Ramzan Kadyrov

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Ramzan Kadyrov
Ramzan Kadyrov, en 2014.
Ramzan Kadyrov, en 2014.
Fonctions
Chef de la République de Tchétchénie
En fonction depuis le [N 1]
(9 ans 4 mois et 18 jours)
Élection
Président du gouvernement Odes Baïsoultanov
Prédécesseur Alou Alkhanov
Biographie
Nom de naissance Ramzan Akhmadovitch Kadyrov
Date de naissance (39 ans)
Lieu de naissance Tsenteroï (URSS)
Nationalité russe
Parti politique Russie unie
Conjoint Medni Kadyrova

Ramzan Akhmadovitch Kadyrov (en russe : Рамзан Ахмадович Кадыров), né le 5 octobre 1976 à Tsenteroï (URSS, Tchétchénie), est un homme d'État russe, membre de Russie unie.

Il est Premier ministre par intérim du 17 novembre 2005 au 28 février 2006, après l'accident de voiture de son prédécesseur, Sergueï Abramov. Il entre en fonction le 4 mars 2006 avec approbation du Parlement de la république. Il devient président de la République de Tchétchénie le 2 mars 2007. Il est un fervent soutien du président russe Vladimir Poutine.

L'ONG Memorial l'accuse explicitement d'être à l'origine de l'assassinat de Natalia Estemirova, le 15 juillet 2009. Son nom est également mentionné dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de l'homme politique libéral Boris Nemtsov, en 2015.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Son père, Akhmad Kadyrov, est un ancien grand mufti et homme politique, président de la république de Tchétchénie de 2003 à 2004.

À la suite de l'assassinat de son père, le , il devient vice-Premier ministre de la République de Tchétchénie.

Également à la tête des Services de sécurité de la présidence tchétchène (une milice de 5 000 hommes, les kadyrovtsy), Kadyrov a souvent été accusé d'être violent et antidémocrate[1]. Il reçoit le soutien du président russe Vladimir Poutine et s'engage dans une lutte de pouvoir pour diriger l'armée avec les chefs de guerre tchétchènes Souliman Sadoulaev et Saïd-Magomed Sadoulaev qui représentent chacun des intérêts politiques différents.

En décembre 2005, après un grave accident de voiture du Premier ministre Sergueï Abramov à Moscou (qui est considéré comme n'étant pas un acte terroriste), Ramzan Kadyrov devient Premier ministre de Tchétchénie par intérim. Après une longue période de convalescence, Abramov donne finalement sa démission, le 28 février 2006, au profit de Ramzan Kadyrov.

Ramzan Kadyrov détient la réalité du pouvoir en Tchétchénie, à côté d'un parlement aux pouvoirs affaiblis et avec le contrôle direct ou indirect de 12 000 à 34 000 hommes armés, souvent d'anciens combattants anti-russes chevronnés. Publiquement pro-fédéral et ostensiblement anti-wahhabite, se montrant souvent à côté de Vladimir Poutine, il prône, d'un autre côté, une islamisation des mœurs et des coutumes tchétchènes et agit souvent en nationaliste radical.

Ramzan Kadyrov interdit un temps de présence en Tchétchénie les organisations non gouvernementales danoises, dont Danish Refugee Council, au moment de la crise internationale des caricatures de Mahomet, le 7 février 2006.

Président de la République de Tchétchénie[modifier | modifier le code]

Le 15 février 2007, il est nommé par Vladimir Poutine, président par intérim après la démission de Alou Alkhanov. Il devient officiellement président le 2 mars.

En 2004, Ramzan Kadyrov est décoré par Vladimir Poutine de la médaille du Héros de la Russie, la plus haute distinction du pays. Il est également nommé académicien de l'Académie des sciences naturelles de la Russie et de celle de la République Tchétchène.

Kadyrov est marié depuis 1996 à Medni Moussaïevna Kadyrova (née le 7 septembre 1978), avec laquelle il eut sept enfants, dont quatre filles : Aïchat (née le 31 décembre 1998), Karina (née le 17 janvier 2000), Hedy (née le 21 septembre 2002) et Tabarik (née le 13 juillet 2004) ; et trois fils : Akhmad (né le 8 novembre 2005, nommé ainsi en honneur de son grand-père Akhmad Kadyrov), Zelimkhan (né le 14 décembre 2006), et Adam (né le 24 novembre 2007). En 2007, il a adopté deux autres fils.

