Nicolas Gogol

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Nicolas Gogol

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Portrait de Nicolas Gogol en 1840 par Otto Friedrich von Möller.

Nom de naissance Nikolaï Vassilievitch Gogol
Activités écrivain
Naissance 1er avril 1809
Sorotchintsy, Empire russe
Décès 4 mars 1852 (à 42 ans)
Moscou
Langue d'écriture russe

Œuvres principales

Signature

Signature de Nicolas Gogol

Nicolas Gogol (en russe : Николай Васильевич Гоголь, Nikolaï Vassilievitch Gogol ; en ukrainien : Микола Васильович Гоголь, Mykola Vassyliovytch Hohol) est un prosateur, dramaturge, poète, critique littéraire et publiciste russe d'origine ukrainienne, né à Sorotchintsy dans le gouvernement de Poltava (Empire russe) le 31 mars (19 mars) 1809[1] et mort à Moscou le 4 mars (21 février) 1852. Il est considéré comme l'un des écrivains classiques de la littérature russe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Nicolaï Vassilievitch Gogol est né en 1809 à Sorotchintsy, village du gouvernement de Poltava, au cœur de l'Ukraine, cadet de neuf enfants. Selon la tradition familiale, il est issu d'une ancienne famille cosaque ukrainienne et serait le descendant du hetman Ostap Gogol. Son père, décédé en 1825 alors que Nicolas n'a que 16 ans, écrit de petites pièces de théâtre et développe le goût de son fils pour la littérature. Sa mère lui donne une éducation religieuse traditionnelle qui au fil des ans évoluera vers un mysticisme maladif (angoisse du mal et du jugement dernier[2]).

Après de médiocres études au lycée de Nijyn, Gogol quitte l'Ukraine pour Saint-Pétersbourg avec l'ambition de faire une grande carrière dans l'administration. Il prétend que la première chose qu'il fit, une fois arrivé dans la capitale de l'Empire russe, fut de courir chez Alexandre Pouchkine qui, mal remis d'une nuit de fête, ne put malheureusement le recevoir. Mais ce qui l'attend d'abord à Pétersbourg, c'est un modeste emploi dans un ministère.

Premières œuvres[modifier | modifier le code]

En 1829, Gogol fait ses premiers pas littéraires en publiant, sous le pseudonyme de V. Alov et à compte d'auteur, le médiocre poème romantique Hanz Küchelgarten. Éreinté par la critique, il retire les exemplaires des librairies pour les brûler. Lorsque le succès lui sourira, Gogol ne parlera à personne de cet échec littéraire. Après cet échec, il s'échappe une première fois de Russie et passe deux mois dans le nord de l'Allemagne, sous couvert de mensonges successifs.

De retour à Pétersbourg, il est forcé de s'engager à nouveau dans l'administration pour un salaire de misère. Il poursuit également ses écrits, regrettant le soleil d'Ukraine. C'est ainsi que l'année suivante paraît dans Les Annales de la Patrie sa première nouvelle, inspirée par le folklore ukrainien, la Nuit de la Saint-Jean.

Des contes ukrainiens aux nouvelles pétersbourgeoises[modifier | modifier le code]

En 1831, Gogol quitte l'administration et devient professeur à l'Institut patriotique pour filles d'officiers nobles. Il est introduit dans les milieux littéraires et présenté à Alexandre Pouchkine qui l'encourage à écrire. L'éloignement de l'Ukraine lui inspire les Soirées du hameau. Ce recueil de nouvelles grotesques, drolatiques et fantastiques, inspirées de la vie des paysans ukrainiens, lui assure la célébrité. Il comprend La Foire de Sorotchintsy, La Nuit de Saint-Jean, Une nuit de Mai, La Dépêche disparue. L'accueil de la critique est excellent. Le second tome des Soirées du Hameau est publié en 1832. Il comprend La Nuit de Noël, Une terrible vengeance, Ivan Fiodorovitch Chponka et sa tante, Le Terrain ensorcelé. Nouveau succès.

En 1833, Gogol traverse une profonde crise morale. Gogol, croyant selon le culte orthodoxe, pense que chaque homme, qui est envoyé sur terre par Dieu, a une "mission" à accomplir. Il estime cependant ne pas encore avoir perçu le but de sa "mission". C'est pourquoi, toujours à la recherche de sa « mission », il se découvre une vocation d'historien. Nommé professeur adjoint d'histoire à l'université de Saint-Pétersbourg en juillet 1834, ses premiers cours (auxquels assistera Tourgueniev) entraînent l'enthousiasme des étudiants. Son intérêt pour l'histoire comme sa popularité en tant que professeur s'éteignent cependant rapidement.

Gogol publie, en 1835, le recueil Arabesques, qui contient notamment La Perspective Nevski, Le Portrait et Le Journal d'un fou. Quant au recueil Mirgorod, on y retrouve entre autres le conte fantastique Vij et une première version de Tarass Boulba.

