de « ce qui est vrai », à savoir ce dont on peut rapporter la preuve, il faut donc y admettre et identifier les limites[36].

Vérité historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vérité historique.

La recherche de la vérité historique pose différentes questions relatives à la méthodologie historique :

  • prise en compte interdisciplinaire (étendue du champ d'investigation) ;
  • recherche des matériaux et sources ;
  • critique des matériaux et sources (fiabilité, mise en correspondance) ;
  • méthode d'interprétation de ces matériaux pour l'écriture de l'histoire.

Le regard des penseurs[modifier | modifier le code]

L’héritage d’Aristote[modifier | modifier le code]

Platon (à gauche) et Aristote (à droite). Aristote pointe le sol par le plat de sa main droite, ce qui symbolise sa croyance dans la connaissance par le biais de l'observation empirique et de l'expérience tout en tenant, dans l'autre main, une copie de son Éthique à Nicomaque. Platon pointe le doigt vers le ciel symbolisant sa croyance dans les idées (détail de la fresque L'École d'Athènes du peintre italien Raphaël).

Les sens respectifs des mots grecs άληθής [(ές), (γνος)], aléthés, ès « vrai(e) » et Άλήθεια, Alétheia, « Vérité »[37] sont demeurés constants pendant toute l'époque classique et associés au domaine de la logique, de la géométrie et des sciences déductives en général. Aristote développe la logique comme moyen d’investigation du discours (logos, « parole », « discours », « fable », « bruit », « lettres »)[38], utile aussi dans l’investigation du réel en ce qu’il permet d'organiser les connaissances. Platon recourt aussi à ces matières comme outil pédagogique pour illustrer sa théorie des Idées censées contenir toute vérité intelligible. Il s’oppose à l’enseignement des sophistes, opposé aux valeurs philosophiques enseignées gratuitement par Socrate. Le sophisme est l’art de convaincre et de plaire, Platon leur pose la question du « discours vrai »[39].

Ces concepts de « vrai » et de « vérité » ont aussi été associés, du côté de l’école de Milet[40] et plus tard à l'école péripatétique, dans les sciences d'observation - plus exactement - car dans ce contexte il n'y a pas vraiment de méthode scientifique telle que nous la concevons depuis Galilée - aux premières tentatives d'étude des phénomènes naturels - les « météores » - et des êtres vivants ; Aristote ne perdait jamais une occasion d'aller observer les poissons du lagon de Pyrrha dans l'île de Lesbos[41].

Dans les deux cas, le caractère binaire Page d'aide sur l'homonymie et normatif de ces notions ne fait pas mystère. Dans la Métaphysique, Aristote écrit : « dire que ce qui est n’est pas, ou que ce qui n'est pas est, est faux ; et dire que ce qui est, est, et que ce qui n'est pas n'est pas, est vrai » (Livre Γ, 1011b25)[42]. Cet énoncé d’Aristote est la « définition classique de la vérité et de l’erreur ». Des énoncés équivalents se retrouvent dans Platon, par exemple le Cratyle (Cratylus 385b2, Sophist 263b). Il se retrouve aussi chez Tarski dans les années 1930 avec la « sémantique de la vérité et de l’erreur »[43].

Dans le second livre de l’Organon, De l'interprétation, Aristote analyse le langage et la formation des propositions logiques, c'est-à-dire les parties du discours susceptibles d'être vraies ou fausses, l'élément initial est bien la correspondance d'un énoncé avec un fait réel. Nous disons par exemple que l'énoncé « le chat est sur le tapis » est vrai parce que le chat est effectivement sur le tapis.

Aristote eut le mérite de mettre en forme de façon systématique des modes de raisonnement qui étaient souvent demeurés très vagues ou implicites chez ses devanciers[44]. La logique d'Aristote chercha d'abord à dégager les conditions nécessaires - évidemment non suffisantes - de la vérité, qui résident dans la forme. Ainsi, un énoncé tel que « le mur bleu est rouge » n'a besoin d'aucun référent extérieur pour être déclaré faux[45], bien que pour apporter une conclusion logique, une prémisse telle que « ce qui est bleu n’est pas rouge ». La logique fournit l’instrument de la pensée correcte, pas la matière[46]. En termes kantiens, elle est la condition formelle de la vérité, mais non pas matérielle[47].

Aristote porte surtout son attention sur les syllogismes tels que « tout A est B », « quelque A est B », où le sujet A et le prédicat B remplacent des concepts ; « tout A est un B » signifie que le concept B est attribuable à tout objet auquel on peut attribuer le concept A[48]. Aristote était conscient que les syllogismes ne pouvaient rendre compte de toutes les applications de la logique[49],[50] mais ils lui permettaient de poser des règles claires pour former la négation des énoncés, et aussi pour distinguer les rôles respectifs des universelles du genre « tout x est ceci » et des singulières du genre « y est cela »[51].

L’école de mégarique et le stoïcisme[modifier | modifier le code]

Les mégariques et les stoïciens ont analysé méthodiquement la logique des connexions du langage courant telles que les connecteurs logiques « et », « ou » et la négation des énoncés. Philon de Mégare étend la portée du conditionnel[52]. Dans sa version P→Q est fausse lorsque P est vraie et Q fausse, et est vraie dans les 3 autres situations, sans que le locuteur ait à se préoccuper de rechercher des liaisons causales ou des connotations psychologiques ; ainsi des propositions apparemment aussi ridicules que « si le Groenland est en sucre candi, alors Charlemagne est le plus grand écrivain du Moyen Âge » sont vraies[53]. Ce genre de considération a son importance pour l'utilisation des connecteurs logiques en toute généralité, car les règles s'appliquent même si l'on ne sait pas si les termes sont vrais. Cette élimination des connotations psychologiques de la relation d'implication était un grand progrès, mais elles demeurèrent sans effet immédiat sur la logique.

En effet, ces travaux tombèrent dans l’oubli jusqu’à la fin du XIXe siècle[51].

Augustin d’Hippone[modifier | modifier le code]

Augustin d'Hippone, philosophe et théologien chrétien de l’Antiquité tardive, voit la vérité comme l'expérience ultime de la vie spirituelle. Il aborde le rapport de l'homme à la vérité à travers la question de l'enseignement du dogme et de sa compréhension. Pour lui, il n’y a pas de « communication horizontale » entre les hommes. Le dialogue se joue non pas à deux, mais à trois. Toute communication authentique est « triangulaire » : toi, moi, et la Vérité qui nous transcende tous les deux, et dont nous sommes, toi et moi, les « condisciples[54] ». Ainsi, Augustin s'inspire de la théorie de la Réminiscence de Platon, mais pour lui donner un sens chrétien. Les vérités éternelles sont en Dieu, qui ne les a cependant pas créées. Elles constituent le verbe de Dieu. C'est à partir de ce modèle qu'Il a pu concevoir un monde bon, et qu'Il l'a par conséquent réalisé dans la Création[55].

