Réincarnation

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Représentation de la réincarnation dans l'hindouisme

La réincarnation (retour dans la chair) est, dans le cadre de l'ésotérisme, un processus pendant lequel un certain principe immatériel et individuel (« âme », « substance vitale », « conscience individuelle », « énergie », voire « esprit ») accomplit des passages de vies successives dans différents corps (humains, animaux ou végétaux, selon les théories). À la mort du corps physique, l'« âme » quitte ce dernier pour habiter, après une nouvelle naissance, un autre corps.

Elle a été assimilée à travers la littérature à la transmigration des âmes, aux concepts de métempsycose, palingénésie, et à l'Éternel retour.

Origines littéraires[modifier | modifier le code]

On retrouve des descriptions de la réincarnation à différentes époques, notamment dans la pensée grecque et en Extrême-Orient, où elle est au cœur de l'hindouisme, du jaïnisme, du bouddhisme et du sikhisme. Un certain nombre de livres sacrés y font référence, elle est cependant pour des raisons complexes et diverses récusée par les trois religions monothéistes, qui lui préfèrent la doctrine du Jugement dernier et de la résurrection de la chair. Aujourd'hui, la réincarnation est une expérience suprasensible probablement connue par plus d'un milliard d'êtres humains (les hindous, les bouddhistes, les jaïns, les sikhs, les adeptes des religions tribales africaines auxquels s'ajoutent différents groupes spiritualistes).

Origine en Inde[modifier | modifier le code]

L'idée de la réincarnation n'est donc pas issue de la période védique (mais de la Préhistoire indienne, selon la chronologie de l'hindouisme), et existait déjà auparavant, au sein de l'Inde aborigène, c'est-à-dire d'avant les invasions des tribus originaires de l'actuel Iran et à qui l'on doit le védisme, et où des dieux comme Shiva et Vishnou, ou la Déesse (Durga) (tous originaires de l'Inde aborigène), n'ont pas beaucoup d'importance dans le ritualisme des Véda, contrairement à Indra, Agni, Varuna, Vayuetc.[1].

Mais avec le temps, les notions aborigènes pénètrent la société des conquérants d'origine iranienne, et les brahmanes cessèrent peu à peu de considérer comme supérieurs les dieux comme Indra, Varuna, etc., au profit de Shiva, Vishnou, etc. (seul Agni a conservé une place honorable)[1], et amplifièrent leur théorie sur la réincarnation, croyance déjà établie dans le monde dravidien[1]. Le jaïnisme et les premières Upanishads sont révélateurs de ces développements. Cette idée de la réincarnation dominait donc la vie spirituelle à l'époque dravidienne (c'est-à-dire de l'Inde aborigène, d'avant les invasions des tribus originaires de l'actuel Iran), puis se dissipa quelque temps au sein de l'aristocratie, pour réapparaître ensuite[2].

Un théoricien de la réincarnation, et maître très respecté en Inde, vivant au VIe siècle av. J.-C. est Yâjñavalkya, auteur de la Brihad-âranyaka-Upanishad et du Shatapatha-Brâhmana.

« Yajnavalkya, poursuivit Artabhaga, lorsque l'organe de la parole du mourant se fond dans le feu, son souffle dans l'air, sa vue dans la lumière solaire, son mental dans la lumière lunaire, son ouïe dans les directions de l'espace, son corps physique dans la terre, l'Akasha de son cœur dans l'Akasha de l'espace externe, les poils de son corps dans le tapis végétal de la terre et ses cheveux dans les arbres, son sang et sa semence dans l'eau, où donc se trouve alors cet homme ? » « Tends-moi la main, cher Artabhaga, répliqua Yajnavalkya, et nous irons décider de cela entre nous, ce qui est impossible au milieu d'une telle foule. » Ils se mirent à l'écart et débattirent longuement la question ; ce dont ils parlèrent fut essentiellement le karma, le domaine de l'action, et ce qu'ils déterminèrent comme louable fut aussi le karma. Car c'est par l'action juste que l'on devient bon, et par l'action erronée que l'on devient mauvais. Finalement, Artabhaga, de la lignée de Jaratkaru, demeura silencieux. »

— Brihad-âranyaka-Upanishad, III.2.13[3]

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Cela laisse entendre plusieurs idées :

  1. Le karman joue dans la vie présente comme dans la vie future.
  2. La notion de karman comme "acte moral et résultat de l'acte" entre ici en jeu.
  3. Puis la notion de rétribution des âmes intervient. Selon le Shatapatha-Brâhmana, ceux qui n'accomplissent pas correctement les rites renaissent après la mort et deviennent "toujours à nouveau la nourriture de la mort" ; l'immortalité acquise par les rites est de durée limitée ; la crémation produit une nouvelle naissance.
  4. Puis arrive la notion de renaissance.

Ainsi, l'être humain se dissout à la mort, mais son karman est cause d'une naissance nouvelle qui héritera des actes bons ou mauvais de l'existence antérieure[4].

En Occident[modifier | modifier le code]

Pythagore.

Chez les Grecs[modifier | modifier le code]

C'est principalement dans le monde grec que fleurit la doctrine de la réincarnation et de la métempsycose. En grec, métempsycose signifie « transmigration des âmes ». Dans cette doctrine, l'âme poursuit son évolution d'existence en existence humaine (réincarnation), et peut éventuellement s'incarner dans un animal ou un végétal (métempsycose).

C'est vers le VIe siècle av. J.-C. que cette croyance apparaît dans le monde grec. Son origine n'est pas connue avec certitude. On n'en trouve pas trace chez Homère ou Hésiode, il est donc peu probable qu'elle provienne du passé mythique grec. Pour l'historien grec Hérodote, la croyance en la métempsycose serait d'origine égyptienne[5]. Mais Hérodote se trompe[6] : les Égyptiens parlent de transformations des morts (surtout en oiseaux) ou de pérégrination des âmes (qui voguent, avant le Jugement des morts), ils n'affirment pas la réincarnation, ni la transmigration des âmes. Il est possible que la croyance en la réincarnation ait été inspirée par l'hindouisme. Les contacts entre la Grèce et l'Inde ont cependant été longtemps compliqués par le fait que la Perse, ennemi héréditaire des Grecs, se trouvait entre les deux civilisations (c'est tard, avec les conquêtes d'Alexandre le Grand, en 326 av. J.-C., que le monde grec et le monde indien ont été en contact soutenu).

  • L'orphisme, attesté dès 560 av. J.-C., soutient que "les âmes passent d'une vie en l'autre selon certaines révolutions et souvent entrent dans des corps humains"[7]. Poème : "Quand l'âme des bêtes et des oiseaux ailés a jailli hors du corps et que leur durée de vie les a quittés, cette âme... voltige... jusqu'à ce qu'un autre animal la ravisse, mêlée au souffle de l'air." Il s'agit donc de palingénésie, d'un retour diversifié à la vie, plus que de réincarnation ou de métempsycose (il y a dans ces derniers cas passage d'une âme dans un corps).
  • Phérécyde de Syros, qui était actif vers 540 av. J.-C., est le premier à soutenir que l'âme est immortelle et qu'elle retourne successivement s'incarner sur terre.
  • Pythagore (vers 530 av. J.-C.) se souvient de ses existences antérieures (Diogène Laërce, VIII, 4-5). Xénophane raconte qu'il arrêta le bras d'un homme en train de bastonner un chien en lui disant : "C'est l'âme d'un de mes amis. En entendant sa voix, j'ai reconnu cette âme." L'âme transmigre parce qu'elle est immortelle et qu'elle est mouvement ; d'autre part, tous les êtres vivants sont frères, congénères (ce qui entraîne aussi le végétarisme). N'importe quelle âme, semblable à la poussière en suspension dans l'air, peut entrer dans n'importe quel corps (Aristote, De l'âme, 404a, 407 b). Pythagore ne donne pas d'explication morale.
  • La doctrine de la réincarnation influencera ensuite le poète Pindare. "Et vous dont les âmes habitèrent successivement trois fois le séjour de la lumière et trois fois celui des Enfers sans jamais connaître l'injustice, bientôt vous aurez parcouru la route que traça Jupiter, bientôt vous parviendrez au royaume de Saturne, dans ces îles fortunées que les zéphyrs de l'océan rafraîchissent de leur douce haleine" (Olympiques, II).
  • Chez Platon, on trouve des discussions sur la réincarnation ou des allusions à celle-ci dans le Phédon (70c, 81b, 107d), le Phèdre (248d), le Gorgias (525c), et tout particulièrement dans le mythe d'Er de La République (X, 614 ss.). Pour Platon, 1000 ans s'écoulent entre une naissance et une re-naissance : existence de 100 ans suivie d'une purgation de 900 ans (Phèdre, 248-249 ; La République, X, 615). La punition n'a donc pas lieu sur Terre lors de l'incarnation mais sous terre (Phédon, 111e). Selon la loi qui veut que "chaque espèce d'âme verra son lieu de destination déterminé par similitude avec son occupation ordinaire", ceux chez qui domine les appétits grossiers du corps subissent la réincarnation ou plutôt la métempsycose en animaux libidineux, comme les ânes ; ceux chez qui domine la colère, la tyrannie, se réincarnent en bêtes de proie, loups, faucons, milans ; ceux chez qui domine la raison se réincarnent en animaux grégaires, abeilles, guêpes, fourmis (Phédon, 81-82). Platon lie donc transmigration des âmes et rétribution des âmes et immortalité.
  • Parmi les néoplatoniciens, la transmigration est acceptée par Plotin (il admet même la métempsycose, Ennéades, III.4.2), Porphyre, mais pas par Jamblique[8].

