État islamique (organisation)

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne l'organisation djihadiste. Pour le régime politique, voir État islamique.
État islamique
الدولة الإسلامية
Image illustrative de l'article État islamique (organisation)
Devise : La ilahi illa Allah
(« Il n’y a (Il n'est) de dieu (divinité) que Dieu »)[1].

Idéologie Salafisme djihadiste, takfirisme, panislamisme, anti-chiisme, antioccidentalisme
Objectifs Établissement d'un califat dans le monde musulman
Instauration de la charia
Statut Actif
Fondation
Date de formation
Fondé par Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak
Pays d'origine Irak
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla, terrorisme dont attentat-suicide, prise d'otages
Zone d'opération Drapeau de l'Irak Irak
Drapeau de la Syrie Syrie
Drapeau de la Libye Libye[2],[3]
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau du Liban Liban[4]
Drapeau du Nigeria Nigeria
Drapeau de la Russie Russie[5]
Drapeau de l'Algérie Algérie[6],[7]
Drapeau du Yémen Yémen[8]
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite[8]
Drapeau de la Palestine Bande de Gaza[9],[10]
Drapeau de la Tunisie Tunisie[11]
Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Drapeau du Pakistan Pakistan
Drapeau de la Somalie Somalie
Drapeau du Bangladesh Bangladesh
Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Drapeau de la France France
Drapeau de la Belgique Belgique[12]
Période d'activité Depuis 2006
Organisation
Chefs principaux Abou Omar al-Baghdadi (« émir » tué en 2010)
Abou Bakr al-Baghdadi (« calife » depuis le )
Membres En Irak et en Syrie :
~ 5 000 (en 2011)
11 000 à 13 000[13],[14] (en 2013)
20 000 à 100 000[15],[16],[17], (en 2014)
30 000 à 125 000[18],[19],[20](en 2015)
Financement Contrebande de pétrole et de gaz naturel, impôts, production de phosphate, vente de ciment, exploitation agricole, pillage de banques, pillages de sites archéologiques, rançons, trafic d'être humains, vente d'esclaves, donations privées[21],[22],[23]
Sanctuaire Mossoul et Racca
Groupe relié Boko Haram
État islamique en Libye
Wilayat Sinaï
Jund al-Khilafah (2014-2015)
État islamique au Yémen
Répression
Considéré comme terroriste par ONU[24] ;

Voir la section correspondante pour les pays à titre individuel

Guerre d'Irak
Guerre civile syrienne
Seconde guerre civile irakienne
Deuxième guerre civile libyenne
Insurrection de Boko Haram
Guerre d'Afghanistan
Insurrection du Sinaï
Insurrection djihadiste au Yémen
Guerre civile yéménite commencée en 2014
Guerre de Somalie
Guérilla en Ciscaucasie

L'État islamique, abrégé en EI (arabe : الدولة الإسلامية, « ad-dawla al-islāmiyya »), est une organisation terroriste, militaire et politique, d'idéologie salafiste djihadiste, qui a proclamé le l'instauration d'un califat sur les territoires qu'il contrôle, et souvent considéré comme un proto-État à partir de 2015. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par les guerres en Irak puis en Syrie.

Sa création remonte à 2006, lorsqu'Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le , le Conseil consultatif proclame l'État islamique d'Irak (en abrégé EII ; en arabe دولة العراق الإسلامية, dawlat al-ʿirāq al-islāmiyya), lequel se considère à partir de cette date comme le véritable État irakien.

En 2012, l'EII commence à s'étendre en Syrie et le , il devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) (en arabe الدولة الاسلامية في العراق والشام, ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām, littéralement « État islamique en Irak et dans le Cham »), en anglais ISIS (Islamic State of Iraq and Sham), parfois désigné par l'acronyme arabe Daech (en arabe داعش, Dāʿiš [ˈdaːʕiʃ ], en anglais Daesh) utilisé par ses opposants.

Le , l'EIIL annonce le rétablissement du califat sous le nom d'État islamique dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d'Ibrahim. Il entre alors en conflit avec Al-Qaïda et son influence s'étend à une grande part du monde musulman avec l'allégeance de plusieurs groupes djihadistes, les plus importants étant Boko Haram dans le Nord-Est du Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye.

L'État islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux États et est accusé par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l'Union européenne d'être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction de vestiges archéologiques millénaires. Depuis , une coalition internationale de vingt-deux pays et d'autre part la Russie, interviennent militairement contre cette organisation, qui mène également des opérations meurtrières à l'extérieur des territoires sous son contrôle.

Sommaire

Origine et création[modifier | modifier le code]

Selon le quotidien britannique The Guardian, citant une source anonyme, c'est derrière les murs de la prison américaine de Camp Bucca située dans la ville de Garma, perdue dans le désert irakien, que les futurs caïds de l'organisation ont ébauché leur réseau à partir de 2004, en inscrivant les coordonnées de leurs codétenus sur l'élastique de leurs boxers aux fins de reprise de contact à leur sortie de prison en 2009[25],[26],[27]. Richard Barret, spécialiste du contre-terrorisme, analyse que l'enfermement favorisant la radicalisation, de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein se sont retrouvés aux côtés de terroristes chevronnés d’Al-Qaïda et les deux groupes, s’ils ont des méthodes différentes, se sont découverts une communauté d’intérêt et se sont échangé leurs compétences[28].

L'État islamique d'Irak est créé le [29],[30] par le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak (une alliance de groupes armés djihadistes dont fait partie Al-Qaïda en Irak) et cinq autres groupes djihadistes irakiens[31], avec une trentaine de tribus sunnites représentant environ 70 % de la population de la province d'al-Anbar (ouest de l'Irak)[32].

Progressivement, la branche irakienne d'Al-Qaïda est absorbée dans l'État islamique ; son chef, Abou Hamza al-Mouhajer, prête d'ailleurs serment d'allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, émir de l'État islamique d'Irak. En 2007, Ayman al-Zaouahiri annonce qu'« Al-Qaïda en Irak n'existe plus ». Les combattants de ce mouvement ont rejoint pour la plupart l'État islamique d'Irak[33],[34].

Le , l'EII devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS)[35],[note 1] (arabe : الدولة الاسلامية في العراق والشام, « ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām »)[36], parfois désigné par l'acronyme anglais ISIS[37],[38] ou par l'acronyme arabe Daech / Daesh (داعش), principalement par les opposants à l'EI[39],[40],[41],[42].

Le , l'EIIL annonce le rétablissement du califat dans les territoires sous son contrôle et Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife, successeur de Mahomet, sous le nom d'Ibrahim. L'organisation prend, dans ses communiqués, le nom d'État islamique[43].

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'EI est un mouvement salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c'est-à-dire un État musulman s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale[44]. Pour Alain Marsaud, ancien chef central de la lutte antiterroriste, « Daesh est en train de créer un sunnite land [45]».

Cette idéologie s'inscrit dans une mutation des États arabes, d'un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime baasiste de Saddam Hussein, initialement laïc, a commencé à se présenter comme le défenseur de l'islam sunnite contre l'« hérésie » chiite à partir de la guerre Iran-Irak. Cette idéologie s'est radicalisée au cours des décisions politiques des gouvernements suivants[46],[47].

Les salafistes djihadistes de l'État islamique sont également qualifiés de « takfiri » ou de « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, en particulier par les chiites et les salafistes quiétistes[48],[49],[50]. Des termes que les membres de l'État islamique rejettent[51].

L'historien spécialiste de l’antisémitisme Georges Bensoussan pense que le terme islamo-fasciste n'est pas adapté pour qualifier l'État islamique, car le fascisme est un concept européen qui ne rend pas compte de l'aspect complètement étranger de Daesch ; mais reconnait que l'idéologie totalitaire est un trait commun à la Gestapo et à l'État islamique[52].

Stratégie[modifier | modifier le code]

La stratégie de l’État islamique n'est pas uniquement le résultat de concours de circonstances, ni de pulsions destructrices de ses combattants, elle découle d'une réflexion sur le long terme, inscrite dans l'histoire des mouvements djihadistes. Et c'est en appuyant sur ce point que, progressivement, l'EI chercherait à se construire une autorité, et démontrer qu'il fonctionne en 2015, non pas comme un groupe, une jamâ'a, mais bien comme un État[53],[54],[55],[56].

Favoriser le chaos : « l'administration de la sauvagerie »[modifier | modifier le code]

L'EI suit une stratégie élaborée par des idéologues islamistes depuis le début des années 2000 et diffusée sur des sites d'internet. Un opuscule rédigé entre 2002 et 2004 par un certain Abu Bakr al-Naji et intitulé « L'administration de la sauvagerie : l'étape la plus critique à franchir par la Oumma », a un succès particulièrement important parmi les mouvements djihadistes. L'auteur détaille la stratégie grâce à laquelle les groupes djihadistes seront selon lui en mesure de s'imposer territorialement face aux régimes arabes et musulmans, d'une part, face aux Américains et aux Occidentaux, d'autre part[53],[56]. Selon Wladimir Glasman[57], ancien diplomate et auteur d'études sur les mouvements islamiques :

« L'ouvrage soutient qu'en provoquant un déchaînement de violence dans les pays musulmans, les djihadistes contribueront à l'épuisement des structures étatiques et à l'instauration d'une situation de chaos ou de sauvagerie. Les populations perdront confiance en leurs gouvernants, qui, dépassés, ne sauront répondre à la violence que par une violence supérieure. Les djihadistes devront se saisir de la situation de chaos qu'ils auront provoquée et obtenir le soutien populaire en s'imposant comme la seule alternative. En rétablissant la sécurité, en remettant en route les services sociaux, en distribuant nourriture et médicaments, et en prenant en charge l'administration des territoires, ils géreront ce chaos, conformément à un schéma de construction étatique hobbesien. À mesure que les « territoires du chaos » s'étendront, les régions administrées par les djihadistes se multiplieront, formant le noyau de leur futur califat. Convaincues ou non, les populations accepteront cette gouvernance islamique[53]. »

Le plan d'Abu Bakr al-Naji obéit à trois étapes ; la première, harceler l'ennemi continuellement, notamment par le biais d'attentats, pour l'affaiblir moralement et matériellement. La deuxième, « l'administration de la sauvagerie », est la plus importante, elle doit avoir lieu après la chute d'un ou de plusieurs États, et de la période de chaos qui suit. Selon Nabil Mouline, chargé de recherche au CNRS :

« Pour reconstituer l’unité originelle de la communauté islamique [...] les leaders jihadistes devront recourir essentiellement à trois ingrédients : la violence extrême, la bonne gestion des territoires soumis et la propagande. Terroriser les ennemis et les populations soumises serait l’un des meilleurs moyens pour conquérir des territoires et les conserver. Il serait donc licite d’employer les techniques les plus terrifiantes (massacre, enlèvement, décapitation, crucifixion, flagellation, amputation, bûcher, lapidation, etc.) pour la cause.

Une fois la plateforme sanctuarisée, il faudrait bien l’administrer en assurant la sécurité, la nourriture, la santé, la justice et l’enseignement. Autrement dit, créer une structure étatique qui aurait pour principale mission de faire appliquer la charia dans tous les domaines.

Afin de légitimer la politique de la terreur et donner à voir la bonne gouvernance du chaos, la propagande serait l’outil privilégié. Tout doit être fait pour frapper les esprits et catalyser l’imaginaire du plus grand nombre. La maîtrise des outils de communication les plus modernes par les membres de l’organisation Etat islamique laisse penser que ce conseil, comme le premier d’ailleurs, a été pris très au sérieux[56] ! »

La troisième et la dernière étape est la proclamation du califat[56].

Internationaliser le conflit[modifier | modifier le code]

L'autre axe stratégique, selon Pierre-Jean Luizard, est une internationalisation du conflit. Pour ne pas se contenter des poches du territoire communautaire et confessionnel arabe sunnite initialement contrôlé en Irak, l'EI choisit d'une part d'occuper les zones frontalières avec la Syrie, l'Arabie Saoudite, et la Jordanie, et d'autre part de provoquer l'Occident à travers la politique du pire et les atteintes aux droits des minorités (religieuses, femmes, homosexuels) pour l'impliquer dans le conflit. Ces actes s'accompagnent d'attentats islamistes réalisés dans des pays en paix. Les actes s'accompagnent aussi d'une propagande insistant sur l'histoire coloniale, pour présenter les musulmans comme les éternelles victimes de l'Occident, permettant de dépasser les bases territoriales locales, et de présenter comme un universalisme séduisant l'opposition entre musulmans et mécréants. Finalement, l'un des objectifs est atteint, avec la formation « d'une coalition militaire dirigée par les Américains, et ce, avant même que cette coalition ait pu définir le moindre objectif politique pour la région »[58].

Programme[modifier | modifier le code]

Le programme de gouvernance islamique serait axé sur trois points principaux : développer la religiosité des masses, faire de la religion l'ordre social et politique, et former militairement les jeunes afin de constituer une société militarisée. Aucune place ne devant être laissée à la contestation, le but n'étant pas de gagner la sympathie des masses, mais a minima de neutraliser leur opposition et d'interdire leur rejet, le temps et les circonstances faisant qu'à terme elles n'auront pas d'autre choix que de se rallier à cette administration[53].

Appui sur les populations locales et image[modifier | modifier le code]

Face aux difficultés d'application sur le terrain, en 2010 un complément stratégique a été rédigé, planifiant la reconquête des territoires éventuellement perdus : « le Plan stratégique pour renforcer la position politique de l’État islamique d'Irak ». Ce plan insiste sur : la nécessité de se faire des alliés idéologiques locaux ou tribaux, ce qui semble en bonne voie en Irak, mais pas en Syrie ; recommande de faire de l'ennemi « intérieur » la priorité, en faisant peur par la médiatisation d'exécutions sommaires ; mener une politique de la terre brûlée sur les territoires où ses ennemis sont présents ; organiser des assassinats ciblés de personnalités influentes et de leaders militaires ; développer une véritable stratégie médiatique, visant entre autres à faire de l'émir de l'EI un dirigeant médiatiquement exemplaire ayant une légitimité politique et, plus encore, religieuse tout en donnant l'impression d'une structure froide, ayant l'apparence d'un État et dont la mort du chef ne signifierait pas la fin ; rassurer les non-musulmans, ce qui est un échec jusqu'à présent[53].

En cohérence avec cette stratégie explicitée, l'EI ne ferait pas des attaques terroristes aux quatre coins du globe sa priorité mais souhaiterait, avant tout, recruter des « citoyens » pour son État, des immigrants — muhâdjirûn —, afin qu'ils participent à la construction du califat. Le public visé par sa propagande ne se réduit pas aux hommes aptes à combattre, mais aussi « aux juges, aux personnes ayant une expertise dans les domaines militaire et administratif ou dans les services, aux médecins et aux ingénieurs de toutes spécialités ». L'objectif est d'organiser et d'administrer ce proto-État qu'est concrètement devenu l'EI en 2015[53].

Rupture avec Al-Qaïda en 2013 et 2014[modifier | modifier le code]

Les relations entre l'État islamique et Al-Qaïda, dirigé depuis la mort d'Oussama ben Laden par Ayman al-Zawahiri, ont évolué depuis la création de l'organisation en 2006. Initialement liés, les deux mouvements sont devenus rivaux.

Le , Abou Bakr al-Baghdadi déclare que le Front al-Nosra est une branche de l'État islamique d'Irak en Syrie et annonce la fusion de l'EII et du Front al-Nosra pour former l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cependant, le chef d'al-Nosra, Abou Mohammad al-Joulani, bien qu'il reconnaisse avoir combattu en Irak sous les ordres d'al-Baghdadi puis avoir bénéficié de son aide en Syrie, ne répond pas favorablement à l'appel de celui-ci et renouvelle son allégeance à Ayman al-Zawahiri, émir d'Al-Qaïda[33].

En et en , Ayman al-Zawahiri demande à l'EIIL de renoncer à ses prétentions sur la Syrie, estimant qu'Abou Bakr al-Baghdadi « a fait une erreur en établissant l'EIIL » sans lui en avoir demandé la permission ni même l'avoir informé. Il annonce que « l'État islamique en Irak et en Syrie va être supprimé, alors que l'État islamique en Irak reste opérationnel ». Pour al-Zawahiri, le Front al-Nosra demeure la seule branche d'Al-Qaïda en Syrie[59].

À son tour, al-Baghdadi rejette les déclarations d'al-Zawahiri[33]. En réalité, l'EIIL se considère comme un État indépendant et ne souhaite prêter aucune allégeance à Al-Qaïda, ni à aucune autre structure[34].

D'autres divergences opposent Al-Qaïda et l'EIIL : les premiers considèrent que le djihad doit être mené prioritairement contre les États-Unis, Israël, les pays occidentaux et leurs alliés régionaux, alors que de son côté, depuis le départ des Américains d'Irak, l'EIIL considère que l'ennemi principal est désormais l'Iran et les chiites[33].

En 2014, Al-Qaïda et l'EIIL entrent en conflit direct. Le , les rebelles syriens se révoltent contre l'EIIL, et le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, prend part à l'offensive, principalement à Racca. Abou Mohammed al-Joulani, le chef d'al-Nosra, estime que l'EIIL a une forte responsabilité dans le déclenchement du conflit mais appelle à un cessez-le-feu[60]. Cependant, le 11 ou le 12 janvier, à Racca, l'EIIL exécute 99 prisonniers membres du Front al-Nosra et d'Ahrar al-Sham selon l'OSDH[61],[62].

Le , Al-Qaïda publie un communiqué dans lequel il condamne les actions de l'EIIL et confirme que ce mouvement « n'est pas une branche d'Al-Qaïda, n'a aucun lien organisationnel » avec eux et qu'il « n'est pas responsable de ses actions »[63].

Le , Ayman al-Zaouahiri appelle à un « arbitrage indépendant en vertu de la loi islamique » afin de mettre fin aux combats qui opposent en Syrie l'État islamique en Irak au Levant et le Front al-Nosra. Selon Romain Caillet, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient et spécialiste de la mouvance salafiste, le projet soutenu par al-Zaouahiri aurait pour conséquence de former une seule instance juridique, placée au-dessus de toutes les autres. L'autorité de l'EIIL, sur les territoires qu'il contrôle, serait alors dissoute. C'est la principale raison pour laquelle l'EIIL, qui se voit comme un véritable État, refuse cette solution et préfère celle dite des « tribunaux conjoints », où le jury serait composé pour moitié de membres de l'EIIL et pour l'autre de la brigade plaignante[64].

Le , Ayman al-Zaouahiri donne l'ordre au Front al-Nosra de cesser de combattre d'autres groupes djihadistes et de « se consacrer au combat contre les ennemis de l'islam, en l'occurrence les baasistes, les chiites et leurs alliés ». Il appelle également Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'EIIL à se concentrer sur l'Irak[65]. Ces instructions ne sont pas suivies : à cette même période, la bataille d'Al-Busayrah s'engage entre Al-Nosra et l'EIIL, près de Deir ez-Zor[66].