Parmi les ouvrages d'Augustin, Le Maître[56] est l’un des plus révélateurs de sa pensée. Il y développe une thèse récurrente jusqu’à la fin de sa vie. « Lorsque les maîtres ont exposé par les mots toutes ces disciplines qu’ils font profession d’enseigner, y compris celle de la vertu et de la sagesse, alors ceux que l’on appelle des disciples examinent en eux-mêmes si ce qui a été dit est vrai, en regardant, cela va de soi, la Vérité intérieure selon leurs forces. C’est alors qu’ils apprennent ; et lorsqu’ils ont découvert intérieurement qu’on leur a dit la vérité, ils louent les maîtres, sans savoir qu’ils louent des enseignés plutôt que des enseignants, si toutefois ceux-ci ont le savoir de ce qu’ils disent. Mais les hommes se trompent en appelant maîtres des gens qui ne le sont pas. »

Augustin l’exprime sous sa forme classique : Foris admonet, intus docet, l'avertissement est extérieur, l'enseignement est intérieur. Le langage, y compris les paroles de Jésus-Christ, avertit à l’extérieur, mais seul enseigne le Christ, la vérité intérieure. C’est donc pour lui à juste titre que l’évangile demande de ne donner le titre de maître à personne sur terre, « parce que le seul maître de tous est au ciel ».

Thomas d'Aquin[modifier | modifier le code]

Thomas d'Aquin, religieux de l'ordre dominicain et philosophe du XIIIe, scruta de manière précise l'ouvrage De l'Interpretation d'Aristote, ainsi que les commentaires antérieurs au sien, en les dégageant de leurs influences néoplatoniciennes ou arabes par une critique interne à la pensée du philosophe grec. Il développa un certain nombre de thèmes tels que : vérité de la pensée et du discours, rôle des mots par rapport aux idées et aux choses, règles permettant d'éliminer les ambiguïtés du langage courant, déterminisme et liberté[57].

Pour l'Aquinaste la vérité est l'adéquation de l'intellect aux choses (veritas est adæquatio intellectus et rei[58]), sur ce point donc sa pensée épouse parfaitement celle d'Aristote.

Timeo hominem unius libri - je crains l’homme d’un seul livre - est une Pensée de saint Thomas d’Aquin. C’est-à-dire celui qui a lu et relu et qui le connait, est un homme à redouter, un homme qui sait. D’autres interprétations Page d'aide sur l'homonymie sont aussi connues. Ainsi, on peut traduire : homme qui a choisi un livre, qui s’en tient à ce seul opinion, celui de l’auteur, et donc un unique point de vue, en devient « trop exclusif[59]».

Léonard de Vinci[modifier | modifier le code]

Haute Renaissance ; Autoportrait [60] de Léonard de Vinci réalisé entre 1512 et 1515, 33 × 21,6 cm, bibliothèque royale de Turin..

Léonard de Vinci (Leonardo di ser Piero da VinciLeonardo di serP iero da Vinci écouter, dit Leonardo da Vinci[61]), est un peintre florentin et un homme d’esprit universel, à la fois artiste, scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, peintre, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, poète, philosophe et écrivain.

Léonard de Vinci est souvent décrit comme l’archétype et le symbole de l’homme de la Renaissance, un génie universel, un philosophe humaniste, observateur et expérimentateur, avec un « rare don de l’intuition de l’espace »[62] et dont la curiosité infinie est seulement égalée par la force d’invention[63]. Nombre d'auteurs et d'historiens le considèrent comme l'un des plus grands peintres de tous les temps et certains comme la personne la plus talentueuse dans le plus grand nombre de domaines différents ayant jamais vécu[64],[65].

Méthode de Léonard de Vinci[modifier | modifier le code]

La statue de Léonard sur le Piazzale des Offices de Florence.

Léonard de Vinci a un besoin de rationaliser inconnu jusqu’alors chez les techniciens. Avec lui la technique n’est plus affaire d’artisans, de personnes ignorantes et de traditions plus ou moins valables et plus ou moins comprises par ceux qui étaient chargés de l’appliquer. George Sarton, historien des sciences, indique que Léonard de Vinci a recueilli une « tradition orale et manuelle, non une tradition littéraire »[66].

C’est d’abord par les échecs, par les erreurs, par les catastrophes qu’il essaie de définir la vérité : les lézardes des murs, les affouillements destructeurs des berges, les mauvais mélanges de métal sont autant d’occasions de connaître les bonnes pratiques.

Progressivement, il élabore une sorte de doctrine Page d'aide sur l'homonymie technique, née d’observations bientôt suivies d’expériences qui furent parfois conduites sur de petits modèles. Harald Höffding présente sa pensée comme un mélange d’empirisme et de naturalisme[67]. En effet, si pour Léonard de Vinci « La sagesse est la fille de l'expérience »[68], elle permet de vérifier constamment ses intuitions et théories, car « L'expérience ne se trompe jamais ; ce sont vos jugements qui se trompent en se promettant des effets qui ne sont pas causés par vos expérimentations »[68].

La méthode Page d'aide sur l'homonymie de Léonard de Vinci a certainement consisté dans la recherche de données chiffrées[69] et son intérêt pour les instruments de mesure en témoigne. Ces données étaient relativement faciles à obtenir dans le cas des poutres en flexion par exemple, beaucoup plus compliquées dans le domaine des arcs ou de la maçonnerie. La formulation des résultats ne pouvait être que simple, c’est-à-dire exprimée le plus souvent par des rapports. Cette recherche effrénée de l'exactitude est devenue la devise de Léonard de Vinci, « Ostinato rigore - obstinée rigueur »[70]. C’est néanmoins la première fois qu’on voit appliquer de telles méthodes dans les métiers où on dut longtemps se contenter de moyens irraisonnés d’appréciation.

Ce faisant, Léonard en est arrivé à pouvoir poser des problèmes en termes généraux. Ce qu’il cherche avant tout ce sont des connaissances générales, applicables dans tous les cas, et qui sont autant de moyens d'action sur le monde matériel. Pour autant sa « science technique » reste fragmentaire. Elle s’attache à un certain nombre de problèmes particuliers, traités très étroitement, mais il y manque encore la cohérence d’ensemble qu’on trouvera bientôt chez ses successeurs[71].

Pour lui, cette recherche dans tous les domaines de la science et de l’art est normale, car « tout est lié ». Sa curiosité et son activité perpétuelle constituent le moyen de garder un esprit vivace, car « Le fer se rouille, faute de s'en servir, l'eau stagnante perd de sa pureté et se glace par le froid. De même, l'inaction sape la vigueur de l'esprit »[68]. Léonard de Vinci considère la peinture, par exemple, comme l'expression visuelle d'un tout ; l'art, la philosophie et la science sont, selon lui, indissociables et pouvant expliquer en partie son approche de polymathe et « Qui blâme la peinture n'aime ni la philosophie ni la nature »[68]. En proposant une « synthèse par la beauté », Léonard de Vinci illustre à lui seul ce que fut le grand courant d'innovation de la Renaissance[72].

Cependant, cette tentative de grande synthèse - art-science - fût un échec et marqua la séparation « croissante et définitive » des domaines que sont l’art et les sciences, et marque ainsi le début de l’âge moderne[73].