Chez les Romains[modifier | modifier le code]

La religion romaine était multiforme et en constante évolution, influencée notamment par les croyances religieuses des territoires conquis (en particulier les divinités de l'Orient méditerranéen).

Cependant, des courants d'inspiration orphique et pythagoricienne ont toujours existé à Rome, en particulier parmi les classes aisées, les philosophes et les artistes - et donc la croyance en la métempsycose. On trouve par exemple des allusions à la transmigration des âmes dans l'Énéide de Virgile (VI, 713 et ss).

Dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

La doctrine de la réincarnation fait partie du judaïsme traditionnel, orthodoxe [9],[10],[11], ce qui ne contredit en rien la notion de résurrection conçue dans le judaïsme [12] (qui est différente de celle conçue par le christianisme, l'islam).

L'idée de la réincarnation semble avoir été présente dans les croyances populaires juives. Il semble par exemple que beaucoup de juifs crussent l'âme d'Adam revenue en Seth, puis en Noé, Abraham et Moïse[13]. Néanmoins, beaucoup de ces personnages n'étant pas morts mais ayant été "enlevés au ciel", il convient ici de faire la distinction entre assomption et réincarnation (voir ci-dessous, Dans la Bible, à propos d'Élie). Le judaïsme fait également plusieurs références (par exemple : 2Rois 2:15) au fait pour un prophète d'être "inspiré" par l'esprit d'un autre prophète, ce qui se différencie là encore de la réincarnation.

Certains commentaires dans les travaux de l'historien juif romain Flavius Josèphe sont parfois interprétés comme une croyance à la réincarnation[14]. Par ailleurs, dans ses célèbres Antiquités judaïques, Flavius Josèphe explique que les Pharisiens, une des écoles de la philosophie juive, semblaient croire à la possibilité d'une nouvelle vie sur terre pour ceux qui auraient été vertueux - c'est-à-dire la réincarnation comme récompense. La communauté des Esséniens qui vivait sous protectorat juif semble également avoir eu des affinités avec l'idée de réincarnation[15].

C'est en effet dans la Kabbale, la tradition mystique et ésotérique juive, que la notion de réincarnation est la plus présente. L'ouvrage qui en traite le plus directement est le Sha'ar Ha'Gilgulim (La porte des réincarnations). Il est inspiré du Sefer Ha Zohar (section Mishpatim), le Livre de la Splendeur, l'un des ouvrages les plus importants de la Kabbale. Le concept utilisé en hébreu est celui de Gilgulei Ha Neshamot, ou plus simplement gilgul, signifiant "cycle", neshamot étant le pluriel d'"âmes". L'ouvrage décrit le "cycle" des âmes à travers différentes vies ou incarnations, les raisons de ce cycle, ainsi que les moyens permettant d'accélérer son évolution spirituelle.

Le Guilgoul haneshamot (héb. גלגול הנשמות, litt. "cycle des âmes"), plus communément désigné par Guilgoul, est le concept de la réincarnation, émanant des thèses kabbalistiques dans le judaïsme. Selon ce concept, les âmes effectuent un "cycle" à travers les vies ou "incarnations", étant attachées à différents corps au cours du temps. Le corps auquel elles s'associent dépend de leur tâche particulière dans le monde physique, du niveau de spiritualité de la ou des précédentes incarnations, etc.

Le texte kabbalistique de référence sur le sujet est le Shaar Haguilgoulim ("la Porte" ou "le Chapitre des Réincarnations"), basé sur l'enseignement de l'Ar"i za"l, et compilé par son disciple, le Rav Hayim Vital. Basé sur le commentaire de la parashat Mishpatim du Zohar, il décrit les lois complexes et profondes de la réincarnation. L'un des concepts de ce livre est l'idée que le guilgoul est physiquement réalisé en parallèle avec la grossesse.

La réincarnation est citée par de nombreux commentateurs importants, y compris le Ramban (Na’hmanide), Mena’hem Recanti et Rabbenou Ba’hya. Dans les nombreux livres de Rabbi Its’hak Louria (Ari), rédigés et transmis pour la plupart par son principal disciple, Rabbi Haïm Vital, des idées particulièrement profondes sont émises à propos de la réincarnation. En vérité, son ouvrage Chaar HaGilgoulim, Les portes de la réincarnation, est consacré exclusivement à ce sujet ; des détails y sont donnés notamment sur l’origine des âmes de nombreux personnages bibliques et en qui se sont ils réincarnés depuis cette période jusqu’au Ari.

Les enseignements du Ari et sa vision du monde se répandirent après sa mort comme une traînée de poudre parmi les communautés juives d’Europe et du Proche-Orient. Auparavant, la réincarnation avait déjà été généralement une notion bien acceptée par les Juifs, aussi bien parmi le peuple que parmi l’intelligentsia. Après le Ari, elle est devenue partie intégrante de l’expression et du savoir juifs et a nourri la pensée et les écrits des grands érudits et des dirigeants, en commençant par les commentateurs classiques du Talmud (par exemple, le Maharsha, Rabbi Moshé Eidels), jusqu’au fondateur du mouvement hassidique, le Baal Chem Tov, ainsi que jusqu’au leader du monde non-hassidique, le Gaon de Vilna.

Cette tendance se poursuit de nos jours. Même les plus grands érudits qui ne sont pas connus pour leur prédisposition au mysticisme considèrent la réincarnation comme un principe acquis.

Un des textes que les adeptes du mysticisme aiment à rappeler est l’allusion au principe de la réincarnation dans le verset suivant tiré du livre de Job : « Voyez, tout cela, D.ieu le fait deux ou trois fois en faveur de l’homme, pour ramener son âme des bords de l’abîme et l’éclairer de la lumière des vivants ». (Job, 33, 29-30)

En d’autres termes, D.ieu autorise les humains à sortir de « l’abîme » (une des expressions bibliques désignant le Guehinnom ou « Purgatoire ») et à revenir dans le monde « des vivants » une deuxième fois et même une troisième si ce n’est une multitude de fois. D’une manière générale, les mystiques voient dans ce verset ainsi que dans d’autres versets une allusion tout à fait claire au concept de réincarnation. Sa source véritable se trouve donc enracinée profondément dans la tradition.

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Argument d'une "censure de la réincarnation" pour des raisons politiques[modifier | modifier le code]

Certains groupes ésotériques et "spiritualistes" (par exemple le mouvement spirite ou la théosophie), nés aux alentours du XIXe siècle en parallèle d'un intérêt grandissant pour l'occultisme, décrivent la réincarnation en s'appuyant sur ce qu'il en est dit par de très nombreuses religions et spiritualités à travers les âges et les lieux. Ils incluent dans cette liste le christianisme des origines. Les premiers chrétiens (ou au moins une partie d'entre eux) croyaient en la réincarnation, mais cette croyance fut censurée et déclarée hérétique au deuxième concile de Constantinople, pour des raisons politiques. Ces raisons politiques étaient d'intenses conflits de pouvoirs entre l'Empire romain d'Orient et l'Empire d'Occident (Rome et Byzance), entre les différentes églises et patriarcats de la chrétienté des premiers siècles, et surtout des conflits théologiques importants entre les différentes obédiences des premiers chrétiens, à une époque où la doctrine chrétienne faisait encore l'objet de vifs débats : origénisme, monophysisme, nestorianisme, orthodoxes, etc.

