Coolie

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Coolie vers 1900 à Zhenjiang en Chine. Le piquet de bambou sur lequel il se tient servait à hisser et transporter le paquet à ses pieds, tenant le piquet sur son épaule et le paquet appuyé contre son dos. Sur le côté gauche de l'image, en arrière-plan, un autre homme utilise la même technique pour porter une lourde charge.

Coolie (également Cooly, Kuli, 'Quli, Koelie, etc.) est un terme désignant au XIXe siècle les travailleurs agricoles d'origine asiatique. Le mot est aujourd'hui employé dans les pays anglophones dans un sens péjoratif.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Il existe différentes origines possibles au terme, au-delà de celle de l'anglais dérivant de l'hindi :

  • Le mot renvoie au terme tamoul signifiant « salaire ».
  • En chinois et en japonais, le mot peut faire référence à une façon brutale d'utiliser de la main-d'œuvre, mais aussi à la dureté du travail : le mot 苦力 (transcription pinyin (chinois) : kǔlì, Hepburn (japonais) : kūrii) est composé de deux idéogrammes, le premier signifiant « souffrance (amère) » et le second « pouvoir » ou « force » [de travail].
  • En néerlandais, koeli renvoie à une personne méritante effectuant un labeur difficile, sens qu'a retenu le malais-indonésien kuli.
  • Il est aussi possible que l'étymologie soit liée au nom de la caste indienne des Kulî

Historique[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, plusieurs pays avaient aboli l'esclavage, mais leur agriculture nécessitait une main-d'œuvre importante. De fait, des travailleurs indiens et chinois quittèrent massivement l'Inde et la Chine, surtout de 1838 à 1917, et rejoignirent l'Île Maurice, la Réunion, l'Afrique de l'est et du sud, Fidji, les Antilles, Cuba, le Pérou, les États-Unis et la Guyane.

En Afrique du Sud, des gisements de diamants et d'or sont découverts à la fin du XIXe siècle : on fait venir quelque 64 000 Chinois entre 1904 et 1907 pour travailler dans les mines[1]. Entre 1866 et 1911 l’Afrique du Sud accueille 150 000 travailleurs indiens sous contrat dont les 2/3 restent sur place après la fin de leur contrat[2]. La plupart travaillent dans l'agriculture.

La Martinique et la Guadeloupe ont fêté le 150e anniversaire du début de l'immigration indienne en 2003 et 2004.

Dans le passé, Maurice abritait le coolie ghat, qui accueillit les premiers coolies, surtout à la suite de l'abolition de l'esclavage. Ce lieu de débarquement a ensuite été renommé Aapravasi Ghat (ghat de l'immigré), et a été classé par l'Unesco en 2006. Il célèbre tous les immigrés qui y ont débarqué, venant de divers lieux et pays.

À la Réunion, on peut encore constater les vestiges des bâtiments qui accueillaient ces migrants lors de leur mise en quarantaine, dans le village de La Grande Chaloupe entre Saint-Denis et La Possession.

Imaginaire[modifier | modifier le code]

Le coolie est, dans la littérature coloniale, le portefaix ou porteur, généralement dans les gares ou les ports, métier encore en vigueur dans des pays d'Asie et du Golfe Persique.

Le dérivé moderne du mot coolie est la coolitude, néologisme né en 1992 dans le texte Cale d'étoiles, coolitude. Elle désigne un concept de diversité culturelle né de la mise en relation des Indes avec d'autres espaces culturels et des imaginaires du Divers, à la suite de l'abolition de l'esclavage. Dans l'esprit du patrimoine mondial de l'Unesco, qui vient de classer l'ex-coolie ghat — renommé Aapravasi ghat — à la liste des monuments appartenant à l'humanité, elle ouvre l'expérience du coolie ou de l'engagé à la diversité culturelle et opère la conjonction de la route de l'esclave et de la route du coolie ou de l'engagé, parmi d'autres mises en relation avec les « récits à partager » (Paul Ricœur).

Ce terme de Coolitude est forgé par l'écrivain Khal Torabully, qui invente par la même occasion une étymologie nouvelle pour le mot coolie. D'après cette vision, rejetée par des linguistes qui n'interrogent pas assez ses potentialités transculturelles, le Coolie est le Kuli, l'habitant de Kula (région gangétique), issu de peuples semi-nomades habitués aux travaux des champs d'indigotiers, ce qui faisait de lui un candidat tout désigné pour l'exode au lendemain de l'abolition de l'esclavage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François-Xavier Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Paris, Seuil, 2006, (ISBN 2020480034), p. 153
  2. F.-X. Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, 2006, p. 155
  • (en) P. C. Campbell, Chinese Coolie Emigration to Countries within the British Empire,‎ 1923
  • Khal Torabully, Cale d'étoiles-Coolitude, Azalées Éditions,‎ 1992
  • Khal Torabully, Chair corail : fragments coolies, Ibis rouge,‎ 1999
  • Khal Torabully, Arbres et Anabase, Ibis rouge,‎ 2005 (ISBN 2844502717)
  • (en) Khal Torabully et Marina Carter, Coolitude: An Anthology of the Indian Labour Disapora,‎ 2002 (ISBN 1843310031)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]