Intervention militaire de la Russie en Syrie

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Intervention militaire de la Russie en Syrie

Pendant la guerre civile syrienne

Description de cette image, également commentée ci-après

Soukhoï Su-24, à l'aéroport international de Lattaquié.

Localisation Drapeau de la Syrie Syrie
Planifiée par Drapeau de la Russie Russie
Cible Armée de la conquête Logo.jpg Armée de la conquête
ShababFlag.svg État islamique
Flag of Syria 2011, observed.svg Armée syrienne libre
Logo of the Islamic Front (Syria).svg Front islamique
Flag of Jabhat al-Nusra.jpg Front al-Nosra (2015-2016)
Flag of Jabhat Fatah al-Sham.svg Front Fatah al-Cham (2016-2017)
Flag of Hayat Tahrir al-Sham.svg Hayat Tahrir al-Cham (depuis 2017)
Date - en cours
(1 an, 11 mois et 23 jours)
Issue En cours
Pertes Humaines :
26 militaires (au 20 février 2017)[1],[2],[3],[2]
Matérielles :
1 bombardier Su-24
1 hélicoptère Mi-8
1 hélicoptère Mi-28[4]

L'intervention militaire de la Russie en Syrie a lieu durant la guerre civile syrienne, et répond à la demande officielle du président syrien Bachar el-Assad d'« aide militaire », en date du , auprès de la Russie[5],[6]. Le jour même, le Conseil de la Fédération de l'Assemblée fédérale de la Fédération de Russie approuve l'appel du Président de la Russie, Vladimir Poutine, pour permettre l'utilisation des forces armées russes à l'étranger, et débute par des bombardements contre des « terroristes »[6].

Il s'agit de la première intervention militaire de la Russie en dehors des frontières de l'ancienne Union soviétique depuis la guerre d'Afghanistan (1979-1989).

Historique[modifier | modifier le code]

Les relations d'ententes entre l’État syrien datent d'avant l'indépendance de la Syrie, en 1946, où un traité secret est signé entre l'Union soviétique et les futurs dirigeants syriens. Cette entente traverse la guerre froide, la montée du nationalisme arabe, l'arrivée au pouvoir du parti Baas et se concrétise par des ventes de matériels militaires, et des aides pour les infrastructures (par exemple, construction du barrage de Tichrin sur l'Euphrate). En 1966, l'Union soviétique aide Salah Jedid à accéder au pouvoir, et, en 1970, lui préfère Hafez el-Assad, considéré comme moins aventureux. L'armée syrienne devient alors totalement tributaire de l'armement soviétique, et la Syrie permet à l'Union soviétique d'ouvrir une base militaire dans son port de Tartous[7].

À partir de 1985, la perestroïka a jeté un froid entre les deux pays, les orientant l'un et l'autre vers l'occident, jusqu'en 2003, quand le président russe Vladimir Poutine s'intéresse à nouveau à cette région et relance les ventes d'armes à la Syrie[7].

Depuis le début de la guerre civile syrienne, la Russie est un « allié indéfectible[8] » du régime syrien de Bachar el-Assad, tant dans le domaine de l'armement[9] que sur le plan diplomatique, par exemple, aux discussions de Genève en 2014[10], même si, aux discussions de 2012, la diplomatie russe avait affiché ses doutes sur l'avenir du régime syrien, déclarant : « On ne peut malheureusement pas exclure la victoire de l'opposition syrienne »[11].

La Syrie est le seul État méditerranéen allié à la Russie, ouvrant à ses navires de guerre le port de Tartous en permanence[12].

Le 21 août 2013, une attaque chimique a lieu dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas. Selon diverses estimations, entre 322 et 1 729 personnes sont tuées. Le gouvernement syrien et l'opposition armée se rejettent mutuellement la responsabilité des bombardements. Pour les pays occidentaux, la « ligne rouge » est franchie et les États-Unis, la France et le Royaume-Uni semblent prêts à intervenir militairement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad[13]. Le 9 septembre, la Russie propose alors un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, sous la supervision de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Le régime syrien accepte et le , les États-Unis et la Russie annoncent qu'un accord a été trouvé[14].

Au printemps 2015, l'armée russe s'est préparée à cette intervention par des exercices «  grandeur nature  », en Russie, ayant impliqué jusqu’à 95 000 soldats. Il y a eu également une successions de rencontres diplomatiques, depuis juillet 2015 (à Oufa, avec quinze chefs d’État et de gouvernement d’Asie et du Moyen-Orient), et août avec les dirigeants des Émirats arabes unis, de la Jordanie, de l’Égypte – au point que la presse russe avait même fini par parler de «  sommet arabe  » à Moscou[12].