Ces derniers se sont notamment appuyés sur certains passages des Évangiles, qui en comportent des descriptions (voir ci-dessous, Dans la Bible). Ils soulignent également que, si les Pères de l'Église ont condamné la doctrine de la métempsycose, on trouve plusieurs allusions ambiguës, qui montrent qu'elle était au minimum "dans l'air du temps". Ainsi par exemple chez saint Augustin, sans doute le plus influent de tous les Pères de l'Église, dans ses Confessions :

« Dis-moi, Seigneur... dis-moi, mon enfance a-t-elle succédé à un âge que j'aurais vécu, interrompue par une mort précédente ? Était-ce celui que j'ai passé dans le sein de ma mère ?... Et avant cette vie, Ô Dieu de ma joie, me trouvais-je quelque part, ou dans un autre corps ? Pour répondre, je ne trouve personne, ni père, ni mère, ni l'expérience d'autrui, ni ma propre mémoire. »

Ou encore, dans Contra Academicos :

« Le message de Platon, le plus pur et le plus lumineux de toute la philosophie, a finalement dispersé l'ombre de l'erreur et il brille maintenant surtout chez Plotin, le platonicien, qui ressemble tellement à son maître que l'on pourrait penser qu'ils vécurent en même temps, ou plutôt - puisqu'une si longue période les sépare - que Platon est né à nouveau en Plotin. »

Il est sensible qu'un faisceau d'éléments montre que la croyance en la réincarnation - partagée par les premiers chrétiens - subit une censure pour des raisons probablement politiques.

Réfutation dans la littérature[modifier | modifier le code]

Saint Augustin

Cette approche est contestée par un certain nombre de théologiens, en particulier catholiques. C'est par exemple le cas du cardinal Schönborn, dans de nombreux articles publiés dans la Documentation Catholique.

Ces théologiens soulignent que cette vision est souvent issue d'un nouvel anti-cléricalisme (par exemple, en France, autour du philosophe Michel Onfray), qui évacue le dogme de l’histoire de l’Église au profit du seul domaine politique.

Ils mettent en avant le fait que les premiers chrétiens étaient avant tout "croyants", et que la doctrine de la métempsycose, quand elle existait, était le fait de groupes hétérodoxes et minoritaires. Pour eux, le dogme de l'Église sur cette question a toujours été celui de la résurrection de la chair. Aucun des Pères de l'Église n'a enseigné la réincarnation, rappellent-ils. Dès Irénée de Lyon (vers 130-208), elle est rejetée sans ambiguïté. Ce sera aussi le cas de Tertullien, Hippolyte ou Jean Chrysostome. Quant à Augustin, si nous avons vu plus haut des commentaires pouvant sembler ambigus, il affirme clairement dans La Cité de Dieu :

« N'est-il pas beaucoup plus honorable, dis-je, de croire que les âmes retournent une fois pour toutes dans leur propre corps au moment de la résurrection plutôt que de revenir maintes fois dans différents corps ?  »

Lorsque les Pères de l'Église mentionnent la réincarnation, c'est toujours en passant, et la plupart du temps pour la récuser.

L'origénisme est parfois évoqué à l’appui de l'idée d'une croyance chrétienne antique en la réincarnation. En effet, lors du deuxième concile de Constantinople en 553, évoqué plus haut, l'origénisme et Origène lui-même (mort depuis trois siècles, mais ayant conservé une grande influence), furent déclarés anathèmes. Cependant, l'origénisme constitue une doctrine vaste, et son rapport avec la réincarnation n'est pas clair. Ce qui sous-tend l'origénisme, c'est la préexistence des âmes dans le sein de Dieu, mais les exégètes divergent sur le point de savoir si Origène a enseigné la métempsycose ou non. La phrase ambiguë : « Quant à savoir pourquoi l'âme humaine obéit tantôt au mal, tantôt au bien, il faut en chercher la cause dans une naissance antérieure à la naissance corporelle actuelle. » a été interprétée par certains comme une validation de la réincarnation, mais elle pourrait renvoyer à la préexistence des âmes. L'aboutissement de la théologie d'Origène est l'apocatastase, c'est-à-dire le pardon intégral de toutes les créatures morales - les êtres humains, les anges, mais aussi les démons - et leur réconciliation finale dans le Royaume de Dieu.

En fait, dès le premier concile de Constantinople en 380-381, qui a donné le résumé dogmatique des conciles précédents, le credo chrétien est défini. C'est le symbole de Nicée-Constantinople, qui se conclut par : "nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir".

La croyance en la réincarnation s'oppose, en effet, au dogme de la "résurrection des morts" à la fin des temps et à l'incarnation du Verbe divin en Jésus-Christ pour sauver le monde visible et invisible par une seule et unique incarnation. Dans l'Apocalypse, les âmes des saints gémissent sous l'autel de Dieu attendant que leur corps leur soit rendu. Car pour le christianisme, aussi bien l'âme que le corps sont uniques, et constituent la personne à part entière. Il y a une unité profonde des êtres vivants, qui fait que l'âme et le corps sont indissociables - argument que l'on retrouve également chez Aristote.

C'est la singularité de l'incarnation (une âme dans un corps) qui exclut la réincarnation dans le christianisme. Là est finalement le véritable divorce entre la réincarnation et la foi chrétienne "dogmatique" : alors que dans la réincarnation, le corps n'est qu'un "véhicule" ou un "vêtement" dont l'âme change à chaque nouvelle incarnation, dans le christianisme la chair est appelée elle aussi à ressusciter.

Au cours de son pontificat, le pape Jean-Paul II a réitéré l'hostilité de l'Église à la doctrine de la réincarnation.

Dans la Bible[modifier | modifier le code]

Certains groupes « spiritualistes » font référence à des passages des Évangiles qui, selon eux, indiqueraient une croyance du christianisme originel dans la réincarnation. Cependant, une interprétation alternative « non réincarnationniste » peut souvent être donnée desdits passages.

Un exemple retenu dans l'Évangile selon Jean Ch.3 (Jésus et Nicodème) : « Jésus lui répondit : « Oui, je te le déclare, c’est la vérité : personne ne peut voir le Royaume de Dieu s’il ne naît pas de nouveau. » [...] Ne sois pas étonné parce que je t’ai dit : « Il vous faut tous naître de nouveau. » »

Toutefois l'expression naître de nouveau renvoie à la nouvelle naissance, soit celle qui marque l'abandon de sa vie de pêcheur (vie ancienne), pour embrasser une vie ancrée en Christ (nouvelle vie renouvelée par l'esprit saint). Cette nouvelle naissance est par ailleurs symboliquement marquée par le baptême. En ressortant des eaux du baptême on renaît de nouveau : on enterre la vie de péché et on renaît de nouveau.

Ils citent également ce passage où les prêtres et les Lévites demandent à Jean-Baptiste : « Es-tu Élie ? ». Il existe en effet un courant de la tradition juive qui pense que le jugement dernier sera précédé par un retour sur terre du prophète Élie[16]. Jean-Baptiste répond : « Je ne le suis pas » (Jean 1:21), mais la simple existence de la question est considérée par certains comme un signe de la croyance en la réincarnation.

La confusion ici est entre réincarnation et assomption. Outre la Vierge Marie (selon le dogme catholique), plusieurs personnages, historiques ou mythiques, ont connu l'assomption, donc, n'ont pas connu la mort : Enoch, Moïse, Élie. Ainsi, rien dans la Bible ne permet de dire que le prophète Elie est effectivement mort. Le texte évoque un « enlèvement » au ciel sur un char de feu (2 Rois 2:11). Les prêtres et les Lévites parlaient (peut-être) d'un retour d'Élie mais en tant qu'entité vivante et n'ayant jamais connu la mort.

Par ailleurs, 2Rois 2:15[17] et Luc 1:17[18] permettent de préciser cette question : il est possible que Jean-Baptiste soit accompagné par « l'esprit et la puissance » d'Élie, sans que cela signifie pour autant qu'il en soit la réincarnation (cf plus haut notion d'engendrement spirituel).

