La dolce vita

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La dolce vita

Titre original La dolce vita
Réalisation Federico Fellini
Scénario Federico Fellini
Tullio Pinelli
Ennio Flaiano
Brunello Rondi
Pier Paolo Pasolini
Acteurs principaux
Sociétés de production Riama Film
Pathé Consortium Cinéma
Gray-Film
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Chronique dramatique
Sortie 1960
Durée 172 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La dolce vita, sorti initialement en France sous le titre La Douceur de vivre, est un film franco-italien de Federico Fellini, sorti en 1960. Ce film marque un tournant dans la filmographie de Federico Fellini. Il fait suite à trois films proches du néoréalisme : La strada (1954), Il bidone (1955) et Les Nuits de Cabiria (Le notti di Cabiria) (1957) et inaugure le vocabulaire cinématographique personnel qui deviendra définitivement la marque de fabrique « fellinienne » des films de la maturité.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La dolce vita est composé d'une série d'épisodes en apparence déconnectés. La structure du scénario n'est pas sans rappeler celle des films à sketches chers au cinéma italien et auxquels Fellini a lui-même eu recours plusieurs fois. Situé à Rome en 1959, le film suit, sur ce mode apparemment décousu, les pérégrinations de Marcello Rubini (Marcello Mastroianni), un jeune provincial aux aspirations littéraires devenu chroniqueur dans un journal à sensations.

La longueur du film empêche souvent d'en percevoir, à la première vision, le caractère extrêmement structuré. À travers des tableaux connectés par la présence de Marcello et de quelques autres personnages-clés (Pierotto, Paparazzo), Fellini explore systématiquement, en faisant appel à sa propre biographie, les choix existentiels qui s'offrent à un jeune homme doué : le mariage et la famille, la foi, les exigences de l'intellect, la facilité de l'hédonisme. Sans porter de jugement, le film évoque la face obscure et la face claire de chacun des parcours possibles, laissant finalement Marcello devant le choix de l'innocence ou de la déchéance.

Cette exploration se déroule en 12 étapes, précédées par un prologue et conclues par un codicille.

