Psychologie sociale

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La psychologie sociale est une discipline qui, en tant que branche commune à la psychologie, et à la sociologie (une psychologie pour sociologues en même temps qu'une sociologie pour psychologues) s'intéresse d'une part à l'influence des processus cognitifs et des processus sociaux sur les relations entre les individus (relations interpersonnelles), et d'autre part à la façon dont ces deux dimensions en interagissant entre elles produisent tantôt du « social », tantôt du « psychologique »[réf. nécessaire]. Schématiquement, elle étudie les interactions des individus en groupe, en société et dans les organisations, dans leur double dimension d'agents psychologiques et sociaux.

Mal connue et peu enseignée dans les universités elle se trouve pourtant à la base d'un grand nombre de techniques et de pratiques professionnelles[1] : gestion de groupes et d'équipes, sondages, groupes de formation et de créativité, brainstorming, publicité.

Sommaire

Histoire de la psychologie sociale [modifier]

Débuts de la psychologie sociale en France [modifier]

Parmi les précurseurs français de la psychologie sociale, on trouve Gustave Le Bon, sociologue, qui publie un ouvrage de référence en 1895, Psychologie des foules. Gabriel Tarde marque la psychologie sociale par le développement de ses idées sur l'imitation et ses conséquences sur l'influence[2]. En 1900 se tient à Paris le IVe Congrès international de psychologie à Paris sous la présidence de Théodule Ribot[3]. Lors du discours d'ouverture de Ribot, la psychologie sociale est évoquée pour la première fois dans une instance scientifique internationale. « Avec la psychologie sociale, nous atteignons un ordre de phénomènes que, ni l'introspection, ni l'expérimentation, ni le raisonnement ne peuvent nous révéler, parce qu'ils naissent d'une action réciproque des esprits, parce qu'ils ne dérivent pas de l'individu seul, mais des rapports des individus entre eux »[4].

La psychologie sociale se développe en Amérique [modifier]

William McDougall publie en 1908 Une introduction à la psychologie sociale, livre qui place son auteur dans la liste des pères fondateurs de la psychologie sociale.

Inspiré par les travaux de Ivan Pavlov sur le conditionnement, le psychologue américain J.B. Watson publie un article en 1913 marquant le début du courant behavioriste aux États-Unis qui est le modèle de référence dans les années 1920-1930. F.H. Allport s'inscrit dans ces concepts et ses recherches sur la co-action et la facilitation sociale (dans la lignée de Triplett) partent du principe que l'individu placé dans un groupe se comporte tel qu'il se serait comporté seul, mais avec un peu plus d'intensité. De même, l'action d'un groupe ne serait « que » la somme des actions individuelles.

Émergence du courant de la cognition sociale [modifier]

Considérant que le comportement de l'individu social n'est pas uniquement le fait d'influences extérieures mais également du à divers processus mentaux (donc internes), plusieurs chercheurs tels que Kurt Lewin (théorie des champs), Solomon Asch (formation des impressions) et Fritz Heider (attribution causale) s'inspirent de la théorie de la Gestalt pour développer le courant cognitiviste de la psychologie sociale. On en vient à penser l'individu et la société comme étant une globalité interdépendante et la perception d'autrui est au centre de la relation sociale.

La cognition sociale devient prédominante dans le paysage de la psychologie sociale dans les années 1980. Les études se portent sur les processus cognitifs de la perception, du traitement de l'information, de son stockage et de sa récupération. On observe de même les facteurs influençant ces processus et on passe de l'observation des comportements à l'observation des processus cognitifs à l'origine des comportements[5].

Principes de base en psychologie sociale [modifier]

L'essentiel de la dynamique de la psychologie sociale telle que comprise actuellement peut se résumer à deux axiomes fondamentaux, trois principes motivationnels, et trois principes de fonctionnement des processus cognitifs et sociaux.[réf. nécessaire]

Deux axiomes fondamentaux [modifier]

  • Chaque individu a une vision, une conception personnelle de la réalité dont il fait partie. Cette conception est construite à partir des processus cognitifs et sociaux.
  • L'étendue de l'influence sociale : Un individu, ses émotions, ses pensées et son comportement sont grandement influencés par les personnes qui l'entourent, même en l'absence d'autres individus.

Trois principes motivationnels [modifier]

Article détaillé : Motivation.
  • Le besoin de maîtrise. Les gens ont tendance à essayer de prédire ou comprendre les évènements qui se produisent dans l'environnement extérieur et la société afin d'obtenir une récompense telle que la survie, la sécurité ou encore l'estime qu'on a de soi.
  • Le besoin de contact. Les gens accordent de l'importance aux contacts sociaux tels l'amour et le soutien en provenance des individus et des groupes qui leur sont proches.
  • La valorisation du « moi » et du « mien ». Les gens ont tendance à se comparer aux autres avec un biais positif et valorisent ce qu'ils aiment et possèdent.

