Mouvement rastafari

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Le drapeau de l'Éthiopie impériale est un des symboles du mouvement rastafari.

Le mouvement rastafari (ou « rasta »[1]) est un mouvement de pensée messianique originaire des Caraïbes. Son nom vient du ras Tafari Mekonnen (de l'amharique ras qui signifie tête mais désigne aussi un haut responsable politique), qui est couronné en 1930 negus d'Éthiopie, roi des rois, lion conquérant de la tribu de Juda sous le nom d'Haïlé Sélassié.

Le mouvement rastafarien est assimilé par certains[Qui ?] à une religion, par d'autres[Qui ?] à une philosophie ou un syncrétisme pour ses références à la Bible.

Les rastafaris conçoivent leur mouvement comme la révélation d'un mode de vie fondé sur leur loi et non comme une religion.[réf. nécessaire]

L'utilisation du terme « rastafarisme » est considéré comme dépréciatif par ses membres qui y voient une tentative des « médias de Babylone » de déprécier un mouvement dont le message mettrait en danger les institutions « corrompues » qu'ils soutiennent.[réf. nécessaire]

Historique du mouvement[modifier | modifier le code]

De nombreuses églises chrétiennes (anglicane, méthodiste, baptiste, catholique romaine, Église de Dieu[2]) sont présentes en Jamaïque, où elles regroupent plus de 80 % de la population. Environ 10 % des Jamaïcains se revendiqueraient du rastafarisme[3], mouvement apparu dans les années 1930.

La Jamaïque est une colonie britannique de 1670 à 1962. L'esclavage y est aboli en 1833. À la fin du XIXe siècle, apparaissent des mouvements éthiopianistes basés sur des lectures et interprétations de la Bible.

Marcus Garvey[modifier | modifier le code]

Le jamaïcain Marcus Garvey (né en 1887), émigré à Harlem, devient un des premiers meneurs importants de la « cause noire ». Il fait souvent allusion à l'Éthiopie dans ses discours. Il écrit par exemple  :

« Laissons le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob exister pour la race qui croit au Dieu d'Isaac et de Jacob. Nous, les Noirs, croyons au Dieu d'Éthiopie, le Dieu éternel, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, le Dieu de tous les âges.
C'est le Dieu auquel nous croyons, et nous l'adorerons à travers les lunettes de l'Éthiopie. »[4]

Marcus Garvey est considéré comme le premier animateur du mouvement rastafari. Il annonce la « fin des souffrances du peuple africain » en mettant en avant la reconnexion des Africains outre-Atlantique avec leur racines par le double retour à la Terre promise, à la fois spirituel (rédemption biblique) et physique (rapatriement en Afrique). Mais il n'est pas le seul. En 1924, le révérend James Morris Webb prononce un discours cité par le quotidien conservateur Daily Gleaner : « Regardez vers l'Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance » (cf. Psaume 68:31)

Leonard Percival Howell[modifier | modifier le code]

Le 2 novembre 1930, Tafari Makonnen, corégent d'Éthiopie depuis 1916, est couronné negus sous le nom de Hailé Sélassié (« Puissance de la Trinité »). S'appuyant sur les chroniques du Kebra Nagast (Gloire des Rois), il revendique une filiation qui remonte au roi Salomon par la reine de Saba.

Ce couronnement est perçu par une communauté d'agriculteurs éthiopianistes de Sligoville (Jamaïque) – Pinacle créé en 1940 dirigé par Leonard Percival Howell (né en 1898) – comme étant l'accomplissement de la prophétie attribuée à Garvey. Howell serait le véritable fondateur du mouvement rastafari[réf. nécessaire]. Puisant dans le communalisme, le christianisme et une interprétation de la culture éthiopienne, Howell considère Haile Sélassié comme le « Messie ». Cultivant et diffusant du cannabis, qu'il considère comme un sacrement, Howell est emprisonné en 1934, puis est interné en 1938[3]. Pinacle est détruit par la police coloniale en 1958 et les Rastas s'installent alors à Kingston, dans le quartier de Back-o-Wall. Le nom de ce ghetto provient de sa situation géographique : il est attenant au mur d'un cimetière, et nombre de Jamaïcains craignent de s'y installer par peur des fantômes.