Le 12 mai, Abou Mohammed al-Adnani, chef de l'EIIL en Syrie, qualifie les messages de Ayman al-Zaouahiri de « déraisonnables, irréalistes et illégitimes ». Il déclare à ce dernier dans un enregistrement : « Vous avez provoqué la tristesse des moudjahidines et l'exultation de leur ennemi en soutenant le traître (Abou Mohammad al-Joulani, chef d'al-Nosra). Le cheikh Oussama (c'est-à-dire : Oussama ben Laden, ancien chef d'Al-Qaïda) avait rassemblé tous les moudjahidines avec une seule parole, mais vous les avez divisés et déchirés. […] Vous êtes à l'origine de la querelle, vous devez y mettre fin[67]. »

Proclamation d'un califat en 2014[modifier | modifier le code]

En gris, les territoires contrôlés par l'EI en Syrie et en Irak en avril 2016

Le , premier jour du ramadan, l'État islamique en Irak et au Levant annonce l'établissement d'un califat sur les territoires syriens et irakiens qu'il contrôle. L'émir Abou Bakr al-Baghdadi est proclamé calife sous le nom d'Ibrahim et l'organisation prend le nom d'État islamique (EI)[43]. L'EI se revendique comme le successeur des précédents califats, le dernier calife, Abdülmecid II, ayant été déposé en 1924 lorsque la Grande assemblée nationale de Turquie abolit le Califat[68]. Abou Mohammad al-Adnani, porte-parole de l'EI, déclare qu'il est du « devoir » de tous les musulmans du monde de prêter allégeance au nouveau calife Ibrahim : « Musulmans (...) rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l'Occident. Revenez à votre religion »[69].

Selon Charles Lister, chercheur associé au Brookings Doha Centre : « D'un point de vue géographique, l'État islamique est déjà parfaitement opérationnel en Irak et en Syrie. Il est en outre présent — mais caché — dans le sud de la Turquie, semble avoir établi une présence au Liban, et a des partisans en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï, en Indonésie, Arabie saoudite et ailleurs »[69]. Pour Shashank Joshi, du Royal United Services Institute à Londres, la proclamation du califat « ne change rien matériellement », mais « ce qui change réellement c'est (...) l'ambition » de l'État islamique, qui montre sa confiance dans sa force et défie Al-Qaïda[69].

Par cette proclamation l'EI tient à montrer sa puissance et menace le pouvoir d'Al-Qaïda sur les mouvements armés djihadistes salafistes. Pour Charles Lister : « Tous les groupes liés à Al-Qaïda et les mouvements djihadistes indépendants vont devoir décider s'ils soutiennent l'État islamique ou s'ils s'opposent à lui »[70]. Dans un communiqué, l'EI ordonne à Al-Qaïda et aux groupes armés islamistes de se soumettre à son autorité[68]. Plus généralement, l'EI déclare qu'Abou Bakr al-Baghdadi est devenu le « chef des musulmans partout » dans le monde[71].

Selon Henry Laurens, historien du monde arabe au Collège de France, ce califat est de l'ordre de l’« invention de la tradition » au sens où il « est aussi imaginaire que la façon dont Hollywood représente le Moyen Âge […] on est en plein imaginaire de seconde zone […] puisque ça n'a rien à voir avec la réalité historique du califat »[72].

Adhésion ou rejet des groupes armés islamistes[modifier | modifier le code]

La déclaration du califat du est rejetée par les rebelles syriens du Front islamique (considérés comme une des branches modérées) et les djihadistes du Front al-Nosra (branche d'al-Qaïda) qui déclarent considérer cette proclamation « comme nulle et non avenue, légalement et logiquement »[73].

Le , Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) publie un communiqué dans lequel il rejette le califat de l'EI. Il dénonce une proclamation faite « sans consultation avec les chefs des moujahidines » et demande à l'EI quel sort il réserve aux émirats autoproclamés, comme l'Émirat islamique d'Afghanistan et l'Émirat islamique du Caucase. AQMI déclare « vouloir un califat, dans la voie de la prophétie, sur la base de la choura (la consultation), et qui cherche à unir les musulmans et à épargner leur sang »[74]. Cependant en septembre, un groupe de combattants menés par Gouri Abdelmalek, dit Khaled Abou Souleïmane, émir de la région centrale en Algérie, fait scission d'AQMI et rallie l'EI. Le groupe se nomme Jund al-Khilafa (« Les Soldats du califat »)[75]. Et, quelques jours plus tard, la katiba Okba Ibn Nafaâ, active en Tunisie et liée à AQMI, annonce apporter son soutien à l'EI[76].

Au Nigeria, jusqu'en mars 2015, Boko Haram ne prend pas parti entre l'EI et al-Qaïda. Dans une vidéo diffusée le , Abubakar Shekau apporte son soutien à la fois à Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l'État islamique, à Ayman al-Zaouahiri, émir d'Al-Qaïda et au Mollah Omar, chef des Talibans[77]. Finalement, le , Abubakar Shekau prête allégeance à l'EI[78].

En Libye, le groupe Majilis Choura Chabab al-Islam (Conseil consultatif de la jeunesse islamique), actif à Derna, annonce apporter son soutien à l'EI en juin 2014[79]. Le 3 octobre, il prête allégeance à l'État islamique et en fait l'annonce le 31[8].

En , aux Philippines, Abu Sayyaf et les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro (en), font allégeance à l'État islamique. En revanche le Front Moro islamique de libération, qui se revendique comme modéré, dénonce l'extrémisme de l'EI et condamne « tout acte barbare et sauvage, qu'il soit le fait d'autres groupes dont l'Etat islamique (EI) ou de ses membres »[80].

Le , le Tehrik-e-Taliban Pakistan annonce apporter son soutien à l'État islamique, indiquant qu'ils allaient leur « fournir des moudjahidines ». Le TTP appelle également les autres groupes djihadistes à mettre de côtés leurs rivalités et à s'unir[81].

Le 10 novembre, Ansar Bait al-Maqdis, le plus important groupe armé djihadiste égyptien, actif dans le Sinaï, annonce prêter allégeance à l'État islamique et prend le nom de Wilayat Sinaï[82].

Dans un communiqué daté du 13 novembre Abou Bakr al-Baghdadi reconnait les allégeances des groupes d'Égypte, de Libye, d'Algérie, du Yémen et d'Arabie saoudite[8].

Plusieurs autres groupes djihadistes mineurs rallient l'EI : Ansar Dawlat al-Khilafah (au Liban, le ), Ansar Dawlat al-islammiyya, au (Yémen, le ), le Mouvement pour le Califat et le Jihad, (au Pakistan, le ), Jamaah Ansharut Tauhid et son chef Abou Baker Ba'asyir (en Indonésie, en , mais une partie du mouvement fait scission en réaction), Jund al-Khilafah (en Égypte, le ), le bataillon al-Tawheed, en Afghanistan, en ), Ansar al-Khilafah (aux Philippines, le ), al-I'tisam du Coran et de la Sounna (au Soudan), Ansar al-Tawheed (en Inde) et la Brigade de l'Islam dans le Khorosan (en Afghanistan)[83],[8].

Le , une des deux composantes d'Al-Mourabitoune, celle du MUJAO, annonce prêter allégeance à l'État islamique dans un communiqué signé de l'émir Adnane Abou Walid Al-Sahraoui[84],[85],[86],[87].

Le , une partie de l'Émirat du Caucase annonce prêter allégeance à l'État islamique. Abou Mohamed al-Adnani, porte-parole de l'EI, annonce dès le 23 juin que l'allégeance est acceptée[88],[89]. Cependant, cette déclaration fut rejetée par les dirigeants de l'Émirat[90].

Les 31 juillet et , le Mouvement islamique d'Ouzbékistan publie deux vidéos dans lesquelles il annonce prêter allégeance à l'État islamique[91],[92].

Le , l'Armée de l'islam, à Gaza, annonce son allégeance à l'État islamique[93].

Réaction de figures d'autorité musulmanes[modifier | modifier le code]

La proclamation est rejetée en par le prédicateur salafiste djihadiste Abou Qatada qui déclare qu'elle est « nulle et non avenue, et sans aucun sens parce qu'elle n'a pas été approuvée par les jihadistes dans d’autres parties du monde. […] Ce groupe n’a pas l’autorité pour diriger tous les musulmans et sa déclaration n’engage que lui »[74]. Abou Mohammed al-Maqdissi, le principal idéologue d'al-Qaïda, dénonce également la proclamation du califat[94].

Enfin, le , Youssef al-Qaradâwî, président de l'Union internationale des savants musulmans (oulémas), membre de la confrérie des Frères musulmans ainsi que du Conseil européen pour la recherche et la fatwa, déclare que l'État islamique « viole la charia »[95]. Selon lui, le titre du calife doit être « accordé par la nation musulmane entière » et « un groupe connu par ses atrocités et ses vues radicales ne sert pas le projet islamique »[96].

Le , Abdul Aziz ibn Abdillah Ali ash-Shaykh, Grand Mufti de l'Arabie saoudite dénonce « les idées d’extrémisme, de radicalisme et de terrorisme » des djihadistes de l'État islamique et déclare que ces derniers sont « l'ennemi numéro un de l’islam ». Il estime par ailleurs que « les musulmans sont les principales victimes » de leurs exactions[97].

En , une centaine d'érudits musulmans écrivent une lettre ouverte à Abou Bakr al-Baghdadi et accusent son organisation d'avoir « sali l'islam »[98].

En septembre 2015, une fatwa est lancée contre Daesh par un millier de musulmans indiens pour dénoncer des « agissements inhumains et non-islamiques »[99]. Le texte a été rédigé par Mohammed Mauzar Hasan Ashrafi Misbahi, chef religieux de Mumbai (Bombay), et signé par des imams (dont celui de la mosquée Jama Masjid à New-Delhi), ainsi que par des dirigeants d'institutions éducatives et de groupes civiques, qui qualifient les actes de l'État islamique comme « allant contre les principes de l'islam, qui n'autorise même pas le meurtre d'un animal. Il n'autorise pas le meurtre des gens au nom de la religion. Ce qu'ils font aux femmes... L'islam nous apprend à respecter les femmes. Ce que fait Daesh abîme l'image de l'islam »[99].

Réaction de gouvernements[modifier | modifier le code]

Le , le gouvernement des États-Unis réagit à l'annonce du rétablissement du califat par l'État islamique et affirme qu'elle « ne signifie rien pour les populations en Irak et en Syrie »[69].

Expansion territoriale[modifier | modifier le code]

Dès 2014, l'État islamique (EI ou Daesh) appelle tous les autres mouvements djihadistes à lui prêter allégeance. L'EIIL fait aussi de la grande ville de Mossoul, à l'est de l'Irak, une sorte de capitale religieuse et intellectuelle[réf. nécessaire] alors que la ville de Racca (chef-lieu de province dans le centre de la Syrie) devient sa capitale politique et militaire implantée au sein des territoires syriens nouvellement conquis[100].

Selon le géographe Patrick Poncet, il ne convient de représenter la cartographie de Daesh « ni comme une grande zone uniforme entre Syrie et Irak, ni par un territoire formé de provinces », à l’instar de ce que fait le journal Le Monde[note 2] qui représente l’espace comme un « écheveau ténu de traits réunissant un petit nombre de bourgades aux confins de la Syrie et de l’Irak », comme un « rhizome, c'est-à-dire le tout début de la territorialisation d’un réseau, car c'est bien là qu'est l’enjeu spatial de ce qui se joue dans cette zone de la planète : le réseau des terroristes du Moyen-Orient peut-il muter et se transformer en un territoire ? Actuellement Daesh ne peut faire illusion sur le plan géographique et doit se contenter de s'intituler « État ». Ses efforts pour se territorialiser ne sont pas très probants et se limitent à des victoires militaires dans une guerre contre des États qui ne sont plus que l’ombre d'eux-mêmes, à l’image de leurs armées tel qu'en Irak par exemple. De là à ce qu'une telle organisation terroriste ait un territoire il y a quand même un pas qui n’est pas si facile à franchir et mieux vaut ne pas l’y aider cartographiquement »[101].

Carte des territoires contrôlés par l'organisation en mai 2015.
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Pour contrer les offensives kurdes et les bombardements occidentaux, les djihadistes de l'État islamique se redéploient périodiquement. Ils laissent la gestion administrative et policière des villes et villages conquis à des personnalités locales sunnites et à des administrateurs civils formés et compétents. Les militaires djihadistes nomadisent aux frontières d'un territoire conquis étendu à son maximum à la taille du Royaume-Uni (soit environ 40 % de l'Irak, pour 170 000 km2, et 33 % de la Syrie, pour 60 000 km2). Leurs camps d'entrainement se déplacent sans cesse. Ils ont aussi évacué et éparpillé les dépôts d'armes de certaines de leurs bases militaires, notamment de la province d'Idleb (nord-ouest de la Syrie), selon l'OSDH[102]. Se déplaçant par petits groupes d'un front vers un autre, selon les besoins, les combattants de Front islamique sont ainsi difficiles à repérer et à cibler.

L'État islamique cesse son expansion en Irak et en Syrie pour connaître une phase de recul à partir de l'année 2015. Selon l'IHS Conflict Monitor, de janvier 2015 à mars 2016, l'EI perd 22 % de son territoire dans ces deux pays[103].

Situation en Irak[modifier | modifier le code]

Selon The New York Times qui se base sur la Global Terrorism Database, de 2004 à 2013, l'État islamique aurait commis 1 452 attentats en Irak, dont 51 en 2004, 58 en 2005, 5 en 2006, 56 en 2007, 62 en 2008, 78 en 2009, 86 en 2010, 34 en 2011, 603 en 2012 et 419 en 2013[104].

Jusqu'en 2011, l'ambition de l'EIIL provoque toutefois des tensions et des affrontements avec d'autres groupes armés rebelles comme la Brigade de la Révolution de 1920 (Ansar al-Sunnah) ou même l'Armée islamique en Irak[105]. Un bref cessez-le-feu annoncé en avec l'Armée islamique en Irak s'est ainsi dissout à la suite d'affrontements dans la région de Samarra (125 km au nord de Bagdad) en octobre et [106]. En 2007, plusieurs dirigeants de l'Armée islamique se seraient même alliés avec le Pentagone, pour contrer l'influence d'Al-Qaïda en Irak[107]. C'est grâce à ce soutien que la province d'Al-Anbar passe en sous le contrôle du gouvernement irakien pendant quelques années.

Le , Abou Omar al-Baghdadi émir de l'État islamique en Irak, est tué par les forces américaines et irakiennes, ainsi que Abou Hamza al-Mouhajer, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak devenu ministre de la guerre de l'État islamique. Le , l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi prend la tête de cette organisation[33],[108].

Pour la période entre et , l'État islamique (EIIL) publiera le , un rapport de 400 pages sur ses opérations en Irak : il y revendique notamment 1 083 assassinats, 4 465 explosions d'engins piégés, huit villes conquises et plusieurs centaines de prisonniers délivrés[109].

Carte des premières villes conquises (en noir) par l'État islamique en Irak et au Levant dans le nord-est irakien (à fin 2013 et début 2014)

À fin 2013, la politique sectaire du premier ministre chiite Nouri al-Maliki provoque peu à peu l'insurrection de tribus sunnites d'Irak (celles de la province d'Al-Anbar en premier)[110]. L'État islamique en Irak et au Levant ainsi soutenu militairement par des tribus sunnites peut accroitre sa progression territoriale en direction des régions pétrolières et même de la capitale Bagdad. Bon nombre de sunnites, exaspérés par les exactions commises par l'armée irakienne, accueillent les djihadistes de l'EI en libérateurs[111].

Dès 2014, l'État islamique s'empare de plusieurs zones stratégiques en Irak dont le fief sunnite symbolique et martyr de Falloujah[112] qui est conquis dès le 4 janvier. Suivront plusieurs zones telles qu'Al-Boubali, Garma, Khaldiyah et Ramadi. Le 19 janvier, Abou Bakr al-Baghdadi appelle les insurgés à progresser au sud vers la capitale Bagdad et à avancer à l'est sur Mossoul[113].

Le 9 juin 2014, Mossoul, ville de près de deux millions d'habitants est prise et contrôlée[114]. Dans la foulée, c'est ensuite la région de Kirkouk, riche en gisements pétroliers qui est directement menacée[115]. Selon le professeur de sciences politiques Aziz Jabr, cette progression rapide pourrait avoir été facilitée par l'infiltration de rebelles au sein des forces armées[116]. Une bonne partie des 500 000 réfugiés civils, ainsi que 10 000 militaires irakiens, trouvent refuge au Kurdistan irakien, dont le territoire est sous la garde des kurdes Peshmergas[117],[118].

Dès le 11 juin 2014, à Mossoul, l'État islamique en Irak et au Levant rend publique une charte de 16 articles régissant la vie à l'intérieur de la ville. L'article 5 propose aux mécréants (opposants à l'islam) : « l'exécution, la crucifixion, l'amputation des bras ou (et) des jambes, ou l'exil ». L'alcool, le tabac et les drogues sont interdits (article 8). Les manifestations publiques, considérées comme contraires à l'islam sont interdites (articles 10). L'EIIL promet également la destruction des statues édifiées avant l'avènement de l'islam (article 13). Les femmes ne peuvent sortir que vêtues d'un niqab et accompagnées d'un membre de leurs familles (article 14). De plus l'EIIL rétablit également le statut de dhimmi pour les chrétiens de Mossoul, ces derniers doivent notamment payer un impôt spécial de 250 dollars par mois[119].

Puis le 21 juin 2014, l'EIIL s'empare de l'ouest de la province de Kirkouk, et du nord de la province de Salah ad-Din. Les insurgés prennent également Al-Qa'im et son poste-frontière. Le 23, c'est Tall Afar qui tombe[120],[121].

L'éventualité d'une partition à terme de l'Irak est alors évoquée. Michael Hayden, directeur de la NSA de 1999 à 2005, puis de la CIA de 2006 à 2009, déclare ainsi le 30 juin 2014 : « Avec la conquête par les insurgés de la majeure partie du territoire sunnite, l’Irak a déjà pratiquement cessé d’exister. La partition est inévitable »[122]. Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien, envisage pour sa part de soumettre à référendum l'indépendance de la région[123].

En début du mois d'août, les djihadistes de l'État islamique avancent rapidement vers le nord-est irakien et occupent les provinces pétrolières et gazières de Ninawa, de Salah ad-Din et d'Al-Anbar. Ils s'emparent ensuite de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak (à l'est de Mossoul). En urgence, le Conseil de sécurité de l'ONU est alors mis en alerte par des pays occidentaux désireux de préserver d'urgence leurs intérêts économiques en matières premières et d'aider enfin des chrétiens irakiens (les chrétiens syriens n'avaient pas reçu d'aide un an plus tôt)[124].

Le , et au terme de plus d'une année d'affrontements, l'EI conquiert Ramadi à quelques centaines de kilomètres de Bagdad, malgré les bombardements aériens de la coalition anti-EI et la présence au sol de l'armée irakienne[125]. En mai, toujours, l'EI consolide son emprise sur la frontière entre la Syrie et l'Irak[126].

