Jacques Pâris de Bollardière

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Jacques Pâris de Bollardière
Image illustrative de l'article Jacques Pâris de Bollardière

Naissance 16 décembre 1907
Châteaubriant (Loire-Atlantique)
Décès 22 février 1986 (à 78 ans)
Guidel (Morbihan)
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Flag of France.svg Armée française - Flag of Free France 1940-1944.svg FFL
Grade Général de brigade
Années de service 19271961
Conflits Seconde Guerre mondiale
Guerre d'Indochine
Guerre d'Algérie
Distinctions Grand-croix de la Légion d’honneur
Compagnon de la Libération
Croix de guerre 1939-1945
Médaille de la Résistance

Jacques Pâris de Bollardière, né le 16 décembre 1907 à Châteaubriant en Loire-Atlantique et mort le 22 février 1986 à Guidel (village du Vieux-Talhouët) dans le Morbihan, est un officier général de l’armée française, combattant de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie. C'est également une des figures de la non-violence en France.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Fils d'un officier de marine, il fait des études secondaires au collège Saint-Sauveur de Redon, avant de rejoindre le Prytanée national militaire de La Flèche. Entré en 1927 à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, où il se distingue par son esprit libre et contestataire[réf. nécessaire], il en sort trois ans après avec le grade de sergent-chef (c'est une sanction : les « cyrards » sortent normalement sous-lieutenants et accomplissent leur cursus en deux ans). Affecté au 103e RIA de Bastia, il est promu lieutenant en 1932. Affecté en 1935 dans la Légion étrangère, il est nommé au 1er régiment étranger d'infanterie à Saïda, en Égypte, qui rejoint Marrakech l'année suivante.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Affecté à la 13e demi-brigade de Légion étrangère en février 1940, il devient capitaine et prend part à la campagne de Norvège. Débarqué à Brest le 13 juin, il assiste à la débâcle et décide de rejoindre Londres. Embarqué sur un chalutier à Paimpol, il rallie les Forces françaises libres, ce qui lui vaut une condamnation à mort par le régime de Vichy.

Avec la 13e demi-brigade de Légion étrangère il participe aux campagnes du Gabon, en novembre 1940, et d'Érythrée. Son rôle dans la prise de Massaoua lui vaut d'être décoré de la Croix de la Libération. Avec la 1re division légère française libre, il participe ensuite à la campagne de Syrie. Promu chef de bataillon en septembre 1941, il commande le 1er bataillon étranger en Libye, notamment à la bataille d'El Alamein, où il est blessé au bras par une bombe. Hospitalisé huit mois, il retrouve son unité le 15 juin 1943 à Sousse, en Tunisie.

En octobre 1943, il rejoint le BCRA et devient parachutiste. Parachuté à Mourmelon le 12 avril 1944, il commande la mission « Citronnelle », qui doit organiser le maquis des Manises dans les Ardennes. Mal armés, mal organisés, mal préparés, 106 maquisards isolés dans les bois et sans secours y sont massacrés. Rentré de mission le 20 septembre, il prend le commandement du 3e RCP/3rd SAS de la brigade SAS[1]. Il saute sur la Hollande le 7 avril 1945, lors de l'opération Amherst.

Jacques de Bollardière est l'un des Français les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale: grand officier de la Légion d'honneur, compagnon de la Libération, deux fois décoré du Distinguished Service Order (DSO), etc.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Il est promu lieutenant-colonel à la fin de la guerre et prend le commandement des deux régiments (squadrons) SAS français (2e et 3e RCP), fondus ce qui deviendra le 1er RPIMa (1er régiment parachutistes d'infanterie de marine, équivalent français des SAS britanniques) en février 1946. Débarqué à Saïgon avec le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient un mois après, il rentre en France en 1948 puis commande les troupes aéroportées en Indochine de 1950 à 1953.

Affecté au Centre des hautes études militaires en octobre 1953 puis à l'École de guerre, où il enseigne la tactique des troupes aéroportées, il prend la tête de deux brigades en Algérie en juillet 1956. En décembre de la même année, il est promu général de brigade : il est alors le plus jeune général de l'armée française.