  • Prologue — Une statue du Christ destinée au Vatican est transportée par hélicoptère au-dessus de Rome.
  1. Le travail de Marcello — Marcello et son photographe ont suivi un couple dans un restaurant. On comprend qu'il travaille pour un journal à scandales. Il y retrouve Maddalena (Anouk Aimée), une grande bourgeoise désœuvrée.
  2. Les plaisirs pervers — Maddalena et Marcello quittent le cabaret et traînent dans Rome. À l'instigation malsaine de Maddalena, ils raccompagnent une prostituée en banlieue et se font prêter sa chambre pour y faire l'amour. À l'aube, Emma (Yvonne Furneaux), la compagne délaissée de Marcello, a fait une tentative de suicide. Marcello la découvre et la transporte à l'hôpital.
    Fontaine de Trevi où Sylvia
    se met en scène
  3. La femme — Sylvia (Anita Ekberg), une star américaine, arrive à Rome. Cette séquence se divise en six tableaux : l'arrivée à l'aéroport, l'interview, la visite au Vatican, la fête dans les ruines, la promenade nocturne, la fontaine de Trevi. D'abord entouré d'une foule de confrères journalistes et photographes, Marcello, à la fois envoûté et calculateur, manœuvre pour se trouver, finalement, seul avec la star. Le jour se lève sur la scène mythique de la Fontaine de Trevi et l'aube dissipe le rêve de la « vie inimitable ».
  4. La force de l'intellect — Cette séquence est la première apparition du personnage de Steiner (Alain Cuny). On comprend qu'il a connu Marcello en d'autres temps, à un moment où celui-ci avait des ambitions littéraires. Marcello, fourvoyé dans le journalisme à scandale, supporte mal le reproche muet de cette personnalité qui lui a sans doute été un modèle.
  5. Les mirages de la foi — Le travail de Marcello l'appelle hors de Rome, sur les lieux d'un prétendu miracle : deux enfants, manipulés par une famille peu scrupuleuse, attirent les foules en simulant des apparitions de la Vierge. Après la montée de la ferveur, le jour se lève sur l'escroquerie et la détresse des croyants trompés.
  6. Les labyrinthes de l'intellect — Marcello et Emma sont invités à une soirée chez Steiner. Triée sur le volet, la compagnie rivalise d'intelligence pour le seul plaisir de la joute intellectuelle. À Marcello qui lui demande conseil, Steiner révèle ses propres doutes et sa crainte du chaos tenu en respect par une fragile sérénité.
  7. L'innocence entrevue — Retiré dans un petit restaurant de plage du littoral romain (l'Arcobaleno), Marcello essaye de reprendre l'écriture. Il est distrait par le va-et-vient de la serveuse Paola, une très jeune fille qui incarne l'innocence et la pureté.
  8. La jeunesse enfuie — De retour à Rome, Marcello retrouve son père, de passage en ville. Celui-ci entraîne Marcello sur les traces de sa jeunesse, dans un cabaret qu'il a jadis fréquenté. Ils en sortent aux petites heures, le père de Marcello au bras de Fanny (Magali Noël), une danseuse française, qu'ils raccompagnent chez elle. L'aube se lève sur un malaise qui rappelle le vieil homme à la réalité.
  9. La décadence — Entraîné par Nico (dans son propre rôle), une jeune femme qu'il a connue lorsqu'elle était mannequin, Marcello se joint à un groupe d'aristocrates dégénérés qui investissent un château de la campagne romaine (situé à Bassano Romano) pour une fête décadente. Marcello croit y avoir retrouvé Maddalena. Après une fin de partie dans un pavillon délabré, l'aube trouve les invités défaits et avilis.
  10. L'amour captatif — Sur une route de nuit, Marcello et Emma se disputent dans une voiture arrêtée. Il la chasse. À l'aube, il revient la chercher.
  11. L'absurdité de l'intellect — Son travail amène Marcello à être informé le premier du suicide de Steiner. Il se rend chez lui et examine la scène avec la police : Steiner s'est donné la mort après avoir tué ses deux enfants.
  12. La déchéance — Marcello et un groupe de noctambules investissent une villa du bord de mer pour y terminer la soirée par une orgie. Interpellé par des invités sur ses ambitions littéraires passées, Marcello revendique le choix de la déchéance.
  • Codicille — Chassés de la villa à l'aube, les noctambules se retrouvent sur la plage, où les pêcheurs hissent un filet où agonise un monstre marin. Après avoir contemplé longuement l'œil glauque du monstre, Marcello entend une voix l'appeler. C'est la jeune fille du restaurant Arcobaleno qui l'interpelle. Séparé d'elle par l'embouchure d'une petite rivière, Marcello ne peut pas comprendre ce qu'elle dit et lui tourne le dos pour rejoindre le groupe des fêtards. Le film se termine sur un gros plan du visage de la jeune fille, qui tourne lentement vers la caméra un sourire navré.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

« Le témoignage est là, sur un monde pourri. Fellini, en pleine possession de son génie, nous flanque par la vue cette œuvre qui est considérable. La Comédie humaine aussi a ses longueurs, cela n’empêche nullement Balzac d’être un génie. Fellini est un de nos monstres sacrés, sans doute le plus grand, le plus important du cinéma. La Dolce vita est un monument. On peut n’en pas aimer toutes les perspectives, on peut chicaner des détails, on ne peut en nier la force, ni l’utilité. »

— Michel Duran, Le Canard enchaîné, 18 mai 1960

« Une somme : la galerie de portraits, comme la suite de séquences, apparemment sans rapport, font plus d’une fois songer à Balzac (…). Mais beaucoup plus qu’une peinture de la société son film est une quête au sens philosophique du terme, un constant interrogatoire. »

— Henry Chapier, Combat, 12 mai 1960

« Les héros ne sont plus les êtres plats et simplets du fait divers brutal, ils fascinent et repoussent, irritent et émeuvent à travers le regard que Fellini jette sur eux. C’est le regard de l’archange punisseur : plein de colère mais plein de piété. La Dolce vita, c’est le sermon que ferait à ses pêcheurs un prédicateur qui aurait préféré la caméra à l’éloquence. »