La situation évolue quelque peu et l'EIIL perd du terrain en Irak. En raison des nombreuses frappes de la coalitions (près de 3 244 frappes aériennes depuis août 2014), aux milices chiites et aux Forces Irakiennes , l'EI a perdu près de 30% de terrain en Irak depuis son apogée en août 2014 et a notamment perdu, le 31 mars 2015, Tikrit, ville symbole puisque fief de Saddam Hussein[127]. Voir Bataille de Tikrit.

Le 12 novembre 2015, les peshmergas kurdes lancent une offensive[128] au nord de l'Irak et s'emparent de Sinjar, coupant ainsi la route reliant Mossoul au reste des territoires sous contrôle de l'EI. Le recul de l'EI sur le terrain militaire est confirmé le 28 décembre 2015 par la reprise de la ville de Ramadi, chef-lieu de la province d'Al-Anbar, par l'armée irakienne.

En 2016, le porte-parole du Pentagone Peter Cook estime que l’État Islamique a perdu 45 % des territoires qu'il contrôlait en Irak depuis sa grande offensive en 2014.[129]

Situation en Syrie[modifier | modifier le code]

Article principal : Guerre civile syrienne.

À partir de 2013, l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) intervient dans la guerre civile syrienne. De nombreux combattants d'al-Nosra et la plupart des djihadistes étrangers rallient rapidement le mouvement[33] qui s'implante dans le centre-est du pays, en particulier à Jerablus et Racca. Il disposerait à ses débuts en Syrie de 7 000 hommes[33].

En Syrie, les forces de l'État islamique en Irak et au Levant sont commandées par Abou Mohammed Al-Adnani[130]. Un autre chef important, l'Irakien Chaker Wahiyib al-Fahdaoui combat également en Syrie, sa présence étant révélée en août 2013 après la publication d'une vidéo où il exécute à visage découvert trois chauffeurs routiers alaouites[131]. En , un combattant d'Ahrar al-Sham aurait été décapité par des djihadistes de l'EIIL qui l'auraient pris pour un chiite. Le porte-parole du mouvement présentera ses excuses[132].

Initialement, l'EIIL a rapidement joui d'une forte popularité, notamment en distribuant de l'aide alimentaire à la population et en organisant des milices policières chargées de l'ordre. Cependant l'EIIL se distingue aussi par sa violence et à plusieurs reprises, des soldats ennemis alaouites sont exécutés sur la place publique par les combattants djihadistes[130]. Plusieurs observateurs occidentaux considèrent l'EIIL comme plus extrémiste que le Front al-Nosra[34]. Mais surtout, plus que sa radicalité, les ambitions territoriales de l'EIIL lui attirent progressivement l'hostilité des occidentaux et des autres mouvements rebelles syriens :

Dans les premiers jours de , la mort de Hussein al-Suleiman, un médecin respecté, et d'un commandant d'Ahrar al-Sham exécutés par l'EIIL, met le feu au poudre[133],[134]. Le Front islamique, le Front al-Nosra, le Front révolutionnaire syrien et l'Armée des Moujahidines décident de lancer une offensive contre l'EIIL[135],[136],[34].

La guerre est déclarée entre les rebelles et les djihadistes d'al-Baghdadi. Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole de l'EIIL, appelle ses hommes à anéantir les rebelles et déclare à ces derniers : « Aucun de vous ne survivra, et nous ferons de vous un exemple pour tous ceux qui pensent suivre le même chemin ». Le mouvement se considère désormais également en guerre contre le Conseil national syrien : « Chaque membre de cette entité est une cible légitime pour nous, à moins qu'il ne déclare publiquement son refus de […] combattre les moudjahidines »[137].

Carte de situation à Deir ez-Zor (Syrie)
- Situation en cours -

En , l'EIIL est repoussé temporairement du gouvernorat de Deir ez-Zor par le Front Al-Nosra, le Front islamique et d'autres brigades rebelles unies[138]. L'EIIL reprendra l'ouest de la province au début du mois de mai[139]. Mais à la mi-mai, il lance une contre-offensive depuis le gouvernorat de Racca avec 3 000 hommes et reprend en juillet la quasi-totalité du gouvernorat de Deir ez-Zor[140],[141]. Certaines tribus locales et une partie des rebelles islamistes changent d'allégeance et rallient l'État islamique[142], notamment Abou Youssouf al-Masri, commandant du Front al-Nosra à Abou Kamal, qui le fait défection et rallie l'EIIL avec ses hommes[143]. Outre l'est du pays, l'État islamique contrôle principalement la campagne orientale du gouvernorat d'Alep (au nord de la Syrie)[144], et plus au sud, le gouvernorat de Racca et celui de Deir ez-Zor[145],[146], ainsi qu'une partie de celui d'Hassaké (nord-est du pays)[147].

Seules à l'ouest de la ville de Deir ez-Zor, les forces loyalistes assadistes résistent et tiennent toujours la zone très stratégique de l'aéroport et de la base militaire de Deir ez-Zor (verrou protégeant le sud-ouest du pays)[148].

Dès , l'État islamique consolide ses annexions. Elle s'étend bientôt vers le sud en direction de la frontière jordano-irakienne et vers le nord sur une partie du Kurdistan syrien (en direction de la frontière turque)[149] Sur son front ouest, l'État islamique progresse également et bouscule les forces du Front islamique et s'empare des villes de Turkmen Bareh et d'Akhtarine en direction de la grande ville d'Alep[150].

Articles détaillés : Bataille de la Division-17 et Bataille de Tabqa.

Le 24 juillet, les djihadistes prennent d'assaut la base de la division-17 au nord de Racca. Les forces du régime assadiste perdent ainsi un de leurs derniers bastions dans le gouvernorat de Racca[151].

Un mois plus tard, le 24 août, la base aérienne de Tabqa (province de Raqqa) est à son tour prise d'assaut par les djihadistes au terme d'une bataille particulièrement violente[152],[153].

Le , les djihadistes de l'État islamique lancent une grande offensive dans le nord syrien, en direction de la frontière turquo-syrienne. La ville de Kobané (Aïn al-Arab) est défendue par les forces kurdes des YPG qui avaient repoussé en juillet un premier assaut dans le sud de la région[154],[130],[155]. Après plusieurs jours de combats et la prise de plusieurs dizaines de villages, les djihadistes de l'EIIL atteignent la ville de Kobané dont ils prennent la partie sud. Les combats les plus meurtriers du siège de Kobané ont lieu dans les deux premières semaines d'octobre. Le siège de la ville par l'EI s'enlise au cours de l'hiver 2014-2015. Le 27 janvier 2015, les forces kurdes reprennent le contrôle de Kobané[156]. Puis les combattants de l'État islamique se concentrent à une centaine de kilomètres au sud de Kobané, sur la région du Lac el-Assad (alimentés par le fleuve Euphrate), de ses barrages de Tichrin et de Tabqa qui étaient aux mains des djihadistes du Front al-Nosra. L'État islamique qui est déjà maître en Irak du lac Thartar et du barrage de Falloujah, contrôle en son entier la région stratégique du Lac el-Assad qui alimente en eau la ville de Racca et une grande partie des plaines fertiles de Syrie[157].

En avril 2015, l'EIIL commence les combats dans la périphérie de Damas et affirme avoir pris le contrôle total de l'Est d'Al-Hajar al-Aswad, plus précisément à Yalda (en)[158]. Le régime syrien, appuyé par des auxiliaires palestiniens, rétablit rapidement la situation en particulier dans le camp de Yarmouk.

Après sa défaite à Kobané, l'État islamique va ensuite subir une succession de défaites contre les Kurdes des YPG, alliés à des brigades de l'Armée syrienne libre et fortement soutenus par les frappes aériennes de la coalition internationale. Le , les YPG lancent une offensive à l'est du gouvernorat d'Hassaké, Tall Hamis est prise le 27 février, suivie de Tell Brak le lendemain[159],[160]. L'État islamique réplique en avançant vers Tall Tamer et Ras al-Aïn, à l'ouest d'Hassaké, et s'empare de plusieurs villages chrétiens. L'offensive est cependant repoussée fin mai par les Kurdes et le MFS[161].

Article détaillé : Bataille de Palmyre (2015).

Le cependant, l'EI s'empare de la ville de Palmyre et contrôle tous les poste-frontières entre la Syrie et l'Irak. D'après l'OSDH, l'EI contrôlerait alors la moitié du territoire syrien[162].

Fin mai, les YPG et l'Armée syrienne libre font une offensive sur Tall Abyad, située sur la frontière turque entre Kobané et Ras al-Aïn[163]. La ville est prise le 16 juin[164],[165], l'État islamique subit alors sa plus grande défaite stratégique en Syrie depuis la proclamation du califat un an plus tôt en perdant un important point de passage des djihadistes étrangers vers la Syrie et un axe de la contrebande de pétrole vers la Turquie[166],[167]. Les YPG se rapprochent ensuite de Racca en prenant la base de la Brigade 93 le 22 juin, suivie le lendemain de la petite ville de Aïn Issa[168]. Le 5 juillet, les djihadistes livrent un assaut pour tenter de la reprendre, mais il est repoussé le 10[169]. Puis le 27 juillet, l'EI perd la petite ville de Sarrine, au sud de Kobané[170].

En juin et juillet, l'État islamique tente également de s'emparer d'Hassaké, tenue au sud par le régime syrien et au nord par les YPG. Deux batailles sont livrées mais les djihadistes finissent à chaque fois par être repoussés[171],[172],[173],[174].

Article détaillé : Bataille d'Al-Qaryatayn.

Le 6 août 2015, les djihadistes de l'EI prennent la ville d'Al-Qaryatayn, au sud-est de Homs, après une faible résistance des forces du régime[175]. En octobre, peu visé par l'intervention russe qui a débuté le 30 septembre, l'EI progresse dans la région de Homs en s'emparant dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre de Mahin qui se situe sur la route reliant Homs à Palmyre, ce qui va retarder l'offensive prévue par les forces du régime syrien, avec l'aide de l'aviation russe, pour reprendre Palmyre à l'EI[176],[177]. Mahin est reprise par les loyalistes le 23 novembre[178], puis à nouveau reconquise par l'EI le 10 décembre[179] et encore reprise par le régime le 29 décembre[180].

Les 10 novembre 2015, l'armée syrienne remporte remporte une victoire contre l'EI à l'est d'Alep, en brisant le siège de l'aéroport de Kweires, encerclé depuis avril 2013[181],[182], et la seconde au sud d'Alep contre les rebelles, en s'emparant de la ville d'Al Hader[183],[184].

Le 23 décembre 2015, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par la coalition, lancent une offensive au sud de Kobané, le long de la rive est de l'Euphrate, et réussissent à s'emparer de plusieurs villages et du barrage de Tichrine[185], situé sur le fleuve. La prise est stratégique car elle permet de franchir l'Euphrate et coupe ainsi la route reliant Manbij à Racca, et isolant ainsi cette dernière ville, fief de l'État islamique. En février, les Forces démocratiques syriennes reprennent également leurs offensives dans le gouvernorat d'Hassaké et prennent la ville d'Al-Chaddadeh le 19 février[186]. Les forces kurdes coupent ainsi deux principales routes de ravitaillement à l'EI, celle reliant Chadadi à Mossoul en Irak voisin et une autre menant jusqu'à Raqqa, bastion de l'EI en Syrie.

Article détaillé : Bataille de Palmyre (2016).

Lors de la bataille de Palmyre de 2016, l'EI perd le contrôle de la ville face à l'armée syrienne soutenue par la Russie et le Hezbollah. Il s'agit de la victoire la plus importante du régime face à l'EI depuis le début de l'intervention russe et, selon l'OSDH, du « bilan le plus lourd pour l'EI dans une seule bataille depuis son émergence » avec au moins 400 hommes tués. D'après l'OSDH, avec cette défaite, « l'EI perd automatiquement le grand désert syrien », ce qui permet au régime d'avancer vers la frontière avec l'Irak, contrôlée en grande partie par les djihadistes[187].

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Coalition contre l'État islamique en Irak et en Syrie[modifier | modifier le code]

Frappes aériennes américaines et alliées le 24 septembre 2014
dans le nord syrien et irakien

Le 8 août 2014, les États-Unis interviennent à nouveau en Irak en engageant leurs forces aériennes contre l'EI dans le Kurdistan irakien[188]. À partir de septembre, la France, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, le Maroc et l'Italie engagent leurs aviations et des forces spéciales en Irak.

La nuit du 22 au 23 septembre, soit quelques semaines après les premières frappes en Irak, les forces aériennes américaines, de l'Arabie saoudite, de la Jordanie des Émirats arabes unis, du Qatar et de Bahreïn commencent en urgence une campagne de bombardements contre l'État islamique en Syrie[189].

Par la suite, la Russie a dit vouloir monter une coalition contre Daech. Toutefois les États parties prenantes ont des intérêts divergents, notamment sur des points politiques tel que le départ de Bachar al-Assad.

À la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015 mais aussi de Beyrouth et d'autres, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte à l'unanimité le 20 novembre une résolution proposée par la France dans laquelle il appelle tous les États qui le peuvent à lutter contre Daech (EIIL). Par cette résolution, le Conseil demande aux « États qui ont la capacité de le faire » de mettre un terme aux actes de terrorisme commis par Daech, Al-Nosra et Al-Qaïda et d'éliminer le sanctuaire qu'ils ont créé ». Il invite les États « intensifier leurs efforts pour endiguer le flux de combattants terroristes étrangers qui se rendent en Iraq et en Syrie et empêcher et éliminer le financement du terrorisme »[190].

Attaques ou implantation de l'EI dans les autres pays du monde musulman[modifier | modifier le code]

Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan et Drapeau du Pakistan Pakistan[modifier | modifier le code]

Le , le Tehrik-e-Taliban Pakistan dirigé par Maulana Fazlullah annonce apporter son soutien à l'État islamique mais sans lui faire allégeance. Des dissidences du TTP comme le Jamaat-ul-Ahrar et le Tehreek-e-Khilafat apportent également leur soutien à l'EI. Ces groupes appellent aussi à la réconciliation entre l'État islamique et al-Qaïda[191],[192],[8].

En octobre 2014, six chefs talibans font allégeance à l'État islamique, dont Abou Omar Maqbool, dit Shahidullah Shahid, porte-parole du TTP, qui est aussitôt destitué[8],[192]. Le , dix commandants talibans pakistanais et afghans annoncent ou renouvellent leur allégeance à l'EI[193].

Cette implantation de l'EI, bien qu'encore embryonnaire, est cependant mal vue par les talibans afghans qui, le , écrivent une lettre à Abou Bakr al-Baghdadi pour lui demander de cesser ses « ingérences » en Afghanistan, où des combats ont opposé les deux groupes en certaines occasions[194],[195]. En se proclamant « émir des croyants » Abou Bakr al-Baghdadi est entré en concurrence avec le mollah Omar, également considéré comme tel par les talibans et al-Qaïda[192],[196].

Début juillet 2015, Hafiz Saeed, chef de l'État islamique en Afghanistan et Shahidullah Shahid, numéro deux, sont annoncés tués par des frappes de drone[197],[198].

Le 18 avril 2015, un attentat à Jalalabad fait 34 morts et une centaine de blessés, tous civils. Les talibans nient toute implication et l'attaque est revendiquée par un ancien porte-parole du Tehrik-e-Taliban Pakistan, limogé après son allégeance à l'État islamique[199],[200]. Cependant le 26 avril, la branche afghane de l'État islamique dément, dans un communiqué officiel, être à l'origine de l'attaque[201].

En septembre 2015, un rapport de l'ONU estime qu'environ 10 % des insurgés afghans ont prêté allégeance à l'EI. Des groupes ayant fait allégeance à l’EI ou qui s’en déclarent proches ont été signalés dans 25 des 34 provinces du pays[202]. Début 2016, l'armée américaine estime que l'EI compte entre 1 000 et 3 000 combattants en Afghanistan[203].

Drapeau de l'Algérie Algérie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Soldats du califat en Algérie.

En juillet 2014, des djihadistes algériens font scission d'AQMI et fondent un groupe appelé les Soldats du califat en Algérie qui annonce son allégeance à l'EI en septembre[204]. Il perd rapidement son chef, Abdelmalek Gouri, tué par l'armée algérienne le [205]. Son successeur, Abou Abdallah Othman al-Asimi, est tué à son tour le [206],[207].

Drapeau du Bangladesh Bangladesh[modifier | modifier le code]

Le 28 septembre 2015, un travailleur humanitaire italien est abattu par des hommes armés dans la capitale du Bangladesh, Dacca. Il s'agit de la première action revendiquée par l'État islamique dans ce pays[208]. Le 3 octobre, l'EI abat ensuite un Japonais à Kaunia[209]. Puis le 24 octobre, l'EI commet un premier attentat, qui fait 1 mort et 80 blessés dans un lieu de culte chiite à Dacca[210]. Et le 4 octobre, l'EI revendique sa première attaque contre la police bengalie, un policier est tué au couteau près de la capitale[211].

Drapeau de l'Égypte Égypte[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Wilayat Sinaï et Insurrection du Sinaï.

Ansar Bait al-Maqdis annonce son allégeance à l'État islamique le , et prend le nom de Wilayat Sinaï. Le groupe est principalement implanté dans le Sinaï[212].

Le 31 octobre 2015, il revendique la destruction d'un Airbus A321 russe parti de Charm el-Cheikh et détruit en plein vol par une bombe[213].

Drapeau de la Palestine Bande de Gaza[modifier | modifier le code]

La première attaque probable de l'État islamique en Palestine a lieu le , dans le quartier de Cheikh Radouane, au nord de Gaza. Cinq explosions frappent des véhicules des Brigades Izz al-Din al-Qassam, branche armée du Hamas, et des brigades Al-Qods, branche armée du Jihad islamique palestinien. Ces attentats ne font cependant aucune victime[214]. L'organisation salafiste gazaoui Armée de l'Islam a prêté allégeance à l'EI en septembre 2015.

Drapeau de l'Indonésie Indonésie[modifier | modifier le code]

L'État islamique revendique pour la première fois un attentat en Indonésie le , cinq assaillants et deux civils, dont un Canadien, sont tués ce jour-là lors de l'attentat de Jakarta[215],[216].

Drapeau de la Libye Libye[modifier | modifier le code]

En gris, les positions de l'État islamique en Libye.

Le , le Majilis Choura Chabab al-Islam, un groupe djihadiste contrôlant une partie de la ville de Derna, prête allégeance à l'État islamique[8].

Le , le groupe prend le contrôle d'une partie de la ville côtière de Syrte[217],[218], ville à l'est de Tripoli, où à la mi-mars des combats l'opposent à Fajr Libya[219]. Fin mai 2015, le groupe prend le contrôle de l'aéroport de Syrte[220]. Début juin 2015, l'ensemble de la ville de Syrte est sous contrôle. Mais après des combats en juin et juillet, l'État islamique est chassé de Derna par des groupes djihadistes rivaux[221],[222].

Drapeau du Nigeria Nigeria[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Boko Haram et Insurrection de Boko Haram.