Trois principes de fonctionnement des processus cognitifs et sociaux [modifier]

  • Le conservatisme. Chez l'être humain, les processus cognitifs et sociaux, les idées, les impressions ont tendance à persister et sont lents à se modifier. Le conservatisme est cette tendance là.
  • L'accessibilité. L'information la plus accessible, celle qui est la plus facile à se procurer est généralement celle qui a le plus d'impact sur notre cognition, notre comportement et nos émotions.
  • La superficialité et la profondeur. L'humain a généralement tendance à traiter l'information perçue avec superficialité bien que parfois certaines sources de motivation l'entraînent à aller plus en profondeur.

Méthodes de recherche en psychologie sociale [modifier]

La recherche en psychologie sociale, comme en psychologie en général, utilise différentes méthodes de recherche. Une des méthodes les plus efficaces utilisées est le devis expérimental ou méthode expérimentale. Celle-ci peut se faire en laboratoire ou milieu naturel et se caractérise principalement par la manipulation d'une variable indépendante étudiée chez divers individus ou groupes. En général, on utilise un groupe témoin et un ou plusieurs groupes expérimentaux afin d'observer l'effet de la modification de ces variables pour finalement obtenir un lien de causalité. Dans certaines situations, comme dans les études sur les effets des catastrophes naturelles, il se peut qu'il soit impossible de travailler avec un groupe témoin. On peut alors effectuer une étude sur un groupe témoin équivalent. On parle alors de devis quasi expérimental ou méthode quasi expérimentale.

À un stade plus primitif de recherche on peut ne pas rechercher la causalité entre deux variables mais simplement la corrélation. On fait alors appel au devis corrélationnel ou méthode corrélationnelle. Dans ce cas-ci, aucune variable n'est manipulée par l'expérimentateur. Il s'agit d'une méthode descriptive et non expérimentale. Dans les cas où, par exemple, pour des raisons d'éthique, il n'est pas possible de recréer certaines conditions en laboratoire ou d'effectuer des expériences sur certains groupes de personnes on peut faire appel à d'autres types de méthodes non-expérimentales comme les enquêtes, les entrevues, les simulations ou les jeux de rôles. Des méthodes dites secondaires ou historiques comme l'étude de cas, l'analyse de contenu, l'analyse archivistique ou la méta-analyse (synthèse de plusieurs études) sont également utilisées dans la recherche en psychologie sociale.

Les libertés prises vis-à-vis de la méthode scientifique décrites ci-dessus ouvrent la porte à de nombreuses erreurs. Le scandale Stapel a apporté la preuve qu'il était possible à un individu de présenter des travaux falsifiés ou inventés de toutes pièces à des journaux scientifiques du domaine concerné, et d'en obtenir la publication comme s'il s'agissait de résultats de valeur[6]. Stapel a présidé aux thèses de doctorat de ses étudiants en leur fournissant des enquêtes qu'il avait lui-même inventées ou falsifiées ; ses étudiants n'ont pas non plus vérifié ces résultats sur lesquels reposent leurs thèses. Cette fraude, dévoilée en 2011, semble avoir duré depuis 1997, date de l'obtention par Stapel de son propre doctorat. Ce scandale a mis en évidence le manque de crédibilité à l'oeuvre dans ce domaine au plus haut niveau, par le non-respect des méthodes scientifiques, avec en particulier l'emploi courant de chiffres d'enquête trop beaux pour être vrais, et l'habitude dans cette communauté de ne pas vérifier les résultats[7]. Un certain nombre de journaux scientifiques ont déjà procédé à la rétractation d'une trentaine d'articles de Stapel, dont Science et Nature[8].

Une des expériences de psychologie sociale la plus connue est l'expérience de Milgram.

Quelques questions de base [modifier]

  • Par quels procédés et biais les individus jugent et évaluent ?
  • Quels sont les attributions qu'une personne fait spontanément d'un événement ?
  • Comment l'individu réagit-il à la réalisation d'un acte problématique ?
  • Quel est l'impact de la dynamique d'un groupe sur la cognition et les états émotionnels ?
  • Comment les groupes sociaux contrôlent-ils ou contribuent-ils au comportement, à l'émotion, ou aux attitudes des différents membres ?
  • Quel est l'impact du groupe sur l'individu ?
  • Comment l'individu agit-il dans un groupe social ?
  • Peut-on distinguer groupe et catégorie sociale ?

