Groupe Wagner

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Groupe Wagner
Idéologie Nationalisme russe
Objectifs Défense paramilitaire des intérêts extérieurs de la Russie
Statut Actif
Fondation
Date de formation 2014
Pays d'origine Russie
Fondé par Evgueni Prigojine ou Dmitri Outkine
Actions
Mode opératoire Mercenariat
Opérations clandestines
Zone d'opération Ukraine, Syrie, Soudan, Libye, Centrafrique, Venezuela, Mali, Madagascar
Période d'activité Depuis 2014
Organisation
Chefs principaux Dimitri Outkine
Sergueï Kim
Membres 1 000 à 4 000 en Syrie[1],[2]
Soutenu par Ministère de la Défense russe ?
Forces armées russes ?
GRU ?
Crise de Crimée
Guerre du Donbass
Guerre civile syrienne
Conflit au Kordofan du Sud
Deuxième guerre civile libyenne
Deuxième guerre civile centrafricaine
Crise présidentielle de 2019 au Venezuela
Guerre du Mali

Le Groupe Wagner (russe : Группа Вагнера), également connu comme PMC Wagner, ChVK Wagner, ou CHVK Vagner, est officiellement une société militaire privée russe ayant recours au mercenariat, active notamment lors de la guerre du Donbass et la guerre civile syrienne mais aussi dans d'autres zones de conflits à travers le monde. Cependant, cette organisation paramilitaire est soupçonnée d'être liée au gouvernement russe dans le but d'assurer la défense des intérêts extérieurs de la Russie[3],[4].

Direction[modifier | modifier le code]

Le Groupe Wagner est fondé en 2014[5]. Il est financé par (ou est la propriété de) l'oligarque russe Evgueni Prigojine, proche du pouvoir russe et à la tête de l'Internet Research Agency[1],[6], son siège social officiel est en Argentine[7]. Le fondateur et commandant militaire du groupe est Dimitri Outkine, lieutenant-colonel au sein des Spetsnaz jusqu'en 2013 et ancien membre du Corps slave[8]. Il adopte lui-même le surnom de Wagner en hommage au compositeur allemand Richard Wagner et baptise son groupe du même nom[8],[9],[10],[11]. Outkine est également un néo-nazi admirateur du Troisième Reich[8],[9]. En , il devient le directeur général de l'entreprise Concord management & consulting, qui appartient à l'homme d'affaires Evgueni Prigojine[2].

Les sociétés militaires privées sont officiellement interdites en Russie[1]. Mais selon The Daily Beast, le groupe Wagner est sous le contrôle du ministère russe de la Défense[8]. Cependant le gouvernement russe nie officiellement tout lien avec cette société[8]. Pour Isabelle Mandraud, journaliste pour Le Monde : « les mercenaires russes n’ont pas d’existence légale en Russie. Leurs liens avec le pouvoir sont pourtant évidents. Leur chef s’était ainsi pris en photo au côté du président Vladimir Poutine lors d'une réception au Kremlin en décembre 2016 »[12]. Pour le New-York Times : « ses relations avec le Kremlin sont obscures et non confirmées, mais ses dirigeants auraient été décorés au Kremlin et ses mercenaires sont formés dans les installations du ministère russe de la Défense »[10].

Le groupe Wagner pourrait avoir intégré une autre société, Evro Polis, dirigée par Evgueni Prigojine, sous contrat avec le régime de Bachar el-Assad[2],[1],[12],[8]. Selon Isabelle Mandraud : « Créée en 2016 dans la banlieue de Moscou selon le site d’informations Fontanka, cette entreprise aurait plutôt ressemblé à une coquille vide à ses débuts avant de voir son capital brutalement augmenter l’année suivante »[12]. Pour The Daily Beast, Evro Polis serait devenu le front commercial du groupe Wagner[8]. Selon les journalistes de Libération Luc Mathieu et Veronika Dorman : « Prigogine, que la presse russe désigne aussi comme le patron des usines à troll russes, s’est diversifié dans le militaro-industriel. Son entreprise de restauration, Evro Polis, basée à Moscou, s’est recyclée en 2016 dans l’exploitation minière et la production de gaz et de pétrole avant d’ouvrir en 2017 une représentation à Damas. En 2016, Evgeny Prigojine a signé un contrat avec les autorités syriennes, lui assurant 25 % des revenus des champs de gaz et de pétrole repris par ses soins, c’est-à-dire par les hommes de Wagner, au groupe jihadiste Etat islamique »[2].

Effectifs[modifier | modifier le code]

Selon une enquête de RBK publiée le , environ 1 600 hommes ont servi sous les ordres de Wagner depuis le début de l'année 2016[13]. En 2018, RBK estime que le nombre des combattants du groupe Wagner a varié en Syrie, allant d'un millier d'hommes en moyenne à 2 500 au plus fort des combats[1]. Selon le journal russe Kommersant, 600 Russes sont présents en Syrie au sein du groupe Wagner début 2018[6]. À la même période, l'agence Bloomberg News estime leurs forces à 2 000 hommes[14]. Libération évoque pour sa part entre 2 000 et 4 000 hommes[2].