La reconnaissance : Le Revizor[modifier | modifier le code]

Nicolas Gogol. Portrait au crayon par Alexandre Dmitriev-Mamonov

En 1836, la pièce de théâtre Le Revizor (dont le sujet lui a été fourni par Pouchkine, étant donné que ce dernier estime ne pas avoir le talent humoristique nécessaire à l'écriture d'une telle pièce), applaudie par les libéraux, attaquée par les réactionnaires, connaît un succès de scandale à Saint-Pétersbourg. Une remarque attribuée au tsar Nicolas Ier calmera les esprits : « tout le monde en a pris pour son grade, moi en premier ». Gogol se sent incompris. Il est tout autant irrité par ceux qui le soutiennent que par ceux qui le critiquent : tous détournent sa pensée profonde, pensant que Le Revizor est une satire politique, alors qu'il a voulu une farce dénonçant la mesquinerie provinciale. En plein désarroi, il fuit la Russie[3].

Un exil volontaire de douze ans[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative sur la maison de Gogol à Rome

En juin 1836 Gogol entame une longue période de pérégrinations à travers l'Europe de l'Ouest. Il part d'abord pour l'Allemagne et la Suisse et arrive à Paris en novembre 1836 où il restera jusqu'en mars 1837. C'est à Paris qu'il apprend la mort de Pouchkine, tué en duel à Saint-Pétersbourg, qui le trouble profondément. Il s'installe ensuite à Rome où il demeurera deux ans, avant de reprendre la route.

Cette « bougeotte », ce besoin compulsif de se déplacer est l'un des symptômes de ses troubles psychologiques. Il se consacre d'abord au tourisme, avant que ses problèmes de santé (principalement psychologiques selon toute vraisemblance) ne l'obligent à passer son temps dans des villes d'eau. Profitant autant que possible de l'hospitalité de ses admirateurs fortunés, l'écrivain impécunieux visite ainsi l'Allemagne (Francfort chez Vassili Joukovski), la Suisse, la France (Paris, chez le comte Alexandre Tolstoï), le royaume de Piémont-Sardaigne (Nice, chez la comtesse Vielgorski), et enfin la Belgique. Il prétend aussi s'être rendu en Espagne ; mais cela semble être un de ses nombreux mensonges. Cependant, de tous les pays d'Europe, c'est l'Italie qu'il préfère de loin, et Rome en particulier.

Les Âmes mortes[modifier | modifier le code]

Dans son maigre bagage, outre quelques habits, Gogol emporte le manuscrit de son grand roman, Les Âmes mortes. Il avait commencé à l'écrire en 1835, sur une idée donnée par Pouchkine. Il ne s'agit d'abord dans son esprit que d'une farce, dans la lignée de ses premiers écrits. Mais dans sa foi de plus en plus exaltée en sa « mission », il l'envisage bientôt comme son chef-d'œuvre, surtout après la mort de Pouchkine. Après cinq années de travail, principalement à Rome, Gogol termine l'ouvrage. Il essaie de le faire publier en 1841, mais il est interdit par le comité de censure de Moscou. Ce n'est qu'après de nombreuses manœuvres que l'œuvre est autorisée par la censure de Pétersbourg et qu'elle peut paraître, en 1842. Aventures amusantes d'un petit escroc, satire de la médiocrité humaine, ce roman est aussi une critique impitoyable (et involontaire) de la Russie tsariste. Le succès et le scandale sont à nouveau au rendez-vous. Gogol, lui, a déjà fui la Russie.

Son expérience passée de médiocre employé de ministère lui inspire aussi une nouvelle fantastique, Le Manteau, dont le héros Akaki Akakiévitch est devenu l'archétype du petit fonctionnaire russe[4]. Elle est publiée en 1843, dans ses Œuvres complètes.

Dépression et mysticisme[modifier | modifier le code]

À partir de ce moment, Gogol devient de plus en plus mystique. Il se persuade ainsi que sa mission est de sauver moralement la Russie, en la guidant vers le paradis. Ce cheminement vers le bien, Gogol entend le décrire dans une suite aux Âmes mortes. Il voit désormais la première partie du roman comme une représentation de l'enfer sur terre. La seconde et la troisième partie des Âmes mortes décriront la graduelle rédemption des héros, leur passage au purgatoire, puis au paradis. Mais, pour cette œuvre, Gogol estime qu'il doit lui-même se perfectionner moralement. L'écrivain s'absorbe dès lors dans la lecture des livres saints, telle que L'Imitation de Jésus-Christ ou le Ménologe. Hélas, ni son perfectionnement, ni l'écriture n'avancent comme il le voudrait. Rongé par le doute, déprimé, toujours plus hypocondriaque, il brûle à plusieurs reprises la suite aux Âmes mortes[5].

