Mathieu Amalric

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Mathieu Amalric, né le 25 octobre 1965 à Neuilly-sur-Seine, est un acteur et un réalisateur français de cinéma.

Comédien éclectique dans ses choix de rôles allant du cinéma d'auteur français aux grosses productions américaines[1], il s'est vu décerner le César du meilleur espoir masculin en 1997 pour Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin, puis deux fois le César du meilleur acteur : en 2005 pour Rois et Reine d'Arnaud Desplechin et en 2008 pour Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel.

Il reçoit également, en tant que réalisateur — activité cinématographique qu'il considère être sa première, étant devenu « acteur par accident » —, le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2010 pour son film Tournée.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Mathieu Amalric est le fils de Jacques Amalric, correspondant étranger du journal Le Monde et éditorialiste à Libération, et de Nicole Zand (dont la mère était d'origine juive polonaise de Cracovie[2]), critique littéraire également au Monde[3]. Durant son enfance, il passe quelques années à Washington où son père est alors correspondant de 1970 à 1973, puis à Moscou de 1973 à 1977[4] avant de revenir en France faire sa scolarité secondaire au lycée Charlemagne à Paris[5].

Il a eu deux enfants avec Jeanne Balibar[3] dont il s'est séparé au début des années 2000. Il est le compagnon de l'assistante de mise en scène Stéphanie Cléau, avec laquelle il a eu un enfant en 2007[6],[3].

Formation et débuts dans le monde du cinéma[modifier | modifier le code]

Après s'être essayé aux classes préparatoires littéraires[7], Mathieu Amalric tente et rate en 1985 le concours de l'Idhec[1],[8] mais fait à cette période la rencontre de Marcelo Novais Teles[9] qui sera à ses côtés pour l'écriture et la maturation de nombreux projets de réalisation. Il s'investit dans la réalisation de court-métrages (notamment avec sa compagne d'alors, l'actrice Nathalie Boutefeu, rencontrée à l'âge de 16 ans), puis travaille sur différents tournages comme accessoiriste, cantinier, ou régisseur, ainsi que dans la société de production de Paulo Branco[10],[8]. Il fait sa première apparition au cinéma en 1984 dans Les Favoris de la lune d'Otar Iosseliani[3] puis en 1987, il est stagiaire à la mise en scène du film Au revoir les enfants de Louis Malle.

Carrière d'acteur[modifier | modifier le code]

Mathieu Amalric fait la connaissance d'Arnaud Desplechin au Festival Premiers Plans d'Angers, alors qu'il présente son court-métrage Sans rires et Desplechin son long-métrage La Vie des morts[10]. Avec ce dernier, il passe des essais infructueux pour le rôle principal de La Sentinelle mais y fera tout de même une apparition. Deux films sortis durant le premier semestre 1996 lancent réellement sa carrière[7] : il est tout d'abord remarqué dans Le Journal du séducteur de Danièle Dubroux dans lequel il tient un second-premier rôle ; puis interprète ensuite le rôle de Paul Dedalus dans Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin qui confirme sa place d'acteur en devenir et pour lequel il reçoit le César du meilleur espoir masculin en 1997. Mathieu Amalric déclarera de multiple fois que c'est Desplechin, grâce à ce film, qui « l'a inventé comme acteur[11] ». Il s'impose alors à la fin des années 1990 comme l'un des jeunes acteurs les plus en vue du cinéma d'auteur, jouant généralement des intellectuels fantasques, exubérants ou dépressifs avec deux premiers rôles marquants en 1999 dans Fin août, début septembre d'Olivier Assayas et Trois ponts sur la rivière de Jean-Claude Biette, tous deux au côté de Jeanne Balibar.

Il reçoit en 2005, le César du meilleur acteur pour Rois et Reine, un film de son metteur en scène fétiche, Arnaud Desplechin, qui utilise Mathieu Amalric comme Ingmar Bergman le faisait avec Erland Josephson[12].

Sa carrière internationale début en 2005 avec un rôle secondaire sous la direction de Steven Spielberg dans le film Munich qui pour la première fois lui offre la possibilité de travailler dans un film étranger. En 2008, il obtient le second César du meilleur acteur de sa carrière pour son rôle de journaliste atteint du locked-in syndrome dans Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel. Il est cependant absent de la cérémonie en raison du tournage de Quantum of Solace, dans lequel il incarne le méchant de « James Bond » Dominic Greene, le redoutable homme d'affaires qui s'oppose à James Bond. Mathieu Amalric qui s'est fait représenter lors de la soirée, a déploré que son discours de remerciements ait été en partie coupé, omettant un passage où il critiquait le rôle des multiplexes et le manque de plus en plus flagrant de subventions pour les salles d'art et d'essai[13].