Pour son trente-cinquième anniversaire le 5 octobre 2011, des vedettes acceptent son invitation pour des montants inconnus : Jean-Claude Van Damme, Hilary Swank, Vanessa Mae (celle-ci pour 500 000 dollars selon la presse locale). Kevin Costner, Eva Mendes, Shakira ou Mike Tyson, bien qu'invités, n'ont pas assisté à cet anniversaire[2].

Ramzan Kadyrov fait l'objet d'une interdiction de pénétrer[3] dans le territoire des pays de l'Union européenne, depuis le 26 juillet 2014, ainsi que du gel de ses « éventuels avoirs » en Union européenne, dans le cadre des sanctions européennes à l'encontre de la Fédération de Russie pour son immixtion dans la crise ukrainienne de 2013-2014.

En 2014, en réponse à la déclaration des terroristes de l'organisation Daech qui menacent de déclencher une guerre en Tchétchénie et dans le Caucase, Ramzan Kadyrov a déclaré « Ce sont des bandits, formés et armés par les États-Unis. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est le Coran et la Sounnah. Je tiens à souligner que leurs jours, ils les finiront sous les chauds rayons du soleil de Syrie et d'Irak, et qu’au premier instant de leur mort ils seront soumis à la flamme éternelle de l'Enfer »[4].

En janvier 2015, il est en tête des manifestations pour protester contre les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo[5].

Le , vingt jours après la fin de son mandat, il est nommé chef de la République par intérim par le président Vladimir Poutine[6].

Suspicion de crimes[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Dans l'un de ses derniers articles publié le 11 septembre 2006, la journaliste assassinée Anna Politkovskaïa écrivit : « Qu'est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l'insolence rustre et la cruauté masqués par du courage et de l'amabilité. En Tchétchénie, les kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c'est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des « détails permettant de placer les Tchétchènes en faveur de la Russie. » »

Un proche de Kadyrov, Adam Delimkhanov, vice-Premier ministre tchétchène et député à la Douma de Russie unie, est accusé le 5 avril 2009 par la police de Dubaï d'avoir commandité le meurtre du chef de guerre pro-russe Soulim Iamadaïev. De nombreux meurtres d'opposants à Kadyrov ont eu lieu depuis septembre 2008, notamment entre septembre et janvier 2009, Mussa Assaev, Islam Djanibekov, Gazi Edilsoultanov, tous tués à Istanbul et le 13 janvier 2009, Oumar Israïlov, tué à Vienne. Israïlov avait évoqué les prisons privées de Kadyrov.

En 2009, selon le journal Le Monde,

« Avec la bénédiction de Moscou, Kadyrov semble donc bénéficier d'un droit de vie et de mort sur ses sujets[7].
Les opposants de Kadyrov — six au total — ont donc été assassinés en de multiples endroits situés hors de Tchéchénie : Vienne, Istanbul, Dubaï, et Moscou[7]. »

Selon l'hebdomadaire L'Express, le président tchétchène est aidé dans sa tâche par le Service fédéral russe de sécurité (le FSB), ainsi que par le réseau diplomatique russe à l'étranger[8].

Sont venus se rajouter ensuite les assassinats de Natalia Estemirova (15 juillet 2009 à Grozny), puis début août 2009, toujours à Grozny, de la responsable d'une organisation caritative pour les enfants, Sauvons les générations, Zarema Sadoulaïeva et son mari Alik Djabraïlov, trouvés dans le coffre d'une voiture, tués par balle[9],[10].

Assassinat de Natalia Estemirova[modifier | modifier le code]

Rencontre à Moscou, au Kremlin, entre Vladimir Poutine et Ramzan Kadyrov (à droite), le .

À la suite du meurtre, le 15 juillet 2009, de Natalia Estemirova, qui travaillait pour la défense des droits de l'homme en Tchétchénie, la Fédération internationale des droits de l'homme a déclaré :

« Si M. Kadyrov n'est pas directement responsable de ce meurtre, il en a en tout cas clairement à l'avance absous les auteurs. Et les autorités russes ont accepté cela sur leur sol, elles ont laissé faire, elles en portent la responsabilité[11]. »

L'ONG Memorial a déclaré que la Russie souffrait de terrorisme d'État. Le président de Memorial, Oleg Orlov, a affirmé que Ramzan Kadyrov avait menacé Natalia Estemirova et que le président Medvedev, n'avait pas d'objections à ce que Ramzan Kadyrov, lui-même président de la Tchétchénie, soit un meurtrier[12]. Oleg Orlov a formellement accusé Ramzam Kadyrov, disant :