Au même moment différents mouvements éthiopianistes, comme le mouvement Bobo de Charles Edwards (dit Prince Emmanuel), se développent en Jamaïque. Ils affirment notamment que les ancêtres juifs (Moïse, Jésus, etc.) de Haile Sélassié étaient, comme lui, noirs et sont identifiés peu à peu sous le nom générique de rastafarien.

Haile Sélassié à la Jamaïque[modifier | modifier le code]

Hailé Selassié ne s'est jamais revendiqué du rastafarisme[5]. Il effectue une visite officielle en Jamaïque en avril 1966. À son arrivée, des milliers de fidèles lui réservent un accueil triomphal. Les autorités jamaïcaines sont débordées et il a fallu chercher un médiateur : Mortimer Planno, connu pour ses enseignements. Il sera ensuite présent à chaque sortie d'Hailé Sélassié durant ce voyage. Cette visite a été pour beaucoup de Jamaïcains l'occasion de se confronter aux différentes croyances véhiculées par le mouvement, et de s'en faire sa propre idée. Ainsi, lors de cette visite, Rita Marley observant la main d'Hailé Sélassié est persuadée d'y voir les stigmates du Christ[6]. Bob Marley devient rasta cette même année 1966.

À l'occasion de ce voyage Haile Sélassié concède des terres à Shashamane, à 300 kilomètres au sud d'Addis-Abeba, aux rastafarien par le biais de l'Ethiopian World Federation (EWF) dont il est le fondateur, pour remercier les Afro-américains et Caribéens qui essayèrent de sensibiliser l'opinion au sort de l’Éthiopie après son invasion par l'Italie de Mussolini. Ce terrain est devenu pour certains rastafaris le symbole de l'unité africaine[réf. nécessaire]. Cependant, seuls quelques centaines de rastafarien (principalement de la communauté des Twelwes Tribes Of Israel) s'installeront en Éthiopie[7].

Hailé Sélassié Ier, le 1er octobre 1963 à Washington.

Développement du mouvement après la fin des années 1960[modifier | modifier le code]

Back-o-Wall est rasé le 12 juillet 1966. Un certain nombre de rastafaris[Combien ?], s'installent alors dans les ghettos de Kingston, comme Trenchtown.

Des musiciens[Qui ?] de rocksteady puis de reggae, jusque-là généralement proches de la soul américaine et des églises, tentent de transmettre le message rastafari dans leurs chansons. Par le biais du reggae, jusqu'alors méprisé par les producteurs et distributeurs de l'île, l'industrie musicale commence à diffuser le message rastafarien. Le style des trois tambours nyahbinghi, joué lors des cérémonies rastafariene, se répand (Bob Marley en tire une chanson, Selassie Is The Chapel). À partir de 1970, le rastafarisme devient dominant dans le reggae que Bob Marley fait découvrir au monde. Les rastafaris commencent alors à être reconnus en Jamaïque[réf. nécessaire], malgré la répression qui frappe la détention de chanvre, punie du bagne en Jamaïque[réf. nécessaire].

Évolutions récentes[modifier | modifier le code]

Si les rastafarien perdent de l'influence chez les jeunes Jamaïcains après la disparition de Marley en 1981, ils restent très présents et semblent faire un retour dans le reggae à partir de 1994 avec Garnett Silk, Buju Banton, Tony Rebel, Mutabaruka, Sizzlaetc. De nombreuses et différentes tendances rasta cohabitent en Jamaïque et sont parfois contradictoires. Les Bobo Ashanti, les Emmanuelites, les Ites, notamment, ainsi que des courants chrétiens plus traditionnels.