L'année 2012 est principalement marquée par le tournage de Jimmy Picard, le film américain d'Arnaud Desplechin — qui le choisit par la cinquième fois pour tenir un rôle dans ses films, dont quatre principaux —, où il incarne l'ethnopsychiatre Georges Devereux. Début janvier 2013, alors qu'il continue l'adaptation du Rouge et le Noir, il est contacté par Roman Polanski pour remplacer au dernier moment Louis Garrel qui devait tenir le rôle principal du film La Vénus à la fourrure[14]. À l'issue de la sélection pour le 66e Festival de Cannes, ces deux films où il tient les rôles principaux sont en compétition officielle pour la Palme d'or, situation particulièrement rare pour un acteur.

Carrière de réalisateur[modifier | modifier le code]

Mathieu Amalric et les actrices du film Tournée lors du Festival de Cannes 2010.

Paradoxalement, Mathieu Amalric se considère principalement comme un réalisateur de cinéma. Ses premiers courts métrages, réalisés de manière quasi-artisanale dans les années 1980, puis avec l'aide notamment du Groupe de recherches et d'essais cinématographiques (GREC) en 1990 pour Sans rires. Cette première œuvre notable est présentée quelques mois plus tard au 9e festival « Tous courts » d’Aix-en-Provence où il obtient le Grand Prix du jury[15], ce qui constitue le tout premier prix cinématographique reçu par Mathieu Amalric, qui n'est pas encore réellement un acteur avant Le Journal du séducteur (1996) de Danièle Dubroux. Il est suivi deux plus tard par Les Yeux au plafond. Il est l'année suivante l’auteur d'un premier film autobiographique Mange ta soupe (1997) puis du Stade de Wimbledon (2001) pour lequel il offre le rôle principal à Jeanne Balibar. En 2003, il présente La Chose publique à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.

En 2004 il est membre du jury du 26e Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand. À la surprise générale, il annonce en tant que porte-parole la décision unanime ne pas remettre le Grand prix de la Compétition française (le prix le plus important pour les films français dans ce festival) cette année-là, notamment à cause du « manque d'inventivité formelle » des films présentés et du danger « d'uniformisation de la culture ». Dans un entretien au journal L'Humanité[16] il s'en explique, reprochant aux films sélectionnés d'avoir cherché à « simplifier le monde, au lieu de puiser, de chercher, de s'interroger sur la complexité de l'être humain », d'être sans inventivité ou fantaisie, et de se contenter de filmer leur scénario. Précisant sa vision de réalisateur, il considère alors qu'un film ne doit pas avoir de « fonction sociale » ou délivrer de message — sans intentions et « surtout pas de bonnes intentions » —, un artiste devant principalement filmer pour le seul désir de filmer.

À partir de 2010, Mathieu Amalric décide de moins jouer en tant qu'acteur afin de mener à bien ses projets de réalisateur de film, carrière vers laquelle il se sent plus attiré depuis de nombreuses années. Il réalise alors son quatrième long métrage, Tournée (dont il joue également le personnage central), pour lequel il remporte le Prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes. Ce film et la récompense obtenue auront un impact important auprès des producteurs qui le considèrent désormais comme un metteur en scène à part entière et plus seulement comme un acteur. Ainsi, la même année il répond à une commande de la Comédie-Française pour l'adaptation télévisée de L'Illusion comique de Corneille qu'il transpose dans une version contemporaine remarquée par la critique[17].

En tant qu'artiste invité, il intervient également à la Fémis et au Fresnoy (où, à l'invitation de Dominique Païni, il a notamment réalisé en 2011 une installation reconstituant l'appartement de sa professeur de piano à Moscou dans le cadre de l'exposition « Panorama[18] »).

En mai 2012, Mathieu Amalric annonce qu'il travaille au scénario d'une importante adaptation (cinéma et télévision en plusieurs épisodes) de Le Rouge et le Noir[19],[20]. Il continue durant cette période à accepter des rôles plus secondaires dans divers films à l'exception de Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines) d'Arnaud Desplechin et de La Vénus à la fourrure de Roman Polanski dont il intègre la distribution au dernier moment et au pied levé. Alors que le projet du Rouge et le Noir, du fait de l'ambition du film, en est toujours au stade de l'adaptation et de la préparation, le producteur Paulo Branco annonce que Mathieu Amalric va se lancer dans la réalisation d'un film dans l'intervalle avec l'adaptation du roman La Chambre bleue de Georges Simenon dont Branco et Amalric ont obtenu les droits[21]. Le tournage de l'adaptation de ce roman noir sentimental, auquel Mathieu Amalric est depuis longtemps attaché, est entrepris en juillet 2013 avec le réalisateur dans le rôle principal. Quelques mois plus tard, le film est retenu dans la sélection Un certain regard lors du Festival de Cannes 2014.