— France Roche, France-Soir, 12 mai 1960

« Ce qui manque à La Dolce Vita c’est la structure d’un chef-d’œuvre. Le film n’est pas construit, il n’est qu’une addition séduisante de plus ou moins grands moments de cinéma (…). Au vent de la critique, La Dolce Vita se démantèle, s’éparpille, il ne reste qu’une suite d’actualités plus ou moins extraordinaires qu’aucun élément fort ne lie et ne conduit à une signification générale… ce qui est pourtant le but avoué du film. »

— Jacques Doniol-Valcroze, France Observateur, 19 mai 1960

« Pour moi, cette "Douceur de vivre" évoque d’abord L'Âge d'or. J’ai été bien heureux que le Festival m’ait valu la présence de Luis Buñuel et que cet ami très cher m’ait permis de vérifier mon propre jugement. Il est allé pendant deux jours répétant ses louanges et s’étonnant de ne pas trouver à la Dolce vita plus d’admirateurs. Buñuel disait en substance qu’on suscite mieux la pureté en montrant les monstres (qui vous dégoûtent) que la pureté (qui peut écœurer). »

— Georges Sadoul, Les Lettres françaises, 14 mai 1960

Autour du film[modifier | modifier le code]

Plaque-hommage Via Veneto : « À Federico Fellini qui fit de la Via Veneto le théâtre de La dolce vita »
Une scène célèbre sur l'affiche d'un festival en plein air (Rome, 2009)
  • La Via Veneto, une des plus célèbres artères de Rome, devient, devant la caméra de Fellini, un personnage à part entière de La Dolce Vita. Elle sert de liant au différents tableaux. C'est là que les personnages se croisent et que les soirées débutent. « Je sais naturellement que, depuis La Dolce Vita, on lie obstinément mon nom à la Via Veneto, à la vie plus ou moins mondaine qui s'y déroule la nuit. […] J'ai inventé dans mon film une Via Veneto qui n'existe pas du tout, je l'ai élargie et modifiée avec une liberté poétique jusqu'à ce qu'elle prenne la dimension d'une fresque allégorique. Il est un fait que la Via Veneto s'est transformée après La Dolce Vita, qu'elle a accompli des efforts considérables pour devenir telle que je l'ai représentée dans mon film. »[2]
  • La scène où Anita Ekberg et Marcello Mastroianni se retrouvent dans le bassin de la fontaine de Trevi avec de l'eau jusqu'à mi-cuisses est devenue une scène culte du cinéma[3].
  • Le nom de Paparazzo, le photographe qui accompagne Marcello, est resté dans la langue courante pour désigner les photographes de presse qui cherchent à forcer l'intimité de personnes célèbres. Il est souvent utilisé au pluriel : les paparazzi. Quant à l'origine exacte de ce nom, dans une entrevue donnée à l'hebdomadaire Oggi après la sortie de La Dolce Vita, Giulietta Masina, femme de Federico Fellini, affirme lui avoir suggéré ce nom, composé à partir de « pappataci » (« petits moustiques ») et « ragazzi » (« jeunes hommes »)[réf. nécessaire]. Ennio Flaiano, un des scénaristes du film et le créateur du personnage de Paparazzo, explique quant à lui qu'il l'a trouvé dans un livre de voyages signé George Gissing, By the Ionian Sea (1901), où apparaît un Signor Paparazzo[4].
  • Alessandro Ruspoli (dit « Dado »), fut le roi de la « dolce vita » romaine immortalisée par Federico Fellini. Tous les épisodes figurant dans le film avaient du reste été inspirés au cinéaste par des faits et des gens réels, du strip-tease d'Aïché Nana à l'actrice hollywoodienne habillée en cardinal (c'était en réalité Ava Gardner)[5].

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Comme hors-la-loi, ces films ont fait scandale, magazine Le Point, no 1984 du 23 septembre 2010
  2. Les propos de Fellini, Collection Ramsay Poche Cinéma, Éditions Buchet Chastel, repris dans l'Europeo, Milan, 1972, Federico Fellini, Via Veneto.
  3. Article avec photo du journal italien La Repubblica
  4. Bondanella, The Cinema of Federico Fellini, p.136.
  5. Lire l'article de la Tribune de Genève.

Liens externes[modifier | modifier le code]