Morale et éthique[modifier | modifier le code]

Léonard de Vinci pense que l'homme doit s'engager activement à combattre le mal et faire le bien, car « Celui qui néglige de punir le mal aide à sa réalisation »[68]. Il indique également qu'il ne se fait aucune illusion sur la nature de l'homme et de la façon dont il pourrait utiliser ses inventions, comme il le fait en préambule à une présentation du sous-marin :

« Je ne décris pas ma méthode pour rester sous l'eau ni combien de temps je peux y rester sans manger. Et je ne les publie et ne les divulgue pas, en raison de la nature maléfique des hommes, qui les utiliseraient pour l'assassinat au fond de la mer en détruisant les navires en les coulant, eux et les hommes qu'ils transportent[74]. »

Léonard de Vinci place également la récompense morale bien au-dessus des récompenses matérielles :

« Ce ne sont pas les richesses, qui peuvent être perdues. La vertu est notre vrai bien et la vraie récompense de son possesseur. Elle ne peut être perdue, elle ne peut nous abandonner, sauf quand la vie s'enfuit[68]. »

René Descartes[modifier | modifier le code]

philosophie moderne ; René Descartes

René Descartes est considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie moderne, en atteste cette phrase légèrement provocatrice : « Enfin Descartes vint[75] ». Il formule le cogito[76] - « je pense, donc je suis » - fondant avec le système des sciences sur le sujet connaissant face au monde qu'il se représente. En physique, il a apporté une contribution à l'optique et est considéré comme l'un des fondateurs du mécanisme. En mathématiques, il est à l'origine de la géométrie analytique[77]. Certaines de ses théories ont par la suite été contestées (théorie de l'animal-machine) ou abandonnées (théorie des tourbillons ou des esprits animaux, concept que reprendra Keynes). Sa pensée a pu être rapprochée de la peinture de Nicolas Poussin[78] pour son caractère clair et ordonné.

Sa méthode Page d'aide sur l'homonymie philosophique et scientifique, exposée à partir de 1628 dans les Règles pour la direction de l'esprit (ouvrage inachevé, posthume, dont la datation a pu faire débat), puis dans le Discours de la méthode en 1637, affirme constamment une rupture par rapport à la scolastique enseignée dans l'Université. Le Discours de la méthode s'ouvre sur la fameuse phrase « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » [79]. Elle se caractérise par sa simplicité (Descartes la résume en peu de règles, quatre en tout dans le Discours de la méthode) et prétend rompre avec les interminables raisonnements scolastiques. Elle s’inspire de la méthode mathématique, cherchant à remplacer la syllogistique aristotélicienne utilisée au Moyen Âge depuis le XIIIe siècle[80].

Comme Galilée, Descartes se rallie au système cosmologique copernicien[81] ; mais, par prudence envers la censure, il « avance masqué » (larvatus prodeo), en dissimulant partiellement ses idées nouvelles sur l’homme et le monde dans ses pensées métaphysiques[82], idées qui révolutionneront à leur tour la philosophie et la théologie. L'influence de Descartes sera déterminante sur tout son siècle : les grands philosophes qui lui succèderont développeront leur propre philosophie par rapport à la sienne[83], soit principalement en la développant (Arnauld, Malebranche), soit en s'y opposant (Hobbes, Pascal, Spinoza, Leibniz).

À lire les Méditations métaphysiques, la conception cartésienne de la vérité et de l'erreur suppose une distinction nette de l'entendement (faculté de percevoir des idées) et de la volonté (source de l'action mais aussi du jugement). Le jugement est libre Page d'aide sur l'homonymie, il est éclairé par l'entendement, mais il n'est pas déterminé par l'entendement.

Dans ses six méditations métaphysiques, Descartes commence par une argumentions visant à démontrer l'inanité de la conception empirique de la vérité. Il reprend les arguments sceptiques, mais pour conclure que lorsque nous percevons, par exemple, un morceau de cire, nous introduisons en réalité dans notre perception des idées (comme celle de substance étendue, d'extension) et un jugement (notre représentation correspond, selon nous, à la réalité).

Dans la seconde méditation, l'expérience du Cogito fournit son modèle de la vérité, ainsi que le point de départ de ses démonstrations qui prétendent à la reconstruction du savoir sur un sol qui est la certitude rationnelle. Il s'agit d'une expérience, toute intellectuelle, selon laquelle, tant que nous pensons, nous ne saurions douter que nous pensons, et que nous sommes. C'est l'évidence, considérée comme une sorte d'illumination intellectuelle. Elle se veut tout autant inséparable d'une méthode critique, le doute méthodique, sans rapport véritable avec le doute des sceptiques. Nous pouvons suspendre notre jugement, car il provient de notre volonté, et non de notre entendement. Ainsi, grâce à certains arguments exagérés, hyperboliques, nous pouvons même douter de ce que deux et deux font quatre.

Seul le jugement peut nous conduire tant à la vérité qu'à l'erreur. Celle-ci n'est pas naturelle, mais repose sur une certaine propension de l'esprit humain à la prévention (préjugés) et à la précipitation. En revanche, si nous n'acceptons en notre créance que des idées claires et distinctes, que nous voyons ne pouvoir être fausses, alors nous irons de vérité en vérité, sur le modèle des mathématiciens. Se pose alors la question de la fiabilité de la correspondance d’idées claires et distinctes avec des réalités, conformes au contenu de ces idées. Descartes s’appuie alors sur ce qu’il présente comme les preuves de l'existence de Dieu, tirées de son idée même, pour se sortir de cette aporie. Dès lors que Dieu existe, et que les idées innées sont créées par lui en mon entendement, elles ne sauraient être fausses, puisque Dieu ne saurait vouloir le tromper. Ainsi l'erreur existe, mais ne provient ni de notre nature ni de notre entendement et des idées déposées en lui.

C'est donc que l'erreur ne provient que de la volonté (du jugement); et pourtant certaines idées confuses ou obscures incitent tant le jugement à se tromper qu'on peut voir en ces idées une source de l'erreur, ou "erreur matérielle". En effet, certaines idées sont si obscures que l'entendement ne sait trop ce qu'il y pense. Qu'est-ce par exemple que le froid? Une réalité positive, le contraire de la chaleur, ou bien simplement l'absence de chaleur, soit un manque, un néant? Celui qui ne se repaît que de telles idées sensibles est pour ainsi dire condamné à l'erreur, ou du moins au scepticisme.

Le correspondant anglais de Descartes, Thomas Hobbes, dont les critiques seront fort mal reçues par René Descartes, développera, contre cette conception dite éidétique de la vérité, une conception qui assimile le raisonnement à un simple calcul, conception dite computationnelle. Un jugement vrai repose sur des règles, des opérations, de calcul, sur la base de mots, et non sur l'évidence. Descartes refuse explicitement l'éventualité d'une machine à produire de la vérité, car une machine ne saurait penser. Leibniz, au contraire, à la suite de Hobbes, défendra l'idée qu'un calcul sourd ou aveugle peut très bien aboutir à des résultats exacts, sans jamais passer par l'évidence d'un contenu, intellectuel ou même empirique. Le même Leibniz, citant l'esprit de finesse de Pascal, expliquera qu'une idée confuse peut néanmoins être vraie, en ce sens qu'elle nous donne une idée globale, inanalysable, de son objet : Discours de Métaphysique.