Engagement contre la torture en Algérie[modifier | modifier le code]

Confronté aux atrocités nazies commises au Maquis des Manises où il a été responsable de la Mission Citronnelle, c'est là qu'il aurait acquis la conviction que la torture est le propre des régimes totalitaires.

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement l'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie : il dénonce à ses chefs « certains procédés » pratiqués par une partie de l'armée française dans la recherche du renseignement lors de la guerre d'Algérie[2]. Sa prise de position publique (dans L'Express) lui vaut une sanction de soixante jours d’arrêt de forteresse, le 15 avril 1957, à La Courneuve[3],[2].

Il écrit quelques années plus tard : « Je pense avec un respect infini à ceux de mes frères, arabes ou français, qui sont morts comme le Christ, aux mains de leurs semblables, flagellés, torturés, défigurés par le mépris des hommes ». Il soutient Jean-Jacques Servan-Schreiber dans sa dénonciation de la torture.

« La guerre n’est qu’une dangereuse maladie d’une humanité infantile qui cherche douloureusement sa voie. La torture, ce dialogue dans l’horreur, n’est que l’envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l’inflige plus encore que celui qui la subit. Céder à la violence et à la torture, c’est, par impuissance à croire en l’homme, renoncer à construire un monde plus humain. »

Relevé de son poste, il est ensuite nommé adjoint du général commandant supérieur des forces armées de la zone de défense AEF-Cameroun puis à Coblence, en Allemagne, des postes honorifiques qui l'éloignent du commandement. Il démissionne au moment du putsch des généraux (avril 1961), n'ayant pu obtenir de poste en Algérie, comme il le souhaitait.

Il déclare à cette occasion : « le putsch militaire d’Alger me détermine à quitter une armée qui se dresse contre le pays. Il ne pouvait être question pour moi de devenir le complice d’une aventure totalitaire. »

Non-violence[modifier | modifier le code]

Jacques de Bollardière (à droite) sur le plateau du Larzac, protestant contre l'extension du camp militaire, dans les années 1970. À sa gauche, les philosophes non-violents Jean-Marie Muller et Lanza del Vasto.

Pendant deux ans, il travaille comme attaché de direction dans l'entreprise de construction navale La Perrière à Lorient.

Il devient un membre actif du Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) avec sa femme Simone. Il participe au mouvement de défense du Larzac menacé par l'extension d'un camp militaire. Le 17 juillet 1973, il est arrêté au large de Moruroa alors qu’il manifeste de façon non-violente contre les essais nucléaires atmosphériques (et plus généralement contre la dissuasion nucléaire). La marine française arraisonne son voilier, le Fri, alors qu'il est en dehors des eaux territoriales (mais à l'intérieur du périmètre de sécurité délimité en vue d'un essai). Le « commando Bollardière » est composé de Jean Toulat, Jean-Marie Muller et Brice Lalonde.

Il est également président de l'association Logement et promotion sociale de 1968 à 1978, membre d'associations régionalistes bretonnes et théoricien de la défense civile non-violente. Ces convictions sont indissociables de sa foi chrétienne.

À l’occasion de la loi de réhabilitation des militaires putschistes de 1982, certains officiers ayant résisté au putsch sont également réintégrés dans les cadres ; trouvant ce parallélisme déplacé et ce geste bien tardif, le général de Bollardière refuse le même traitement.

Décédé dans sa résidence du Vieux-Talhouët le 22 février 1986 à Guidel, il est inhumé à Vannes.

Commémoration[modifier | modifier le code]

Le Conseil de Paris a décidé, à l’unanimité, de baptiser « Carrefour Général-Jacques-Pâris-de-Bollardière », celui situé entre les avenues de Suffren et de La Motte-Picquet (VIIe et XVe arrondissement). L'inauguration a eu lieu le 29 novembre 2007[4].

Le 30 janvier 2009, le Conseil municipal de Rezé (Loire-Atlantique) a adopté une délibération baptisant une rue au nom du général Jacques Pâris de Bollardière. Cette décision faisait suite à une démarche pédagogique engagée par une classe de BEP électrotechnique du lycée professionnel Louis-Jacques Goussier de Rezé, dont les élèves s'étaient émus du fait qu'aucune commune de l'agglomération nantaise n'avait immortalisé le nom de ce grand humaniste pourtant natif du département. L'inauguration eut lieu le 30 mai 2009.