En Russie, ces forces sont basées jusqu'à l'été 2016 dans l'enceinte de la 10e brigade spéciale de renseignement, à Molkino, près de Krasnodar[1],[15],[16],[11],[13].

Les premiers mercenaires du groupe Wagner sont des vétérans d'Afghanistan et de Tchétchénie, mais par la suite le groupe engage des nouvelles recrues sans grande expérience militaire[17]. Un certain nombre des combattants du groupe sont également des militants du Parti national-bolchévique[18]. En général, les combattants sont envoyés en zone de guerre après une formation militaire de seulement un mois[17].

Théâtres d'opérations[modifier | modifier le code]

Les mercenaires du groupe Wagner ont été engagés en Ukraine dans la crise de Crimée, la guerre du Donbass, en Syrie durant la guerre civile syrienne[1],[12],[6],[16], et aussi au Venezuela[19]. Ils ont aussi été déployés en Afrique, notamment au Soudan[5], en Centrafrique[20] et en Libye[21]. Des consultants du Groupe Wagner sont vus au Mali vers fin 2019[22]. Le groupe aurait également une présence au Mozambique et à Madagascar[22].

Syrie[modifier | modifier le code]

Le groupe Wagner intervient dans la guerre civile syrienne à partir de fin 2015[1]. Chargés initialement d'épauler lors des combats une armée syrienne affaiblie, ses combattants se voient ensuite assigner pour mission la garde des installations pétrolières dans l'est de la Syrie[1],[6],[23]. Ils encadrent aussi les ISIS Hunters[24]. Selon l'écrivain Zakhar Prilepine, également chef d'un bataillon pro-russe dans le Donbass, plusieurs combattants ont choisi de quitter l'Ukraine pour la Syrie car le salaire y est plus élevé[6].

En 2016 et 2017, le groupe Wagner combat l'État islamique à Palmyre[14],[9],[13]. Fin , deux combattants russes du groupe Wagner sont faits prisonniers par l'État islamique près de Deir ez-Zor[25],[26],[6]. Leur mort est annoncée fin octobre[6].

En , le groupe Wagner est la cible de bombardements américains et subit des pertes importantes — plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de tués ou de blessés — lors de la bataille de Khoucham[12].

Selon la journaliste de Libération Hala Kodmani : « Les principales zones où sont intervenus les mercenaires russes en Syrie ces dernières années correspondent à l’est du pays où se trouvent des champs de pétrole et de gaz. C’est aussi la région qui était contrôlée depuis 2014 par l’Etat islamique, qui en a été délogé par les offensives antiterroristes de l’année dernière. Même si les ressources et réserves d’hydrocarbures syriennes sont loin d’être aussi importantes que celles de ses voisins, comme l’Irak, et que la production a été pratiquement réduite à néant par la guerre, le secteur reste un enjeu stratégique, en particulier pour la Russie »[27].

La participation des mercenaires russes au conflit syrien se fait de manière très discrète : leurs décès ne sont pas signalés et ils ne font pas l'objet de funérailles d'État[8],[9]. Des témoignages de mercenaires russes font état de très lourdes pertes en Syrie : au moins plusieurs centaines de morts[9],[13],[2].

Les lourdes pertes, l'obligation de devoir rester dans l'ombre, la vétusté de plus en plus grande des armes et du matériels provoquent des tensions avec l'armée russe à partir de 2017[2].

Centrafrique[modifier | modifier le code]

À partir de 2018, des mercenaires du Groupe Wagner sont présents en Centrafrique, où ils participent à la formation de militaires de l'armée centrafricaine[28]. En , trois journalistes russes sont assassinés dans le nord du pays dans des circonstances non éclaircies, alors qu'ils enquêtaient sur les activités du Groupe Wagner[29],[30].

Venezuela[modifier | modifier le code]

En , au moment de la crise présidentielle, des agents de sécurité du Groupe Wagner arrivent au Venezuela pour renforcer la sécurité du président Nicolás Maduro[19].

Libye[modifier | modifier le code]

En 2019, selon le site russe Meduza, 300 hommes du Groupe Wagner prennent part à la bataille de Tripoli aux côtés des forces de l'Armée nationale libyenne du maréchal Haftar et au moins 35 d'entre-eux auraient été tués en septembre[31].