Baruch Spinoza[modifier | modifier le code]

Le texte suivant, tiré des Pensées métaphysiques, donne l'impression que Spinoza, philosophe du XVIIe, conçoit la vérité comme l'adéquation de l'idée avec son objet (ou idéat) :

« Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de la même façon, par métaphore, des choses inertes ; ainsi, quand nous disons de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui-même, ce qui est ou n’est pas en lui[84]. »

Mais Spinoza lui-même définit ainsi l'adéquation au début de la deuxième partie de son Éthique :

« Définition IV. Par idée adéquate j'entends une idée qui, considérée en soi et sans égard à son objet, a toutes les propriétés, toutes les dénominations intrinsèques d'une idée vraie. »

L'adéquation repose donc sur un critère intrinsèque de vérité, d'où s'explique le mode géométrique et « génétique » de construction de son système philosophique.

Ainsi, nous connaissons adéquatement un objet quand nous le construisons à partir de ses causes, quand donc nous le concevons. En revanche, la connaissance par les sens est, elle, forcément tronquée et incomplète. Ce que nous percevons par les sens exprime davantage notre propre nature que celle de l'objet perçu. L'on ne saurait expliquer cela plus avant sans entrer dans le système philosophique de Spinoza.

De plus, Spinoza rejette la conception cartésienne, selon laquelle seul le jugement, issu de la volonté, peut être vrai ou faux. Selon Spinoza, chaque idée enveloppe sa propre affirmation qui n'est pas le fait de quelque libre arbitre extérieur à cette idée singulière. Ainsi, dit-il, nous ne pouvons pas penser que 2 et 2 font 4 sans ipso facto l'affirmer. Nous ne pouvons suspendre notre jugement que si d'autres conceptions remettent en cause la valeur d'une conception première. Ainsi, quand nous rêvons, nous sommes généralement incapable de douter de ce que nous percevons, et pourtant, une fois éveillé, il nous est très facile de nier notre rêve. Pour autant, une idée fausse est qualitativement, intrinsèquement, différente d'une idée adéquate. L'idée vraie nous permet d'un même geste de comprendre pourquoi elle est vraie, et pourquoi les idées fausses sont fausses. Le vrai est index de soi-même et du faux, dit Spinoza (index sui et falsi).

Emmanuel Kant[modifier | modifier le code]

Kant fait usage de la distinction aristotélicienne entre une définition nominale et une définition qui pointe sur la cause ou l'essence de ce qui est à définir, quand il écrit :

« .... je ne puis juger que de savoir si ma connaissance de l'objet est en accord avec ma connaissance de l'objet. Ce genre d'explication circulaire était appelée Diallelos par les anciens. Et les logiciens étaient accusés de cette faute de raisonnement par les sceptiques, qui comparaient cette acception de la vérité à l'appel à un témoin inconnu qui devant un tribunal soutiendrait sa propre crédibilité sur la base de celle de l'homme qui l'avait appelé[85]. »

Mais la validité de l'assertion selon laquelle en Grèce les « logiciens » pratiquaient effectivement ce cercle vicieux n'a pas été évaluée[85].

G.W.F. Hegel[modifier | modifier le code]

Hegel examine la nature paradoxale de la conscience humaine, qui voudrait une vérité entière et complète quand la plupart des individus ne peuvent généralement aller bien loin sans être en désaccord. Mais cet antagonisme, où Hegel distingue un mouvement « positif » ou « thèse » et un mouvement « négatif » ou « antithèse » est le moteur d'une évolution : l'esprit de l'univers croît vers de plus hauts degrés d'éveil et de conscience. Ce processus est dialectique : on passe d'une étape à une autre en dépassant les contradictions dans le cadre d'un temps historique, productif, où l'antagonisme une fois subsumé conduit à la synthèse d'où émerge une nouvelle vérité.

Il faut quand même noter que dans la théorie de Hegel il y a en fait une synthèse intermédiaire au sein de l'« antithèse », entre « opposition externe » et « division interne[86] »

Gottlob Frege[modifier | modifier le code]

Chez Aristote et les scolastiques du Moyen Âge la logique des connexions restait, dans une certaine mesure, tributaire des imperfections du langage courant ; de plus, la logique des prédicats, enfermée dans la triade sujet-copule-attribut, ne pouvait aller bien loin lorsqu'il s'agissait de traiter de situations plus complexes faisant intervenir des propositions comportant plusieurs verbes actifs ou plusieurs sujets. Leibniz tenta bien d'écrire un langage symbolique qui serait une « caractéristique universelle[87] » éliminant les risques d'erreur, mais il n'y parvint pas[88].

Il devait revenir à Gottlob Frege de fonder la logique sur des bases inspirées des mathématiques, démultipliant ainsi son efficacité.

Cependant entre Aristote et Frege il y a continuité et non rupture. Ce que la logique d'Aristote et ses successeurs scolastiques faisaient, la logique moderne le fait toujours ; mais comme le dit Quine c'est un sous-produit d'une entreprise plus puissante[89].

Frege voulut initier un projet encore plus ambitieux : unifier les sciences déductives en exprimant les termes premiers des mathématiques par les moyens de la logique ; mais Bertrand Russell, qui avait fait une tentative similaire, l'en dissuada après avoir découvert un paradoxe.

Kitarō Nishida[modifier | modifier le code]

Pour Nishida, l'expérience naît là où les faits apparaissent tels qu'ils sont, c'est une connaissance que nous acquérons en nous soumettant à la réalité des faits, sans artifice intellectuel[90]. La différenciation du sujet et de l'objet est toute relative, elle n'intervient qu'au moment où l'expérience perd son unité[91]. L’observation se déroule dans le présent, où ne se tient aucun jugement, elle est simplement conscience immédiate.

L’acte réflexif de la pensée est issu de conflits, la recherche d’une solution conditionne l’unicité de conscience ; ainsi la pensée se réalise dans l’action : l’expérience pure et la pensée ne sont que deux visions d'un seul et même évènement[92].

Alors la vérité, comme l’objet, n’est pas séparée du sujet. Elle est l’unicité de nos faits empiriques[93]

Bertrand Russell[modifier | modifier le code]

Bertrand Russell peint par Roger Fry en 1923.

Russell dit que les arguments qui plaident en faveur d’une hiérarchie des langages sont décisifs[94], c’est notamment le seul moyen d'échapper à la théorie de Wittgenstein selon laquelle la syntaxe ne peut seulement que se montrer et non s'exprimer par des mots. Ses recherches sur ce sujet partent de la constatation opérée par Tarski du fait que les mots « vrai » et « faux », quand ils s'appliquent aux phrases d'un langage donné, ne sont exprimables que dans un langage d'ordre supérieur. Ainsi dans Signification et vérité décortique-t-il le langage usuel pour en extraire la substantifique moëlle qu’il appelle d'un nom appelé à rester dans la postérité - le langage-objet - ou du premier ordre, fait de « mots-objets ». Il s'attache aussi à évaluer la portée des critiques de Brouwer contre le principe de la logique classique dit du « tiers exclu » selon lequel il n'y a que deux valeurs de vérité ; c'est que Brouwer ne reconnaît pas le « vrai » ; il connaît le « vérifiable », donc il y a une classe de propositions qui sont syntaxiquement correctes mais qui ne sont ni vérifiables ni des contradictoires de propositions vérifiables. Personne, dit Russell, n'est jamais allé jusqu'à définir la vérité comme ce qui est connu[95] ; la définition épistémologique de la vérité est ce qui peut être connu, mais ceci pose évidemment des difficultés auxquelles Russell consacre de nombreuses pages avant de définir la vérité par rapport à des évènements et la connaissance par rapport à des percepts[96] ; et il conclut finalement en faveur du tiers exclu :