Boko Haram annonce son allégeance à l'État islamique le . Il tient alors plusieurs villes dans le Nord-Est du Nigeria, principalement dans l'État de Borno, avec des incursions au Cameroun, au Niger et plus rarement au Tchad. Depuis janvier, les djihadistes nigérians font alors face à une offensive des armées nigérianes, tchadiennes, camerounaises et nigériennes[78],[223].

Drapeau de la Somalie Somalie[modifier | modifier le code]

À partir du mois d'octobre 2015, une partie des combattants d'Al-Shabbaab annonce prêter allégeance à l'État islamique[224]. Parmi ces derniers figurent un des principaux chefs shebab, le cheikh Abd al-Qadir Mu'min[225]. En novembre et décembre, 300 shebabs sur 1 400 rejoignent l'État islamique[226]. En 2016 la Somalie compte ainsi une centaine de djihadistes Occidentaux, venant principalement d'Europe de l'Ouest.[réf. nécessaire]

Drapeau de la Tunisie Tunisie[modifier | modifier le code]

En Tunisie, l'EI revendique l'attaque du musée du Bardo commis le [227]. Puis l'attentat de Sousse le qui fait 38 morts sur une plage touristique. L'organisation vise principalement à déstabiliser l'équilibre démocratique et économique du pays en tentant d'anéantir le secteur du tourisme tunisien[228]. Il commet également un attentat le 24 novembre 2015 à Tunis qui tue 12 soldats de la garde présidentielle[229]. Il attaque sans succès la ville de Ben Gardane le [230].

Drapeau de la Turquie Turquie[modifier | modifier le code]

Le , des adeptes de l'État islamique commettent un attentat à la bombe qui fait au moins 2 morts et 100 blessés dans la ville de Diyarbakır, lors d'un meeting du HDP[231],[232],[233]. Commis le contre des étudiants de la Fédération des associations de jeunes socialistes qui devaient participer à la reconstruction de Kobané, l'attentat de Suruç est vraisemblablement la première attaque directe de l'EI en Turquie[234]. Bien qu'il n'ait pas revendiqué ces attaques[235], l'EI est également soupçonné d'avoir commandité l'attentat d'Ankara du 10 octobre 2015[236], l'attentat d'Istanbul du 12 janvier 2016[237] et l'attentat d'Istanbul du 19 mars 2016[238].

Drapeau du Yémen Yémen[modifier | modifier le code]

Au Yémen, l'État islamique au Yémen revendique les attentats de Sanaa et Saada du 20 mars 2015[239].

Début janvier 2016, le groupe prend le contrôle de la ville de Lawdar, près d'Aden[240].

Attaques en Occident[modifier | modifier le code]

La première attaque en Occident liée à l'État islamique est la tuerie du Musée juif de Belgique, à Bruxelles, le , commise par Mehdi Nemmouche, un ancien geôlier d'otages pour l'État islamique en Irak et au Levant, présent en Syrie en 2013 et au début de l'année 2014.

Le , date du début des frappes aériennes occidentales, marque un changement de stratégie de la part de l'État islamique vis-à-vis de l'Occident. Le groupe passe à une logique de « djihad régional » — focalisé à la lutte contres les États de la région — à une logique de « djihad global », en se déclarant en lutte contre le reste du Monde et en particulier contre l'Occident[241],[242]. Dans un message publié le , Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole de l'État islamique appelle au meurtre des citoyens des pays de la Coalition : « Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen — en particulier les méchants et sales Français — ou un Australien ou un Canadien, ou tout (...) citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière. Si vous ne pouvez pas trouver d'engin explosif ou de munitions, alors isolez l'Américain infidèle, le Français infidèle, ou n'importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierres, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le[243],[244]. »

Après cet appel, des individus se revendiquant de l'État islamique commettent des attaques terroristes en Occident, tels que :

D'autres attaques sont commises, dont les membres sont soupçonnés de liens avec l'État islamique :

Des attentats ont même été déjoués, également en lien avec l'État islamique :

Attaques dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

Le , l'État islamique revendique sa première attaque contre Israël. Ce jour-là deux ou trois roquettes tirées par des hommes de la Wilayat Sinaï atteignent le sud de l'État hébreu sans faire de victime[254],[255].

Armée de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Nombre total de combattants[modifier | modifier le code]

En mai 2014, Christophe Ayad, journaliste au Monde, évalue les forces de l'EIIL à environ 10 000 hommes en Irak et 7 000 à 8 000 en Syrie[256].

Début 2014, Charles Lister, chercheur au Brookings Doha Centre, estime que l'EIIL compte de 5 000 à 6 000 combattants en Irak et de 6 000 à 7 000 en Syrie[13].

Selon Romain Caillet, le mouvement compte 8 000 à 10 000 hommes en Irak[257]. Il précise : « En Irak, il s'agit à 90 % d'Irakiens, tandis qu'en Syrie on a 50 % de combattants locaux auxquels s'ajoutent des étrangers venus du Maghreb, du Golfe, de la diaspora tchétchène et des Occidentaux venus d'Europe ou des États-Unis »[258]. Parmi ces djihadistes étrangers se trouvent des personnes venant de pays musulmans (Pakistan, Tchétchénie) ou à majorité musulmane (Indonésie) qui représentent 10 % des combattants en Syrie. Mais on dénombre aussi des djihadistes européens qui viennent surtout de Belgique, de France et du Royaume-Uni (ils sont environ 2 000)[259].

En juillet 2014, Romain Caillet revoit ses estimations à la hausse, il déclare que : « avant la prise de Mossoul, l'EI comptait environ 20 000 hommes, en Syrie et en Irak. Étant donné qu'il a libéré de nombreux prisonniers et qu'il a bénéficié de ralliements, il a sans doute environ 25 000 hommes à l'heure actuelle »[260]. Puis en mai 2015, il estime que l'EI compte désormais 65 000 à 80 000 hommes, forces en Libye et au Sinaï incluses[19].

Début , le journal britannique The Daily Telegraph indique que selon Hisham al-Hashimi, un analyste irakien ayant eu accès à des documents de l'État islamique saisis par les forces de sécurités irakiennes, environ 25 000 combattants auraient prêté allégeance en Irak à l'État islamique[14].

En , Yves Boyer, professeur de relations internationales à l'École polytechnique et directeur-adjoint à la FRS, estime entre 20 000 et 30 000 le nombre des combattants de l'EI[261].

Le , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme que les effectifs de l'État islamique sont désormais de 50 000 hommes en Syrie. Parmi ceux-ci 20 000 sont étrangers et 6 000 ont été recrutés pour le seul mois de juillet[16].

Vers le milieu de l'année 2014, la CIA estime les forces de l'EI de 20 000 à 31 000 combattants en Syrie et en Irak[15]. À l'été 2015, cette estimation monte à environ 30 000 ou 40 000 combattants[18].

Selon Hisham al-Hashimi, expert en sécurité et conseiller militaire du gouvernement irakien l'État islamique a 100 000 hommes en 2014[19]. À l'été 2015, il estime que l'EI compte 100 000 à 125 000 hommes en Irak et en Syrie, dont environ 50 000 militaires, et les autres qui assurent les soutiens logistiques[20],[262].

En novembre 2014, Fuad Hussein, chef du cabinet de Massoud Barzani, donne dans une interview au journal britannique The Independent le nombre de 200 000, soit l'estimation la plus haute[19].

Combattants étrangers[modifier | modifier le code]

L'EI compte de nombreux combattants étrangers. Pour le Département d'État des États-Unis, 12 000 volontaires venus de 50 pays ont combattu au sein du mouvement de 2011 à 2014, dont une centaine d'Américains. En , l'OSDH indique que les combattants étrangers qu'il évalue à 20 000 viennent principalement des pays du Golfe, de Tchétchénie, d'Europe ou même de Chine[263]. The Washington Post estime en que l'EI compte environ 16 000 combattants non-Syriens et qu'environ 1 000 volontaires étrangers entrent chaque mois en Syrie pour se joindre aux djihadistes[264] à la même période, l'ONU considère que l'EI compte 15 000 combattants étrangers originaires de 80 pays[265]. Le 27 septembre 2015, d'après le New York Times les services américains estiment 30 000 djihadistes étrangers originaires de 100 pays se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011. L'État islamique recruterait de son côté en moyenne 1 000 combattants par mois[266].

Il n'y a pas de « profil type » des combattants étrangers recrutés par l'EI. Ils sont issus de milieux sociaux variés parmi lesquels on trouve une minorité de diplômés. La majorité d'entre eux ont cependant moins 30 ans, près de 10 % avaient également déjà fait de la prison[267]. Ils ne sont généralement pas issus de familles musulmanes pratiquantes, bon nombre sont des nouveaux convertis, ou des personnes qui ne se sont mises à pratiquer leur religion que très récemment[268].

Le 8 décembre 2015, le Soufan group, un institut spécialisé dans le renseignement basé à New York, publie un rapport dans lequel il estime le nombre de volontaires étrangers ayant rejoints des groupes djihadistes en Irak et en Syrie entre 27 000 et 31 000. Parmi ces derniers 8 240 viennent du Moyen-Orient — dont 2 500 Saoudiens, 2 100 Turcs, 2 000 Jordaniens, 900 Libanais et 600 Égyptiens — 8 000 viennent du Maghreb — dont 6 000 Tunisiens et 1 200 Marocains — 5 000 d'Europe Occidentale — dont 1 700 Français, 760 Allemands, 760 Britanniques et 470 Belges — 4 700 de l'ex-Union soviétique — dont 2 400 Russes — 900 d'Asie du Sud-Est — dont 700 Indonésiens — 875 des Balkans et 280 d'Amérique du Nord[269],[270],[271]. Ces chiffres incluent cependant également les combattants tués et ceux rentrés dans leurs pays[272]. Pour le journaliste David Thomson, « ces chiffres sont imprécis et paraissent très gonflés à la hausse, mais les tendances qui ressortent de ce rapport sont exactes »[271].

Les combattants qui tentent de déserter sont généralement exécutés. Ainsi selon le témoignage d'un activiste syrien rapporté le par le Financial Times, une centaine de djihadistes étrangers ont été exécutés par une police militaire de l'EI, à Racca, alors qu'ils tentaient de fuir les combats[273],[274],[275].

Le 9 mars 2016, la chaîne britannique SkyNews affirme avoir reçu un document contenant des informations et les noms de plus de 22.000 djihadistes qui auraient été recrutés par Daech. Ce dossier, fourni par un repenti de l'organisation, contient des noms, prénoms et pays d'origine, et a été appelé le Daechleaks[276]. Le jour même, l'ancien patron du contre-terrorisme au sein du renseignement extérieur britannique, Richard Barrett, a estimé que ce serait une ressource inestimable[277]. D'autres analystes ont estimé qu'il s'agissait plutôt d'un montage de divers sources au contenu en grande partie connu par les services occidentaux et dont la valeur a été surestimée pour être chèrement vendu à la chaîne Sky News[278].

Enfants soldats[modifier | modifier le code]

Selon Slate, l'EI forme des enfants d'à peine 6 ans à des fins militaires. L'organisation a mis sur pieds un système qui permet de recruter et d'endoctriner les enfants. Les enfants soit sont enlevés soit rejoignent « consciemment » l'organisation. Ils rejoignent après des camps d’entraînement où ils sont endoctrinés et sont formés aux maniement des armes. Les enfants servent ensuite de fantassins, de « mouchards », de kamikazes, et leur sang est utilisé pour des transfusions[279]. Plusieurs vidéos diffusées par l'État islamique montrent l'entraînement militaire d'enfants[280],[281].

Selon l'OSDH, l'État islamique recrute en Syrie au moins 400 enfants de décembre 2014 à mars 2015. Surnommés les « lionceaux du califat », les plus jeunes ont environ 8 ans, ils sont soumis à des entraînements militaires et certains participent à des exécutions de prisonniers. Arrivés à l'âge de 15 ans, ils peuvent être envoyés au front[282],[283],[284]. Parmi ces derniers figurent notamment des jeunes yézidis convertis de force à l'islam[285].

Selon, l'ONU, l'EI utilise des enfants dans les attentats-suicide[286].

Nombre de combattants tués en Irak et en Syrie[modifier | modifier le code]

En mai 2015, Romain Caillet estime que les pertes de l'EI en Irak et en Syrie pourraient être d'environ 20 000 tués, dont la moitié dans les frappes de la coalition[19].

En juin 2015, l'Observatoire syrien des droits de l'homme estime que l'État islamique a perdu 8 000 hommes en Syrie, dont plus de 2 600 tués par les frappes de la coalition[287],[288].

Le , Airwars, un collectif de journalistes d’investigation, publie un rapport dans lequel il indique entre autres que la coalition a mené 4 924 frappes aériennes en Irak et en Syrie entre le et le et que selon des estimations officielles les pertes de Daesh seraient de 10 000 à 13 000 morts[289],[290].

Armements[modifier | modifier le code]

L'organisation aurait récupéré 3 000 Humvee en Irak.

Une partie de l'armement a été récupérée sur les lieux du conflit : équipement militaire américain récupéré de l'armée irakienne, dont de l'artillerie lourde à Mossoul, ou avions russes récupérés sur la base de Deir ez-Zor[291].

Selon le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, l'EI disposerait de 3 000 Humvee, 50 chars lourds, 150 blindés légers et 60 000 armes individuelles[292].

Une analyse du New York Times indique que la Chine, la Russie, l'ex-Union soviétique, les États-Unis et la Serbie auraient fourni plus de 80 % des armes, sur la base d'un échantillon constitué de 1700 cartouches et balles réunies par les enquêteurs de l'organisation de contrôle des armes Conflict Armament Research[293].

Le , l'OSDH affirme que l'État islamique dispose de trois avions de chasse en Syrie pilotés par des transfuges de l'armée irakienne. Deux de ces appareils ont été capturés lors de la bataille de Tabqa, ils seraient probablement de type MiG-21 ou MiG-23[294]. Des témoins ont affirmé avoir vu des avions volant à basse altitude afin d’éviter les détections radars près de Jarrah[295].

En janvier 2015, l'armée américaine estime que 60 chars et 200 Humvee ont été détruits par les frappes aériennes de la coalition[18].

Armes chimiques[modifier | modifier le code]

Le 21 août 2015, selon l'OIAC, l'EI aurait utilisé du gaz moutarde, tiré à l'aide de mortiers, pendant ses combats près de Marea, dans le gouvernorat d'Alep, en Syrie. Ce jour là, au cours de la bataille de Marea, des rebelles affrontant les djihadistes furent touchés par le gaz de combat, en outre des médecins de la Syrian American Medical Society (SAMS) ont identifié l'agent et confirmé l'attaque[296],[297]. Du chlore (bertholite) aurait aussi pu être utilisé selon Rami Abdel Rahmane[298].

L'OIAC confirme également le 15 février 2016 que du gaz moutarde a également été utilisé en Irak, en août 2015, contre des zones tenues par les peshmergas, près des villes de Gweyr et Makhmour, au sud-ouest d'Erbil, faisant 35 blessés. Cependant le gaz moutarde n'a pas été utilisé en assez grande quantité pour être mortel. La fabrication semble être artisanale, la CIA estime alors à cette date que l'EI est en mesure de concevoir de la chlorine et du gaz moutarde, mais en petite quantité. Contrairement au sarin, le gaz moutarde est facile à fabriquer[299].

En janvier 2015, les États-Unis annoncent que Saleh Jassim Mohammed Falah Al-Sabaawi, dit « Abou Malik », présenté comme « l’expert en armes chimiques de l’Etat islamique » a été tué par un raid aérien près de Mossoul[299].

Organisation et commandement[modifier | modifier le code]

Le numéro 2 de l'État islamique serait Abou Alaa al-Afari selon le gouvernement irakien[302],[303].

Les documents analysés par Hisham al-Hashimi ont également permis une meilleure connaissance de l'organisation interne du groupe[304]. Autour d'Abou Bakr al-Baghdadi, sept hommes composent le « gouvernement » de l'État islamique en Irak et au Levant :

  • Abou Abdul Kadr (Shawkat Hazem al-Farhat), chargé de l'encadrement ;
  • Abou Mohamed (Bashar Ismail al-Hamdani), chargé des prisonniers ;
  • Abou Louay/Abou Ali (Abdul Wahid Khutnayer Ahmad), chargé de la sécurité ;
  • Abou Salah (Muafaq Mustafa Mohammed al-Karmoush), chargé des finances des provinces irakiennes ;
  • Abou Hajar al-Assafi (Mohammed Hamid al-Duleimi), chargé de la coordination entre les provinces et courrier ;
  • Abou Kassem (Abdullah Ahmed al-Meshedani), chargé de l'accueil des combattants arabes et étrangers, notamment de leur logement, et peut-être du transport des kamikazes ;
  • Abou Abdel Rahman al-Bilaoui (Adnan Ismail Najem Bilawi), ancien capitaine de l'armée irakienne sous Saddam Hussein, chef du conseil militaire pour les provinces irakiennes ; tué le à Mossoul. Abou Omar al-Chichani lui succède en tant que commandant de toute l'armée de l'État islamique[305],[306].

Deux adjoints se partagent les affaires syriennes et irakiennes :

  • Abou Ali al-Anbari, ancien général de l'armée de Saddam Hussein sans doute originaire de Mossoul, chargé des opérations en Syrie ;
  • Abou Muslim al-Turkmeni (Fadel Ahmad Abdullah al-Hiyali), chargé de la gestion des provinces irakiennes, sous l'autorité duquel se trouvent les six gouverneurs :
    • Abou Nabil (Wissam Abed Zaid al-Zubeidi), gouverneur de la province de Salah ad-Din ;
    • Abou Fatma (Nena Abed Naif al-Jubouri), gouverneur de la province de Kirkouk ;
    • Abou Fatma (Ahmed Mohsin Khalal al-Jihaishi), gouverneur de l'Euphrate central et méridional ;
    • Abou Jurnas (Rathwan Talib Hussein Ismail al-Hamduni), gouverneur des zones frontalières ;
    • Abou Abdul Salem/Abou Mohammed al-Sweidawi (Adnan Latif Hamid al-Sweidawi), ancien lieutenant-colonel de l'armée de Saddam Hussein, gouverneur de la province d'Anbar et membre du conseil militaire ;
    • Abou Maysara (Ahmed Abdul Kader al-Jazza), gouverneur de la province de Bagdad.

Existe également un conseil de guerre, composé de trois membres :

  • Abou Shema (Fares Reif al-Naima), chargé des magasins ;
  • Abou Alaa al-Afari, ou Abou Suja, ou Abdul Rahman al-Afari, chargé des affaires des martyrs et des femmes ;
  • Abou Kifah (Khairy Abed Mahmoud al-Taey), chargé des attentats par engin explosif improvisé (EEI/IED).

Parmi les autres chefs figure Abou Wahib, présenté comme le chef de l'État islamique pour la province d'al-Anbar, tué le 6 mai 2016 par une frappe aérienne de la coalition[307].

Structure de l'« État »[modifier | modifier le code]

Progressivement, alors que l'organisation occupe « un territoire grand comme la Jordanie » et poursuit sa progression militaire dans le Kurdistan syrien, les djihadistes jettent les bases institutionnelles « d'un véritable État »[308], avec des structures de gouvernement et de personnalités dirigeantes bien définies.