Le 25 juin 2010, La Communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard baptise le « pont général Jacques de Bollardière », celui reliant Audincourt à Valentigney[5]. Lors de l'inauguration, l'historien Pierre Croissant a retracé la vie du général, avant que les personnalités politiques prononcent leurs discours. Martial Bourquin, Claude Jeannerot, Pierre Moscovici et Daniel Petitjean se sont succédé, avant de laisser la parole à des collégiens des deux villes qui ont lu des extraits des lettres du général de Bollardière, et des messages de paix de nombreux prix Nobel de la paix.

À Nantes, une rue située sur l'île de Nantes (sur l'ancienne île Beaulieu), porte son nom.

Décorations[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Bataille d'Alger, bataille de l'homme, Paris, Éditions Desclée de Brouwer, 1972.
  • Le Bataillon de la Paix, Paris, Éditions Buchet-Chastel, 1974 (ouvrage collectif)
  • La guerre et le désarmement, Paris, 1976

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roger Barberot, Malaventure en Algérie avec le Général Paris de Bollardière, Paris, Plon, 1957
  • Jean Toulat, Un combat pour l'homme, Le général de Bollardière, Paris, éd. du Centurion, 1987
  • Jean-Jacques Servan-Schreiber, Passions, Paris, Fixot, 1991
  • Vincent Roussel, Jacques de Bollardière : de l'armée à la non-violence, Paris, Desclée de Brouwer, 1997
  • Jessie Magana, Général de Bollardière, non à la torture, Paris, Actes Sud, 2009

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Général de Bollardière d'André Gazut et Pierre Stucki, prod. TSR (1974)
  • Un combat singulier - Documentaire (52") de Xavier Villetard, Prod. Leitmotiv productions, Pois chiche films, France 3 Ouest (2004)

Homonymie[modifier | modifier le code]

  • général de division Jacques Pâris de Bollardière, directeur du service national depuis septembre 2004.

Source principale[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En 1944, le SAS est composé de cinq régiments, deux britanniques (le 1st et le 2nd) et deux français (le 3rd et le 4th) et le 5th belge.
  2. a et b Jean-Dominique Merchet, Bollardière, le général qui a dit non, Libération, 14 juin 2001, consulté le 5 octobre 2013.
  3. Jean-Jacques Servan-Schreiber, directeur de L'Express, et lieutenant de Bollardière en Algérie, publie dans son journal des articles parlant de son expérience algérienne durant sa période de réserve. Il est inculpé d'atteinte au moral de l'armée, les articles dénonçant l'attitude du gouvernement français, sans toutefois aborder le thème de la torture. Citant dans ses articles son ancien chef, sous un pseudonyme, celui-ci confirme dans un courrier au journal, que ce que rapporte Servan-Schreider est vrai. La lettre parait dans L'Express le 29 mars 1957, sans que les supérieurs de Bollardière aient donné leur accord.

    «  Le 21 mars 1957
    Mon cher Servan-Schreiber,
    Vous me demandez si j'estime que les articles publiés dans L'Express, sous votre signature, sont de nature à porter atteinte au moral de l'Armée et à la déshonorer aux yeux de l'opinion publique. Vous avez servi pendant six mois sous mes ordres en Algérie avec un souci évident de nous aider à dégager, par une vue sincère et objective des réalités, des règles d'action à la fois efficaces et dignes de notre Pays et de son Armée.
    Je pense qu'il était hautement souhaitable qu'après avoir vécu notre action et partagé nos efforts, vous fassiez votre métier de journaliste en soulignant à l'opinion publique les aspects dramatiques de la guerre révolutionnaire à laquelle nous faisons face, et l'effroyable danger qu'il y aurait pour nous à perdre de vue, sous le prétexte fallacieux de l'efficacité immédiate, les valeurs morales qui seules ont fait jusqu'à maintenant la grandeur de notre civilisation et de notre Armée. Je vous envoie l'assurance de mon estime […] »

    Sa lettre fait grand bruit et lui vaut, le 15 avril, une sanction de soixante jours d'arrêt de forteresse à La Courneuve.

  4. « Paris rend hommage à Jacques de Bollardière, général français engagé contre la torture en Algérie »
  5. Inauguration du Pont Général de Bollardière

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]