« .... À présent, nous ignorons s'il y a de la vie ailleurs dans l'univers, mais nous avons raison d'être assurés qu'il y en a ou qu'il n'y en a pas. Nous avons donc besoin de la « vérité » aussi bien que de la « connaissance » parce que les frontières de la connaissance sont incertaines et parce que, sans la loi du tiers exclu, nous ne pourrions pas nous poser les questions qui donnent naissance aux découvertes[96]. »

  • Au plan Logique, Russell montre que certaines propositions en apparence purement formelles supposent implicitement un jugement d’existence. Ainsi, si je dis le Père Noël est barbu, je suppose qu'il existe. La proposition en question, à laquelle on pourrait être tenté de dénier toute valeur de vérité ou de fausseté, est donc fausse, car le Père Noël n'existe pas. Une proposition, vraie ou fausse, n'est dotée de sens que si elle a quelque fonction dénotative (rapport avec un référent et non avec un simple concept). Mais alors en quel sens peut-on dire que quelque chose n'existe pas, que le référent est introuvable ? Cela signifie qu'aucune chose dans le monde n'appartient à un certain ensemble, par exemple l'ensemble des pères Noël. Russell conteste donc l'existence de vérités purement formelles, ou purement analytiques, dénuées de tout rapport avec la réalité physique (la nature). Quine ira plus loin dans cette voie, en montrant que toute théorie enveloppe des jugements d’existence (engagement ontologique), et en niant, malgré un certain Platonisme, l'existence d'une mathématique ou d'une logique entièrement indépendantes à l'égard des sciences empiriques (holisme épistémologique). Réciproquement, aucune science n'est purement observationnelle, elle intègre toujours une syntaxe (théorie, qui inclut généralement une dimension mathématique). Il est en fait impossible de distinguer clairement ce qui dans un savoir serait analytique (fruit du pur raisonnement) et ce qui serait synthétique (fruit de l'expérience).

Mais il demeurera toujours fidèle au principe de parcimonie qui, comme il le dit lui-même, caractérise sa « renonciation progressive à Pythagore ». Une formulation particulière de ce principe consiste à dire que « la logique mathématique a pour but, non de donner aux mots un statut ontologique qui pourrait être mis en doute, mais plutôt de diminuer le nombre de mots dont la signification directe est de désigner un objet ». Voilà bien le principe paradigmatique que Russell lègue à la philosophie toute entière : lorsque le sage montre la lune, il est prudent au préalable de jouer à l’imbécile en examinant le doigt.

Philippe Jouvi, La théorie russellienne des descriptions : « un paradigme de la philosophie »[97]
  • Au XXe siècle Russell perçoit avec appréhension le développement d’un certain relativisme dans lequel la notion même de vérité lui apparaît quelque peu galvaudée[98]

Ludwig Wittgenstein[modifier | modifier le code]

  • Wittgenstein se distingue d’un philosophe « classique » dans le sens où il ne cherche pas à philosopher. Il conçoit la philosophie de telle sorte qu’elle est une activité de clarification logique des pensées. Pour lui la philosophie n’est pas une discipline théorique qui consisterait à élaborer des thèses philosophiques[99].

Un jour, quelqu’un lui dit qu’il trouvait l’innocence enfantine de G.E. More tout à son honneur ; Wittgenstein protesta. « Je ne comprends pas ce que cela veut dire, dit-il, car il ne s’agit pas de l’innocence d’un enfant. L’innocence dont vous parlez n’est pas celle pour laquelle un homme lutte, mais celle qui naît de l’absence naturelle de tentation.

Ray Monk, Wittgenstein - Le devoir de génie, Flammarion, 2009, p. 15[100].
  • Personnalité remplie de doutes, il se questionne très tôt dans son enfance sur la notion de vérité - « Pourquoi dire la vérité quand il est préférable de mentir »[101]. Wittgestein écrit, plus tard, dans ses Remarques sur le Rameau d’or de Frazer « Il faut sans cesse que je me plonge dans l’eau du doute »[102].
  • Le Tractatus logico-philosophicus est un texte court, bref, « cadencé », un des textes marquants de la philosophie contemporaine. Comme voulu par Wittgenstein, le tractatus est aussi une œuvre d’art frappante par la concision incisive du langage, voire laconique, mais dont le rythme, la « cadence » elle-même lui donne un style poétique.

Incessu, comme dit le poète, incessu patuit dea. « À sa démarche on reconnut la déesse. ».

G.G. Granger, Préambule du traducteur, Édition Tel Gallimard, réédition 2009[103]
  • À cette période, Wittgenstein est inspiré par un logicisme anti-psychologiste[104], une position qu’il abandonna par la suite[105].

Le tractatus logico-philosophicus de M. Wittgenstein, qu’il se révèle ou non comme donnant la vérité définitive sur les sujets dont il traite, mérite certainement, par son ampleur et sa portée et sa profondeur, d’être considéré comme événement important dans le monde philosophique.

Bertrand Russell, introduction, Édition Tel Gallimard, réédition 2009[106]
  • Dans le préambule le traducteur du Tractatus, Gilles Gaston Granger, estime que Wittgenstein fait preuve d’une philosophie négative, dans le sens où il ne recherche que les limites, à la manière des théologiens qui parlent d’une théologie négative, circonscrivant uniquement les frontières de ce que l’on peut penser, imaginer, à propos de Dieu.

Le tractatus a pour but non de dire ce qu’est la réalité du monde, mais de délimiter ce qui en est pensable, c’est-à-dire exprimable en un langage.

G.G. Granger, Préambule du traducteur, Édition Tel Gallimard, réédition 2009[103]
  • À ce moment-là, il pense avoir apporté une solution à tous les problèmes philosophiques auxquels il était envisageable de répondre ; il se détourna de la philosophie jusqu’en 1929. À cette date, il revint à Cambridge et critiqua les principes de son premier traité. Il développa alors une nouvelle méthode philosophique et proposa une nouvelle manière d’appréhender le langage, développée dans sa seconde grande œuvre, Investigations philosophiques, publiée, comme nombre de ses travaux, à titre posthume.
  • Pour Wittgenstein, une fois lu, le tractatus doit-être oublié, il est une étape dans sa philosophie.
  • Selon lui, le langage de la logique n’est pas supérieur, ni aucun autre d’ailleurs. La vérité ne se manifeste que dans une seule version : le langage de l’image. C’est tout ce dont on a besoin pour décrire le monde, c’est-à-dire qu’il décrit tous les faits[99].
  • La totalité de la réalité est le monde[107]. L'image, dit Wittgenstein, est un modèle de la réalité[108] ; et pourtant elle peut être vraie ou fausse[109].