En dépit de ses structures institutionnelles, du strict point de vue du droit international, l’« État » relevant de l'organisation EIIL « reste en gestation ». Bien qu'il contrôle ou revendique un territoire précis correspondant à la zone de peuplement sunnite d'Irak et de Syrie, il lui manque « des frontières reconnues par l'ONU et la communauté internationale, [...] la possibilité de frapper monnaie, [...] et le pouvoir de délivrer des papiers d'identité. »[308]

Avis de spécialistes[modifier | modifier le code]

Au cours de l'année 2015, l’État islamique est considéré par nombre de spécialistes ou responsables politiques comme un proto-État[309],[310],[311],[312],[313],[314]. Quant à Frédéric Encel, il estime même que si ce n'est pas un État, « ça y ressemble furieusement » car il présente « les prérogatives et réalités d'un État : structure exécutive de commandement, espace sous contrôle, administration civile et militaire, monnaie « nationale » ayant cours sur cet espace, système économique cohérent, force militaire structurée »[315].

Selon le chercheur Romain Caillet ; « En dehors de la reconnaissance par le droit international, l'EI a tous les attributs d'un Etat. C'est ce qui manque pour qualifier clairement l'Etat islamique d'Etat. L'EI a une administration qui est bien plus développée que beaucoup de pays africains, en dehors des pays arabes. Il a une police, des tribunaux, collecte l'impôt, a un état civil et enregistre les mariages, les divorces, les indemnités d'après-divorce. Les membres de l'EI enregistrent les plaintes. Ils ont fait une vidéo récemment sur le code de la route et la pratique des feux rouges. Ils ont un diwan de la santé, un diwan de sûreté générale, un diwan du pétrole, un pour l'agriculture et la pêche, un de l'enseignement et ils vont même produire des programmes scolaires et des manuels. Ils ont donc tous les attributs régaliens, sauf celui nécessaire à notre époque contemporaine du droit international et de la reconnaissance par les autres pays. »[316].

Selon le chercheur Jean-Yves Moisseron, « Daesh est plus fragile qu'il n'en a l'air. Ce n'est pas vraiment un État. C'est une série d'agglomérats divers, des tribus, des régions, des chefs de clan qui font allégeance à une structure centrale. Il gère de manière un peu féodale son territoire. Il n'a pas les moyens d'un État moderne. Ces allégeances sont fragiles. Elles peuvent se retourner demain par exemple, si l'armée syrienne occupe une partie du territoire. C'est un système fragile aussi parce que son financement repose en large partie sur le pétrole et la vente d'objets d'art »[317].

Pouvoir à la tête de l'EI[modifier | modifier le code]

D'un point de vue politique, le « califat » fondé par l'État islamique est dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, qui s'est attribué le titre de « calife Ibrahim ».

« [Chef] religieux et politique du territoire de l’EI », al-Baghdadi est à la fois à la tête du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire. Il est secondé par deux anciens généraux irakiens : « Abu Muslim al-Turkmani, qui régit les opérations en territoire irakien, et Abu Ali al-Anbari, qui s’occupe du territoire syrien ». Le pouvoir exécutif comprend également un « cabinet », qui « conseille al-Baghdadi à propos des décisions de l’État » dont la composition reste méconnue.

Pour l'exercice du pouvoir judiciaire, le calife est appuyé par un « conseil consultatif »[318].

Il n'y a pas de pouvoir législatif, au sens d'institutions politiques établies discutant et votant des lois (Assemblée, Sénat, Parlement), l'État islamique considérant que « la loi islamique est la seule loi applicable »[318].

Administration[modifier | modifier le code]

Sur le plan administratif, l’État islamique dispose de réelles « structures [administratives et] bureaucratiques ». Il se divise en « sept vilayets, ou provinces », sortes de « comités locaux »[308], avec à leur tête des gouverneurs. S'appuyant à leur tour sur des dirigeants locaux, et sur « les populations sunnites délaissées par le gouvernement précédent d'al-Maliki »[308], ils assurent le maintien des services publics et de l'ordre quotidien (« bureau de poste, […] contraventions de stationnement »…). Ainsi, selon le Huffington Post, si l'État islamique ne peut être considéré comme un « État légitime », « [avec] son nombre de conseils en charge des finances, des stratégies média et de l’action militaire, c’est une société civile semi-fonctionnelle qui impose des lois brutales et sévères à toute la population »[318].

Police[modifier | modifier le code]

L'État islamique met en place une police, appelée la « Hisba », chargée de faire appliquer la charia et qui dispose d'une branche féminine[319].

Système éducatif[modifier | modifier le code]

L'EI instaure également un nouveau système éducatif qui entre en vigueur le . Le groupe affirme que 600 000 élèves âgés de 6 à 15 ans sont scolarisés et que 50 000 professeurs sont inscrits. L'enseignement comprend les « règles de la charia », ainsi que l'arabe, les mathématiques, l'histoire, la géographie, l'anglais et l'informatique[319]

Budget[modifier | modifier le code]

Du point de vue de ses structures budgétaires, les ressources de l'organisation étant devenues progressivement indissociables des territoires et des populations qu'elle contrôle, on peut parler de revenus et de trésorerie proto-étatiques. En pratique, l’État islamique dispose sur son territoire « de leviers financiers récurrents »[308] ne dépendant que de lui, « avec la prise de contrôle de puits de pétrole, de succursales de la Banque centrale, de villes importantes comme Mossoul, forte d'un million d'habitants, et aussi et surtout en commençant à prélever des impôts, en l’occurrence des taxes sur les minorités chrétiennes »[308].

Les djihadistes de l'État islamique reçoivent un salaire régulier : 100 à 150 dollars pour les simples combattants et environ 50 dollars pour les non combattants chargés des fonctions administratives. Une somme cumulable de 50 dollars par femme est versée au mari, ainsi que 35 dollars par enfant et 35 dollars par esclave. Des primes sont également versées, notamment pour des mariages ou après des victoires militaires[320].

Organisation territoriale[modifier | modifier le code]

Monnaie[modifier | modifier le code]

L'EI, qui cherche toujours plus à s'affirmer comme un véritable État annonce en novembre 2014 vouloir frapper ses propres pièces dans le cadre d'un système monétaire basé sur les systèmes monétaires des califats médiévaux[321], et cette rumeur est reprise en avril 2015 par un blog[322] ou sur les médias sociaux, puis l'annonce effective de frappe des premières pièces est réaffirmée par l'EI le 29 août 2015[323]. Les pièces seraient les suivantes :

  • fulus de cuivre :
    • pièces de 10 fulus
    • pièces de 20 fulus
  • dirhams d'argent :
    • pièces de 1 dirham
    • pièces de 5 dirhams
    • pièces de 10 dirhams
  • dinars d'or :
    • pièces de 1 dinar
    • pièces de 5 dinars

Il s'agit d'une monnaie métal : la valeur d'une pièce serait celle de la valeur intrinsèque du métal qui la compose, limitant ainsi son emploi, en raison des variations du cours des métaux, aux seuls territoires contrôlés par l'EI, sans convertibilité d'une telle monnaie[323].

Ressources[modifier | modifier le code]

Selon un rapport de Jean-Charles Brisard et Damien Martinez publié par Reuters en , les ressources dans les territoires contrôlés par l'EI lui ont rapporté 2,906 milliards de dollars : 38 % de ces revenus viennent du commerce du pétrole, 17 % du gaz naturel, 12 % d'impôts et d'extorsions de fonds, 10 % de la production de phosphate, 10 % de la vente de ciment, 7 % de l'agriculture, 4 % des rançons et 2 % de donations privées[21]. Selon les études du GAFI et du Congrès américain, en 2015, la proportion de revenus liés à l'impôt révolutionnaire apparait supérieure, de l'ordre de 30 %, et celle sur l'agriculture également (20 %). Il est estimé qu'environ 40 % de la production irakienne de blé et d’orge est aux mains des djihadistes, qui le vendent au marché noir et en retirerait 200 millions de recettes[324].

Jean-Charles Brisard considère, en février 2015, qu'« il sera très difficile à l’EI de remplir sa mission d’État. Ses revenus sont insuffisants pour assurer les services d’un État »[325]. Plusieurs enquêtes et analystes font état en 2015 d'une nette baisse des revenus de l'EI, notamment issus du pétrole, conduisant à une baisse de la qualité des services rendus à la population et à la hausse des taxes, impôts, extorsions, rapines et trafics en tout genre. Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes, estime cependant que « tant qu’il [l'EI] garde le contrôle d’une base territoriale, il pourra s’autofinancer »[326].

Fin 2015, l'EI annonce « un budget de 2 milliards de dollars pour l’année 2015, avec un excédent escompté de 250 millions », et selon des experts américains du pentagone « les donations étrangères ne représentaient que 5 % de ses recettes entre 2005 et 2010, la part des contributions issues de généreux donateurs du Golfe ou du détournement d’actions humanitaires n’a pas évolué de façon significative après l’établissement du califat en juin 2014 » ; mais on estime que « les agences antiterroristes et les experts ont une vision encore parcellaire des finances de l’EI ». Un document, de janvier 2015, interne à l'EI de la province de Deir ez-Zor, affirme que « sur 8,5 millions de dollars de recettes mensuelles de la province, 44,7 % proviennent des confiscations, 27,7 % du pétrole et 23,7 % des taxes. Plus de 5,5 millions ont été dépensés, ventilés entre salaires des combattants (43,6 %), bases militaires (19,8 %), services à la population (17,7 %), police islamique (10,4 %), aides (5,7 %) et médias (2,8 %) »[327].

Nécessité faisant loi, l'EI fait commerce avec ses ennemis (dont l’État syrien et les rebelles syriens) : les besoins des uns et des autres sont ainsi satisfaits en pétrole, gaz, électricité, et des agents de l’État syriens sont toujours payés par celui-ci quand ils sont sous contrôle de l'EI, qui se charge de taxer leurs salaires. L'EI contrôle des puits de pétrole, avec du matériel en mauvais état, mais ne peut le raffiner, et vend du pétrole brut pour avoir des rentrées d'argent, et achète de l'essence. Des installations électriques ou gazières sont co-gérées par l'EI et l’État syrien[327].

Pétrole et gaz naturel[modifier | modifier le code]

La contrebande de pétrole est l'une des principales sources de financement de l'État islamique

L'EI contrôle des puits de pétrole en Syrie et organise des trafics d'armes et de carburant. Ses combattants lèvent des impôts dans les zones placées sous leur contrôle et pratiquent occasionnellement vols, kidnappings et extorsions de fonds. Selon le Council on Foreign Relations et le Washington Post, l'EIIL récoltait en un mois 8 millions de dollars, soit près de 100 millions de dollars par an[13]. Selon une étude de Iraqoilreport publiée le 9 juillet 2014, l'État islamique gagnerait 1 à 3 million de dollars par jour rien qu'avec la contrebande de pétrole[328],[329]. Le cabinet américain IHS estime quant à lui que la production de pétrole rapporte à l'EI 800 millions de dollars par an, soit l'équivalent de 2 millions de dollars par jour[330]. Alors que toutes les autres activités de l'EI sont largement déconcentrées, la production, les livraisons, les ventes sont étroitement contrôlées par l'EI selon plusieurs études[326].

D'après les estimations des experts de l’ONU, l'EI conserve environ la moitié environ de sa production pétrolière pour ses besoins propres (équipements militaires, approvisionnement de la population, fonctionnement des centrales électriques et des groupes électrogènes sur les territoires placés sous son contrôle)[326]. L'autre partie, vendue bon marché, est rachetée principalement par la Turquie, mais aussi parfois par le régime syrien ou par les Kurdes[331]. En novembre 2015, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, dit avoir « des soupçons » sur le fait « qu’une partie [du] pétrole [de l'EI] est revendu à M. Bachar al-Assad »[332]. Début l'ambassadrice de l'Union européenne en Irak, Jana Hybaskova, a affirmé devant des députés de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, que « malheureusement, des États membres de l'UE achètent ce pétrole ». Cette affirmation est contestée bien que le fait que du pétrole de l'EI se retrouve en Europe via des réseaux parallèles turcs ne soit pas impossible[333]. D'après Martine Orange, « les experts du monde pétrolier ne croient guère à ces accusations. Car le marché pétrolier, contrairement aux apparences, est contrôlé. Chaque pétrole a sa carte d’identité, son ADN. En fonction de sa qualité, de sa teneur en soufre ou autre, il est possible, à partir d’une simple analyse, d’en déterminer l’origine, d’établir le gisement dont il provient. Des sociétés de certification contrôlent toutes les cargaisons. Les grands groupes pétroliers risquent des sanctions graves en cas de violation. [...] Les enquêtes et les études publiées sur le trafic du pétrole de Daech mettent plutôt en lumière une contrebande locale et régionale »[326].

Cependant pour Aymenn Jawad al-Tamimi, chercheur au Centre pluridisciplinaire d'Herzliya et au Forum américain du Moyen-Orient, les revenus pétroliers de l'EI seraient surestimés. Il se serait procuré un rapport budgétaire mensuel de la province de Deir ez-Zor d'après lequel la contrebande de pétrole n'aurait rapporté que 2 millions de dollars en un mois, soit très loin de certaines estimations qui donnaient jusqu'à 3 millions de dollars par jour. Selon al-Tamimi ce seraient les taxes imposées à la population qui constituerait la principale ressource de l'EI soit 70 % de l'argent collecté[334]. Le géopolitologue Frédéric Encel souligne que « les raffineries situées en territoire conquis par l'EI ayant été bombardées, il ne peut vendre de l'essence et doit se contenter d'exporter des huiles non traitées. Cela rapporte forcément moins »[335].

Sur les 11 000 attaques répertoriées depuis l’engagement de la coalition arabo-occidentale en Irak et en Syrie, en juin 2014, jusqu'à septembre 2015, 196 seulement ont visé des infrastructures pétrolières, selon les chiffres publiés par le Financial Times[326]. Celles-ci sont ensuite davantage prises pour cible, en particulier après les attentats du 13 novembre 2015 en France et le rapprochement de la coalition avec la Russie[326]. Le 16 novembre 2015, la coalition bombarde pour la première fois des camions-citernes qui acheminent le pétrole issu des champs pétroliers contrôlés par l'EI[326]. Les bombardements des infrastructures pétrolières sous contrôle de l'EI par la coalition affaiblissent peu à peu les revenus que l'EI en tire. Alain Rodier, directeur de recherche chargé du terrorisme au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), indique en novembre 2015 indique que « Daech a désormais du mal à faire vivre son "État" avec cette manne financière, il a même des difficultés à se fournir lui-même en pétrole »[336]. Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, indique que les frappes de la coalition sur les convois de camions-citernes « sont désormais, et depuis le 13 novembre, régulières et portent un coup sévère à l’une des principales ressources de Daech »[337].

Le Financial Times révèle en octobre 2015 des accords secrets entre Daech et le régime syrien, en particulier dans le gaz, qui génère environ 90 % de l'électricité des deux entités. Ainsi, la centrale à gaz de Tuweinan, au nord de Palmyre, est opérée en coentreprise par le gouvernement d’Assad et les hommes de Daech[338],[339].

Impôts et réquisitions[modifier | modifier le code]

Le , après la prise de Mossoul, l'EIIL s'empare des réserves d'argent liquide des banques de la ville, soit 425 millions de dollars[340]. Selon Mathieu Guidère, cet argent représenterait la capacité d'accueil du système bancaire local et non pas la somme saisie par des djihadistes : « l'argent n'est pas directement dans leurs mains, mais dans celles de leurs alliés de la tribu des Shammar, dont est issu le gouverneur de la banque centrale de Mossoul » qui a assuré ne pas détenir le tiers de cette somme[341]. Pour Pierre-Jean Luizard, il s'agit bien de 313 millions d'euros, sous forme de billets en dollars et en lingots d'or[342]. Ces sommes s'accompagnent de récupérations de fonds auprès d'alliés et clients du régime. L'EI a a ainsi mis en scène sur une vidéo en septembre 2014 la saisie de « plusieurs tonnes d'or » dans le « palais » d'Oussama al-Noujayfi, un politicien de Mossoul rallié à Bagdad et accusé de corruption par l'EI[343].

D'autres banques irakiennes sont pillées et, en , l'EIIL dispose d'un capital de plus de 2,3 milliards de dollars, ce qui en fait le groupe terroriste le plus riche au monde[257]. Il dépasse les Talibans afghans (400 millions de dollars), le Hezbollah (entre 200 et 500 millions de dollars) et les FARC (entre 80 et 350 millions de dollars)[344].

À côté de ces réquisitions forcées, l'EI a mis en place en février 2014 un système d'imposition. Trois de ces taxes sont la zakât, qui représente l'aumône légale, la jizya, qui est l'impôt payé par les dhimmis (non-mulsulmans) pour avoir le droit de rester sur place, et la sadaqa, aumône volontaire[345]. Selon les sources, ces sommes sont considérées comme des taxes islamiques permettant de payer les fonctionnaires et d'organiser des baisses des prix de première nécessité[345] ou au contraire sont perçues comme une forme de racket qui n'atteint pas ses objectifs et enfonce les populations dans la misère[346].

Autres[modifier | modifier le code]

Selon The Guardian et The New York Times, l'EI pratique également le trafic d'œuvres d'art. Les pillages dans la région d'al-Nabuk lui auraient rapporté à eux seuls l'équivalent de 28 millions d'euros[329]. En 2015, Hosham Dawod, ancien directeur de l'Institut français du Proche-Orient en Irak estime que « la deuxième rentrée financière des islamistes radicaux, après le pétrole, c’est le trafic archéologique »[347]. Cependant Jean-Charles Brisard juge « biscornue » les rumeurs de trafic d'œuvres archéologiques, ainsi que celles de trafic d'organes[348].

Soutiens étrangers[modifier | modifier le code]

L'État islamique n'est soutenu par aucun État étranger mais le groupe a reçu des aides financières de la part de riches donateurs individuels, pour la plupart originaires des pays du Golfe. L'organisation aurait également mis en place des collectes caritatives dont elle détournerait les fonds[341]. Pour Mathieu Guidère, aucun État ne soutient l'État islamique, il affirme en que « personne ne laissera les jihadistes » constituer un État islamique à cheval sur l'Irak et la Syrie, « ni l'Iran, ni la Turquie, ni la Syrie ne laisseront faire »[349].

Pour des raisons stratégiques, le groupe a cependant pu bénéficier d'aides ponctuelles. Ainsi au cours de la guerre d'Irak, la Syrie favorise le passage de combattants étrangers qui franchissent la frontière pour rejoindre Al-Qaïda en Irak, puis l'État islamique d'Irak, alors en lutte avec les Américains[350].