Sur le même sujet, dans la péricope de la Transfiguration, on peut lire :

« Et les disciples lui posèrent cette question : "Que disent donc les scribes, qu'Élie doit venir d'abord ?"
Il répondit : "Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;
or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l'ont pas reconnu, mais l'ont traité à leur guise. De même le Fils de l'homme aura lui aussi à souffrir d'eux".
Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste. »
(Matthieu 17:12,13)

Certains en ont là encore conclu que Jean-Baptiste était la réincarnation d’Élie. Mais la littérature juive antique refuse l’idée de réincarnation. Il faut donc plus probablement comprendre que Jean-Baptiste est un autre Élie : ce qu’Élie était pour son temps, Jean-Baptiste l’est pour le sien (et ce d'autant plus, comme nous l'avons vu plus haut, que l'esprit d'Élie a pu inspirer Jean-Baptiste).

Il y a également cette question ambiguë que posèrent les disciples, dans l'Évangile de Jean (9:2) à Jésus-Christ, à propos d'un aveugle de naissance : « Rabbi, qui a péché ? Cet homme ou ses parents, pour qu'il soit ainsi né aveugle ? ». Ce qui pourrait être interprété comme suggérant l'existence d'une autre vie (et donc de péchés) avant celle-ci. En fait, il s'agit ici vraisemblablement d'une question rhétorique. En effet, dans la tradition biblique, il est coutume de croire qu'une maladie peut être une malédiction provenant d'un péché commis par soi-même ou un membre de sa famille.

Inversement, dans l'Épître aux Hébreux, attribué à saint Paul, il est écrit : « Comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, de même Christ, qui s'est offert pour porter les fautes de plusieurs, apparaîtra sans pécher une seconde fois à ceux qui l'attendent pour leur salut. » (Hébreux 9:27-28) Il s'agit d'un démenti clair de la notion de réincarnation. Cependant, les tenants de la thèse « réincarnationniste » font valoir que le mot grec hapax, traduit par « une seule fois », peut également signifier « entièrement ». Par ailleurs, ils mettent en doute l'attribution de l'Épître aux Hébreux à Paul, arguant que celui-ci, dans son Épître aux Galates (2:7-8), sa Deuxième épître aux Corinthiens (10:13-16) et surtout dans son Épître aux Romains (15:20) s'était toujours défendu de vouloir évangéliser les Juifs.

Finalement, il apparaît donc que le dogme des Églises chrétiennes est bien celui de la résurrection de la chair. Cependant, il reste possible pour des groupes hétérodoxes, d'inspiration chrétienne ou non, de voir dans certaines passages de la Bible, et en particulier du Nouveau Testament, des allusions plus ou moins métaphoriques à la réincarnation, au prix d'une liberté d'interprétation des textes.

Les gnostiques[modifier | modifier le code]

Dans la mouvance chrétienne, c'est sans doute chez les gnostiques que le thème de la réincarnation est le plus explicitement présent.

Le terme "gnostiques" désigne un ensemble de "sectes" (entendu ici comme groupes minoritaires) des premiers siècles après Jésus-Christ, d'inspiration chrétienne mais aussi largement syncrétique, incorporant dans leur doctrine des mythes orientaux ainsi que des éléments provenant de la philosophie grecque, en particulier du platonisme. On les retrouve du Jourdain à l'Asie Mineure, et en particulier en Égypte. Les doctrines gnostiques étaient variées, mais elles avaient en général pour point commun de considérer que l'incarnation dans la matière était un piège tendu par un esprit malfaisant, et que seule une connaissance initiatique (la gnose, du grec "gnôsis", connaissance) peut permettre à l'âme de se libérer de ce piège et de retrouver sa pureté. Dans ce contexte, la réincarnation a une signification négative : alors que les âmes les plus évoluées, s'étant libérées grâce à la gnose, peuvent rejoindre le divin, les autres sont rejetées vers le bas, tourmentées en enfer, avant d'être soumises à l'oubli de leur vie précédente et renvoyées dans un nouveau corps. Les gnostiques nomment les réincarnations des "transvasements" (métaggismoï), des sortes de transfert de prison en prison, de corps en corps.

Catharisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catharisme.

Au Moyen Âge, les bogomiles et les cathares ont été influencés par le gnosticisme - et également considérés hérétiques et combattus par l'Église catholique par une croisade et l'Inquisition.

Les cathares croient en la réincarnation, à la métempsycose et cette croyance impliquera pour eux le végétarisme[19]. Le catharisme se distingue du reste des courants chrétiens par la valeur absolue qu'il donne à la prohibiton du meurtre, et donc par le fait qu'il l'étend aux animaux susceptibles d'avoir reçu une âme céleste[19].

On retrouve ainsi des indications explicites : Deux femmes de Montaillou (Ariège), vers 1300, discutent religion : « ma commère, ce serait un grand péché de tuer cette poule ! – Est-ce un si grand péché de tuer une poule qu'on le dit ? – Oui, car dans notre religion, les âmes humaines, quand elles sont sorties des corps des hommes et des femmes, se mettent ou s'introduisent dans des poules[19]. »

L'engendrement spirituel[modifier | modifier le code]

Sans croire à la réincarnation, les chrétiens d'Orient sont attachés à la notion d’engendrement spirituel. Selon cette croyance, quelqu’un peut, à un moment de sa vie, intégrer en lui les qualités spirituelles d’une autre personne (généralement un saint), que cette dernière soit vivante ou morte.

Dans l'islam[modifier | modifier le code]

La réincarnation ne figure pas non plus dans l'islam orthodoxe qui lui préfère, comme les autres religions monothéistes, la doctrine de la résurrection.

Dans l'hindouisme[modifier | modifier le code]

La réincarnation est une des croyances centrales de l'hindouisme. Selon toute vraisemblance, c'est dans cette religion (ou culture composée de différents courants religieux : vaishnava, shivaïsme, shaktisme, etc., eux-mêmes subdivisés) que s'est établi un consensus théorique et philosophique sur la question (grâce notamment à la Bhagavad Gita (un livre du Mahabharata), qui n'est pas un ouvrage sectaire, mais une référence partagée pour tous les hindous, de même que le Ramayana[20]).

Cependant selon l'anthropologue Robert Deliège, cette croyance est loin d'être solidement ancrée en Inde[21]. Pour certains hindous, la réincarnation est une certitude, pour d'autres, une possibilité, pour d'autres encore, une interrogation. Certains même, comme Ramana Maharshi, se moquent ouvertement de cette croyance. Et parfois, la croyance en la réincarnation coexiste aussi avec d'autres notions, qui la contredisent.

Pour les hindous, au moment de la mort, l'âme, le principe vital, se sépare du corps et de l'esprit (mental ou intellect, buddhi) qui se désagrègent en retournant aux éléments primordiaux »[20] : il ne faut pas confondre l'âme et l'esprit dans l'hindouisme (ou même dans le jaïnisme) : ce sont deux choses différentes[20] : l'âme est éternelle, sans début ni fin, c'est la vie illimitée, alors que l'esprit naît puis meurt, et est soumis à l'ego ou ahamkara, et aux destructions et créations cycliques[20]. D'ailleurs, buddhi (mental, intellect, esprit) peut être traduit par « corps subtil », tandis que le corps communément admis est appelé « corps grossier » : il n'y a donc pas de distinction de nature dans l'hindouisme entre corps et esprit, mais de degré : être maître de son corps signifiant être maître de la racine qui dirige le corps : l'esprit, ou corps subtil[20].

Selon le maître Yâgnyâvalkya (630-583 av. J.-C.), toutes les créatures, dont l'homme, subissent à leur mort une dissolution : le sang retourne à l'eau, le corps retourne à la terre, le souffle au vent, la vue au soleil et l'intellect (ou esprit) retourne à la lune ; mais les « actions non rémunérées » se réunissent pour s'incarner à nouveau dans un corps, sous une forme ou une autre (végétale, animale...)[22].

