Memorial

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Memorial
Мемориал
Logo de l'organisation
Situation
Région Crystal Clear app package network.png Monde
Création
Type Association à but non lucratif
Organisation non gouvernementale internationale
Siège Moscou, Russie
Organisation
Fondateur Andreï Sakharov
Président Oleg Orlov
Secrétaire général Elena Jemkova
Personnes clés Arseni Roguinski
Sergueï Kovalev
Lioudmila Alexeïeva

Site web Memo.ru

Memorial (en russe : Мемориал), ou Memorial Society, est une ONG russe de défense des droits de l'homme et de préservation de la mémoire des victimes des répressions de l'époque soviétique[1]. Son origine remonte à la période de la perestroïka, où elle organisa une assistance aux prisonniers politiques victimes du régime soviétique[2].

Aujourd'hui, c'est un réseau d'organisations basées en Russie, en Allemagne, en Kazakhstan, en Italie, en République tchèque, et Belgique, France et en Ukraine.

Histoire[3][modifier | modifier le code]

Le premier groupe pour la commémoration des victimes des répressions s'organise en août 1987[4].

Avec l'aide active d'Andreï Sakharov en janvier 1989 est organisée l'assemblée constitutive de Memorial[4]. L'organisation a pour objectifs de promouvoir une société de droit fondée sur le respect des droits de l'homme, de prévenir le retour du totalitarisme, et enfin de faire la vérité sur les exactions passées et leurs victimes. La déclaration officiel n'a eu lieu qu'en janvier 1990, grâce à la demande expresse faite à Mikhail Gorbatchev lors des obsèques d'Andreï Sakharov par sa veuve, Elena Bonner[4].

En 1991, afin d'«organiser et coordonner le travail pour la défense des droits de l'homme, est enregistré le Centre de défense des droits de l'homme Memorial.

Depuis 1999, Memorial organise le Concours annuel des travaux de recherche des lycéens « L'homme dans l'histoire. La Russie — XX siècle »[5].

Mise en lumière par l'assassinat en Tchétchénie de son enquêtrice Natalia Estemirova, le , menacée de mort par le président tchètchène Ramzan Kadyrov, Memorial est ensuite poursuivie par celui-ci devant les tribunaux de Moscou pour « obtenir réparation du préjudice subi par sa réputation » suite aux accusations portées par Oleg Orlov, président de Memorial[6].

Objectifs de Memorial[modifier | modifier le code]

Le nom complet de Memorial est « Organisation internationale volontaire et publique « MEMORIAL, société historique, éducationnelle, charitable, pour la défense des droits de l'homme ».

Les objectifs de Memorial, tels que définis par sa charte, sont :

  • « Promouvoir une société civile mature, et une démocratie fondée sur une société de droit, de façon à prévenir le retour du totalitarisme ».
  • « Aider à une prise de conscience publique, sur la base des valeurs de la démocratie et du droit, de manière à se débarrasser des schémas totalitaires, et d'implanter solidement les droits de l'homme dans la vie politique et publique ».
  • « Promouvoir la mise au jour de la vérité sur le passé, et perpétuer la mémoire des victimes de la répression politique exercée par les régimes totalitaires ». Ce dernier point est obtenu en particulier en conservant les « Livres à la mémoire des victimes des répressions politiques »[7].

Memorial organise l'assistance, juridique et financière, aux victimes du goulag. Elle mène également des recherches sur l'histoire de la répression politique, et en publie les résultats dans des livres, des articles, des expositions, des musées, ou encore sur les sites web des organisations membres de Memorial.

Financement[modifier | modifier le code]

Le , lors d'un contrôle de Memorial, le ministère de la Justice russe découvre des financements provenant d’une fondation privée américaine, la National Endowment for Democracy (NED)[8].

Confiscation en décembre 2008 des archives numériques de Memorial[modifier | modifier le code]

Le , le bureau de Memorial à Saint-Pétersbourg a subi une descente de police de la part des autorités, qui ont confisqué les archives sur le Goulag, stockées sur 12 disques numériques qui comprenaient l'ensemble des données numérisées sur toutes les atrocités commises par Staline et représentaient 20 ans de travail. L'information était utilisée pour constituer « une base de données numérisées accessible à tous et contenant des centaines de milliers de noms ». La directrice du bureau, Irina Flige, pense que cette descente de police a eu lieu parce que l'organisation Memorial était « du mauvais côté du poutinisme », en particulier sur le point de savoir « si Staline et le régime soviétique avaient réussi à créer un grand pays »[9],[10].