Jusqu'en 2013, lors de la guerre civile syrienne, l'EI bénéficie de soutiens financiers venus de l'Arabie saoudite. Ces aides viennent d'acteurs privés, d'associations, de personnalités politiques ou d'hommes d'affaires, parfois liés à la famille royale, qui profitent d'un certain laisser-aller de l'État qui soutient alors l'ensemble de la rébellion syrienne. L'Arabie saoudite fait volte-face en lorsque l'EIIL entre en guerre contre les autres groupes rebelles syriens du Front islamique, du Front al-Nosra et de l'Armée syrienne libre, qui sont également financés par les pays du Golfe[351],[352],[353]. En , l'Arabie saoudite classe l'État islamique comme « organisation terroriste »[329].

La Turquie est également accusée par certains mouvements politiques et des journalistes de soutenir l'État islamique. Selon Le Monde, de 2012 à , « la Turquie a mené une politique de soutien aux groupes qui combattaient les Kurdes et le régime de Bachar Al-Assad, dont plusieurs organisations djihadistes. Elle les laissait notamment transiter par son territoire, qui leur sert également de base de repli, et en facilitant le passage d'armes et d'équipements. Pour de nombreux observateurs, cette dynamique permissive a directement favorisé l'essor de l'EI sur ce territoire[354] » ; selon Daniel Pipes, journaliste américain pour le Washington Times « les Turcs ont offert bien plus qu'un passage aisé de la frontière : ils ont fourni le gros des fonds, de la logistique, de l'entraînement et des armes de l'EIIL. Les Turcs résidant non loin de la frontière syrienne parlent d'ambulances turques se rendant dans les zones de combats entre les Kurdes et l'EIIL pour évacuer les blessés de l'EIIL vers des hôpitaux turcs »[355]. En Turquie, le Parti républicain du peuple accuse également le gouvernement de soutenir l'EI[356]. Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan nie cependant toute alliance avec les groupes armés islamistes en Syrie et en Irak[357].

En novembre 2014, la presse israélienne affirme que des combattants du Front al-Nosra et de l'État islamique sont soignés en Israël[358],[359]. Ces informations sont reprises en mars 2015 dans le Wall Street Journal et commentées dans la presse internationale[360],[361],[362]. Par la suite, un officier de Tsahal affirme à la presse israélienne que seul un petit nombre de membres d'al-Nosra sont parvenus à « s'infiltrer » pour recevoir un traitement médical, il n'évoque pas l'État islamique et déclare que les hôpitaux n'accueillent plus de djihadistes depuis début juin 2015[363].

Population[modifier | modifier le code]

Au début du mois de , après les grandes offensives de l'été à Samara, Mossoul et Deir ez-Zor, le spécialiste des questions liées au terrorisme Jean-Charles Brisard considérait que l’État islamique avait « environ huit millions d’habitants sous son contrôle. »[364]

Après sa progression en territoire kurde et dans le sud de la Syrie, au début du mois d', en Syrie, l’État islamique contrôlait presque entièrement les gouvernorats à majorité sunnite de Racca et Deir ez-Zor, une grande partie du gouvernorat d'Alep, et il progressait dans celui d'Hassaké, notamment autour de la zone frontière du Kurdistan. En Irak, pour la même période, l’État islamique contrôlait presque entièrement les provinces à majorité sunnite d'Al-Anbar, de Salah ad-Din et de Ninive.

Si l'on se fonde sur le recensement syrien de 2010, et si l'on considère que le gouvernorat de Racca était peuplé avant le début de la guerre civile syrienne de 921 000 habitants, celui de Deir ez-Zor de 2 200 000 habitants, celui d'Alep de 6 100 000 habitants et celui d'Hassaké 3 477 000 habitants, on peut estimer, en pondérant ces chiffres avec les trois millions de réfugiés et de déplacés dus aux combats[365], que l’État islamique exerce son contrôle sur un territoire peuplé d'environ 5 millions de personnes sur le sol syrien.

En Irak, si l'on se fonde sur les recensements de 1999, 2003 et sur les estimations de 2008, et si l'on considère que, la province d'Al-Anbar était peuplée de 1 432 717 habitants, celle de Salah ad-Din de 1 146 500 habitants (2003) et celle de Ninive de 4 000 000 habitants (2008), on peut estimer, en pondérant ces chiffres avec les départs de centaines de milliers de réfugiés et de déplacés dus aux combats[366], que l’État islamique exerce son contrôle sur une région peuplée de 5 à 6 500 000 personnes sur le sol irakien.

À l'automne 2014, l'État islamique exercerait donc son autorité sur environ 10 millions de personnes, sur des territoires ruraux et urbains à majorité sunnite d'Irak et de Syrie.

La population du gouvernorat de Racca — centre de décision du califat autoproclamé, l'un des deux gouvernorats de Syrie presque entièrement contrôlé par l'EI — est, selon les dernières données, l'une des plus pauvre de Syrie. Elle compte un tiers d'analphabètes, un taux de fécondité de 8 enfants par femme et plus de 50% de sa population active travaille dans l'agriculture[367].

Politique de l'État islamique[modifier | modifier le code]

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

L'État islamique prétend être un État théocratique prônant un régime basé sur une interprétation rigoureuse de la charia, la loi islamique. Il est dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi qui s'est proclamé « calife » et appelle tous les sunnites à lui prêter allégeance. L'EI rejette la démocratie, la laïcité et le nationalisme, qualifiés d'« ordures de l'Occident »[69]. Depuis le départ des Américains d'Irak, l'EI considère l'Iran comme son principal ennemi et se montre particulièrement hostile aux chiites[33]. Les témoignages permettent d'affirmer que l'organisation « règne par la peur » sur le territoire qu'elle contrôle[368].

Le , à Mossoul, l'État islamique en Irak et au Levant rend publique une charte de 16 articles régissant la vie à l'intérieur de la ville. Parmi ces points, il menace ses opposants de « l'homicide, la crucifixion, l'amputation des bras ou (et) des jambes, ou l'exil » (article 5). L'alcool, le tabac et les drogues sont interdits (article 8). Toutes les manifestations publiques, considérées comme contraires à l'islam, sont interdites (article 10). L'EIIL promet également la destruction des statues édifiées avant l'avènement de l'islam (article 13). Les femmes ne peuvent sortir que vêtues d'un niqab et accompagnées d'un membre de leur famille (article 14)[369].

L'EI entend aussi imposer ses vues en matière d'enseignement. Dans les territoires qu'il contrôle, il a déjà interdit des cours d'histoire, de philosophie et de chimie. L'enseignement des théories de Charles Darwin est prohibé sous prétexte « d'éliminer l'ignorance » et la biologie moderne est bannie des salles de classe au profit des « sciences religieuses »[370].

Auprès des populations, l'EI prend le relais des services publics et des États absents ou défaillants, distribue de la nourriture aux habitants, des mesures sont prises pour faire vendre le pain à prix modique et l'eau est fournie gratuitement aux agriculteurs[367].

En , le groupe annonce qu'il va frapper de la monnaie sous forme de pièces d'or, d'argent et de cuivre[371].

Le , à Mossoul, l'État islamique impose le port de la barbe[372]. Dans cette même ville, les femmes ont cependant l'autorisation de conduire une voiture. Selon Georges Malbrunot, journaliste du Figaro ; « Ironie de l'histoire : sur cette question, Daech se montre plus « libéral » que la très rigoriste Arabie saoudite »[373].

Statut personnel[modifier | modifier le code]

Rétablissement du statut de dhimmi[modifier | modifier le code]

L'EI rétablit le statut de dhimmi pour les chrétiens, les juifs et les zoroastriens. À Mossoul, la minorité chrétienne doit notamment payer le djizîa, une capitation spéciale équivalent à 250 dollars par personne[374]. Selon le patriarche chaldéen Louis Sako, la population chrétienne de Mossoul au début du mois de juillet de l'année 2014 est de 25 000 personnes[375].

Dans le nord de l'Irak, les chrétiens, les Turkmènes, les Shabaks et les Yézidis sont victimes d'exactions de la part de l'EI. À Mossoul, environ 200 membres des minorités sont enlevés en juin et en juillet et au moins 11 sont assassinés. Selon Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch : « Le simple fait d’être un Turkmène, un Shabak, un Yézidi, ou un chrétien dans la région contrôlée par l’EIIL peut signifier la perte d’un emploi, de la liberté ou même de la vie »[376].

Le 18 juillet à Mossoul, l'EI lance un ultimatum aux habitants chrétiens. Les djihadistes s'adressent à ceux qui refusent de se convertir à l'islam ou de payer le djizîa et leurs ordonnent de quitter la ville avant le lendemain, faute de quoi ils seront mis à mort. Dans un communiqué distribué à Mossoul, l'EI déclare : « Nous leur proposons trois choix : l'islam, la dhimma et, s'ils refusent ces deux choix, il ne reste que le glaive ». Cette annonce provoque l'exode de nombreux chrétiens en direction de Dahuk et Erbil, dans le Kurdistan irakien[375],[377].

Esclavage et viols[modifier | modifier le code]

Selon un rapport de Minority Rights Group International, l'EI encouragerait l'esclavage des non-musulmanes, qu'elles soient enfants ou adultes[378]. Le viol est pratiqué comme arme de guerre, et son encouragement est utilisé pour séduire de futures recrues issues de milieux très conservateurs où le sexe hors mariage est tabou[379].

Environ 2 500 à 7 000 yézidis sont capturés par l'État islamique lors des massacres de Sinjar et parmi lesquels plusieurs centaines ou plusieurs milliers de femmes sont réduites à l'esclavage sexuel[380],[381]. Les Yézidies forment la grande majorité des victimes, mais des femmes issues des communautés shabak, turkmène, chiites, et chrétiennes sont également capturées, bien qu'en plus petit nombre[380]. Selon Myriam Benraad, politologue française spécialiste de l’Irak, « Pour l’État islamique les femmes doivent être assujetties et déshumanisées. Les combattants les considèrent comme des objets commerciaux et sexuels. Ils les capturent, les enferment et en font des butins de guerre. Dans le califat proclamé, la femme n’est pas une citoyenne, mais une esclave domestique et sexuelle à la merci de son mari. »[382]. Selon le témoignage d'une famille habitant Mossoul et réfugiée à Paris, 700 femmes yézidies ont été vendues le 16 août 2014 sur la place publique au prix moyen de 150 dollars[383].

En , dans son magazine de propagande Dabiq, l'EI justifie la mise en esclavage des femmes et des enfants yézidis comme « butins de guerre ». D'après ce texte qui s'appuierait sur la loi islamique, les chrétiennes et les juives échappent à ce traitement à condition que leur famille paye la djizîa. Un combattant de l'État islamique déclare à RFI : « Elles sont achetées pour les taches ménagères, elles s’occupent de la maison. [...] Ces femmes ne sont pas des esclaves sexuelles, ce sont des esclaves tout court. Des esclaves avec lesquelles leurs maîtres peuvent avoir des rapports sexuels et si des enfants naissent de ces unions, EI les considère comme musulmans ». Plusieurs femmes yézidies préfèrent se suicider plutôt que de rester à l'état d'esclaves[384]. Dabiq cite également en exemple les enlèvements — notamment l'enlèvement des lycéennes de Chibok —opérés par Boko Haram au Nigeria[385]. Nazand Bagikhany, conseiller du gouvernement régional kurde, indique que ces femmes subissent notamment « des viols systématiques et un esclavage sexuel », certaines femmes vendues portaient des étiquettes de prix sur les marchés de Raqqa et de Mossoul[386].

En octobre 2014, selon Human Rights Watch « l'organisation islamiste détiendrait au moins 366 personnes mais ce nombre pourrait s'avérer plus de trois fois supérieur ». Elle dénonce les agressions sexuelles dont sont victimes les femmes yézidies achetées et vendues par des djihadistes. Elle estime que « l'enlèvement et les abus systématiques dont font l'objet les civils yézidis peuvent constituer des crimes contre l'humanité »[387], cet avis est officiellement partagé par l'ONU depuis le [388].

Selon un document daté du , présenté par l'agence de presse Iraqi news[389], l'État islamique aurait fixé le prix de vente des femmes yézidis ou chrétiennes, comme esclaves, entre 138 et 35 euros. « Une fillette âgée de 1 à 9 ans coûterait 200 000 dinars (soit 138 euros), une fille de 10 à 20 ans 150 000 dinars (104 euros), une femme entre 20 et 30 ans 100 000 dinars (69 euros), une femme entre 30 et 40 ans 75 000 dinars (52 euros) et une femme âgée de 40 à 50 ans 50 000 dinars (35 euros) ». Le document stipule l'interdiction « d'acheter plus de trois femmes », sauf pour les « Turcs, les Syriens ou les Arabes du Golfe »[390].

Le , le « Département des prisonniers et des affaires de la femme » de l'État islamique publie un document expliquant comment traiter une femme esclave sexuelle : « quand la battre, dans quelles circonstances son viol est justifié ou combien elle coûte ». Les « polythéistes, chrétiennes et juives » sont particulièrement concernées, car elles sont « autorisées à devenir esclaves ». Il est ainsi stipulé que ces femmes peuvent être emprisonnées et violées quotidiennement, en précisant que « les filles vierges peuvent être violées immédiatement après avoir été achetées par leur propriétaire », mais que « celles qui ont déjà eu des rapports sexuels doivent avoir leur utérus « purifié » en premier ». Le document affirme également qu'il est « légal d'avoir des relations sexuelles avec une enfant pré-pubère ». Le conseil religieux ayant produit ce texte — le Conseil Shura —, dit se baser sur le Coran pour le justifier, et notamment sur ce passage : « Allah récompense les musulmans qui sont chastes avec leurs femmes et ce qu'ils possèdent », le « ce qu'ils possèdent » signifiant, selon ce conseil, les femmes capturées et mises en esclavage. Des règles sont fixées sur la propriété des prisonnières : « une femme enceinte de son maître » ne peut pas être vendue et il n'est pas possible de « séparer une mère d'une fille, à moins qu'elle ne soit déjà mûre ». Les prisonnières peuvent être battues par mesure disciplinaire, bien que selon le guide il est interdit de les frapper au visage ou de « les frapper uniquement pour des fins agréables ou de torture ». Aucune punition spécifique n'est établie contre des esclaves qui parviendraient à s'enfuir, mais selon le guide de l'EI, il s'agit de « l'un des péchés les plus graves » et « elles doivent être punies pour dissuader les autres de s'échapper[391],[392]. »

Ce statut d'esclave est soutenu par le «Centre de recherches et de fatwas» de Daech qui a établi que ces pratiques existaient déjà au Moyen Âge, avant que l'esclavage ne soit aboli [393].

Destruction du patrimoine[modifier | modifier le code]

Destruction d'œuvres d'art et d'édifices religieux ou historiques[modifier | modifier le code]

Le soir du 17 juillet 2014, l'Archevêché syriaque catholique de Mossoul est incendié par les djihadistes[394]. L'EI commet également des destructions contre des sites religieux considérés comme « hérétiques ». Le 24 juillet, à Mossoul, la tombe du prophète Jonas (commun aux 3 monothéismes), construite entre le IVe et le VIIIe siècle, est détruite[395],[396]. En février 2015, des membres de l'État islamique détruisent dans le musée de Mossoul une collection de statues et de sculptures, dont certaines d'entre elles remontent au VIIe siècle avant Jésus-Christ, sous prétexte de combattre une (hypothétique) « idolâtrie », « péché impardonnable » dans l'islam dit fondamentaliste, qui se veut iconoclaste en proscrivant toute représentation figurative des « êtres ayant une âme »[397],[398].

Le , les djihadistes détruisent les statues et les bas-reliefs le long des murailles du site antique de Nimrod[399]. Deux jours plus tard, les statues et les hauts-reliefs du site de Hatra sont détruits à leur tour[400],[401]

Cette amputation prive ainsi les générations futures de l'accès à leur histoire, comme à celle de l'Humanité[402],[403],[404]. L'Unesco a assimilé cette destruction du patrimoine à un crime de guerre[401].

Pour le philosophe Gérard Leclerc, l'éradication du passé cherche à permettre aux djihadistes de créer une « société nouvelle et un homme nouveau », débarrassé de ses racines qui le rendraient moins malléable. C'est le résultat nihiliste d'« une rage iconoclaste »[405].

En août 2015, l'État islamique détruit le temple de Baalshamin à Palmyre en Syrie[406],[407].

Autodafé[modifier | modifier le code]

En janvier 2015, l'EIIL envahit la Bibliothèque centrale de Mossoul et le réputé Musée de la ville, puis détruit par le feu des centaines de manuscrits (dont certains préservés depuis 5000 ans et plus)[402], vandalisant de nombreuses œuvres antiques, et des reliquats de journaux, (essentiellement des livres pour enfants, de poésie, de philosophie, de santé, de sport et de sciences épargnant vaguement les livres traitants de l'islam[408]. Le 22 février 2015 rien n'est épargné : 8 000 livres rares de la bibliothèque sont livrés aux flammes d'un bombardement. L'AFP indique alors que selon des responsables locaux, 100 000 livres auraient été victimes de campagnes d'autodafés dans la province d'al-Anbar[409].

Des alertes sur ces autodafés sont émises dès le mois de janvier 2015 ; début février, par la voix de sa directrice générale Irina Bokova, l'UNESCO déclare que « si ces informations se confirment, il s'agirait d'une des plus grandes destructions intentionnelles d'ouvrages de l'histoire humaine[410]. » Une amputation confirmée depuis cette alerte[411],[412],[413].

Rapports avec l'extérieur[modifier | modifier le code]

Reporters sans frontières recense, dans un bilan dressé le 23 octobre 2014, deux journalistes étrangers, huit journalistes syriens et deux irakiens tués par le groupe djihadiste. À ceux-là s'ajoutent un journaliste étranger détenu en otage, neuf journalistes irakiens enlevés en Irak par l'EI et près de vingt journalistes syriens portés disparus ou enlevés par différents groupes armés, dont l'organisation EI en Syrie. À Mossoul, « les journalistes auraient reçu l'ordre de l'EI de ne plus couvrir les événements au risque d'être tués », selon le groupe de médias Syria Deeply, l'EI a défini onze règles non négociables pour les journalistes souhaitant couvrir ses activités dans la province syrienne de Deir Ezzor, notamment de prêter allégeance au calife Abu Bakral-Baghdadi, de ne rien publier sans validation du bureau de presse de l'organisation ; les contrevenants risquant d'être tués. Reporters sans frontières voit les régions détenues par l'EI comme des « trous noirs de l'information » qui rendent difficile l'établissement de données sûres et exhaustives[414].

Fin , le président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Peter Maurer, souligne que « En Irak et en Syrie, nous négocions avec toutes les autorités, y compris l’État islamique », affirmant que « l’État islamique n’est pas une organisation avec une direction clairement identifiée qui dispose d’une porte à laquelle on peut frapper [...] en Irak et en Syrie, ces négociations se font en partie avec les tribus qui nous amènent auprès d’interlocuteurs qui sont considérés comme des représentants de l’EI[415] ».