« Mais pour pouvoir dire qu'un point est noir ou blanc, il me faut tout d'abord savoir quand un point sera dit blanc et quand il sera dit noir ; pour pouvoir dire « p » est vraie (ou fausse), il me faut avoir déterminé en quelles circonstances j'appelle « p » vraie, et par là je détermine le sens de la proposition[110]. »

Alfred Tarski[modifier | modifier le code]

La conception de la vérité d'Alfred Tarski était celle d'Aristote, Frege, et Russell : l'accord de nos jugements avec la réalité ; cependant, le développement des langages formalisés avait mis au clair les rôles différents de la sémantique et de la syntaxe ; on ne peut dire qu'une formule, qui est une suite de symboles, est en soi « vraie » ou « fausse » ; le qualificatif de « vrai » ou de « faux » ne s'applique qu'à des énoncés, lesquels résultent de l'interprétation des formules dans un modèle[111] ; la notion de vérité est définie en disant qu'une formule est satisfaite par un modèle. Ces idées, alors à la base de la nouvelle théorie des modèles, n'ont pas été sans influencer Karl Popper.

Le logicien polonais, témoin des bouleversements de son époque, percevait que la clarté et la cohérence du langage sont non déterminantes dans le processus d'amélioration des relations humaines, mais elles sont propres à accélérer ce processus :

« Car d'une part, en rendant la signification des concepts précise et uniforme dans son propre domaine, et en insistant sur la nécessité d'une telle précision et uniformité dans tout autre domaine, la logique rend possible une meilleure compréhension entre ceux qui la recherchent avec bonne volonté. Et d'autre part en perfectionnant et affinant les instruments de pensée, elle améliore l'esprit critique des hommes[112].... »

Martin Heidegger[modifier | modifier le code]

Du point de vue d’Heidegger la question de l'essence de la Vérité ne manque pas d'être problématique dans toutes les formes successives qu'a pu prendre le fond commun des interrogations soulevées à ce sujet, dans l'histoire de la Métaphysique c'est-à-dire rendre compte d'une « correspondance entre la chose et l'idée », correspondance, qui constitue le mode d'établissement de la vérité et fonde les interprétations de son essence. De celle qui, depuis le Platon, de l’ Allégorie de la caverne commence avec l’éblouissement de l’Idées, en passant par le concept de forme chez Aristote, « l'adæquatio intellectus » et rei et la Véritas du Moyen Âge, la certitude chez Descartes, ou la perception chez Kant. Il y a vérité lorsque cette correspondance est établie.
Heidegger relève un deuxième présupposé tout aussi commun et tout aussi problématique d’origine aristotélicien, qui réduit la vérité à sa dimension logique qui veut qu’ « une chose ne puisse en même temps et sous le même rapport être et ne pas être ». La vérité ne saurait être affirmée que d’une chose réellement étante selon les critères de la logique.
Ce qu’il y a de quadruplement problématique dans ces approches c'est :

  1. qu'elles ne font jamais l'objet d'interrogation sur la chose étante en soi ,
  2. le comment de son ob-jectité en tant que chose du monde,
  3. le caractère d'être de l'étant observant ainsi que
  4. la possibilité de son lien avec le monde de la chose.

Dans son entreprise de refondation, Heidegger tente de retrouver le sens originaire de l’idée de Vérité ou Aletheia, celui des présocratiques (Parménide, Héraclite, Anaximandre ) et d' Homère. Entre l'idée de l'Aléthia de ces premiers penseurs et sitôt la vision de Platon et puis d 'Aristote quelque chose de fondamental a déjà été perdu, et qui ne fera qu'amplifier par la suite, sa dimension ontologique au bénéfice exclusif de la simple Logique.

Etymologiquement Aletheia qui signifie littéralement « hors de la Léthé », articule une expérience originaire de la vérité comme sortie de l'étant hors du retrait. Ce dont cette expression rend compte chez les premiers penseurs, les poètes et jusqu'à Platon c'est donc d'un Evénement, un évènement de sortie, qui n'est absolument pas réductible au résultat de cet évènement. Cette perte de sens, cet oubli de l’être, à partir duquel la Métaphysique prend véritablement son essort, Heidegger le qualifie d’effondrement, voire de catastrophe[113]. Le sens profond de la Vérité a été perdu pour de simples procédures de vérification.

Jürgen Habermas[modifier | modifier le code]

Le problème pour Habermas est qu'il n'est pas possible de s'abstraire du langage pour mesurer notre usage de ce même langage. Tout énoncé est un élément de réalité, une réalité déjà imprégnée de ce langage. Cela n'est pas sans conséquence sur le rapport entre vérité et communication. Les doutes quant à l’intuition réaliste et universelle associée à des concepts tels que la vérité résultent d’un tournant linguistique qui a transféré le critère de l’objectivité de la connaissance, de la certitude privée à la pratique publique de justification propre à une communauté de communication[114]. Cette difficulté est surmontée en science par une méthodologie fondée en dernière analyse sur un scepticisme qui n'est pas opératoire ailleurs, où il conduirait à la mésentente entre interlocuteurs.