Selon la tradition hindoue, manquer sa libération (moksha) du cycle des réincarnations (samsara) en tant qu'être humain, induit que cette âme, autrefois habitant une forme humaine, devra se réincarner 8,400,000 fois sous une autre forme qu'une forme humaine (soit animale, végétale...) pour retrouver à nouveau naissance au sein d'un giron humain[23] ; ce principe est ainsi illustré par le poète saint Toukaram, qui chantait[24] :

« Courte ma conscience, courte mon intelligence,/ courte la vie qui glisse entre mes doigts : / je suis pétri de péché ! Oh ! écoute-moi, Toi (Vitthal/Krishna) dont est pétri le Véda./ Comment extirperais-je mes fautes ?/ les fibres de mon être sont des fibres de fautes :/ je fus, je suis, je dois être,/ pas de fin dans le cycle de mes vies./ Leur pesanteur m'a fait renaître 8,400,000 fois :/ mon corps actuel, un tissu des trois jouissances./ La cage de mon destin, un grenier/ où s'entassant les naissances, les croissances et les morts./ Quand mon âme vivante (jivatman) quitte sa hutte transitoire,/ les éléments dont celle-ci est bâtie se dispersent :/ ils sont réunis, ils sont dispersés, ils sont rassemblés/ comme des graines creuses et vides./ Mon père, ma mère, mon frère,/ ma femme, mes enfants, toute ma famille :/ des bois flottants que la crue d'un fleuve rassemble,/ qu'elle roule un temps,/ et que les tourbillons dispersent bientôt./ Agis, ô Donneur de grâce,/ supprime mon ignorance :/ tu es, ô Janârdana, toute pitié :/ à tes pieds qu'il agrippe, Toukâ t'en supplie. »

— Toukaram[24].

La source des péchés est ainsi l'ignorance (agyân) de la vraie nature des distinctions illusoires, dont la vraie nature est de n'être pas[24]. Dans l'hindouisme, contrairement au jaïnisme et au bouddhisme, c'est Dieu (ou l'Absolu), qui accorde en dernier lieu la libération du cycle des réincarnations (l'âme n'arrive pas par ses seuls efforts au moksha), Grâce obtenue, par exemple, par l'identification de son Soi (principe vital, âme, atmân) avec le Brahman (Dieu, Absolu, âme universelle), et ce, avec différents moyens (Yoga classique de Patanjali, Bhakti yoga, etc.). La délivrance induit donc, dans l'hindouisme seulement (et quel que soit le courant, sauf la philosophie samkhya (qui est la base du Yoga Sutra), qui reste silencieux sur la question, sur Dieu), la grâce de Dieu, qui permet de « faire sortir l'homme » du cercle[24].

Selon le Bhagavad-Gîtâ, « L'âme incarnée rejette les vieux corps et en revêt de nouveaux, comme un homme échange un vêtement usé contre un neuf »[25]. L'âme transmigre donc de vie en vie : « Car certaine la mort pour celui qui est né, et certaine la naissance pour qui est mort »[26].

La réincarnation est également présente dans le jaïnisme, avec la même notion d'âme, autre grande religion traditionnelle de l'Inde.

La réincarnation est donc une croyance fondamentale des hindous et une base pour leurs six systèmes philosophiques classiques (darshan) ; les hindous estiment que ne pas croire en la réincarnation, c'est croire au néant, ce qui est un péché (tout existe, il n'y a jamais rien, la mort n'est pas néant puisque le propre du néant est de ne pas exister)[20]. Une telle course est donc sans commencement, voire sans fin : le dvaita du philosophe Madhva considère qu'il y a des âmes qui jamais ne se libéreront du cycle des réincarnations (réincarnation sans fin, ou bien destination finale dans un enfer immortel) ; il y a aussi des âmes de mahatma qui préfèrent rester parmi les vivants terrestres, comme Karni Mata, sadhvi qui s'incarnerait ainsi en rat blanc au temple de Deshnok, Jambheshwar Bhagavan, maître du bishnoïsme, qui aurait choisi de se réincarner en antilope, ou le poète saint Kabir qui aurait choisi de mourir en un lieu où ceux qui y décèdent renaissent en âne selon la croyance populaire. Il n'y a donc pas consensus à propos de la réincarnation, sur les questions d'ordre culturel en tout cas.

Le mécanisme de la réincarnation dans l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Pour les hindous, le corps et l'esprit (mental, intellect, buddhi) ne sont que des enveloppes temporaires. Lorsque survient le moment de quitter l'incarnation physique temporaire, l'âme incarnée ou jivātman, s'attribue une nouvelle naissance ou peut enfin atteindre la libération ou mokshā (existence vraie, éternelle, ) si elle dénoue les liens qui l'attachent à l'existence temporelle, transitoire. Si le karman accumulé apporte le fruit de trop d'actes négatifs (les mauvaises actions), l'ātman s'incarne dans un nouveau corps sur une planète comme la Terre (ou inférieure qui compose l'enfer), afin d'y subir le poids et la rétribution de ses mauvaises actions. Si son karman est positif, il ira vivre comme un dieu ou deva, sur l'une des planètes célestes (supérieures à la terre, ou paradis). Une fois épuisé son karman, l'âme retournera sur terre dans un autre corps au sein des êtres vivants sur la Terre (cette conception des choses est à l'origine de la caste). Ce cycle est appelé samsâra. Pour briser ce cycle perpétuel, l'hindou doit vivre de manière à ce que son karman ne soit ni négatif, ni positif, mais désintéressé, selon ce verset de la Bhagavad-Gîtâ :

« (7) Celui qui, voué au yoga, est pur, maître de soi, tient ses sens soumis, pour qui son âme se confond avec l'âme de tous les êtres, même s'il agit, il n'est point souillé. (8) L'adepte du yoga est fondé, en vérité, à estimer qu'il n'agit pas. Qu'il voie, qu'il entende, qu'il touche, qu'il sente, qu'il mange, qu'il marche, qu'il dorme, qu'il respire, (9) qu'il parle, qu'il lâche ou qu'il appréhende, qu'il ouvre ou ferme les yeux : tout cela, ce sont pour lui les sens réagissant au contact des objets sensibles. (10) Celui qui, fondant en Brahman tous les actes, agit en plein détachement, le péché ne s'attache pas à lui pas plus que l'eau à la feuille du lotus. (11) Le corps, le manas (organe central de perception qui se superpose aux cinq sens), l'esprit, les sens mêmes ainsi parfaitement dégagés, les yogins, agissant en dehors de tout attachement, travaillent à la purification intérieure. (12) Celui qui pratique le yoga s'affranchit du fruit des actes et atteint la paix immuable ; celui qui ne la pratique pas, attaché au fruit sous la poussée du désir, demeure lié. »

— Bahgavad Gita, chapitre 5[27].

Le yoga, ou d'autres courants hindous, lui enseigne le moyen de parvenir à ce résultat, l'hindou ayant le loisir de choisir la méthode qui lui convient le mieux en fonction des écoles de philosophie indienne. Aujourd'hui, l'hindou, puisqu'il vit au kaliyuga, époque où le dharma est le plus corrompu, choisit la voie du Bhakti yoga ou de la dévotion (ce qui ne signifie pas forcément qu'il exclut d'autres moyens religieux ou philosophiques[20]).

Dans le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Xe et XIe Panchen Lama, gouache du peintre Claude-Max Lochu, Gendhun Choekyi Nyima, est considéré par des bouddhistes tibétains comme la réincarnation du Xe Panchen Lama.

La réincarnation (punarbhava, renaissance) est une des caractéristiques du bouddhisme. Cependant, le bouddhisme ne croit pas en l'existence d'une âme ni d'un esprit[28],[29], car ce qu'il appelle citta ("mental-cœur") n'est pas une âme immortelle ; plus précisément c'est au concept hindouiste d'atman, le Soi, que le bouddhisme oppose l'idée d'anatta, le non-soi, l'impersonnalité dont il fait une caractéristique de toute chose : il n'y a pas de soi qui se réincarne mais « chaque chose est sans soi ».

Le bouddhisme propose, à la place d'une âme et d'un corps, la distinction de cinq agrégats d'attachement, skandha. Agrégat décrit l'individu comme un ensemble de phénomènes différents ; attachement insiste sur le fait que ces constituants sont pris pour un être, pour un moi, et conduisent à s'attacher à cette idée d'égo, là où il n'y a que phénomènes éphémères, impersonnels et insatisfaisants : ce sont les trois caractéristiques de tout phénomène conditionné.