Arrivé à ce stade de sa carrière, Mathieu Amalric reçoit le commentaire élogieux du cinéaste et historien du cinéma Noël Simsolo dans son Dictionnaire de la Nouvelle Vague (2013) :

« L'héritier actuel de la Nouvelle Vague en France : c'est lui, comme acteur et réalisateur [...] car son style de cinéaste, comme son jeu de comédie, privilégie cette attitude de la Nouvelle Vague où rigueur et liberté faisaient un mélange détonant. »

— Dictionnaire de la Nouvelle Vague, Noël Simsolo[8],[22]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Doublage[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

Récompense Année Catégorie Film
Festival « Tous courts » d'Aix-en-Provence 1991 Grand Prix du court métrage[15] Sans rires
Césars 1997 Meilleur espoir masculin Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle)
2005 Meilleur acteur Rois et Reine
2008 Le Scaphandre et le Papillon
Prix Lumière 2005 Meilleur acteur Rois et Reine
2008 Le Scaphandre et le Papillon
Étoiles d'or du cinéma français 2005 Meilleur acteur Rois et Reine
2008 Le Scaphandre et le Papillon
Festival de Cannes 2010 Meilleur réalisateur Tournée
Prix FIPRESCI
Festival international du film RiverRun 2011 Prix du meilleur acteur[26] Tournée
Festival international du film sur l'art 2011 Prix de la création[27] Joann Sfar (dessins)

Nominations[modifier | modifier le code]

Nomination Année Catégorie Film
Prix Louis-Delluc 2002 Meilleur film[28] Le Stade de Wimbledon
César du cinéma 2011 Meilleur réalisateur Tournée
Prix Lumière 2011 Meilleur réalisateur Tournée

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Mathieu Amalric : artiste exigeant et éclectique » par Nicolas Houguet sur le site de TF1 le 13 mai 2010.
  2. Conférence de presse de La Vénus à la fourrure lors du festival de Cannes 2013 sur le site officiel du festival.
  3. a, b, c et d Toupie or not to be par Sabrina Champenois dans Libération du 24 octobre 2011.
  4. Mathieu Amalric : Comment j’ai tourné cinéaste… dans Télérama du 30 juin 2010.
  5. Parcours d'artiste #33 : Mathieu Amalric, l’impatient sur le site de Télérama le 24 décembre 2010.
  6. Ils apparaissent ensemble avec leur enfant dans une scène du film de Bruno Podalydès Bancs publics (Versailles Rive-Droite).
  7. a et b Mathieu Amalric en 10 films dans Les Inrocks du 19 août 2009.
  8. a, b et c Noël Simsolo, Dictionnaire de la Nouvelle Vague, éditions Flammarion, 2013, (ISBN 9782081332058), p. 26.
  9. Raphaëlle Valbrune, Marcelo Novais Teles, nommés pour le César 2011 du Meilleur Scénario Original pour Tournée entretien des nommés pour les César 2011.
  10. a et b Entretien Mathieu Amalric - Un cinéaste contrarié dans Les Inrocks du 12 juin 2007.
  11. Mathieu Amalric vu par Arnaud Desplechin propos recueillis par Mathilde Blottière dans Télérama du 12 septembre 2013.
  12. Mathieu Amalric: « Pour Tournée, j'ai été comme un vampire qui a pris l'énergie, la joie des stripteaseuses. » dans L'Express du 2 juillet 2010.
  13. César 2008 : Mathieu Amalric se plaint d’avoir été censuré , le 25 février 2008.
  14. Mathieu Amalric soumis à Emmanuelle Seigner dans la comédie SM de Polanski sur le site de Première le 15 janvier 2013.
  15. a et b 20 ans de Grands Prix : rétrospective des films primés lors du 20e festival « Tous courts » d’Aix-en-Provence sur le site www.commeaucinema.com
  16. Muriel Steinmetz, « Coup de théatre et appel à la vigilance », L'Humanité,‎ 11 février 2004 (lire en ligne)
  17. Voir réception critique sur l'article L'Illusion comique.
  18. Mathieu Amalric a été artiste invité du Fresnoy durant un an pour enseigner par Christian Vincent dans La Voix du Nord du 11 juin 2011.
  19. Mathieu Amalric va adapter "Le Rouge et le Noir" dans Télérama du 24 mai 2012.
  20. Mathieu Amalric, celui par qui Stendhal arrive dans Le Figaro du 24 octobre 2012.
  21. Mathieu Amalric adapte « La Chambre bleue » de Simenon dans Les Inrockuptibles du 29 avril 2013.]
  22. Chronique livre : Dictionnaire de la Nouvelle Vague par Jean-François Pluijgers dans Le Vif du 12 décembre 2013.
  23. Abismo, sur le site du festival Côté Court.
  24. Fortune clippé par Mathieu Amalric dans Les Inrocks du 12 avril 2011.
  25. Hopper vu par... Mathieu Amalric sur le site d'Arte le 11 octobre 2012.
  26. (en) 2011 Award Winners sur le site du Festival international du film RiverRun.
  27. Joann Sfar (dessins) sur le site film-documentaire.fr
  28. Prix Louis Delluc 2002 : sélection finale le 29 novembre 2002 sur www.allocine.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]