La vérité des énoncés ne peut se justifier qu'au moyen d'autres énoncés[115], ce qui avait fait dire à Rorty qu'il ne nous était pas donné de transcender nos croyances. En réaction contre Rorty, Habermas met en avant la nécessité d'un monde qui existe indépendamment de nos discours, et donc de l'existence d'un horizon d'entente qui dépasse le seul cadre scientifique. Cet horizon d'entente ne présuppose d'ailleurs pas de se donner comme but un consensus ultime[116]. La personne qui s’engage dans une discussion en ayant sérieusement l’intention de se convaincre de quelque chose en échangeant avec d’autres doit supposer que ces derniers ne soumettent leurs affirmations à aucune autre contrainte que celle du meilleur argument[117].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Centre Nationale de Ressources Textuelles et Lexicales » (consulté le 8 mars 2013).
  2. Encyclopédie Larousse, consultée le 7 mars 2013
  3. a et b Van Riet Georges. Histoire de la philosophie et vérité. In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 55, no 48, 1957. p. 429-442., (texte en ligne)
  4. Encyclopédie Universalis, consultée le 7 mars 2013
  5. Leclerc Gérard, « Histoire de la vérité et généalogie de l’autorité », Cahiers internationaux de sociologie, 2001/2 no 111, p. 205-231. DOI : 10.3917/cis.111.0205, (texte en ligne)
  6. Francis WYBRANDS, « NIETZSCHE (F.), en bref  », Encyclopædia Universalis (texte en ligne), consulté le 8 mars 2013. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/nietzsche-f-en-bref/
  7. Nietzsche, ‘’Le Livre du philosophe’’, trad. A. Marietti, Aubier-Flammarion, 1969, p. 203.
  8. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 178-179
  9. cité par Ignacio Ramonet in « Géopolitique du Chaos», Folio, Gallimard, Paris 1997
  10. I. Ramonet, op. cit.
  11. Voir Histoire de la notion de vérité.
  12. Métaphysique, Aristote Livre Γ, 1011b25
  13. Jean Chauvineau La logique moderne P.U.F 1980 p. 7-8
  14. Quine 1972, chap. 1, p. 19
  15. Quine 1972, p. 28
  16. Quine 1972, p. 32
  17. Alfred Tarski, Introduction à la logique, Gauthier-Villars Paris et Nauwelarts Louvain, 1962, p. 115
  18. Pabion 1976, II 3.1, p. 52
  19. Pabion 1976, II 4.1, p. 62
  20. Pabion 1976, II 4.2, p. 63
  21. Quine 1972, exercice 1 p. 44
  22. Si l'on n'a ni Q ni R, [(P et Q) ou R] est faux, [((P et Q) ou R) seulement si (S et T)] est vrai.
  23. Jean Largeault, traducteur - Note liminaire à Elementary logic de Quine, édition française Armand Colin
  24. Hans Reichenbach Erkenntnis I, 1930 - p. 186
  25. Popper 1989, ch. I, p. 23
  26. Popper 1989, ch. I, p. 29
  27. Popper 1989, ch. I, p. 26
  28. Karl Popper La logique de la découverte scientifique. Popper 1989, ch. X, p. 284
  29. Popper 1989,ch. X, p. 281
  30. (en) Karl Popper, « Note on Tarski's definition of Truth », Mind, vol. 64,‎ 1955, p. 391
  31. Karl Popper La logique de la découverte scientifique. Popper 1989, Appendice * X, p. 441
  32. Thomas Samuel Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, Flammarion,‎ 1983 (ISBN 2-08-081115-0) (Trad. fr. Laure Meyer), p. 22
  33. Kuhn 1983, p. 23
  34. a et b Kuhn 1983, p. 115
  35. Encyclopédie Larousse, consultée le 7 mars 2013, Lors d’une audition dans un tribunal, le témoin est invité à prononcer « la vérité, toute la vérité, rien que la vérité »
  36. Van Den Heuvel M. La vérité judiciaire : quelle vérité, rien que la vérité, toute la vérité ?. In: Déviance et société. 2000 - Vol. 24 - no 1. p. 95-101. (texte en ligne) : « Toute réflexion sur la place qu’occupe la recherche de la vérité dans le procès pénal, ou sur les écarts éventuels par rapport à une telle recherche qu’impliquerait le recours à des solutions consensuelles ou négociées, suppose que l’on aborde au préalable le concept de vérité judiciaire dans une perspective critique et qu’on en identifie les caractères spécifiques et les limites »
  37. Hatier Dictionnaire Français-Grec p. 794, p. 807
  38. Cf. Dictionnaire grec français. Hatier. 1961. ISBN 2 218 71861 8.
  39. Encyclopedie Larousse, consultée le 7 mars 2013
  40. J.-F. Revel, Histoire de la philosophie occidentale, vol. I : Penseurs grecs et latins,‎ 2003, chap. 1
  41. Revel 2003, chap. 5, p. 267
  42. (2009) Correspondence Theory of Truth in Stanford Encyclopedia of Philosophy at The correspondence theory is often traced back to Aristotle's well-known definition of truth (Metaphysics 1011b25): « To say of what is that it is not, or of what is not that it is, is false, while to say of what is that it is, and of what is not that it is not, is true » — but virtually identical formulations can be found in Plato (Cratylus 385b2, Sophist 263b) (texte en ligne) (Stanford Encyclopedia of Philosophy)]
  43. Bertrand SAINT-SERNIN, « ERREUR  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 7 mars 2013. URL : erreur
  44. N. Bourbaki, Éléments de mathématique, CCLS,‎ 1977, note historique, EIV.36
  45. Revel 2003, p. 250-251
  46. Revel 2003, p. 255
  47. Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Logique transcendantale, introduction, section III, « De la division de la logique générale en analytique et dialectique » (AK, III, 179; IV, 52)
  48. Bourbaki 1977, note historique, EIV.36 note 2
  49. The works of Aristotle, translated under the editorship of W.D. Ross, Oxford 1928 - An.Pr. I, 35
  50. T.L. Heath, Mathematics in Aristotle Oxford, Clarendon Press 1949 - p. 25-26
  51. a et b Bourbaki 1977, note historique, EIV.37
  52. Cité par W. V. O. Quine, Méthodes de logique,‎ 1972 (traduction M. Clavelin), Armand Colin, chap. 3, p. 32
  53. exemple donné par J. F. Pabion, Logique mathématique, Hermann,‎ 1976, I1.2 p. 16
  54. Revue Itinéraires augustiniens no 30 (juillet 2003) - « Vous n’avez qu’un seul maître », par Marcel Neusch (accessible en ligne).
  55. De Librio Arbitrio
  56. St Augustin, Le Maître - Le libre arbitre Brépols, Institut d'Études Augustiniennes, 1993 (Madec, Goulven).
  57. Thomas d'Aquin Commentaires de De l'Interprétation d'Aristote - Trad., intro. et notes Bruno & Maylis Couillaud, Les Belles Lettres 2004 résumé de l'éditeur
  58. Thomas d'Aquin Summa I.16.1
  59. Men of Single Book: Fundamentali in islam, christianity and the modern thought, 2010, World Wisdom, inc (visible en lignes
  60. Ce dessin à la sanguine est largement - mais pas universellement - accepté comme un autoportrait original. La principale raison sur l'hésitation à l'accepter comme une représentation de Léonard est que le sujet est apparemment d'un âge que Léonard n'a jamais atteint. Mais il est possible qu'il ait lui-même fait délibérément ce portrait de lui âgé, en particulier pour son portrait dans L'École d'Athènes de Raphaël.
  61. Il faut préciser que si son nom de baptême est son nom italien de Leonardo da Vinci, l’usage français impose son nom francisé en Léonard de Vinci qui est utilisé dès le XVIe siècle, de son vivant, alors qu’il était le protégé du roi François Ier. Voir ce document.
  62. Delorme A. Léonard de Vinci et l'expérience scientifique au XVIe siècle. In: Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. (texte en ligne), 1954, Tome 7 no 4. p. 379-382. : Observateur et expérimentateur, il se rend compte que les mathématiques sont nécessaires pour coordonner les résultats et déceler les lois de la nature. La mathématique est donc un outil pour L. qui est avant tout un géomètre et un ingénieur, ayant un rare don de l’intuition de l’espace ».
  63. Helen Gardner, Art through the Ages, Harcourt, Brace and World, 1970.
  64. D'après Vasari, Boltraffio, Castiglione, Gaddiano, Berensen, Taine, Fuseli, Rio, Bortolon, etc. Voir les citations spécifiques dans la partie « Postérité de Léonard de Vinci ».
  65. André CHASTEL, « LÉONARD DE VINCI (1452-1519)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 9 mars 2013. (texte en ligne)