Selon la thèse officielle, le raid était causé par un article publié dans le Novy Peterburg, un journal de Saint-Pétersbourg, en [11]. Mais Memorial nie tout lien avec cet article. Quelques avocats des droits de l'homme en Russie ont émis l'hypothèse que le raid avait été monté en représailles de la défense par Memorial d'un film interdit, Rebellion : l'affaire Litvinenko, portant sur l'assassinat de l'ex-espion russe Alexandre Litvinenko[12]. Selon Orlando Figes, le raid « avait clairement pour but d'intimider Memorial »[13]. Allison Gill, directrice de Human Rights Watch à Moscou, a déclaré « Cette scandaleuse descente de police démontre le climat empoisonné que subissent les ONG en Russie [...] C'est une tentative sans équivoque menée par le gouvernement russe [...] pour réduire au silence les voix critiques[13]. » La descente de police a également amené la rédaction par des universitaires du monde entier d'une lettre ouverte à Dmitri Medvedev, par laquelle ils condamnent cette confiscation[12]. Les États-Unis se sont déclarés « profondément préoccupés » par ce raid de la police : le Département d'État, par l'intermédiaire de son porte-parole Sean McCormack, a déclaré « Malheureusement, cette action menée contre Memorial n'est pas un exemple isolé de la pression exercée en Russie contre la liberté d'association et d'expression[12]. »

Le , le tribunal du district de Dzerjinski a jugé que la fouille menée le dans les locaux de Memorial, et conduisant à la saisie de 12 disques durs stockant de l'information sur les victimes de répression policières, avait été menée en violant un certain nombre de procédures, et que l'action des forces de l'ordre était illégale[14],[15],[16].

Le , Lenizdat.ru a rapporté que douze disques durs, ainsi que des disques optiques et quelques papiers, avaient été rendus à Memorial[17],[18].

Activités en Tchétchénie et assassinat de Natalia Estemirova[modifier | modifier le code]

Les activités actuelles de Memorial comportent notamment un travail d'enquête sur les cas les plus graves de violation des droits de l'homme. Dans ce cadre, Memorial mène notamment une action importante dans la République de Tchétchénie : c'est une des très rares ONG à avoir conservé un bureau à Grozny, qui a été dirigé notamment par Lidia Ioussoupova.

Le , Natalia Estemirova, représentante de Memorial en Tchétchénie et qui enquêtait sur des cas très graves de violation des droits de l'homme, a été enlevée le de son domicile à Grozny, en Tchétchénie. Selon Tania Lokchina du bureau de Moscou de Human Rights Watch, des personnes inconnues ont enlevé Natalia Estemirova près de chez elle, à Grozny, aux alentours de 8h30 du matin. Ses collègues ont donné l'alerte lorsqu'elle ne s'est pas présentée à une réunion prévue ce matin-là ; ils se rendirent alors chez elle, ont trouvé des témoins et les ont interrogés[19]. Deux témoins auraient déclaré avoir vu Natalia Estemirova être poussée dans une voiture en criant qu'on l'enlevait. On a retrouvé son corps dans un bois, percé de balles, à 16 heures 30[20].

Le président de Memorial, Oleg Orlov, a formellement accusé du meurtre Ramzan Kadyrov, le président pro-russe de Tchétchénie[21], affirmant :

« Je sais, je suis sûr de l'identité du coupable, nous le connaissons tous, son nom est Ramzan Kadyrov[22],[23]. »

Ramzan Kadyrov a riposté en portant plainte contre Oleg Orlov, lui rappelant ce qu'était la présomption d'innocence, tandis que le président Dmitri Medvedev jugeait « primitives et inacceptables » les accusations d'Oleg Orlov.

Selon Anne Le Huérou, de la Fédération internationale des droits de l'homme, « tout le monde savait que Natalia Estemirova était menacée, elle la première ». Exerçant son activité pour la défense des droits de l'homme en Tchétchénie depuis dix ans, elle était de plus en plus menacée, en particulier depuis le départ des troupes russes de Tchétchénie[24].

Ce départ a en effet laissé tout le pouvoir à Ramzan Kadyrov, le président tchétchène, dont elle avait reçu des menaces directes. Car « Ramzan Kadyrov a alors mis en place une véritable terreur d'État, un règne de la peur », précise la Fédération internationale des droits de l'homme[24].

Anne Le Huérou a également ajouté :

« Beaucoup de défenseurs des droits de l'Homme comparent le régime de Kadyrov aux années 1936-1938, lors de la pire période de la terreur stalinienne. Il semble que désormais, le seul choix restant soit de se rallier à Ramzan Kadyrov[24]. »

Développements récents[modifier | modifier le code]