L'organisation des Douze Tribus d'Israël tente de fédérer les rastafarien, mais sans réel succès. En 1997, un parti d'obédience rastafarien cherche même à se présenter aux élections[Où ?].

Le mouvement rastafarien permet à des Jamaïcains pauvres de retrouver une dignité et de donner un sens à leur vie difficile. Cela peut s'affirmer à travers une volonté de retour à une identité africaine par-delà la période coloniale.

Croyances, culture et pratiques rastafaris[modifier | modifier le code]

Communauté des Douze tribus d'Israël à Shashamané en Éthiopie

Influence biblique[modifier | modifier le code]

La culture rastafariene est marquée par diverses influences bibliques, comme le concept de Babylone. Les rastafariens utilisent la King James Bible des Anglicans, mais remettent en question certains passages[réf. nécessaire] qu'ils considèrent réécrits à l'avantage des «Blancs». Ils utilisent aussi le Livre aux sept sceaux, texte éthiopien de 1961[réf. nécessaire]. La première occupation d'un rastafarien au lever devrait être la lecture d'un chapitre de la Bible, selon l'adage : «'A chapter a day keeps the devil away » (un chapitre par jour tient le diable éloigné).

Certains passages de la Bible sont particulièrement importants pour les rastafaris, comme le deuxième exode à Babylone et la première destruction du temple de Jérusalem qui seraient la représentation de leur exil d'Afrique comme esclaves des Européens.

Pratiques[modifier | modifier le code]

Leurs couleurs sont celles de l'Éthiopie impériale (rouge, jaune et vert frappées du Lion de Juda). Les Rastas apprécient ces trois couleurs (panafricaines) sur leurs vêtements[8], car elles seraient symboles de noblesse s'incarnant dans le sang même (le rouge), de Richesse spirituelle et matérielle (le jaune) et du royaume de Dieu sur Terre (le vert).

Vœu de Nazarite[modifier | modifier le code]

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Un exemple de l'influence biblique est le vœu de nazarite (Nombres 6:1-21) auquel les Rastafarien se réfèrent souvent[9]. Ce sont en particulier :

  • ne pas se couper, ce qui entraîne l'apparition de dreadlocks ;
  • ne pas consommer de viande (végétarisme) ;
  • ne pas consommer de produit de la vigne ni aucun alcool.

Les démarches à effectuer pour rompre le vœu montrent qu'il ne saurait s'appliquer identiquement de nos jours[10]. Ensuite, ce vœu est bien censé être temporaire (sept ans), alors que le mode de vie rasta lui devrait pouvoir se pratiquer toute sa vie durant.

Coiffure[modifier | modifier le code]

Un autre point caractéristique des Nazarites est le port des dreads, port qui est source de beaucoup de polémiques.[réf. nécessaire] Le débat de savoir si les dreads sont nécessaires à un rasta est encore important de nos jours. Ainsi, certains rastas pensent qu'un rasta sans dreads n'en est pas un, d'autres, comme les membres des Twelve Tribes of Israël ou les Morgan Heritage (notamment avec le titre Don't Haffi Dread To Be Rasta) pensent le contraire. Le port des dreads est une mode installée dans les ghettos de Kingston par une génération apparue après la destruction du Pinacle. Ce n'était pas initialement la marque des rastafaris, qui se laissaient auparavant pousser la barbe.

Un Rastafari, en Jamaïque.

Régime alimentaire Ital[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ital.

Les rastafaris suivent en général un régime appelé Ital, et dont la norme est végétarienne ou végétalienne/végane, afin de ne pas faire du corps un « cimetière »[11]; ils évitent aussi d'absorber de la nourriture qui a été artificiellement préservée, aromatisée ou altérée chimiquement. Cette pratique dans le rastafarisme se réfère à des écrits bibliques. La chair animale est définie par le mouvement rastafari comme un « poison », qui nourrit l'agressivité humaine, les famines dans le monde, l'obésité et la plupart des maladies[12].