Thèmes étudiés par la psychologie sociale [modifier]

Critique de la psychologie sociale [modifier]

La psychologie sociale fait l'objet de plusieurs critiques. L'une d'entre elles concerne le fait que la plupart des études réalisées en psychologie sociale sont américaines[réf. nécessaire] ce qui peut créer un biais au niveau culturel quant à ses grandes lignes. Ce point indique une nécessité de faire ou refaire des études dans d'autres pays et contextes culturels. Une autre critique souligne l'instabilité culturelle et temporelle des résultats obtenus lors de recherches en psychologie sociale étant donné que la corrélation ou la causalité entre variables étudiées lors d'une recherche peuvent grandement changer avec le temps ou le lieu, d'où la nécessité d'étudier en profondeur les processus qui relient les variables.

Quelques expériences majeures en psychologie sociale [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Serge Moscovici, Psychologie sociale, PUF, 7e éd. mise à jour, 1998.
  2. Gabriel Tarde, Les lois de l'imitation, 1890
  3. Histoire succincte des Congrès internationaux de Psychologie
  4. Psychologie sociale, ouvrage coordonnée par J.-P. Pétard, édition Bréal, 2e édition, 2007, p. 24.
  5. Psychologie Sociale, volume coordonné par Marcel Bromberg et Alain Trognon, Presses universitaires de France, 2e édition corrigée, 2007, p. 32.
  6. Report finds massive fraud at Dutch universities
  7. « The case of Diederik Stapel ».
  8. « How one man got away with mass fraud by saying ‘trust me, it’s science’ ».

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • G.W. Allport, The nature of prejudice, Cambridge (MA), Addison-Wesley, 1954.
  • S. E., Asch, Studies on independance and conformity: a minority of one against an unanimous majority, Psychological Monographs, 1956, 70, 416.
  • Axsom, D., & Chaiken, S., & Yates S., 1987, Audience response as a heuristic cue in persuasion, Journal of Personnality and Social Psychology, 53, 30-40.
  • A. E. Azzi, O. Klein, Psychologie sociale et relations intergroupes, Dunod, 1998.
  • J. A. Bargh, The automaticity of everyday life, R. S. Wyer Edit, Advances in Social Cognition, t. X, Mahwah (NJ), Erlbaum, 1-61, 1997.
  • L. Baugnet, L’identité sociale, Dunod, 1998.
  • Pierre Bourdieu, Les structures sociales de l'économie, Seuil, 2000 (psychologie sociale appliquée à l'économie, sur l'exemple du marché de la construction de maisons).
  • Leon Festinger, A theory of cognitive dissonance, Evanston, IL: Row, Perterson & Company, 1957.
  • Hovland C.I., Janis I. L. & Kelley H. H., Communication and persuasion, New Haven, Yale University Press, 1953.
  • Hermès no 41, 2005, dossier « Psychologie sociale et communication ».
  • R.V. Joule, J-L. Beauvois, Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, 1987, PUG.
  • R.V. Joule, J-L. Beauvois, La soumission librement consentie, Comment amener les gens à faire librement ce qu'ils doivent faire, 1998, PUF
  • Robert Leroux, "Gabriel Tarde, vie, œuvres, concepts", Paris, Ellipses, 2011.
  • Gustave Le Bon, Psychologie des foules, PUF, 1998 (1re éd. 1895).
  • J.-P. Leyens & V. Yzerbyt, Psychologie sociale, Bruxelles, Mardaga, 1987.
  • E., Marc, D. Picard, L'interaction sociale, PUF, 1989.
  • Stanley Milgram, Soumission à l'autorité, Calmann-Lévy, 1974.
  • Serge Moscovici, Psychologie des minorités actives, PUF, 1979.
  • Serge Moscovici, Psychologie sociale, PUF, 7e éd. mise à jour, 1998.
  • Pansu Pascal, Gilibert Daniel, Effect of causal explanations on work-related judgments, Applied-Psychology:-An-International-Review. Vol 51(4) Oct 2002, 505-526., United Kingdom: Blackwell Publishing.
  • Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, 1933, éd. Payot 1999.
  • Gabriel Tarde, L'opinion et la foule, PUF, 1989 (1re éd. 1901).
  • Serge Tchakhotine, Le viol des foules par la propagande politique, 1939, Gallimard 1992.
  • Amos Tversky & Daniel Kahneman, Judgement under uncertainty: Heuristics and biases, Science, 1974.
  • V. Yzerbyt & G. Schadron, Connaître et juger autrui: Une introduction à la cognition sociale, Grenoble, PUG, 1996.

Revues de psychologie sociale [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]