  • Le , Oleg Orlov, président de Memorial, est confronté à Ramzan Kadyrov, le président tchèchène, lors du procès tenu à Moscou. Ce dernier réclame en effet 10 millions de roubles (227 000 Euros) à Oleg Orlov, suite à l'affirmation par celui-ci que Kadyrov est « responsable » du meurtre de Natalia Estemirova[25], commis le .
  • Le , le tribunal civil Tverskoï à Moscou a condamné Oleg Orlov, de l'ONG Memorial, à verser à Kadyrov 20 000 roubles de dommages et intérêts, soit 450 euros, et à publier un démenti sur son site internet. Memorial a de son côté été condamnée à 50 000 roubles (1 140 euros) de dommages et intérêts[26].
  • Le , Memorial, ainsi que le quotidien Novaïa Gazeta sont également assignés devant un tribunal civil, par le petit-fils de Staline, Evgueni Djougachvili, qui veut ainsi défendre l'honneur de son grand-père en réclamant à Memorial 227 000 euros[25].
  • Le , Memorial reçoit le prix Sakharov, attribué par le Parlement européen « pour la liberté de pensée »[27]. « En remettant ce prix à Oleg Orlov, Sergueï Kovalev et Lioudmila Alexeïeva au nom de l'association Memorial, nous espérons contribuer à la fin de la peur et de la violence à l'encontre des défenseurs des droits de l'homme en Russie. », a déclaré Jerzy Buzek, président du Parlement européen, lors de l'annonce des lauréats[28],[29]

Organisation internationale[30][modifier | modifier le code]

Date de crétion Nom d'organisation Président Liens
février 1993 MEMORIAL Deutschland Anke Giesen https://www.memorial.de
avril 2004 Memorial Italia Francesca Gori http://www.memorialitalia.it/
avril 2016 Memorial Česká republika Stepan Cernousek https://www.facebook.com/memorialCR/
avril 2020 Memorial France[31] Nicolas Wert

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Site officiel Memorial
  2. Marie Le Douaran, Alla Chevelkina, « L'ONG Memorial, archives de la Russie soviétique, condamnée à se taire? », sur L'Express,
  3. (en) « Memorial - Memorial History. A Timeline », sur memo.ru (consulté le 11 avril 2020)
  4. a b et c (ru) « Mémorial. Épisode 1 » (consulté le 11 avril 2020)
  5. (en) « Memorial - People and History, 20th Century Russia », sur memo.ru (consulté le 11 avril 2020)
  6. « Russie: la Cour suprême s'oppose à la dissolution de l'ONG Memorial », sur L'Express,
  7. The Book of Memory of Victims of Political Repressions of Astrakan Oblast (in Russian), liste de 10 955 noms de victimes des répressions dans l'oblast d'Astrakhan de 1918 à 1986
  8. « Russie. L’Etat fait pression sur l’ONG Memorial à Saint-Pétersbourg », sur Courrier international, (consulté le 11 avril 2020)
  9. « La justice russe reste sourde aux demandes de Memorial de lui restituer ses archives », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 avril 2020)
  10. (en)Richard Galpin, « Stalin's new status in Russia », sur BBC News,
  11. (ru)« «Мемориалу» вернут имущество, но не репутацию », sur Фонтанка.ру,‎
  12. a b et c (en) « The Times & The Sunday Times », sur www.thetimes.co.uk (consulté le 11 avril 2020)
  13. a et b (en-GB) Luke Harding, « Russian police raid human rights group's archive », The Observer,‎ (ISSN 0029-7712, lire en ligne, consulté le 11 avril 2020)
  14. (ru)« "Мемориал" повернул обыск вспять », sur Коммерса́нтъ,‎
  15. (ru)« «Мемориалу» отдадут жесткие диски в присутствии омбудсмена », sur Фонтанка.ру,‎
  16. Memorial Vindicated Again, par Sean Guillory, 31 mars 2009
  17. Memorial got back its confiscated HDDs, Lenizdat.Ru, May 6, 2009 (in Russian)
  18. Memorial’s "Winchesters" Returned, by Sean Guillory, May 7, 2009
  19. (en)« Russian activist found murdered », sur BBC News,
  20. « Une militante russe, proche de Politkovskaïa, assassinée », sur L'Express,
  21. « Meurtre d'Estemirova : Memorial met en cause Kadirov », sur Le Monde,
  22. Guillaume Clément Marchal, « Son nom est Ramzan Kadyrov », sur Le Courrier de Russie,
  23. « Memorial met en cause Kadyrov, le président tchétchène pro-Kremlin », sur Libération.fr,
  24. a b et c Hélène Bekmezian, Benoît Vitkine, « Natalia Estemirova ou la mort à petit feu des droits de l'homme en Tchétchénie », sur Le Monde,
  25. a et b Le Monde du samedi 26 septembre 2009, page 9
  26. Russie: Mémorial condamné pour atteinte à l'honneur de Kadyrov. AFP. Le 6 oct. 2009
  27. Marie Jégo, « L'ONG russe Memorial reçoit le prix Sakharov du Parlement européen », sur Le Monde,
  28. « Le prix Sakharov 2009 attribué à l'organisation Memorial », sur Le Monde,
  29. « Memorial reçoit le prix Sakharov 2009 », sur 20 minutes,
  30. (en) « Memorial - Structure and organisations », sur memo.ru (consulté le 11 avril 2020)
  31. (ru) « Вот так «просто» взять человека, сломать и очернить », sur Новая газета - Novayagazeta.ru,‎ (consulté le 11 avril 2020)

Liens externes[modifier | modifier le code]