  66. Delorme A. Léonard de Vinci et l'expérience scientifique au XVIe siècle. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications.(texte en ligne) 1954, Tome 7 no 4. p. 379-382.
  67. Harald Höffding, Histoire de la philosophie moderne, 1906 (Sur Wikisource)
  68. a, b, c, d, e et f (en) Léonard de Vinci, Carnets Traduit par Jean-Paul Richter, 1888 Sur Gutenberg
  69. Delorme A. Léonard de Vinci et l'expérience scientifique au XVIe siècle. In: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications. 1954, Tome 7 no 4. p. 379-382. (texte en ligne).
  70. Cité dans Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, 1895 Wikisource
  71. Les ingénieurs de la Renaissance, Bertrand Gille
  72. Marc Giget, professeur de gestion de l’innovation au Conservatoire national des arts et métiers
  73. André CHASTEL, « LÉONARD DE VINCI (1452-1519)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 9 mars 2013. (texte en ligne) : « Et Vasari datera tout naturellement l’âge nouveau – la haute Renaissance – de l’apparition de Léonard.[…] C'est par la séparation croissante et définitive du savoir scientifique et de l'activité artistique que se définira l'âge moderne. Mais cette ambition, conduite aussi loin qu’il était possible par les ressources d’un esprit indomptable et infiniment agile, apparaît comme une des dimensions essentielles de la Renaissance »
  74. Carnets, VOLUME I. PROLEGOMENA AND GENERAL INTRODUCTION TO THE BOOK ON PAINTING, (1) Sur Gutenberg.org
  75. Coadou François, « Descartes et Aristote » Essai de réflexion concrète sur les rapports entre philosophie et histoire de la philosophie, Le philosophoire, 2003/2 no 20, p. 155-170. DOI : 10.3917/phoir.020.0155 (texte en ligne) Mythe Descartes ainsi résumé par Jean-Marie Beyssade.
  76. René Descartes : Discours de la méthode, Quatrième partie ; Texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824 (texte en ligne sur wikisource) ; Le cogito est initialement exposé en français par Descartes dans le Discours de la méthode (1637), quatrième partie : « Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulois ainsi penser que tout étoit faux, il falloir nécessairement que moi qui le pensois fusse quelque chose; et remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, étoit si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étoient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchois ».
  77. Yvon Belaval, Leibniz critique de Descartes ; Itard Jean, Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, Année 1963, Volume 16, Numéro 2 p. 187 −192, (texte en ligne) : « Ce que Descartes apporte aux mathématiques - ce qu’apportait déjà Viète et ses disciples, avec quelques imperfections - c’est une langue analytique très clair et très puissante, sans laquelle presque aucun progrès ultérieurs n’eût été possible.
  78. Cf. Nicolas Poussin, Lettres et propos sur l'art, Hermann, 1994.
  79. René Descartes, Discours de la méthode, Première partie ; Texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824. (texte en ligne sur wikisource) : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont ».
  80. Descartes, créateur d’un nouveau style métaphysique, Réflexions sur l’introduction du primat de la subjectivité en philosophie première, In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 60, no 67, 1962. p. 369-393., (texte en ligne).
  81. Ferdinand ALQUIÉ, « DESCARTES (R.)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 10 mars 2013. (texte en ligne)
  82. Descartes, créateur d’un nouveau style métaphysique. Réflexions sur l’introduction du primat de la subjectivité en philosophie première, In: Revue Philosophique de Louvain. Troisième série, Tome 60, no 67, 1962. p. 369-393. (texte en ligne) : « Avec Descartes — et malgré les indéniables attaches qui le relient à la scolastique - il faut cependant parler d’une orientation vraiment nouvelle et dont les conséquences, en métaphysique, seront incalculables ».
  83. Roger Lefèvre, La métaphysique de Descartes ; Colette Jacques, Revue Philosophique de Louvain, Année 1960, Volume 58, Numéro 58 p. 299 − 301 , (texte en ligne): « Descartes est un de ces philosophe que ne peut ignorer qui conque veut, aujourd’hui philosopher vraiment.
  84. Spinoza, Pensées métaphysiques (1663) 1re partie, chap.VI, Gallimard, « La Pléiade », trad. R. Caillois.
  85. a et b Kant, Immanuel (1800), Introduction to Logic Reprinted, Thomas Kingsmill Abbott (trans.), Dennis Sweet (intro.) (2005)
  86. Hegel Logique - l'idée absolue, p. 381-383
  87. G. W. Leibniz Mathematische Schriften éd. C.I. Gerhardt, Berlin-Halle Asher-Schmidt t. I, p. 187
  88. Bourbaki 1977, note historique, EIV.40
  89. W.V.O. Quine Elementary Logic traduction française J. Largeault - B. St Sernin Armand Colin - p. 25
  90. Kitarō Nishida, Essai sur le bien, Bordeaux, Osiris,‎ 1997 (Hitoshi Oshima trad.), p. 15
  91. Nishida 1997, p. 47
  92. Nishida 1997, p. 31
  93. Nishida 1997, p. 38
  94. (en) Bertrand Russell, An inquiry into meaning and truth, Flammarion,‎ 2001 (1re éd. 1969) (ISBN 2-08-081229-7) (trad. fr. Signification et Vérité Philippe Devaux), ch. IV, p. 74
  95. Russell 2001, ch. XX, p. 299
  96. a et b Russell 2001, ch. XX, p. 313
  97. Visible sur Philippe Jouvi La théorie russellienne des descriptions : « un paradigme de la philosophie » (version pdf accessible en ligne)
  98. Bertrand Russell History of western philosophy 2nd edition George Allen & Univin, London 1961 p. 782
  99. a et b Cahier de philosophie du langage - Wittgenstein en confrontation, sous la direction de Denis Perrin et Ludovic Soutif. (Version en ligne)
  100. Visible aussi (en ligne sur wikiquote)
  101. Ray Monk, Wittgenstein, le devoir de génie, Éditions Flammarion,‎ 2009, p. 14 : « Telle est la première interrogation philosophique émanant de Ludwing Wittgenstein qui nous soit parvenue »
  102. Véronique BEDIN et Martine FOURNIER (dir.), « Ludwig Wittgenstein », La Bibliothèque idéale des sciences humaines, Éditions Sciences humaines, 2009.(texte en ligne)
  103. a et b Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus : Trad. G.G. Granger, Éditions Tel Gallimard,‎ réédition 2009, p. 10
  104. Pastorini Chiara, « L’analyse philosophique du mental chez Wittgenstein », Le philosophoire, 2007/2 no 29, p. 281-299. DOI : 10.3917/phoir.029.0281 :(texte en ligne)
  105. Linsky L. Wittgenstein, le langage et quelques problèmes de philosophie. In: Langages, 1re année, no 2, 1966. p. 85-95. doi : 10.3406/lgge.1966.2336 (texte en ligne) : « Il est devenu banal de dire qu’il y a deux Wittgenstein, celui du Tractatus logico-philosophicus et celui des Investigations philosophiques ».
  106. Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus : Trad. G.G. Granger, Éditions Tel Gallimard,‎ réédition 2009, p. 13 (en ligne sur wikiquote)
  107. Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, Gallimard,‎ 1993 (ISBN 978-2-07-075864-7), 2.063 p. 38
  108. Wittgenstein 1993, 2.12 p. 38
  109. Wittgenstein 1993, 2.222 p. 40
  110. Wittgenstein 1993, 4.0621 p. 56
  111. Cité par Karl Popper, La logique de la découverte scientifique, Payot,‎ 1989 (ISBN 978-2-228-90201-4), p. 279-280
  112. Alfred Tarski Introduction à la logique Gauthier-Villars Paris / Nauwelaerts Louvain 1960 - Préface de l'édition augmentée p. XIV
  113. Gerard Guest, Paroles des jours séminaire séance 3e de 12/2007 vidéo13
  114. Jürgen Habermas, Vérité et justification, Paris, Gallimard,‎ 2001 ( traduction Rainer Rochlitz), p. 215
  115. Habermas 2001, p. 181
  116. Habermas 2001, p. 189
  117. Habermas 2001, p. 191

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Matières directement connexes
Environnement
Notions antinomiques

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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