Exactions[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs vidéos diffusées en 2019 et tournées en 2017, quatre hommes du Groupe Wagner apparaissent en torturant puis décapitant un déserteur de l'armée syrienne à al-Chaer, près de Palmyre. Le journal russe « Novaïa Gazeta » identifie l'un des bourreaux grâce à l'une de ces vidéos[32],[33].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Mercenaires russes en Syrie: ce que l'on sait du mystérieux "Groupe Wagner", L'Express avec AFP, 16 février 2018.
  2. a b c d e f et g Luc Mathieu et Veronika Dorman, Mercenaires russes : du Donbass à Damas, des «héros» pas assez discrets, Libération, 12 mars 2018.
  3. « Qui est le groupe Wagner, pourvoyeur de mercenaires russes en Centrafrique? », sur Franceinfo, (consulté le 22 octobre 2019)
  4. « Mercenaires russes en Syrie: ce que l'on sait du mystérieux "Groupe Wagner" », sur LExpress.fr, (consulté le 22 octobre 2019)
  5. a et b Philippe Chapleau, Moscou lâche ses chiens de guerre en Syrie, Ouest-France, 16 février 2018.
  6. a b c d e f et g Shannah Mehidi, « Syrie : ces morts russes qui embarrassent Moscou », sur Le Figaro, (consulté le 16 février 2018).
  7. États-Unis Russie personne ne s'en est encore rendu compte mais la guerre est déclarée
  8. a b c d e f g et h Michael Weiss, Catherine A. Fitzpatrick, Andrew Bowen, Did The U.S. Really Wipe Out 200 Russian Mercenaries?, The Daily Beast, 13 février 2018.
  9. a b c d et e Louis Chahuneau, « En Syrie, les milices secrètes de Vladimir Poutine », sur Le Point, (consulté le 16 février 2018).
  10. a et b Ivan Nechepurenko, Neil MacFarquhar and Thomas Gibbons-Neff, Dozens of Russians Are Believed Killed in U.S.-Backed Syria Attack, The New York Times, 13 février 2018.
  11. a et b Tamara Khandaker, Des centaines de mercenaires russes seraient morts en Syrie, d'après un reportage de Sky News, Vice news, 11 août 2016.
  12. a b c d et e Isabelle Mandraud, « Polémique à Moscou sur des mercenaires russes tués par la coalition américaine en Syrie », sur Le Monde, (consulté le 16 février 2018).
  13. a b c et d Pierre Avril, Des « privés » russes engagés sur le front syrien, Le Figaro, 28 août 2016.
  14. a et b Henry Meyer et Stepan Kravchenko, Mercenaries Hurt in U.S. Syria Strikes Are Treated at Russian Defense Hospitals, Bloomberg, 14 février 2018.
  15. Pierre Avril, Les mercenaires russes sortent de l'ombre en Syrie, Le Figaro, 27 septembre 2016.
  16. a et b Michel Borsky, Des groupes militaires privés russes sur le sol syrien ?, Le Figaro, 25 février 2016.
  17. a et b Daniel Vallot, Mercenaires russes tués en Syrie: la polémique enfle à Moscou, RFI, 28 février 2018.
  18. Pierre Avril, Ces mercenaires russes qui meurent pour la Syrie, Le Figaro, 25 avril 2018.
  19. a et b Isabelle Mandraud, Des Russes pour protéger Maduro, selon un ex-mercenaire, Le Monde, 26 janvier 2019.
  20. Juan Branco, « Centrafrique, la déroute des Nations-Unies », Le Monde Diplomatique,‎ (lire en ligne)
  21. « La Libye, nouveau théâtre d’intervention des Russes », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 22 novembre 2019)
  22. a et b Des consultants russes à Bamako : la réactivation d'un lien historique, France info avec AFP, 10 décembre 2019.
  23. Georges Malbrunot, « En Syrie, la bataille de l'or noir fait rage entre Washington et Moscou », sur 'Le Figaro, (consulté le 16 février 2018).
  24. Stéphane Mantoux, « Syrie: les ISIS Hunters, ces soldats du régime de Damas formés par la Russie », sur France Soir, (consulté le 16 février 2018).
  25. « Syrie : l'EI dit avoir capturé deux soldats russes dans la province de Deir ez-Zor », sur Xinhua, (consulté le 16 février 2018).
  26. Le Figaro /Reuters, « Syrie: l'EI dit avoir capturé deux soldats russes », sur Le Figaro, (consulté le 16 février 2018).
  27. Hala Kodmani, Pour Moscou, la route des hydrocarbures passe par la Syrie, Libération, 12 mars 2018.
  28. Centrafrique: Le Drian relève la présence de mercenaires russes, Le Figaro avec AFP, 23 janvier 2019.
  29. Estelle Piaton, Centrafrique : le mystère des trois journalistes russes assassinés, Le Figaro, 3 août 2018.
  30. Journalistés tués en Centrafrique: la Russie dément tout lien, Le Figaro avec AFP, 11 janvier 2019.
  31. Marc Nexon, Ces miliciens russes morts en Libye qui embarrassent Moscou, Le Point, 8 octobre 2019.
  32. Benoît Vitkine, « Des mercenaires russes accusés d’avoir torturé et décapité un déserteur de l’armée syrienne », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2019)
  33. Josie Ensor, Russian mercenaries 'beat and beheaded Syrian man' in leaked video, The Telegraph, 18 novembre 2019.