Béla Tarr

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Dans le nom hongrois Tarr Béla, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français Béla Tarr, où le prénom précède le nom.

Béla Tarr

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Béla Tarr

Naissance 21 juillet 1955 (59 ans)
Pécs, Hongrie
Nationalité Drapeau de la Hongrie Hongroise
Profession Réalisateur, scénariste
Films notables Damnation,
Sátántangó,
Les Harmonies Werckmeister,
Le Cheval de Turin

Béla Tarr est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma hongrois né le 21 juillet 1955 à Pécs en Hongrie. Il est reconnu comme un auteur original et exigeant, donnant, à travers son cinéma, une expérience singulière de la durée et une vision du monde inédite[1].

Il a reçu l'Ours d'argent au Festival de Berlin 2011 pour Le Cheval de Turin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Intéressé à l'art par des parents qui travaillent dans un théâtre, Béla Tarr commence à réaliser des films amateurs à 16 ans[1]. Il continue à se familiariser avec le cinéma en travaillant à la Maison de la Culture et du Divertissement[1]. Son travail lui vaut rapidement l'attention des studios Béla Balázs qui lui offrent la possibilité de mettre en scène son premier long métrage Családi tűzfészek (Nid familial) en 1977, consacré au réalisme socialiste[1]. Ses deux films suivants Szabadgyalog (L'Outsider) en 1981 et Panelkapcsolat (Rapports préfabriqués) en 1982 sont dans la même veine. Entre-temps, Tarr vit de petits métiers et suit des études à l'École supérieure de théâtre et de cinéma de Budapest[1]. Par l'usage de la caméra portée, ses premières œuvres ne s'inscrivent pas dans un mouvement contestataire mais se conçoivent comme des chroniques sans concession sur le quotidien pénible de la Hongrie communiste[1].

C'est avec une adaptation de Macbeth pour la télévision en 1982 que sa façon de filmer va vraiment changer : le film ne comportant que 2 plans, le premier (avant le générique) de 5 minutes, le second de 67 minutes.

La sensibilité de Tarr porte aussi bien sur les plans très serrés que sur des compositions abstraites ou de longues prises[1]. Au fur et à mesure, il personnalise sa manière de filmer qui traduit initialement l'empreinte de Miklós Jancsó[1] : durée dilatée, noir et blanc stylisé, mouvements d'appareil complexes, plans séquences sophistiqués, confusion des espaces[2]… Sur le fond, il passe d'une description psychologique et sociale réaliste à une quête métaphysique et allégorique proche d'Andreï Tarkovski[3]. Cependant, Tarr se définit comme athée et sa vision du monde est marquée par un profond pessimisme[2]. Contrairement aux films de Tarkovski où l'espoir d'un ailleurs spirituel est possible, le cinéaste réfute toute idée de grâce salvatrice[2].

En 1984, sous l'influence de Rainer Werner Fassbinder qu'il vient de découvrir, il tourne Őszi almanach (Almanach d'automne), son dernier film en couleur[4]… En 1987, Damnation (Kárhozat) marque sa première collaboration avec le scénariste et romancier László Krasznahorkai dont les préoccupations mystiques et la représentation cosmogonique influencent ses futures réalisations[2]. Dès lors, le réalisateur radicalise sa démarche artistique : il opacifie le contour de ses personnages et déréalise l'intrigue de ses films, ancrés de prime abord dans un cadre spécifiquement hongrois[2].

La collaboration avec Krasznahorkai se poursuit : Tarr met sept ans pour adapter le roman de ce dernier, Sátántangó (Le Tango de Satan), dont il tire un chef-d'œuvre de 415 minutes. Le film sort en 1994. Malgré les difficultés de production et de distribution, l'œuvre est encensée à l'international. Pour mener à bien la réalisation des Harmonies Werckmeister, sorti en 2000 et également adapté d'un roman de Krasznahorkai ( Mélancolie de la Résistance), il met plusieurs années pour réunir le financement nécessaire et boucler le plan de tournage. Le film, dernière partie du triptyque commencé par Damnation, est acclamé par la critique et connaît un brillant parcours en festivals[réf. souhaitée]. En 2004, il réalise le court-métrage Prologue (Visions of Europe).

Pour la plupart de ses films, Tarr s'entoure de deux fidèles collaborateurs : son épouse pour le travail de script et le montage ou encore le musicien Mihály Víg (également acteur dans certains de ses films) pour l'ambiance sonore si particulière de ses films.

À partir de 2004, le cinéaste travaille sur un nouveau projet L'Homme de Londres, adapté d'un roman de Georges Simenon. Cependant, le suicide de son producteur Humbert Balsan, en février 2005, retarde considérablement le projet et le tournage démarré à Bastia, en Corse. Le film arrive à être achevé et participe à la compétition du Festival de Cannes 2007.

En février 2011, Tarr présente Le Cheval de Turin (A Torinói ló) à la 61e Berlinale. Cette fable sur la fin du monde y reçoit l'Ours d'argent. Elle est, selon ses propres dires, son ultime réalisation parce qu'il pense que le public ne veut plus de ce cinéma-là et que le processus de production devient de plus en plus difficile en Hongrie[5],[6].

Béla Tarr est professeur à la Film Akademie de Berlin depuis 1990[1].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

Rétrospective[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dossier spécial Béla Tarr, Vertigo, n°41, octobre 2011.
  • Jacques Rancière, Béla Tarr, le temps d'après, Capricci, coll. « Actualité critique »,‎ 29 novembre 2011, 1e éd., 96 p. (ISBN 9782918040378)
  • Christine Palmiéri, « Béla Tarr : de l’outrance à l’indigence », Inter : art actuel, no 87,‎ 2004, p. 21-23 (lire en ligne)
  • « Béla TARR – si près, si loin », Nunc, vol. 29,‎ février 2013 (résumé), avec une discussion publique de B. Tarr et un entretien avec Mihály Víg

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Béla Tarr sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 01 juin 2014.
  2. a, b, c, d et e « Béla Tarr : un cinéma de l'apocalypse » par Raphaël Bassan sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 01 juin 2014.
  3. Palmiéri 2004
  4. « Béla Tarr : deux trilogies » par Raphaël Bassan sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 01 juin 2014.
  5. a, b et c Isabelle Regnier, « "Le Cheval de Turin" : magistral final pour Béla Tarr », Le Monde,‎ 29 novembre 2011 (lire en ligne)
  6. Didier Péron, « Le mors dans l’âme », Libération,‎ 30 novembre 2011 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]