Bien que l'expression « réincarnation » puisse figurer dans quelques traductions, le terme le plus employé est celui de « renaissance ». Il y a bien, en effet, une continuité - la mort ne signifie pas que le conditionnement cesse. Le samsâra forme ainsi un cycle de vies qui s'enchaînent les unes après les autres selon la loi de causalité. La souffrance ainsi se perpétue de vie en vie ; mais selon Buddhaghosa, chaque vie ne dure, en réalité, qu'un seul instant.

La notion de continuité se trouve explicitée par la coproduction conditionnée. Cet enseignement détaille les différents phénomènes dépendants les uns des autres et qui font que la souffrance se perpétue de vie en vie. Le karma est responsable de cette perpétuation. L'analogie de la mangue l'illustre ainsi : un noyau de mangue donne naissance à un nouveau manguier qui manifeste les caractères de la mangue d'origine sans que pour autant qu'un seul atome de cette mangue précédente ait été transmis. Le karma serait donc comparable au code génétique : une information transmise n'est pas une entité durable qui transmigre de corps en corps.

Selon certaines écoles, la renaissance est immédiate : au moment du décès correspond la conscience de mourir et succède alors une conscience de renaître. Pour le bouddhisme tibétain, la mort implique des stades intermédiaires, les bardo.

Pour le bouddhisme chinois, tel que décrit dans le roman ésotérique, légendaire et historique "Le Voyage en Occident" (Pérégrinations vers l'Ouest) de Wu Cheng'en, l'ici-bas comme l'au-delà constituent deux formes d'illusion, d'irréalité, et même si cette vision de la réalité reste irréelle, elle aussi, c'est la seule base d'expérience que nous avons.
Cette question de deux réalités est exemplaire des différentes approches philosophiques dans le bouddhisme ; si toutes ses branches distinguent une réalité purement conventionnelle et une réalité ultime, paramartha, l'analyse qui en est faite varie singulièrement.

Serge-Christophe Kolm dans son livre Le Bonheur-liberté (PUF, 1982) distingue le niveau de croyance populaire dans lequel la réincarnation est tenue pour une réalité du monde physique, alors que les niveaux plus élevés du bouddhisme, le bouddhisme profond (pour autant qu'il n'y ait qu'un seul et unique véhicule profond commun à tous les bouddhistes), donne à ce concept seulement un sens de parabole, une façon imagée et simplifiée de définir un concept trop complexe pour être délivré aux fidèles inaptes à le comprendre. La réincarnation ne doit donc plus être considérée comme une réalité objective mais comme une transcendance spirituelle.

Quant à celui qui ne croit pas en la réincarnation, le kālāma sutta lui enseigne quatre consolations, dont voici la seconde : « Supposons qu'il n'y ait aucun au-delà et qu'il n'y ait aucun fruit, résultat, des actions faites, bonnes ou mauvaises. Pourtant, en ce monde, ici et maintenant, libre de haine, libre de méchanceté, sain et sauf, et heureux, je me maintiens ».

Quelle que soit l'interprétation de la « renaissance », le bouddhisme ne l'enseigne que dans un but, et l'enseignement n'a de sens que dans l'objectif de mettre un terme à la souffrance. Gautama Bouddha n'analysa pas seulement l'insatisfaction, mais enseigna les quatre nobles vérités, présentant l'origine de l'insatisfaction, sa cessation et la voie y menant.

La renaissance en tant qu'être humain (« précieuse » selon les textes, car à la fois peu probable et seule capable de mener à l'Inconditionné) se présente alors comme une belle occasion de sortir du cycle des existences, là où les basses existences ne le permettent pas et où les dieux ne sont pas conscients de la souffrance.

Ces dernières remarques ne doivent pas masquer la divergence de points de vue entre écoles bouddhistes : si mettre un terme à la souffrance est opinion consensuelle, quelle voie faut-il privilégier ? Le courant du Bouddhisme hīnayāna privilégie l'éveil personnel, l'être devenant ainsi un Arhat et quitte le samsara pour atteindre le Nirvana, alors que les écoles Mahayana favorisent l'éveil altruiste de Bodhisattva, ce dernier restant volontairement dans le Samsara pour aider les autres à s'éveiller. Le disciple renonce donc de lui-même à l'état de Bouddha, car il sait qu'en pénétrant dans le Nirvana il quitte le cycle des renaissances dans le Samsara pour jouir de la juste rétribution que lui vaut son ascèse et ses actes[30].

La renaissance n'est pas un « article de foi » du bouddhisme (même si une méthode est indiquée dans les textes pour voir ses existences passées, par projection de l'esprit dans le quatrième dhyāna). À la différence des concepts essentiels d'Absolu (nirvāna) et d'anātman, qui sont caractéristiques du bouddhisme, le thème de la renaissance ou de la vie future peut être ignoré (ce que fait le Zen par exemple, qui se préoccupe avant tout de l'« ici et maintenant »), même s'il ne fait pas de doute pour les méditants avancés.

À l'époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

C'est vers la fin du XIXe siècle que la réincarnation est redécouverte en Occident, sous la double influence d'un regain d'intérêt pour l'occultisme et de l'étude plus systématique des religions venues d'Inde (hindouisme et bouddhisme) par les anthropologues et philosophes occidentaux (notamment Schopenhauer).

Plusieurs groupes "ésotériques" placent la réincarnation (ou en tout cas une version occidentale de la réincarnation) au cœur de leurs enseignements. Parmi ceux-ci, on peut citer la Théosophie, fondée par Helena Blavatsky en 1875.

Par ailleurs, la doctrine spirite, codifiée par Allan Kardec dans Le livre des Esprits en 1857, est en partie fondée sur la croyance en la réincarnation[31].

Aujourd'hui, la continuation de cette tradition se retrouve également en parti dans le mouvement New Age.

Pour certaines personnes, la réincarnation expliquerait la raison des inégalités entre les êtres humains, le pourquoi de certaines épreuves rencontrées, et justifie également l'existence de la mort. La mort n'est plus la cessation de vie, mais le prélude à un temps-bilan qui conduit à choisir le contexte d'une nouvelle naissance d'une durée plus ou moins longue ou un retour dans les plans divins, selon l'évolution à travers l'expérience terrestre de l'âme incarnée.

Augmentation radicale de l'espérance de vie et réincarnation artificielle[modifier | modifier le code]

Il a été suggéré qu'une forme de réincarnation artificielle (sans mort réelle) pourrait être créée. C'est l'une des idées visant à nuancer celle qui dit qu'une espérance de vie grandement augmentée (ou même l'immortalité) serait synonyme d'ennui. Cette idée s'inscrit dans le courant transhumaniste.

Les souvenirs d'un être vivant pourraient être totalement ou en partie effacés. Il pourrait alors découvrir à nouveau ce qu'il a oublié volontairement, peut-être même depuis le stade de la naissance. Il pourrait alors vivre une nouvelle "vie".

Des scientifiques s'intéressent déjà à des traitements permettant d'oublier des expériences spécifiques (des évènements traumatisants), et les recherches actuelles sur l'amnésie révèlent progressivement les mécanismes de l'oubli.

Dans le contexte plus futuriste du transfert de l'esprit sur ordinateur, l'effacement de souvenirs sélectionnés serait vraisemblablement une simple formalité. Tout cela relève bien sûr, pour l'instant, du domaine de la science-fiction et de la pure spéculation.

Ian Stevenson[modifier | modifier le code]

Une réflexion « scientifique » sur la réincarnation fut animée aux États-Unis jusqu'en 2002 (année de ses 82 ans) par le Canadien Ian Stevenson dont on a dit qu'il était soit un grand mystificateur, soit le Galilée du XXe siècle. Les conclusions officielles de Ian Stevenson sont extrêmement prudentes. Stevenson a recensé 2 600 cas, mais en a publié 64 de façon complète, en six gros volumes qui ont été publiés en anglais par les Presses de l'Université de Charlottesville. Dans tous les cas, les allégations des enfants prétendant se souvenir de leurs incarnations antérieures ont été vérifiées. Et dans le dernier livre qu'il a publié, il y a ajouté 6 observations recueillies en milieu occidental, car les 64 observations primitives ont été uniquement recueillies dans des civilisations qui acceptent l'idée de la réincarnation (Ian Stevenson, Vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation. L'enquête la plus sérieuse au monde, 1re éd. 1966, trad. 1985). Des maîtres bouddhistes de formation scientifique comme Ajahn Brahm considèrent les travaux de Stevenson comme tout à fait fiables et constituant une preuve scientifique de la réincarnation, en regrettant que la communauté scientifique les ignore[32].