Massacres, attentats et exécutions[modifier | modifier le code]

Massacres lors des conflits irakiens et syriens[modifier | modifier le code]

Mouvement particulièrement violent, l'État islamique est responsable de nombreux massacres[416],[417],[418],[419]. Pendant la guerre d'Irak et la guerre civile syrienne, les troupes de l'EI exécutent presque systématiquement les militaires et miliciens des armées irakiennes et syriennes faits prisonniers, ainsi que les rebelles syriens, y compris les combattants du Front al-Nosra ou d'autres groupes djihadistes. Plusieurs massacres sont également commis contre des civils notamment contre les Yézidis ou contre des tribus sunnites hostiles à l'État islamique, comme les Al-Cheitaat ou les Albou Nimr. L'EI fait aussi mettre à mort certains de ses membres ; des combattants auteurs de détournement de fonds ou de vols contre des musulmans[420] et des déserteurs[421]. Les méthodes d'exécutions les plus couramment employées sont les fusillades, les décapitations[422] et les crucifiements[423]. L'EI est accusé par l'ONU, la Ligue arabe, les États-Unis et l'Union européenne de crimes de guerre, de nettoyage ethnique et de crimes contre l'humanité[417],[418],[419],[424].

Selon un rapport du Comité des droits de l'enfant (CRC) du 4 février 2015, des enfants irakiens issus des minorités ont été vendus par l'EI comme esclaves sexuels, d'autres ont été décapités, crucifiés ou enterrés vivants. Des enfants ont également été utilisés comme kamikazes, en particulier des enfants déficients mentaux[425].

En Syrie, selon le politologue Ziad Majed, 400 personnes, en majorité des rebelles sunnites, sont exécutées par l'EIIL au cours de l'année 2013 et 1 000 à 1 200 ont été faits prisonniers[133].

Le 10 juin 2014, après sa victoire à la bataille de Mossoul, l'État islamique s'empare de la prison de Badoush et massacre 670 prisonniers chiites[426]. Selon le gouvernement irakien, 2 070 personnes sont exécutés par l'État islamique à Mossoul et dans l'ensemble de la province de Ninive de juin 2014 à août 2015[427].

Le 13 juin, l'EIIL revendique le massacre de 1 700 prisonniers chiites de l'armée irakienne à Tikrit[428],[429]. En mars 2015, Human Rights Watch confirme que le bilan du massacre a dépassé les 1 000 morts[430]. Le 14 juin, un compte Twitter considéré comme proche de l'EIIL publie des photographies d'exécutions de prisonniers ; elles montrent des dizaines de corps fusillés dans des fosses communes par les djihadistes, les cadavres ont les mains liés et sont vêtus d'habits civils[431],[398]. Selon Adrien Jaulmes, reporter pour Le Figaro : « Ces séries de photos sont sans doute le premier cas dans l'histoire où un crime de masse est ainsi documenté et mis en scène par ses auteurs, comme s'il s'agissait d'un glorieux fait d'armes »[432].

Selon Human Rights Watch, au moins 40 chiites turkmènes, dont des enfants, ont été massacrés le 16 juin dans quatre localités proches de la ville de Kirkouk[376].

Du 3 au 15 août 2014, les populations yézidies du nord-ouest de l'Irak sont victimes de massacres dans les Monts Sinjar[433],[434],[435]. Selon un bilan donné en août 2015 par le Gouvernement régional du Kurdistan, sur les 550 000 yézidis irakiens, 400 000 ont été déplacés, 1 500 sont morts et 4 000 sont retenus en captivité[436]. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, ces attaques « pourraient constituer un génocide »[437].

En , dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, en Syrie, la tribu des Chaïtat se révolte contre l'État islamique. Selon l'OSDH, les forces de l'EI répliquent en massacrant en deux semaines 900 à 1 000 membres de cette tribu, dont une grande majorité de civils. 300 personnes sont notamment tuées en une journée à Ghraneidj[438],[439],[440],[441],[442].

Les 27 et 28 août, après la bataille de Tabqa, les djihadistes de l'État islamique exécutent 160 à 200 prisonniers de l'armée syrienne[443].

Fin octobre et début novembre 2014, l'EI exécute 322 à 500 membres de la tribu des Albou Nimr, près de Hit, dans la province d'al-Anbar, en Irak[444],[445].

Le , l'organisation publie des photos d'une exécution de masse de 13 hommes décrits comme des combattants sunnites opposés au djihadistes[446].

Le , le ministère irakien des Droits de l'homme affirme que l'État islamique a exécuté, à Falloujah, « au moins 150 femmes, parmi lesquelles de futures mères », ayant « refusé d'accepter le « djihad par mariage » », sorte de « prostitution légalisée », le temps d'une « guerre sainte »[447],[448].

En , selon le témoignage d'un activiste syrien au Financial Times, l'État islamique a exécuté une centaine de ses hommes en Syrie pour avoir tenté de déserter[449].

Selon l'OSDH, les massacres et les exécutions commis par l'État islamique font au moins 3 967 morts en Syrie entre le et le . Parmi eux figurent 2 142 civils certains mis à mort pour sorcellerie, homosexualité ou collaboration avec la coalition des « croisés », 78 enfants et 121 femmes, 1 117 soldats et miliciens du régime syrien, 272 rebelles syriens, y compris des djihadistes du Front al-Nosra et des Kurdes des YPG. L'EI exécute également et 424 de ses propres hommes suspectés d'espionnage ou pour tentative de désertion. L'OSDH estime cependant que le bilan réel est probablement plus élevé et évoque notamment plusieurs centaines de disparus dans les prisons de l'EI[450].

Attentats[modifier | modifier le code]

En Irak, l'État islamique commet régulièrement des attentats contre les populations civiles, essentiellement les chiites. Selon l'ONU, les attentats de l'EIIL font 6 000 morts de mars à [105].

Le Global terrorism database tenue par l'Université du Maryland comptabilise 1 681 attentats et massacres commis par l'EI de avril 2013 à novembre 2015 dans les pays suivant ; Irak, Syrie, Iran, Arabie saoudite, Koweït, Yémen, Libye, Tunisie, Égypte, Liban, Afghanistan, Pakistan, Turquie, France et Bangladesh, qui causent la mort de 12 500 personnes — dont 9 565 en Irak et 1 834 en Syrie — et font plus de 13 000 blessés[451].

Madjid Zerrouky, William Audureau et Maxime Vaudano, journalistes pour Le Monde, recensent 83 attentats — 32 kamikazes, 23 fusillades, 15 bombes, 14 exécutions d'otages, 7 voitures piégées, 2 prises d'otages, 1 colis piégés et 3 autres cas — commis par l'EI et ses filiales à travers le monde de juin 2014 à novembre 2015. Ces attaques causent la mort de plus de 1 600 personnes, dont 454 en Irak et en Syrie (34 attentats), 418 au Nigeria, au Cameroun et au Tchad (23 attentats), 310 morts en Égypte (8 attentats), 250 morts au Yémen (7 attentats), 88 morts en Arabie saoudite (7 attentats) et 67 morts en Libye (3 attentats). Sur ces 83 attaques, 43 ont eu lieu dans des lieux et voies publics, 19 dans des mosquées, 13 dans le désert, 5 dans des lieux culturels, 4 dans des transports, 1 dans un camp militaire, 1 dans une église, 1 dans une synagogue, 1 dans un champ pétrolier et 1 dans un camp de réfugiés[452].

Exécutions liées à la charia[modifier | modifier le code]

Le soir du , une jeune veuve de 26 ans accusée d'« adultère » est lapidée à Tabqa, près de Racca ; selon l'OSDH, c'est la première exécution de ce type commise en Syrie par l'État islamique. Le lendemain, une deuxième femme subit le même sort à Racca[453],[454]. D'autres exécutions de ce type suivent[455].

Les homosexuels sont également exécutés par lapidation. La première exécution connue a lieu à Mayadin, dans le gouvernorat de Deir ez-Zor le , une seconde suit de lendemain dans la ville de Deir ez-Zor même[456]. Vers début décembre un homme accusé d'homosexualité est jeté du toit d'un immeuble puis lapidé, cette exécution aurait été ordonnée après un jugement du « tribunal islamique de la wilaya Al-Furat », soit dans la région de Boukamal et Al-Qa'im[457],[458]. Une autre exécution a lieu en janvier 2015 au nord de Mossoul, l'EI exécutant deux homosexuels[459]. Plusieurs autres exécutions de ce type suivent.

Selon l'OSDH, les djihadistes de Syrie exécutent au moins 14 personnes de à pour adultère et homosexualité. Parmi ces exécutions, au moins cinq sont commises par l'État islamique ; trois femmes mises à mort pour adultère et deux hommes pour homosexualité[460].

Exécutions d'otages étrangers[modifier | modifier le code]

De 2013 à 2015, l'État islamique rassemble 23 otages occidentaux dans une prison de Racca qui se veut la réplique du camp de Guantánamo. Les détenus sont notamment vêtus de combinaison orange et torturés. L'ingénieur russe Serguei Nicolayevitch Gorbounov, enlevé en octobre 2013, est le premier prisonnier exécuté, en mars 2014 d'une balle dans la tête[461].

Le 19 août, en représailles des bombardements effectués par les États-Unis en Irak, l'État islamique affirme avoir décapité un otage américain, le journaliste James Foley, enlevé au nord de la Syrie le [462],[463]. D'autres exécutions par décapitation suivent. Le 2 septembre, l'EI revendique l'exécution d'un deuxième otage américain, également de nationalité israélienne, Steven Sotloff, un journaliste capturé le à Alep[464]. Le 13 septembre, l'EI annonce la mort de David Cawthorne Haines, un travailleur humanitaire britannique enlevé le près d'Atmeh, non loin de la frontière turque[465],[466],[467]. Le 3 octobre, Alan Henning, un humanitaire britannique, est exécuté à son tour[468]. Puis, le 16 novembre, l'État islamique annonce l'exécution de Peter Kassig, un humanitaire américain, ancien soldat[469].

Au total, sur les 23 otages occidentaux, six ont été exécutés et 15 relâchés[461], dont les journalistes espagnols Javier Espinosa, Ricardo Garcia Vilanova et Marc Marginedas libérés le [461], les journalistes français Nicolas Hénin, Pierre Torrès, Didier François et Edouard Elias libérés le [470] et un otage allemand, dont l'identité n'est pas révélée, en juin 2014[471]. Le , l'État islamique annonce la mort de Kayla Mueller, une jeune travailleuse humanitaire américaine, tuée par une frappe de la coalition[472],[473]. Le dernier otage, le Britannique John Cantlie, est utilisé comme journaliste par l'État islamique dans une série de vidéos de propagande diffusées à partir du [474].

Le , l'État islamique publie une nouvelle vidéo dans laquelle il menace d'exécuter deux otages japonais. L'EI réclame le versement dans les 72 heures d'une rançon de 200 millions de dollars contre leurs vies, soit l'équivalent de l'aide fournie par le Japon aux pays en lutte contre le mouvement djihadiste. Le Premier ministre Shinzō Abe refuse et le 24 janvier, l'EI annonce avoir décapité un premier otage ; Haruna Yukawa, enlevé en août 2014. Les djihadistes réclament ensuite la libération de Sajida al-Rishawi, une kamikaze irakienne condamnée à mort et emprisonnée en Jordanie, en échange de celle du deuxième otage. Ils menacent également le pilote jordanien Mouath al-Kassaesbah, capturé le 24 décembre. Le 31 janvier, l'EI annonce avoir exécuté son deuxième otage, Kenji Gotō, un journaliste de 47 ans enlevé en octobre[475],[476],[477],[478],[479].

Le pilote jordanien Mouath al-Kassaesbah est finalement brûlé vif dans une cage, le 3 février 2015 l'EI met en ligne la vidéo de son exécution[480]. En représailles, le 4 février, la Jordanie exécute par pendaison la djihadiste irakienne Sajida Al-Richaoui, impliquées dans les attentats du 9 décembre 2005 à Amman, aux côtés d'un autre Irakien, Ziad Karbouli, un responsable d'Al-Qaïda[481].

Le 18 novembre 2015, l'EI annonce l'exécution de deux otages dont l'enlèvement avait été annoncé le 10 septembre par l'EI pour réclamer une rançon. Les photos de Fan Jinghui, un consultant chinois et Ole-Johan Grimsgaard-Ofstad, un universitaire norvégien, probablement exécutés par balles, sont publiées dans le magazine Dabiq avec la mention : « Exécutés après avoir été abandonnés par les nations et les organisations infidèles »[482],[483].

Rumeurs et fausses informations sur l'État islamique[modifier | modifier le code]

Auteur de nombreuses exactions, l'État islamique fait aussi l'objet de fausses informations, parfois nées de la propagande des gouvernements irakiens et syriens et reprises par des médias occidentaux. En 2013 apparaît en Tunisie la rumeur du « djihad sexuel », selon laquelle des centaines de jeunes filles émigreraient en Syrie où elles se prostitueraient à de nombreux combattants de l'EIIL et d'autres groupes djihadistes en étant « mariées » puis « divorcées ». La rumeur naît en décembre 2012 avec un message présenté comme étant un tweet du cheikh salafiste Mohamed Al-Arifi qui autorise « les femmes musulmanes, à partir de 14 ans, à se marier avec un djihadiste pour quelques heures, puis à d'autres djihadistes, afin de renforcer le moral des combattants, et d’ouvrir les portes du paradis ». Le cheikh Al-Arifi nie rapidement avoir prononcé un telle fatwa, mais la rumeur se répand dans les médias et est relayée par les déclarations devant l'Assemblée nationale constituante du ministre tunisien de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou le et par le régime syrien qui fait réaliser des reportages de propagande produisant de faux témoignages. Mais après contre-enquêtes plusieurs chercheurs et journalistes concluent en 2013 qu'il n'existe aucun témoignage crédible qui accréditerait la réalité d'un « djihad sexuel », d'ailleurs nié par toutes les sources djihadistes et qui ne repose sur aucun fondement religieux[484],[485],[486],[487]. Pour Human Rights Watch, ces rumeurs s'appuient sur un fait bien réel, la pratique du « mariage provisoire » qui est en fort développement[484].

En juillet 2014, Jacqueline Badcock, une représentante de l'ONU en Irak, affirme que l'EIIL a ordonné dans une fatwa l'excision de toutes les femmes et jeunes filles de la région de Mossoul. Mais le document sur lequel elle s'appuie se révèle être un faux[488],[489],[490].

Pendant la guerre civile syrienne, plusieurs groupes armés sont soupçonnés d'utiliser du captagon lors des combats, une drogue qui permet d'oublier la douleur et la peur. Des membres de la rébellion et du régime syrien accusent notamment l'EI d'en faire largement usage. Cependant pour Wassim Nasr, journaliste de France 24 spécialiste du djihadisme, l'État islamique ne distribue pas de captagon à ses combattants, tout au plus certains de ses hommes s'en seraient procurés individuellement[491],[492],[493].

En juillet 2015, selon les déclarations d'un responsable militaire irakien à IraqiNews.com, ensuite reprises par des occidentaux, les djihadistes de l'EI font exploser un bébé orphelin dans un camp d'entraînement près de Sharqat, dans la province de Salah ad-Din[494]. Mais selon le chercheur Romain Caillet et le journaliste Wassim Nasr l'histoire est inventée, ce dernier ajoute d'ailleurs : « Ce genre d'intox tout comme les histoires d'excisions imposées aux femmes et de jihad du sexe finissent par servir l'État Islamique »[495],[493]

Selon David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut prospective et sécurité de l'Europe (IPSE) et à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS) : « Quoi qu'il en soit en dépit d'éventuelles erreurs et du détournements de certaines informations sur Internet, il demeure que quand les combattants de l’EIIL commettent des exactions, ils ne s’en cachent pas. Au contraire, ils le revendiquent car cela fait partie de leur stratégie de communication. Ils n’hésitent pas à poster sur les réseaux sociaux des vidéos montrant leur ennemis décapités et leurs têtes plantées sur des poteaux. C’est le cas notamment des soldats syriens, irakiens, des chiites qui refusent de se convertir. Cela vise à terroriser l’ennemi et à frapper les esprits »[490].

Communication et propagande[modifier | modifier le code]

Logo d'Al-Furqan.
Logo d'Al-Hayat.

À ses débuts, les vidéos produites par l'EI sont de piètre qualité[496]. À partir de 2013, l'État islamique se distingue des autres groupes djihadistes par son appareil médiatique[497]. Il s'inspire des vidéos de propagande de Anwar al-Awlaqi, principal idéologue d'Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA), qui avant tous les autres djihadistes a commencé à exploiter les réseaux sociaux et internet[498]. L'État islamique franchit cependant une nouvelle étape sur la forme des vidéos, plus que sur le fond, en ayant largement recours aux effets spéciaux d'inspiration hollywoodienne[499].

Structure de communication[modifier | modifier le code]

Les deux principales cellules de communication de l'EI sont Al-Furqan, canal officiel, et Al-Hayat, branche médiatique dédiée au cyberdjihad, mais le groupe dispose également d'autres branches plus locales[499]. Al-Furqan, qui s'occupe de la production des médias, des CD, des DVD, des livres, des posters ainsi que des communiqués officiels et de la propagande sur Internet s'adjoint en 2013 deux branches supplémentaires : Al-l’tisam Media Foundation, chargée de la vidéo et Ajnad Foundation for media production, spécialisée dans la production de « nasheeds »[496]. La grande majorité de la propagande de l'EI est diffusée par Al-Furqan qui communique en arabe, Al-Hayat se spécialise quant à elle dans la propagande à destination des étrangers, qu'elle traduit en plusieurs langues[500]. Ces cellules diffusent des vidéos de batailles, d'attaques kamikazes, de destructions de lieux de cultes jugés « impies » et d'exécutions de prisonniers de guerre, d'adultères et d'homosexuels[497], mais aussi des vidéos présentant un contenu plus idyllique, mettant en avant la fraternité entre combattants, l'entraide, la vie facile et la joie régnant au sein de l'EI, des aspects attrayants de la vie au sein de l'EI[496].

Al-Hayatt emploie plusieurs centaines de professionnels étrangers, qui jouissent d'un statut, de salaires[501] de conditions de vie supérieures à ceux des combattants ; leurs responsables reçoivent le titre d'« émirs » et participent aux décisions stratégiques de l'EI au même titre que les autres chefs[502].

Vidéos[modifier | modifier le code]

Ces vidéos sont également utilisées comme une arme psychologique par les djihadistes de l'EI afin de terrifier leurs adversaires. Elles auraient notamment joué un grand rôle lors de la bataille de Mossoul en juin 2014, au cours de laquelle l'armée irakienne, totalement démoralisée, a pris la fuite devant un adversaire pourtant largement inférieur en nombre[503].

Un des principaux films de l'EI est « Flames of War », diffusé par Al-Hayat en septembre 2014 et long de 55 minutes. Il reprend les codes des superproductions hollywoodiennes, montre des images de combats et d'exécutions et vante la prospérité de l'État islamique. Il s'adresse principalement aux jeunes occidentaux[499]. Al Furqan diffuse également tous les six mois une série appelée « Le tintement des épées », chaque épisode étant long d'environ une heure[499]. Parmi les autres vidéos figurent « What are you waiting for ? » diffusée par Al-Hayat en novembre 2014, où trois djihadistes français brûlent leur passeport et appellent leurs sympathisants à la hijra ou à assassiner des Occidentaux[499].

