William Lloyd Garrison

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William Lloyd Garrison

William Lloyd Garrison (12 décembre 180524 mai 1879) était un abolitionniste américain, journaliste et réformateur social. Homme-clé du mouvement abolitionniste américain auquel il donna une nouvelle impulsion dans les années 1830, il édita le journal, The Liberator dont il fit sa tribune et fonda l'American anti-slavery society qui devait devenir la principale société abolitionniste du pays avec son journal National Anti-Slavery Standard.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années d'apprentissage[modifier | modifier le code]

William Lloyd Garrison est né le 12 décembre 1805, à Newburyport (Massachusetts). Son père, Abijah Garrison, originaire de la province du Nouveau-Brunswick au Canada, était un marin qui avait emménagé en 1805 avec sa famille, dans le port de Newburyport, alors en pleine croissance[1]. L'embargo de 1807, en stoppant brutalement l'activité commerciale du port, priva de son emploi le marin qui se heurta de plus en plus fréquemment avec sa femme au sujet de sa consommation excessive d'alcool. Trois ans près son installation aux États-Unis, il quitta à jamais sa famille pour reprendre le chemin du Canada. Sa femme, Fanny Garrison, éleva seule ses trois enfants, James, Maria Elyzabeth et William[2], qu'elle se plaisait à appeler Lloyd[3]. Contraint de vendre des sucreries dans la rue ou même parfois de quémander des restes de nourritures aux riches propriétaires qui employaient sa mère comme femme de maison[4], William manquait régulièrement l'école mais reçut une éducation stricte, marquée par les profondes convictions religieuses de sa mère[5].

À l'âge de 14 ans, Garrison commença à travailler comme apprenti compositeur-typographe pour le Newburyport Herald pour lequel il s'essaya à écrire ses premiers articles sous le pseudonyme d'Aristide, un homme d'État athénien qu'on surnommait le Juste. À la fin de son apprentissage, il acheta avec un jeune imprimeur nommé Isaac Knapp son propre journal, l'éphémère Free Press, qui ouvrit notamment ses colonnes au poète abolitionniste John Greenleaf Whittier. En 1828, il fut embauché par le National Philanthropist de Boston, un journal défendant une législation pour interdire la vente d'alcool.

Activités abolitionnistes[modifier | modifier le code]

À Baltimore[modifier | modifier le code]

Converti à l’abolitionnisme par Benjamin Lundy, Garrison devint coéditeur de son journal, le Genius of Universal Emancipation, publié à Baltimore. L’expérience de Garrison comme typographe et imprimeur libéra Lundy de la charge du journal et lui permit de multiplier voyages et discours en faveur de l’émancipation. Par l’entremise de Lundy, Garrison put s’entretenir avec les leaders de la communauté noire de la question de la colonisation, point sur lequel ses vues évoluèrent du tout au tout à leur contact : d’abord partisan de l’American Colonization Society, il en devint un des pourfendeurs les plus acharnés.

Ses vues évoluèrent également sur la question des moyens à mettre en œuvre pour en finir avec l’esclavage. Garrison partagea d’abord les vues « gradualiste » de son mentor, avant de défendre une émancipation immédiate et sans condition. Le travail mené au sein du Genius fut centrale dans cette évolution : malgré ses positions modérées, Lundy laissait s’exprimer dans ses colonnes une grande variété de points de vue et accueillait même ceux qui tranchaient le plus radicalement avec les siens. C'est notamment par son intermédiaire que furent publiés aux États-Unis les pamphlets radicaux écrits par Elizabeth Heyrick en Angleterre. Malgré leur divergence de point de vue, qui allait grandissante, Lundy ne se sépara d’ailleurs pas de Garrison, ni ne lui interdit d’exprimer ses opinions. Pour bien marquer qui prenait la parole, les deux hommes prirent simplement l’habitude de signer leurs éditoriaux.

Parmi les contributions de Garrison à l'évolution du journal figure l'introduction de la « Black List », une colonne destinée à rapporter « les barbaries de l’esclavage — kidnappings, coups de fouet, meurtres ». C'est dans cette rubrique qu'il attaqua par deux fois un marchand prospère de sa ville d'origine, Francis Todd de Newbury pour sa participation au commerce négrier. L'activité de Todd était légale car elle se limitait à une traite interne au pays, au sein d'Etats qui n'avaient pas aboli l'esclavage : il transportait des cargaisons d'esclaves depuis Baltimore jusqu'à La Nouvelle-Orléans. Garrison dénonçait un commerce qu'il trouvait en soi inhumain mais également les conditions matérielles dans lesquelles celui-ci était effectué. Il relata que les esclaves déportés à bord du Francis étaient maintenus dans les chaînes à fond de cale dans une promiscuité intolérable. Todd attaqua Garrison et Lundy en justice pour diffamation, en contestant la description des conditions de transport des esclaves. Selon lui, ces derniers étaient traités dignement et pouvaient librement aller et venir sur le pont[6]..