Un autre point de vue[modifier | modifier le code]

D'autres auteurs décrivent la réincarnation comme une doctrine non-traditionnelle et non-orthodoxe.

Selon Alain Daniélou (dans le destin du monde d'après la tradition shivaïque) cette théorie ne fait partie ni de l'ancien shivaïsme, ni du védisme. Elle aurait été incorporée à l'hindouisme tardif provenant du jaïnisme qui l'a transmis au bouddhisme puis à l'hindouisme moderne, qui commence en 500 ap. J.-C. environ.

Selon l'hindouisme, toutes les créatures sont composées de l'atmân (le Soi, l'Esprit, le principe vital) dans l'absolu, du jivatman (le soi, l'âme incarnée, le moi) dans l'existence, et de l'ahamkara (l'ego, le « moi qui dit je pour s'opposer aux autres »)[20]. De ces deux parties (atmân et jivatman/ahamkara) l'une est permanente, non-née, universelle : le Soi ; l'autre est impermanente, créée et individuelle : le moi. Pour l'hindouisme, il n'y a pas réincarnation de l'individu (du moi : le corps et l’âme sont dissous) mais demeure la transmigration du Soi, de l'esprit, de l’Âme de l'âme. De par cette définition de l'Homme, l'orthodoxie hindouiste n'admet pas "la réincarnation" comme la perpétuation d'une individualité de corps en corps.

Quelques textes sur l'universalité du Soi dans les Upanishad :

"Il n'est qu'un Soi pour tous les êtres" Katha Upanishad

"Ce Soi en vérité est l'univers entier" Chândogya Upanishad

"Il n'est pas né et ne meurt point" Katha Upanishad

Cette théorie des deux "Soi et moi" Atman/jivatman se retrouve dans beaucoup d'autres traditions. Platon oppose l’Âme rationnelle / immortelle et l’Âme irrationnelle / mortelle ; il pose la question "qui gouvernera, le meilleur ou le pire ?" (République 431ABC). Saint Thomas d'Aquin Somme théologique II, II, 26, 4 dit "Duo sunt in homine" (Deux sont dans l'homme) ; l'Homme intérieur et l'Homme extérieur de Maitre Eckhart rejoint cette idée : "Vous devez savoir que l'occupation de l'homme extérieur peut-être telle que l'Homme Intérieur reste, durant tout le temps, non affecté et non mû." (dans une Upanishad deux oiseaux sont sur une branche l'un mange et l'autre regarde sans bouger) ; dans la Bible : Saint Paul, Gal. 2,20 : "je vis, et cependant ce n'est pas moi, mais le Christ en moi" ; dans l'Islam Rumi : "quiconque n'a pas échappé à la volonté, n'a aucune volonté". Les traditions envisagent l'être humain (et la manifestation entière) en fonction du Soi, de l'être permanent et ne posent pas l'élément individuel comme permanent et s'incarnant dans différents corps[33].

Selon Ananda Coomaraswamy la réincarnation vient d'une incompréhension populaire de la doctrine de la transmigration et ne fait pas partie des doctrines hindoues  : "Il est tout à fait contraire au Bouddhisme, aussi bien qu'au Vêdânta, de penser à "nous-mêmes" comme à des êtres errant au hasard dans le tourbillon fatal du flot du monde (samsâra). Notre Soi immortel est tout, sauf une "individualité qui survit". Ce n'est pas cet homme, un tel ou un tel qui réintègre sa demeure et disparaît à la vue, mais le Soi prodigue qui se souvient de lui-même."[34]. « Dans toute la tradition que nous considérons ici, il n’y a aucune doctrine de la survie ou « réincarnation » des personnalités, mais seulement de la Personne, le seul transmigrateur ; le fait d’admettre la nature composite et changeante de la personnalité humaine, et sa corruptibilité qui s’ensuit, conduit au problème global de la mortalité, qui peut être exprimé dans la question  : En qui partirai-je, lorsque je partirai (Prashna Upanishad VI, 3) et "par quel soi le monde-de-Brahma est-il accessible ?" (Sutta-Nipâta 508), moi-même ou bien le Soi ? La réponse chrétienne orthodoxe est, bien entendu, que « Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’Homme, qui est dans le ciel » (Jean 3, 13). (…) cette résurrection est, en vérité, « à partir des cendres » (Somme théologique III, supp. 78,2) et en un « corps entier et complet » mais n’est pas différée, et n’est pas une reconstitution de « ce » corps ou de « cette » personnalité mais de notre « autre Soi », le « Soi immortel » de ce soi, en un corps immortel d’« or » (lumière, gloire) ne manquant de rien, mais étant entièrement immatériel. La discrimination des « sauvés » et des « damnés » est de même immédiate ; les sauvés sont ceux qui ont connu le Soi (jam non ego, sed Christus in me, de Saint Paul), les damnés sont ceux qui ne se sont pas connus eux-mêmes et dont, par conséquent, rien ne peut survivre lorsque le véhicule se désagrège et que le Soi s’en va. »[35]

De ce point de vue ces lignes de la Bhagavad-Gîtâ prennent un tout autre sens que dans le chapitre "Le mécanisme de la réincarnation dans l'hindouisme" :

(7) Celui qui, voué au yoga, est pur, maître de soi, tient ses sens soumis, pour qui son âme se confond avec l'âme de tous les êtres, même s'il agit, il n'est point souillé. (8) L'adepte du yoga est fondé, en vérité, à estimer qu'il n'agit pas. Qu'il voie, qu'il entende, qu'il touche, qu'il sente, qu'il mange, qu'il marche, qu'il dorme, qu'il respire, (9) qu'il parle, qu'il lâche ou qu'il appréhende, qu'il ouvre ou ferme les yeux : tout cela, ce sont pour lui les sens réagissant au contact des objets sensibles. (10) Celui qui, fondant en Brahman tous les actes, agit en plein détachement, le péché ne s'attache pas à lui pas plus que l'eau à la feuille du lotus. (11) Le corps, le manas (organe central de perception qui se superpose aux cinq sens), l'esprit, les sens mêmes ainsi parfaitement dégagés, les yogins, agissant en dehors de tout attachement, travaillent à la purification intérieure. (12) Celui qui pratique le yoga s'affranchit du fruit des actes et atteint la paix immuable ; celui qui ne la pratique pas, attaché au fruit sous la poussée du désir, demeure lié.

— Bahgavad Gita, chapitre 525.

René Guénon affirme de son côté que la réincarnation n'est pas une doctrine traditionnelle : "Les anciens, en réalité, n’ont jamais envisagé une telle transmigration (dans des animaux), pas plus que celle de l’homme dans d’autres hommes, comme on pourrait définir la réincarnation ; sans doute, il y a des expressions plus ou moins symboliques qui peuvent donner lieu à des malentendus, mais seulement quand on ne sait pas ce qu’elles veulent dire véritablement, et qui est ceci : il y a dans l’homme des éléments psychiques qui se dissocient après la mort, et qui peuvent alors passer dans d’autres êtres vivants, hommes ou animaux, sans que cela ait beaucoup plus d’importance, au fond, que le fait que, après la dissolution du corps de ce même homme, les éléments qui le composaient peuvent servir à former d’autres corps ; dans les deux cas, il s’agit des éléments mortels de l’homme, et non point de la partie impérissable qui est son être réel, et qui n’est nullement affectée par ces mutations posthumes."[36] Il considère qu': "Il n'est pas de doctrine traditionnelle, en dépit des assertions des "néo-spiritualistes", qui ait jamais enseigné quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la réincarnation."[37] "La réincarnation qui est une impossibilité métaphysique, doit être distinguée de la métempsycose et de la transmigration : la première n'est autre chose que le prolongement de l'individualité humaine après la mort dans les modalités subtiles de ce même état d'être (de là l'importance accordée aux rites funéraires dans les civilisations traditionnelles dont le catholicisme romain); tandis que la deuxième implique le passage de la totalité de l'être à d'autres états d'existence qui sont définis par des conditions différentes de celles auxquelles est soumise l'individualité humaine."[38].

Pour Ramana Maharshi :

Auditeur: Mais, alors, la réincarnation ?

Maharshi: La réincarnation n'existe que dans les limites de votre ignorance. Il n'y a pas de réincarnation, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais. Voilà la vérité.