« Je sais, je suis sûr de l'identité du coupable, nous le connaissons tous, son nom est Ramzan Kadyrov[13]. »

Selon l'association Human Rights Watch, dans cette région, « les enlèvements sont encore une pratique courante pour se débarrasser de ceux qui critiquent le pouvoir[11]. »

Anne Le Huérou, de la Fédération internationale des droits de l'homme, a ajouté à cette occasion :

« beaucoup de défenseurs des droits de l'homme comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov[11]. »

À la suite des accusations de Memorial, Ramzan Kadyrov a porté plainte auprès de la Direction de la police de Moscou contre les propos dits « diffamatoires » et « calamiteux » du président de l'association, Oleg Orlov, auquel Ramzan Kadyrov a rappelé la notion de présomption d'innocence[14]. Ramzan Kadyrov a réclamé de ce fait 10 millions de roubles (227 000 euros) à Oleg Orlov. Le 6 octobre 2009, le tribunal civil Tverskoï de Moscou a condamné Oleg Orlov, de l'ONG Memorial, à verser à Kadyrov 20 000 roubles de dommages et intérêts, soit 450 euros, et à publier un démenti sur son site internet. Memorial a de son côté été condamnée à 50 000 roubles (1 140 euros) de dommages et intérêts[15].

Assassinat de Boris Nemtsov[modifier | modifier le code]

Boris Nemtsov, opposant libéral à Vladimir Poutine, est assassiné le 27 février 2015 près de la Place rouge. Sept suspects tchétchènes sont identifiés, dont trois appartiennent aux services d’ordre de la République tchétchène[16]. L’avocat de la famille Nemtsov appuie la thèse que Ramzan Kadyrov est le commanditaire du crime[17] : il rappelle que Ramzan Kadyrov avait promis de tuer Boris Nemtsov en 2002 et que les tensions entre eux s'étaient aggravées en raison de la question de la participation des kadyrovtsy dans la guerre du Donbass[16]. Rouslan Geremeyev, désigné comme organisateur du crime au début de l’enquête et qui est le neveu d'un proche de Ramzan Kadyrov, n'a pas été inquiété au terme de l'enquête judiciaire[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Par intérim depuis le .

Références[modifier | modifier le code]

  1. voir notamment Anna Politkovskaïa, Douloureuse Russie, Journal d'une femme en colère, 2006
  2. (en)Uri Friedman, « The Stars Who Turned Out for a Chechen Strongman's Birthday Party », sur The Atlantic Wire,‎
  3. (ru) RIA Novosti, article du 28 juillet 2014
  4. Ramzan Kadyrov répond aux menaces de Daesh contre la Russie
  5. Manifestation monstre en Tchétchénie contre « Charlie Hebdo », lemonde.fr, 19 janvier 2015
  6. « March 2016 » (consulté le 27 mars 2016)
  7. a et b Le Monde du samedi 26 septembre 2009, page 9
  8. Tchétchénie, Les tueurs du président Kadyrov, sur lexpress.fr. Consulté le 5 novembre 2011
  9. (en) Head of children's charity shot dead in Chechnya, Conor Humphries, Reuters, August 11, 2009
  10. (en) La responsable d'une organisation caritative retrouvée morte en Tchétchénie, sur Al Jazeera.net, 11 août 2009
  11. a, b et c Le Monde, 16 juillet 2009, « Natalia Estemirova ou la mort à petit feu des droits de l'homme en Tchétchénie » sur lemonde.fr (consulté le 17 juillet 2009)
  12. Déclaration de la Memorial society au sujet du meurtre de Natalia Estemirova, 15 juillet 2009, computer translation
  13. Le Nouvel Observateur, le 16 juillet 2009 sur nouvelobs.com (consulté le 17 juillet 2009)
  14. Meurtre de Mme Estemirova : Kadyrov attaque Mémorial pour diffamation. Dépêche de RIA Novosti. Le 17/07/2009
  15. Russie : Mémorial condamné pour atteinte à l'honneur de Kadyrov. AFP. Le 6 oct. 2009
  16. a, b et c http://www.liberation.fr/planete/2016/02/26/boris-nemtsov-la-justice-interdite-devant-kadyrov_1436139
  17. http://www.lefigaro.fr/international/2016/02/26/01003-20160226ARTFIG00304-russie-le-meurtre-de-nemtsov-reste-impuni.php

Liens externes[modifier | modifier le code]