Cannabis[modifier | modifier le code]

Pour les rastafarien, le cannabis (aussi appelé ganja, herb, sinsemilia, zamal, kaya, beuh ou weed) est une herbe sacrée dont la consommation permet à l'âme de s'élever. Ils le jugent inoffensif[13] et demandent sa légalisation.

Polygamie[modifier | modifier le code]

Comme il y a une référence fréquente à l'Ancien Testament, où la polygamie est possible et pratiquée par de nombreux personnages (comme David, Salomon, etc.), cette pratique « compte de nombreux adeptes au sein du mouvement rastafari [car] l'union fait la force »[14].

Doctrines et pensées[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucune doctrine rasta écrite, ni même de synthèse générale. Les concepts de la spiritualité rasta sont plutôt variés et de tradition orale.

Néanmoins, le mouvement rastafari reconnaît d'abord comme autorité spirituelle la Sainte Bible et tout ce qui peut s'y associer (les Dix commandements, les Evangiles, la reconnaissance de l'Éthiopie comme Sion authentique, les Livres sacrés du christianisme éthiopien, comme le Kébra-Nagast – généalogie sainte des Rois d'Éthiopie –, le Sankédar – Livre des Saints – et le Fêta Nagast – Livre à la Gloire des Reines –, etc., servant d'ossature métaphysique au mouvement) ; les membres du mouvement rastafari doivent étudier, un peu tous les jours, la Bible, par inspiration et introspection individuelles ; le mouvement rastafari réclame ainsi l'indépendance complète de chacun de ses membres dans sa quête spirituelle, à la manière des fidèles premiers du Christ, sans sectarisme obscurantiste ni prétention dévalorisant les autres courants métaphysiques (comme dans l'hindouisme orthodoxe où l'on conçoit qu'il y a forcément plusieurs chemins vers le Salut unique, puisqu'il y a une multitude de conditionnements qui nécessitent une multitude de façon différente pour atteindre l'Inconditionné divin) :

Car si un rastafari commence à ne plus être à la fois son propre berger – tout en oubliant qu'il est toujours brebis de Jah, c'est Babylone qu'il commence à servir : le Salut ne peut venir d'un calcul d'espérance, d'un idéalisme aveugle, d'un absolutisme dogmatique ou d'un oubli de sa responsabilité individuelle, mais d'une dévotion ineffable, tenace et constante envers Jah, source de toutes les compréhensions et délivrances ; ainsi, Bob Marley avait bien enseigné dans sa Chanson de la Rédemption :

« Emancipez-vous de l'esclavage mental. Personne d'autre que vous-mêmes ne peut libérer vos esprits. (...) Nous devons accomplir ce qui est écrit dans le Livre. Voulez-vous m'aider à chanter, ces chansons de liberté ? Car c'est ce que j'ai toujours eu, des chansons de liberté, des chansons de liberté, des chansons de liberté. »

— Bob Marley, Redemption Song.

Les Rastafaris estiment que leurs racines sont en Afrique, dont ils auraient été arrachés pour être mis en esclavage dans la Babylone moderne. Ainsi, l'accomplissement des Écritures impliquerait le retour à la terre promise qu'est pour eux l’Éthiopie. Cette référence à l’Éthiopie, et non Israël, comme terre promise est justifiée par la tradition selon laquelle la Reine de Saba serait une souveraine éthiopienne, nommée Makeda, qui aurait rencontré à Jérusalem le roi Salomon dont elle aurait eu un fils, Menelik. Selon les mêmes traditions, l'Arche d'alliance qui contiendrait les tables de la loi et le bâton d'Aaron, se trouverait aujourd'hui dans une chapelle de l'Église orthodoxe éthiopienne.