Lundy fut relaxé au motif qu'il se trouvait trop loin de Baltimore au moment des faits pour avoir pu influer sur le contenu du journal à ce moment précis. Le tribunal considéra que la responsabilité éditoriale incombait alors exclusivement à Garrison qui fut condamné à payer une amende dont il ne fut pas en mesure de réunir le montant. En lieu et place, il purgea une peine de prison, écourtée par l'intervention du riche philanthrope new-yorkais Arthur Tappan qui régla l'amende et fit libérer Garrison au bout de 49 jours. L'abolitionniste avait profité de son séjour en prison pour rédiger un pamphlet qui relatait les conditions de son procès et de sa détention. Sans attendre le procès en appel, qu'il considérait par avance biaisé par le parti-pris esclavagiste des juges du Maryland, il quitta définitivement l'État et s'installa à Boston[7].

À Boston[modifier | modifier le code]

Garrison devint dans les années 1830 l'homme de base du mouvement abolitionniste américain, en prenant une part prépondérante dans sa réorganisation. Il commença par créer en 1831 la New England Anti-Slavery Society dont il établit le siège à Boston. Le premier numéro de son journal, The Liberator, parut le 1er janvier 1831[8]. L’association reçut en janvier 1833 le renfort d’une organisation noire, la Massachusetts General Colored Association de Thomas Dalton. En décembre 1833, le courant mené par Garrison et Theodore Weld se structura autour de l’American anti-slavery society dont la convention inaugurale réunit 62 délégués dont 21 Quakers à l’Adelphi building de Philadelphie[9]. Elle chargea Garrison de la rédaction de sa déclaration de foi qui, empreint d'une forte tonalité religieuse, appelle à l’abolition immédiate et sans condition de l’esclavage et condamne la démarche de l’American Colonization Society.

Encore extrêmement minoritaire, présenté par la presse comme un fanatique, Garrison initia pourtant une dynamique qui se renforça tout au long des années 1830. Malgré les divisions ultérieures ou les critiques portant sur son intransigeance et son style autoritaire, il conserva jusqu’à la veille de la guerre de Sécession une aura qui en fit le symbole du mouvement.

Se présentant comme un homme qui refuse le compromis qu’il assimile à la compromission, il plaça le débat sur le terrain moral, procédant par une série d’oppositions entre « la pureté morale » et « la corruption »[10]. Il tenait ainsi la Constitution américaine pour « une alliance avec la mort » (a convenant with death) et « un pacte avec l’enfer » (an agreement with hell)[11] et alla même jusqu’à brûler publiquement ce texte. Cette compromission originelle des Pères fondateurs avec l’esclavagisme justifiait sa volonté de se tenir à l’écart de toutes les institutions organisées par la Constitution et, partant, son refus de participer au jeu électoral[12]. Plus encore, il considérait que la corruption originelle de la nation américaine ne pouvait être lavée que par la dissolution du pays qu’il appelait de ses vœux dans son slogan : « Pas d’Union avec les esclavagistes » (No Union with slaveholders)[13]. Il considérait avec la même sévérité les Églises accusées de soutenir l’esclavage. S’il était intransigeant, Garrison s’opposait cependant avec la plus grande force à l’usage de toute forme de violence : pour lui, l’arme des abolitionnistes devait être le discours qui permet de « détruire l’erreur par la seule force de la vérité »[14] et de conquérir les esprits par la « persuasion morale » (moral suasion). Enfin, il estimait nécessaire de lier le combat pour les droits des Noirs avec celui pour les droits des femmes.

Il soutint également à plusieurs reprises des projets qui visaient à améliorer l'éducation que recevaient les Afro-Américains dans le Nord du pays. Il fut ainsi aux côtés de Simeon Jocelyn (en) lorsque celui-ci essaya, sans succès, d'ouvrir un college pour les Noirs à proximité de l'Université Yale. Il se chargea de faire la publicité de l'école pour jeunes filles noires que Prudence Crandall parvint à faire vivre pendant 18 mois dans le Connecticut, malgré l'opposition farouche de la population locale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nick Fauchald, William Lloyd Garrison : Abolitionist And Journalist, Compass Point Books, 2005, p. 15.
  2. Fauchald, (2005), p. 16.
  3. Fauchald (2005), p. 15.
  4. Fauchald (2005), p. 17.
  5. Fauchald (2005), p. 19.
  6. Paul Finkelman, Slavery in the courtroom: an annotated bibliography of American cases, The Lawbook Exchange, 1998, p. 161-162.
  7. Paul Finkelman (1998), p. 162-163.
  8. Lewis Perry, Michael Fellman (dir.), Antislavery reconsidered : new perspectives on the abolitionists, LSU Press, 1979, p. 4.
  9. William Lee Miller, Arguing About Slavery. John Quincy Adams and the Great Battle in the United States Congress. Vintage Books, 1995, p. 68.
  10. Cité in Louis Boissier, Histoire du conflit américain, BiblioBazaar, LLC, 2009 (1ère publication 1870), p. 128.
  11. Ces formules bibliques sont des citations d’Isaïe 28:15. The letters of William Lloyd Garrison, Harvard University Press, Volume 6, p. 509.
  12. Paul Finkelman, Slavery and the founders : race and liberty in the age of Jefferson, M.E. Sharpe, 2001, p. 3.
  13. Finkelman (2001), p. 4.
  14. Louis Boissier (2009), p. 128.