Auditeur: Mais que devient alors l’ego?

M.: L’ego apparaît, disparaît. Il est éphémère, transitoire, tandis que le Soi demeure permanent. Bien qu’en vérité vous soyez effectivement le Soi, vous persistez à identifier le Soi réel avec le faux Soi, l’ego[39].

Arthur Schopenhauer, dans le Monde comme volonté et représentation, voyait dans la réincarnation une métaphore pour expliquer l'identification nécessaire de l'individu avec toute créature, avec tout ce qui vit, car doté du même « vouloir vivre ». Cette vision sociale de la réincarnation rejoint également les origines et le développement de cette "idée" en occident dans les années 1850.

Culture[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Helena Blavatsky, The voice of silence, 1889, La Voix du Silence, Éditions Adyar.
  • Paul Carus, L'Évangile du Bouddha raconté d'après les anciens documents, 1894, traduction Milloué, 1902, Éditions Aquarius.
  • Jean-Marie Détré, La Réincarnation et l'Occident, tome 1 et 2, éditions Triades.
  • Bahram Elahi, La voie de la perfection, éditions Albin Michel
  • Narada Thera, La doctrine bouddhique de la Re-naissance, 1979, Librairie d'Amérique et d'Orient-Adrien Maisonneuve.
  • René Guénon, l'Erreur Spirite, éditions traditionnelles 1977.
  • Sogyal Rinpoché, Le Livre tibétain de la vie et de la mort - Éditions Table Ronde (livre tiré du Bardo Thödol).
  • Jan van Rijckenborgh, Le Mystère de la Vie et de la Mort - Éditions du Septénaire. Rose-Croix.
  • Rudolf Steiner, La Science de l'Occulte (1911), éditions Triades, 1993. Anthroposophie.
  • Ian Stevenson, Vingt cas suggérant la réincarnation (1966, 1973), trad., J'ai lu, 2007, 667 p. Enquête scientifique sans conclusion tranchée.
  • Didier Treutenaere, Bouddhisme et re-naissances dans la tradition Theravāda, Asia, Librairie d'Amérique et d'Orient-Adrien Maisonneuve, Paris, mai 2009, ISBN 978-2-9534056-0-6. Un ouvrage de référence sur la question des renaissances du point de vue du bouddhisme le plus ancien : 600 pages, 1000 citations retraduites du canon pāli, un glossaire et une bibliographie commentée.
  • G. Wachsmuth, Réincarnation, processus de métamorphose, éditions Triades.
  • Michel Tramontane, pseud. Michel Teston, De la psychanalyse à la réincarnation, 1985, éd. Teston, 07530 Antraigues (France).
  • Maupassant, le docteur Heraclius Gloss 1876
  • Sâdhus, un voyage initiatique chez les ascètes de l'Inde, by Patrick Levy, Editions Pocket, 2011. (ISBN 978-2-35490-033-5).
  • Patricia Darré, Un souffle vers l'éternité, 2012, Les Lumières de l'invisible, 2013, Éditions Michel Lafon

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • The Eye 2 (par Danny Pang et Oxide Pang, 2003)
  • Shiva (court métrage d'Alexis Bessin, 2012)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le yoga, immortalité et liberté, Mircea Eliade, éditions Payot.
  2. A History of Yoga By Vivian Worthington, page 35, 1982 Routledge
  3. [1]
  4. Louis Renou et Jean Filliozat, L'Inde classique, t. I, p. 342, 334.
  5. « Ce sont encore les Égyptiens qui, les premiers, ont dit que l'âme humaine est immortelle et qu'au moment où le corps périt, elle vient se loger dans un autre être vivant qui naît alors ; que, lorsqu'elle a habité tour à tour toutes les espèces terrestres, aquatiques et aériennes, alors elle pénètre de nouveau dans le corps d'un homme à l'instant où il naît, après une migration de trois mille ans. » - Hérodote, Enquête, II, 123.
  6. H. Bonnet, in Reallexikon der ägyptischen Religionsgeschichte, Berlin, 1952, p. 76 ss.
  7. Orphée, poèmes magiques et cosmologiques, Les Belles Lettres, 1993, p. 145.
  8. Richard Sorabji (dir.), Animals Minds and Human Morals, Ithaca, 1993, p. 188-194.
  9. http://www.leava.fr/questions-reponses/pensee-juive/16817_question-pierre.php
  10. http://www.leava.fr/questions-reponses/problemes-divers/24020_question-samuel.php
  11. http://www.leava.fr/cours-torah-judaisme/pensee-juive/946_resurrection-et-reincarnations.php
  12. http://www.leava.fr/cours-torah-judaisme/pensee-juive/359_reincarnations-qui-se-releve-a-la-resurrection.php
  13. Rabbin Moïse Gaster, Encyclopaedia of Religion and Ethics, article "Transmigration".
  14. Par exemple dans La guerre des Juifs, dans l'exhortation faite aux soldats juifs à ne pas se suicider (pour éviter d'être capturés par les Romains) : « Les corps, bien sûr, sont mortels chez tous les vivants et constitués d’une matière corruptible, mais l’âme est à jamais immortelle et habite dans les corps comme une parcelle de Dieu… Ne savez-vous pas que ceux qui quittent la vie selon la loi de la nature… y gagnent une gloire éternelle ; que leurs maisons et leurs famille sont affermies ; que leurs âmes restent pures et secourables, qu’elles obtiennent la place la plus sainte dans le ciel d’où, grâce au cycle des âges, elles retournent habiter de nouveau dans des corps saints ? Mais ceux qui ont la folie de porter les mains sur eux-mêmes, un Hadès plus sombre reçoit leurs âmes... »
  15. voir les livres de Anne Givaudan et Daniel Meurois
  16. "Voici, je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel arrive." - Malachie (IV:5)
  17. « Les frères prophètes le virent à distance et dirent : 'l'esprit d'Élie s'est reposé sur Élisée!' ; ils vinrent à sa rencontre et se prosternèrent à terre devant lui. » - 2Rois 2:15
  18. (à propos de Jean) « Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. » - Luc 1:17
  19. a, b et c René Nelli, La vie quotidienne des Cathares du Languedoc au XIIIe siècle, ISBN 978-2-253-03163-5
  20. a, b, c, d, e, f, g et h L'hindouisme, anthropologie d'une civilisation, Madeleine Biardeau, éditions Flammarion
  21. Les hindous croient-ils en la réincarnation ?, Science Humaine
  22. Encyclopédie des religions, Gerhard J. Bellinger, éditions le livre de poche.
  23. Trésor de la poésie universelle, Gallimard.
  24. a, b, c et d Psaumes du pèlerin, Toukaram, préface de Guy Déleury, folio.
  25. Bhagavad-Gîtâ 11, 22
  26. Bhagavad-Gîtâ 11, 27
  27. la bhagavad-gîta, texte établi par Emile Sénart, éditions les belles lettres, ISBN9782251799780
  28. Les bouddhistes croient-ils en la réincarnation ?
  29. Brève présentation du bouddhisme
  30. Cf La Voix du Silence - Traité mystique tibétain, éditions Adhyar.
  31. "C'est à la moitié du XIXe siècle que cette doctrine connut un grand succès dès la parution du premier des cinq ouvrages qui en constituait le corpus sacré. Fondée sur la croyance en la réincarnation d'un même esprit dans des corps différents au long des siècles, elle s'insère dans un mouvement de pensée à la fois scientifique et philosophique qui s'est développé en France avant la Révolution ..." Marion Aubrée, La nouvelle dynamique du spiritisme kardéciste, Institut de l'information scientifique et technique, CNRS, 2000.
  32. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Reincarnation_-_Here_We_Go_Again.
  33. Platon, République 439DE, 604B ; Philon, Deterius 82, Saint Thomas d'Aquin, Som. Théol. II-II, 26, 4, Saint Paul, II Cor. 4, 16 ; Rûmî, Dîvân, Ode XIII
  34. Ananda K. Coomaraswamy, Hindouisme et Bouddhisme, p.124
  35. Ananda K. Coomaraswamy « La signification de la mort », note 50
  36. René Guénon, l'Erreur Spirite p.206, 207
  37. ibidem, p.225
  38. ibidem, p. 206
  39. L'Enseignement de Ramana Maharshi, éd. Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, Paris 1972, no 320, p. 310

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]