Réincarnation[modifier | modifier le code]

De même que dans le judaïsme et les religions traditionnelles africaines (ou le catharisme, l'hindouisme, etc.), la croyance en la réincarnation, en un voyage (au-delà du Temps et de l'Espace) de l'âme impersonnelle vers une autre forme, vers un autre état d'être – dès la mort physique du corps et de l'intellect qui abritaient cette âme éternelle, est une compréhension rastafari des univers et de leurs lois harmonieuses formées par Jah [15], le Dieu sans naissance ni mort et sans début ni fin – dont parle la Sainte Bible (la Bible complète étant la référence principale dans l'étude quotidienne des vérités métaphysiques et éthiques que doit faire un rastafari).

Refus de « Babylone » ou l'anti esclavagisme[modifier | modifier le code]

Plan représentant la manière dont les Africains étaient déportés vers l'Amérique. George Liele, prêtre baptiste, était prêcheur devant les esclaves et fonda l'Église baptiste éthiopienne en 1784 : ce fut une des bases du mouvement rastafari[16].

Dans sa chanson Babylon system, Bob Marley donne une définition allégorique de l'entité satanique que représente « Babylone » – et son système – pour les membres du mouvement rastafari :

« Le système babylonien est le vampire qui suce le sang de ceux qui souffrent, construisant des églises et des universités, décevant le peuple continuellement ; je dis que ce sont des voleurs et des assassins qui regardent ailleurs maintenant, suçant le sang de ceux qui souffrent. Dites la vérité aux enfants, dites la vérité aux enfants. »

— Bob Marley, Babylon system.

« Babylone » est d'abord la figure de l'esclavagisme et de tous ceux qui y participent, activement (pour des profits matériels niant l'essentiel : l'Amour et les vérités éthiques) ou passivement (par consentement, paresse de voir les choses en face, par tolérance envers le mensonge ou la négation de la vie et du Dieu vivant, Jah Rastafari). Ce refus viscéral de l'esclavagisme (qu'organisent les membres de « Babylone »), pour le mouvement rastafari, prend racine dans la Bible – où les Hébreux sont libérés du joug cruel de Pharaon grâce au Dieu de Moïse, et, par extension, dans l'histoire de l'esclavage de masse (pratiqué par les Arabes, les Européens, envers les populations africaines subsahariennes livrées à l'abomination commerciale), de la traite négrière et de ses multiples atrocités (sélections, déportations, mises aux fers, maltraitances, marquages au fer rouge, ventes d'enfants et élevages humain, mutilations, droits de vie et de mort sur les Noirs, idéologies prédatrices et anti-africaines développées par certains Euro-Américains comme l'est celle du Ku Klux Klan, etc.)[15].

Vente d'esclaves nègres aux États-Unis ; l'esclavage et l'orgueil racial sont représentatifs des pires formes du satanisme de « Babylone » selon les Rastafaris.

Mais ce refus de la tyrannie esclavagiste de « Babylone », n'est pas uniquement un refus de l'esclavage négrier des siècles passés où le Nègre était traité et considéré comme « animal-machine » : c'est aussi le refus total de tout esclavage mental, le refus de l'injustice dans tous les domaines et envers n'importe quelle vie, le refus de l'absence de répartition des richesses à travers le monde (où les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours aussi pauvres), le refus de l'oppression et de tout orgueil national, le refus des guerres organisées entre les peuples par des dirigeants et des industriels, le refus de l'anéantissement et du non-respect de la Nature et de ses créatures – mais aussi le refus de la « civilisation » commerciale définie comme hypocrite, manipulatrice, prédatrice et défendue par les Etats corrompus qui dépensent des énergies et sommes d'argent faramineuses pour des caprices idéologiques, des illusions vaniteuses et l'armement général – pendant que les plus démunis souffrent encore de la faim, et que des milliards de bêtes sont rendues obèses, malades, par l'industrie agroalimentaire pour assouvir l'avidité et le « sommeil » spirituel des mangeurs de chair animale définis comme des « cimetières » (les céréales destinées à l'alimentation du bétail occidental sont souvent cultivées dans des pays du tiers monde, alors qu'elles pourraient être affectées directement à la consommation des populations locales – comme en 1985, pendant la famine faisant plus d'un million de morts, durant laquelle l’Éthiopie continua à exporter des céréales pour l'engraissement du bétail anglais[17]) : toutes ces formes précises de « satanisme » sont vues comme la Babylone à détruire par le mouvement rastafari – qui se veut soutien de la Vie à honorer comme doit l'être le Dieu vivant – Jah, et jamais l'allié de la non-vie et du mirage des idées ou logiques qui ne sont vraies que pour ceux qui n'en sont point victimes[15].