Il s'oriente simultanément vers un conservatisme politique extrême (défense de l'autocratie et de l'orthodoxie). C'est ainsi que sa dernière œuvre, les Passages choisis d'une correspondance avec des amis, cause un véritable scandale lors de sa parution en 1846. Il s'agit d'un ouvrage réactionnaire, où Gogol dévoile une vision tellement obscurantiste du monde qu'elle en est comique[6]. En 1848, Gogol quitte l'Europe pour l'Orient. Il visite les lieux saints, sans y trouver de remède à sa dépression. Ensuite, il rentre définitivement en Russie, où il partage son temps entre Moscou et le sud de l'Empire, Odessa notamment. Il y est libéré de tout souci matériel, trouvant refuge chez ses riches admirateurs, mais se sent toujours plus malade et désemparé. En ultime recours, Gogol cherche l'assistance de moines fanatiques (tels que le père Matthieu) ou, même, de fols en Christ.

Mort tragique[modifier | modifier le code]

Tombe de Gogol au cimetière de Novodevitchi.
Buste de Gogol à Saint-Pétersbourg

Dans la nuit du 11 au 12 février 1852, Gogol brûle une dernière fois le manuscrit de la deuxième partie des Âmes mortes, dans son appartement du boulevard Nikitsky. Au matin, il accuse le diable de l'avoir trompé. Il se laisse ensuite mourir, refusant nourriture et soins. Finalement livré aux mains de médecins, ceux-ci lui infligent des traitements d'une violence inouïe (bains froids, saignées, cataplasmes et sangsues). Gogol décède le 21 février 1852[7].

D'abord enterré au monastère Saint-Daniel, sa dépouille est transférée en 1931 au cimetière de Novodevitchi de Moscou.

Gogol a eu une grande influence dans la littérature russe de la seconde moitié du XIXe siècle, par exemple sur Fiodor Dostoïevski. Selon le Roman russe (1886) d'Eugène-Melchior de Vogüé, Dostoïevski aurait dit : « Nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol »[8],[9]. Son aura s'est sans doute encore accrue au XXe siècle. Mikhaïl Boulgakov s'en inspira grandement pour son chef-d'œuvre, Le Maître et Marguerite, ou encore Alexandre Soljenitsyne[réf. nécessaire].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie
  • Hanz Küchelgarten (1829) (idylle romantique)
Nouvelles
Romans
Théâtre
  • La Matinée d'un homme d'action
  • Le Procès
  • L'Antichambre
  • Les Joueurs (1836)
  • Les Épousailles ou Hyménée (1835)
  • Le Revizor (1836)
Correspondance

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date de naissance est aussi donnée le 1er avril (20 mars) 1809.
  2. Henri Troyat, Gogol, p. 7 à 56.
  3. Henri Troyat, Gogol, p. 193 et suivantes
  4. Vladimir Nabokov souligne le caractère extrêmement moderne de cette nouvelle dans Littérature II.
  5. Gustave Aucouturier, chronologie de Gogol, dans Nicolas Gogol, Les Âmes mortes, Gallimard, 1973, p. 448 et 449
  6. Gustave Aucouturier, chronologie de Gogol, dans Nicolas Gogol, Les Âmes mortes, Gallimard, 1973, p. 450 et 451. Vissarion Belinski critiquera vivement ce texte, dans une lettre qui aura un grand retentissement; Fiodor Dostoïevski, notamment, en fera la lecture lors d'une réunion du cercle de Petrachevski.
  7. Henri Troyat, Gogol, Flammarion, 1971, p. 561 et suivantes.
  8. Efim Etkind, Georges Nivat, Ilya Serman, Vittoria Strada, Histoire de la littérature russe, tome 2, L'époque de Pouchkine et de Gogol, p.  792, 1996, Fayard
  9. Georges Nivat, Vers la fin du mythe russe. Essais sur la culture russe de Gogol à nos jours, p. 15, Éditions L'Âge d'Homme, Lausanne, 1982

Sources[modifier | modifier le code]

  • Louis Léger, Nicolas Gogol, Paris, Bloud & Cie, 1914.
  • Gustave Aucouturier, Chronologie de Gogol, dans Nicolas Gogol, (1973), Les Âmes mortes, Paris, Gallimard, 1973.
  • Henri Troyat, Gogol, Paris, Flammarion, 1971.
  • Andreï Siniavski (Andreï Siniavski), Dans l'ombre de Gogol, traduit par Georges Nivat, Paris, Le Seuil, 1975, (ISBN 2-02-004802-7)
  • Vladimir Nabokov (trad. Marie-Odile Fortier-Masek et Fredson Bowers, préf. Cécile Guilbert), Littératures : I, II et III, Paris, Robert Laffont (Essai), coll. « Bouquins »,‎ février 2010 (1re éd. 2009), 1248 p., « Nikolaï Gogol »

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