Dans « N’en déplaise aux mécréants » réalisée par Al-Hayat en novembre 2014, 18 soldats syriens sont égorgés par 18 djihadistes, dont Jihadi John. Les 18 bourreaux, tous à visage découvert sauf Jihadi John, sont chacun originaires d'un pays différent[499].

« Plusieurs nationalités sont représentées, non seulement pour montrer que le message transcende les frontières, mais aussi parce que l’impact de la vidéo est décuplé dans chaque pays dont est originaire l’un des bourreaux. En aurait-on autant parlé s’il n’y avait pas eu de Français à l’écran ? Là encore, Al-Hayat montre sa maîtrise des ressorts médiatiques européens. Cette diversité sert aussi des fins de recrutement : il faut que les candidats au djihad puissent s’identifier aux combattants qu’ils voient. En montrant Maxime Hauchard, qui a grandi en Normandie, n’a pas connu la guerre et s’est converti seul derrière son ordinateur, l’EI montre que n’importe qui peut le faire[499]. »

— David Thomson

Dans cette même vidéo, la tête tranchée de Peter Kassig est également montrée aux pieds de Jihadi John qui cherche à provoquer les pays occidentaux et déclare : « Nous voilà en train d’enterrer le premier croisé américain à Dabiq. Et nous attendons avec impatience l’arrivée de vos autres soldats pour qu’ils soient égorgés et enterrés ici même ». Symboliquement, les djihadistes enterrent le corps de Peter Kassig à Dabiq, lieu de la bataille de Marj Dabiq en 1516 qui avait marqué l'abolition du califat des Abbassides d'Égypte[469],[504],[505],[506],[507].

Avec l'intervention de la coalition, les djihadistes de l'EI sont galvanisés et sont alors convaincus que la prophétie de Dabiq va se réaliser et qu'une grande bataille finale dans ce village va se terminer par la défaite des « Romains » et le début de l'Apocalypse[508].

« Dabiq est un village situé au nord d'Alep, près de la frontière turque, et qui, d'après plusieurs hadiths, sera le site d'une ultime bataille avant le Jugement dernier dans le cadre d'une guerre de civilisations où les musulmans vaincront définitivement les armées des chrétiens. Byzance, puis Rome, seront alors conquises[497]. »

— Pierre-Jean Luizard

« Dans ce film, le masque tombe et le double discours est révélé : ce que cherche l'État islamique, ce n'est pas à obtenir la fin des interventions militaires occidentales, mais au contraire à les provoquer. Cette fois-ci Jihadi John, comme il a été surnommé, invite presque l'armée américaine et prévient qu'elle trouvera à Dabiq sa fin[508]. »

— Nicolas Hénin

Du au , Al-Furqan et Al Hayat diffusent une série de huit reportages, appelée Lend Me Your Ears (littéralement « prêtez moi vos oreilles » ou « accordez moi votre attention »), dans laquelle l'otage britannique John Cantlie est mis en scène. Dans la première vidéo Cantlie est vêtu comme les autres otages d'une combinaison orange (en référence aux costumes des prisonniers du camp de Guantánamo), il explique qu'il est forcé de faire cette vidéo, première d'une longue série où il exposera les points de vue du « califat ». Par la suite, il apparaît vêtu d'habits civils et joue le rôle d'un envoyé spécial pour une chaîne de télévision, dans plusieurs villes de Syrie et d'Irak il interviewe notamment des membres de l'État islamique et dément les affirmations des gouvernements et des médias occidentaux[509],[474],[499]. Pour David Thomson, « Cantlie est menacé d’exécution, mais il parle de façon naturelle, à tel point que le spectateur se demande s’il agit vraiment sous la contrainte. C’est peut-être une stratégie futée de sa part pour sauver sa peau, puisque les partisans de l’EI s’attachent à lui, ce qui rend délicate son exécution »[499].

Par la suite l'État islamique réalise des nouvelles vidéos allant toujours plus loin dans la violence En juin 2015, seize « espions » irakiens sont exécutés dans la Province de Ninive par diverses méthodes ; cinq sont enfermés dans une cage et noyés dans une piscine, quatre sont enfermés dans une voiture qui est détruite par un tir de lance-roquette et sept sont décapités par l'explosion d'un câble relié à leurs têtes[510]. En octobre, un tankiste de l'armée syrienne est mis à mort en étant écrasé sous un char[511].

Diffusion[modifier | modifier le code]

La diffusion des vidéos produites est l'un des aspects-clefs de la communication de l'EI. Après que leur sortie est annoncée généralement sur Twitter, et posté sur de multiples plateformes, leur diffusion se fait grâce à l'aide de nombreux sympathisants qui les répercutent sur de nombreux réseaux sociaux ou sur les sites collaboratifs qu'ils ont infiltrés[496].

Magazines[modifier | modifier le code]

En juillet 2014, Al-Hayat publie pour la première fois un magazine de propagande appelé Dabiq, publié en anglais sur internet[512]. En décembre 2014, l'EI lance la traduction en français intitulée Dar Al-islam, du magazine Dabiq[513]. Fin mai 2015, la version russe est publiée : Istok (« Source »)[514]. Le 29 mai 2015, « jour de la date d’anniversaire de la conquête de Constantinople par les Ottomans, le 29 mai 1453, fêté en grande pompe en Turquie[515] », l'EI lance un magazine mensuel en langue turque, Konstantiniyye, dont les propos pacifiés appellent à « s’emparer de la cité d’Istanbul par une action spirituelle » car ne reconnaissant pas la prise d’Istanbul par le sultan Mehmet II en 1453 et appelle à une « vraie » conquête de Constantinople, « sans guerre ni sang[515] ». « Dans un article intitulé « Immigration », l’organisation enjoint formellement les musulmans de Turquie à gagner les territoires du califat[515] », l'objectif étant de recruter des personnes qualifiées (ingénieurs, enseignants, soldats).

Moyens techniques[modifier | modifier le code]

En décembre 2015, Der Spiegel révèle que l'EI utilise essentiellement des connexions à internet par satellite, les infrastructures de télécommunication ayant été détruites sur son territoire. L'enquête du journal allemand affirme que des sociétés européennes, dont le groupe français Eutelsat, l'opérateur luxembourgeois SES et le Britannique Avanti, fournissent sciemment un accès internet via satellite à l'État islamique. Ces entreprises démentent et affirment notamment toutes ne pas être en contact avec les clients en bout de chaîne[516],[517].

Controverse sur le nom de l'État islamique[modifier | modifier le code]

À partir de l'été 2014, certains États refusent de qualifier le mouvement d'« État islamique », lui déniant ainsi la dénomination d'État et tout caractère islamique. Les États-Unis continuent d'utiliser les acronymes ISIS ou ISIL. En septembre, le gouvernement français est le premier à adopter le terme de « Daech » (translittération française) ou « Daesh » (translittération anglaise) pour qualifier l'EI[518],[519],[520],[521]. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, déclare le 18 septembre à l'Assemblée nationale : « Je vous demande de ne plus utiliser le terme d'État islamique, car cela occasionne une confusion entre islam, islamistes et musulmans. Il s'agit de ce que les Arabes appellent Daesh et que j'appellerai pour ma part les égorgeurs de Daesh »[522].

L'acronyme « Daech » apparaît pendant la guerre civile syrienne et est employé pour la première fois par des opposant syriens sur la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya. Selon Wassim Nasr, cette appellation est ensuite institutionnalisée par d'autres chaînes arabes car elle occulte les termes « État » et« islamique » et possède une connotation péjorative, car Daesh ressemble au mot arabe daes (« celui qui écrase du pied ») et dahes (« celui qui sonne la discorde ») en référence à la guerre de Dahis et El Ghabra[523],[524].

Mathieu Guidère déclare en août : « Cet État islamique n’est pas un État et il n’est pas islamique. Pour des médias et des politiques, continuer à l’appeler ainsi revient à participer à une vaste usurpation d’identité. La seule manière à laquelle je puisse penser pour désigner, correctement, objectivement, ce groupe serait juste l’organisation al-Baghdadi[525]. »

Cependant pour le chercheur Romain Caillet : « L'acronyme Daech est un terme impropre et péjoratif, utilisé par les opposants à l'État islamique. L'expression a été popularisée par le média Al Arabiya. La chaîne qatarie Al Jazeera n'utilise d'ailleurs plus ce terme. Si, en langue arabe, il peut y avoir une légitimité à l'employer, son utilisation en français est clairement idéologique[518]. »

Michèle Léridon, directrice de l'information de l'Agence France-Presse (AFP), explique sur son blog en septembre 2014 que son agence de presse a décidé de ne plus employer l'expression « État islamique » et de lui préférer celui de « organisation État islamique » ou « groupe État islamique ». Ceci pour deux raisons : « Un, il ne s’agit pas d’un véritable Etat, avec des frontières et une reconnaissance internationale. Et deux, pour de nombreux musulmans, les valeurs dont se réclame cette organisation ne sont en rien islamiques ». Le terme de « Daech », jugé peu compréhensible, n'est pas non plus retenu[526].

Wassim Nasr, journaliste spécialiste des questions djihadistes à France 24 estime que « l'emploi de l'acronyme arabe “Daesh” pour désigner l'État islamique risque d’être contre-productif et se retourner contre ses inventeurs. Ceci notamment du fait qu'il se rapproche trop phonétiquement du terme de “Daes” qui désigne “celui (personne ou entité) qui foule ou écrase de son pied” ». Le journal français Le Point a décidé pour sa part de parler d'« organisation État islamique » mais pas de « Daesh » afin de ne pas « servir la propagande des djihadistes tout en conservant notre objectivité de journaliste »[523]. À partir de , le mensuel français Le Monde diplomatique décide d'adopter la dénomination d'Organisation de l’État islamique (OEI), « parce que l’on n’a pas affaire à un État »[527]. La chaîne de télévision qatarie, Al Jazeera, préfère pour sa part de parler d'« organisation de l'État » (en arabe تنظيم الدولة, tandhim ad-dawla)[528].

En juin 2015, David Cameron, Premier ministre britannique, demande aux médias de son pays de ne plus parler de « Islamic state » mais plutôt de « ISIL » (qui signifie Islamic State of Iraq and the Levant) ou « so-called Islamic state » (le soi-disant État islamique) car « ce n'est pas un État islamique. Ce que c'est, c'est un effroyable régime barbare. C'est une perversion de l'Islam »[529],[530]. Une lettre signée par 120 députés britanniques est adressée à la BBC pour lui demander de cesser d'utiliser le terme d'« État islamique » et de lui préférer celui de « Daesh », la BBC refuse, avançant son impartialité[531],[532].

Après les attentats du 13 novembre 2015 en France, le secrétaire d'État américain John Kerry utilise l'acronyme « Daech »[533], qu'il avait occasionnellement employé au cours de l'année précédente[534].

Les partisans de l'utilisation de l'acronyme « Daesh » affirment qu'il est supposément abhorré[535] par les djihadistes en ce qu'il serait insultant en arabe[536].

Le gouvernement canadien utilise officiellement la dénomination « État islamique », qu'il considère comme « entité » terroriste susceptible de voir ses biens saisis, bloqués ou confisqués[537].

Réception dans l'opinion internationale[modifier | modifier le code]

En , un sondage est effectué à la demande de l'agence de presse officielle russe Rossiya Segodnya par ICM Research (en) au Royaume-Uni, en France et en Allemagne. La question suivante est posée à 3 007 personnes, dont 1 000 au Royaume-Uni, 1 006 en France, 1 001 en Allemagne : « De ce que vous connaissez, dites-nous si vous avez une opinion très favorable, assez favorable, assez défavorable ou très défavorable de l’État islamique en Irak et au Levant, aussi connu sous le nom d'Isis »[538].

  • Au Royaume-Uni, 2 % des personnes interrogées déclaraient avoir une opinion très favorable de l'EI, 5 % assez favorable, 20 % assez défavorable, 44 % très opposée, 29 % ne connaissant pas le groupe[538].
  • En France, 3 % des personnes interrogées déclaraient avoir une opinion très favorable de l'EI, 13 % assez favorable, 31 % assez défavorable, 31 % très opposée, 23 % ne connaissant pas le groupe[538]. En outre, selon ce même sondage, 27 % des 18-24 ans avaient une opinion favorable (c.à.d. très favorable ou assez favorable) de l'EI[539].
  • En Allemagne, 0 % des personnes interrogées déclaraient avoir une opinion très favorable de l'EI, 2 % assez favorable, 28 % assez défavorable, 54 % très opposée, 16 % ne connaissant pas le groupe[538].

En , un sondage mené au Royaume-Uni auprès de 2 000 personnes, leur demande de classer sur une échelle allant de 1 à 10 différents pays ou organisations terroristes, en fonction des sentiments « chaleureux et favorables » qu'elles leur portent. Ce sondage révèlait que 14 % des adultes de moins de 25 ans et 12 % des adultes de moins de 35 ans, avaient des « sentiments chaleureux » à l'égard de l'État islamique, en lui attribuant une note entre 6 et 10. Dans cette même tranche d'âge des 18-34 ans, 5,2 % lui donnaient la note 9 ou 10.

Bien que globalement 88 % de la population lui donne une faible note, les universitaires préviennent que l'État islamique surfe sur une vague de sentiments anti-politiques auprès des jeunes adultes britanniques de moins de 35 ans, qui voient du « courage » chez les djihadistes[540].

En , sont publiés les résultats d'une étude réalisée par l'université de Milan, entre le 1er juillet et le . Cette étude analysait le contenu de plus de deux millions de messages arabophones, postés sur les réseaux sociaux, blogs et forums, à travers le monde. La Belgique était ainsi le pays européen d'où se déploierait sur Internet la plus importante propagande en faveur de l'État islamique, avec 31 % de messages favorables à cette organisation. Parmi les autres pays étudiés, seuls le Pakistan et le Qatar présentaient un pourcentage plus élevé, avec respectivement 35,1 % et 47,6 %. La France comptait quant à elle 20 % de messages favorables à l'État islamique, tandis que la Syrie en comptait 7,6 % et l'Irak 19,7 %[541].

Selon une étude de The Clarion Project publiée en juin 2015, 85% des habitants du monde arabe ont une opinion négative de l'État islamique et 4% une opinion positive, ce qui représenterait 8,5 à 42 millions de sympathisants. Par pays, selon divers sondages, 2 à 6 % des Irakiens, 17 à 27 % des Syriens, 4 à 20 % des Palestiniens, 7 % des Tunisiens, 3 à 10 % des Égyptiens, 5 à 10 % des Saoudiens, 13 % des Émiriens, 7 % des Yeménites, 3 à 9 % des Jordaniens, 7 % des Libyens et 1 % des Libanais sunnites auraient une opinion fortement ou en partie positive de l'État islamique[542].

Opinion de la population syrienne[modifier | modifier le code]

En juillet 2015, un sondage commandé par la BBC est mené en Syrie par l'institut international ORB. Il porte sur un échantillon de 1 365 personnes, dont 674 en zone contrôlée par le gouvernement syrien, 430 en zone contrôlée par les rebelles, 170 en zone contrôlée par l’État islamique et 90 en zone contrôlée par les Kurdes. Les résultats sont cependant à prendre avec précaution, les sondés ayant pu orienter leurs réponses par craintes de représailles. À la question : « Que pensez-vous de l'influence de cet acteur (l'État islamique) sur la guerre en Syrie? » les réponses sont[543],[544] :

En zone contrôlée par Complètement positive Plutôt positive Plutôt négative Complètement négative Ne sais pas
Gouvernement syrien 1 % 4 % 28 % 66 % 4 %
Les rebelles 7 % 21 % 33 % 36 % 3 %
l'État islamique 34 % 37 % 13 % 8 % 8 %
Les Kurdes 3 % 14 % 26 % 55 % 2 %
Ensemble de la Syrie 7 % 14 % 28 % 48 % 3 %

Désignation comme organisation terroriste[modifier | modifier le code]

L'État islamique est officiellement considéré comme une organisation terroriste par l'ONU[24], Israël[545], l'Algérie[réf. nécessaire], l'Arabie saoudite[546], l'Australie[547], le Canada[548], les États-Unis[549], la France[550], l'Indonésie[551], le Liban[réf. nécessaire], le Maroc[réf. nécessaire], le Royaume-Uni[552], la Russie[553], la Tunisie[554], la Turquie[555], l'Union européenne[556] et la Belgique[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Mathieu Guidère, linguiste et spécialiste du Proche-Orient, le Levant désigne la Syrie et le Liban durant l'occupation coloniale française et dénote une vision ethnocentriste.
  2. Voir par exemple cette carte de mai 2015 « En carte : l'avancée de l'Etat islamique en Irak et en Syrie », sur LeMonde.fr,‎ (consulté le 10 août 2015)

Références[modifier | modifier le code]

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  310. Hans-Georg Maassen, patron des renseignements intérieurs allemands : « Le groupe Etat islamique (EI) "s'apparente à un Etat" et le qualifier d'organisation "terroriste" minimise l'ampleur du problème » dans un article du 5 janvier 2016 dans L'Orient-Le Jour.
  311. François Heisbourg : « Daech est une organisation étoffée, [...] une organisation compétente à la différence d’al-Qaida: elle l’est par exemple en matière de levée d’impôts, de recrutements, etc. En termes d’efficacité et de savoir-faire, elle ressemble au Hezbollah. C’est un proto-État. » en novembre 2015 dans une publication sur Slate
  312. Myriam Benraad, politologue française, spécialiste de l'Irak et du monde arabe : « L’Etat islamique s’est donc tout d’abord déployé de l’Irak vers le Levant, avant de se réexporter vers sa base irakienne pour y conduire l’ultime offensive sur Fallouja, Mossoul, et former un proto-Etat dans les territoires conquis. » dans une publication du 11 mai 2015 à sciencespo.
  313. Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique : « On peut d’ores et déjà parler de proto-État, ce que n’a jamais été Al-Qaida » dans un article de La Croix du 21 mai 2015.
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  403. « De grandes cités seront ravagées et on aura l’impression qu’elles n’avaient jamais existé. » (Hadith) quand la tradition coranique évoque "la fin des temps", (l'Apocalypse en langage chrétien)
  404. (Le Berceau de l'Humanité est évoqué notamment dans les textes sacrés monothéistes lors du récit de Noé : « Nous ouvrîmes alors les portes du ciel à une pluie torrentielle, et fîmes jaillir de la terre des sources. Les eaux se rencontrèrent d'après un ordre qui était déjà décrété dans une chose [faite]. Et Nous le portâmes sur un objet [fait] de planches et de clous [l'Arche]. » (Coran, 54 : 11-13 cité notamment dans ce site.)
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • De l'État islamique en Irak et au Levant à l'État islamique, réalisé par Medyan Dairieh, série de cinq reportages de Vice News, 2014. (Visionner sur Youtube)
  • Daech, naissance d'un État terroriste, réalisé par Jérôme Fritel, 2015. (Présentation sur Arte)
  • Daech, les racines du mal, réalisé par Martin Smith, diffusé sur Arte en 2015 (Présentation sur Telerama)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]