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Le chanteur et guitariste de reggae Bob Marley, en concert à Zurich (Suisse) en 1980. Par sa célébrité internationale, il attira l'attention du public et des médias sur le mouvement rastafari.

Le mouvement rasta se veut de rébellion et de libération des consciences. Ainsi, le vocabulaire et le parler font intimement partie des champs de bataille du mouvement. C'est ainsi que les rastas ont développé un nombre important de jeux de mots plus ou moins évidents qui ont autant de façons de marquer et de frapper les esprits sur les concepts qu'ils soutiennent. Ceci tend à créer un patois propre à la culture rasta, permettant aux différents initiés de se reconnaître et de communiquer entre eux. On peut en proposer une liste non exhaustive:

  • Les rastas rejettent tout le vocabulaire en -isme, comme capitalisme, communisme, christianisme, etc. Ces mots sont vus comme inspirés par «Babylone».
  • L'usage du pronom I et surtout du pronom I n I pour désigner le locuteur est une habitude extrêmement répandue parmi les rastas qui considèrent chaque personne comme étant l'élément d'un tout. Dans la tradition, la moitié de la Bible n'a pas été écrite, et réside dans le cœur de l'Homme. Les deux I représentent ainsi le soi commun pour le premier, et, pour le second, le soi divin, en connexion avec Jah. Beaucoup d'autres expressions rastas font ainsi référence à ce concept, comme « each and everyone », et le fameux « stick a bush », qui a inspiré un titre homonyme des Gladiators, littéralement : every hoe has its stick in the bush (chaque feuille a sa place sur le buisson).
  • Inity au lieu de Unity (unité), le pronom « you » marquant l'exclusion. Mais aussi « I » comme « high », élevé, subtil : « Car le I est droit, et le U est tordu » (Barry Chevannes).
  • Overstand au lieu d’Understand (comprendre), understand signifiant littéralement « se tenir en dessous » et donc « se soumettre ».
  • Shitstem au lieu de system (système).
  • Politricks pour politic (politique).
  • Iration pour creation (création).
  • Ital pour vital (vital).
  • Selassie I, pour Selassie.

En français aussi,on peut avoir ce genre de déformation:

  • RéincarnaSion au lieu de réincarnation. Sion est le nom de la Terre Promise et serait le Paradis sur Terre (pour les rastas, il s'agit de l'Éthiopie).[réf. nécessaire]

Musique[modifier | modifier le code]

Le message rastafarien s'est diffusé en partie à travers la musique reggae, pourtant bannie de certaines communautés.

La présence de jeunes ruraux dans les ghettos de la Jamaïque a joué un rôle. On est ainsi progressivement passé du ska, au rock steady, aux paroles axées sur les relations amoureuses puis à une musique plus spirituelle, le roots reggae[réf. nécessaire]. On constate ce changement avec des artistes comme Ken Boothe, Wailers ou encore Max Romeo. Enfin, Bob Marley et ses suivants ont permis la diffusion du reggae et des principes rastas dans le monde entier.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Le roman graphique Dispersés dans Babylone, scénario et dessin de Jérémie Dres, 183 pages, Gallimard, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jusqu'au milieu du XXe siècle, rasta était l'abréviation de rastaquouère. Ce sens tend à se perdre avec la montée du mouvement rastafari, mais une certaine confusion entre les deux sens persiste parfois de nos jours, par exemple quand on qualifie de rasta l'apparence d'une personne.
  2. Ainsi que l’Église éthiopienne orthodoxe depuis 1997.
  3. a et b D'après, ce compte rendu en lien.
  4. Voir en ligne une compilation des textes de Marcus Garvey.
  5. Entretien avec le Dr. Oswald Hoffman.
  6. Marley (film).
  7. Sur ce sujet, voir de Giulia Bonacci [2010].
  8. Moïse Culture [2003], p. 134.
  9. (en) James Chimpweya, « The Rasta and the Nazarite Vow », Nation on Dunday,‎ 5 novembre 2010 (lire en ligne)
  10. Nombres 6 (lire en ligne), versets 13-21
  11. Angela Wood, Movement and Change, voir en ligne sur GoogleBook.
  12. Moïse Culture [2003], p. 106 à 107.
  13. Selon plusieurs études, le cannabis ne serait pas plus nocif que le tabac pour les adultes, mais désastreux pour le développement neuronal des adolescents, voir cet article dans Le Monde.
  14. Moïse Culture [2003], p. 100.
  15. a, b et c Moïse Culture [2003].
  16. Moïse Culture [2003], p. 53.
  17. Vegetarianism: Recommended in Vedic Scripture intervention de Denis Bloud à Université de Genève département de Sociologie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Giulia Bonacci, «Le “rapatriement” des rastafaris en Éthiopie. Éthiopianisme et retour en Afrique, Annales d'Éthiopie, 2002, en ligne sur Persée.
  • Giulia Bonacci, Exodus! L'histoire du retour des rastafariens en Éthiopie, préface de Elikia M'Bokolo, Paris, L’Harmattan, 2010, 538 p.
  • Horace Campbell, Rasta et résistance: de Marcus Garvey à Walter Rodney, préface de Jérémie Kroubo Dagnini, Camion Blanc, 2014, 580p.
  • Lloyd Bradley, Bass Culture, quand le reggae était roi, 2000
  • Barry Chevannes, Rastafari: Roots and Ideology, Syracuse University Press, 1994, 298 p.
  • Jérémie Kroubo Dagnini, «Rastafari: Alternative Religion and Resistance against "White" Christianity», Études caribéennes, no 12, 2009, en ligne.
  • Jérémie Kroubo Dagnini, «Entretien avec Barry Chevannes : Remembering Rasta Pioneers», Journal of Pan African Studies, vol.3, no 4, 2009, en ligne.
  • Jérémie Kroubo Dagnini, Vibrations jamaïcaines. L'Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle, Camion Blanc, 2011, p. 251-326
  • Boris Lutanie, Introduction au mouvement rasrafari, Paris, L'Esprit frappeur, 2003, 53 p.
  • Boris Lutanie, Jah Rastafari - Abécédaire du mouvement rasta, Poitiers, Le Chat noir, 2007, 95 p.
  • Laurent Lavige, Carine Bernardi, Tendance rasta, 10/18, 2003, compte rendu de l'ouvrage en ligne.
  • Moise Culture, Zion : la foi des rastas, L'Harmattan, 2003, 194 p.
  • Youmin Ho-Sing-Ming, Le mouvement rasta à la Jamaïque. Approche sociologique, maîtrise de sociologie, Université de Bordeaux II, 1983. 231 p. ouvrage disponible sur ce lien.
  • Youmin Ho-Sing-Ming, "Le mouvement rasta à la Jamaïque : de sa naissance à nos jours", DEA de sociologie, Université de Bordeaux II, 1984. Ouvrage disponible à partir de ce lien

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]