En août 2015, des soldats russes sont identifiés auprès de l'armée régulière syrienne[15], en septembre des mouvements de navires de guerre russes sont observés près des côtes syriennes, ainsi que la mise en place d'un pont aérien russe dans l'aéroport militaire syrien près de la ville de Lattaquié, où sont dénombrés plus de 30 avions militaires russes, et alors que l'arrivée de troupes russes y est remarquée (par satellite espion américain ou traçages par internet[16]) depuis le printemps[17]. Ces mouvements de troupes et de matériels ont d'abord été décrits par le ministère de la Défense russe comme des manœuvres militaires ou une assistance technique à la Syrie, puis ont été présentés explicitement comme un soutien total à Bachar el-Assad à l'approche du 28 septembre, date prévue d'un discours de Vladimir Poutine[17].

Le 15 septembre 2015, Vladimir Poutine déclare : «  Il faut mettre de côté les ambitions géopolitiques et abandonner les normes de “double standard”  », visant ainsi ceux qui «  utilisent les groupes terroristes pour atteindre leurs propres buts tactiques, y compris pour un changement de gouvernement et de régime désagréables à certains  », affirmant alors: « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire  »[18].

Le 28 septembre 2015, Vladimir Poutine prononce son discours à l'occasion de la 70e session de l'Assemblée générale des Nations unies, où il prévient que la Russie proposera une résolution pour mener une « véritable coalition mondiale contre le terrorisme, semblable à la coalition anti-Hitler »[19].

L'intervention débute officiellement le 30 septembre 2015. Il semble que celle-ci était en préparation depuis mai 2015[20], et qu'elle ait été planifiée précisément en juillet 2015, avec une coordination entre les moyens aériens russes et une offensive au sol des forces pro-gouvernementales syriennes et de leurs alliés iraniens et du Hezbollah libanais[21].

Selon le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, cette intervention est destinée à durer trois ou quatre mois[22].

Le lendemain du début des opérations militaires, Vladimir Poutine propose une résolution à l'ONU, permettant la mise en place d'une « coalition contre le groupe État islamique et le Front al-Nosra » et s’appuyant sur le régime de Bachar el-Assad et l’armée syrienne (la proposition se voulant, selon la charte de l'ONU, « en accord avec les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale des États membres »)[23]. Cette proposition n'a pas l'aval des États-Unis et des diplomates occidentaux, car dès les premiers bombardements, ils reprochent à la Russie de nettement plus bombarder les groupes d'oppositions au régime syrien autres que l’État islamique lui-même, et s'interdisent de longue date de collaborer avec le régime syrien que certains pays veulent voir disparaître[6].

Le 30 septembre 2015, à la télévision russe, Vladimir Poutine a évoqué l'intervention en Syrie en ces termes : « Le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international – en Syrie comme sur les territoires voisins – […] est de prendre de vitesse, de combattre et de détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu’ils contrôlent et de ne pas attendre qu’ils arrivent chez nous[6]. »

Le 11 octobre 2015, à la télévision russe, Vladimir Poutine justifie son intervention en Syrie en disant que le président Bachar el-Assad est « pratiquement en état de siège » face à des combattants « au bord de Damas », qui « n’ont aucun désir de négocier », et que les « groupes terroristes » pouvaient envahir toute la Syrie[24].

Le 11 novembre 2015, un mois et demi après le début des frappes, au bilan mitigé, Vladimir Poutine a déclaré à la télévision russe que l'objectif de cette intervention est de « stabiliser l’autorité légitime » de Bachar el-Assad et de « créer les conditions pour un compromis politique ». D'après Aron Lund, responsable du site Syria in Crisis pour le centre Carnegie, cela correspond à l'analyse russe de la situation syrienne : « Quand les autorités russes disent que leur intervention est dirigée contre l’EI et les djihadistes, il y a une part de propagande, mais aussi la vision que Bachar el-Assad est le dirigeant le plus crédible en Syrie et que, pour battre l’EI, il faut le soutenir. L’argument des Occidentaux et des pays du Golfe est inverse : Assad n’a plus de légitimité, il divise la population et la pousse dans les bras de l’EI »[25].

Le 3 février 2016, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, affirme que l’armée russe ne cesserait pas son intervention militaire avant d’avoir « réellement vaincu » l’EI et le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida[26].

Le 22 février 2016, Moscou et Washington annoncent l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu à partir du 27 février. Cependant celui-ci ne concerne pas les organisations terroristes telles que Daech et le Front al-Nosra[27].

Le 14 mars 2016, Vladimir Poutine déclare à la télévision : « La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j'ordonne donc au ministère de la Défense d'entamer à partir de demain, le retrait de la majeure partie de nos contingents ». Les avions de combat russes commencent à quitter la Syrie dès le 15 mars 2016. La Russie conserve toutefois un site de maintenance de vols et des systèmes de défense antiaérienne sur le territoire syrien afin de surveiller la trêve dans les combats entrée en vigueur le 27 février 2016[28].

Un représentant de la base aérienne de Khmeimim a déclaré que les conseillers militaires russes resteront en Syrie après le retrait des forces aériennes russes[29].

Avec le respect du cessez-le-feu, une partie du corps expéditionnaire russe est rapatriée, dont une quinzaine d'avions ; l'état-major russe concentre alors ses frappes sur l'EI, conformément au souhait de la coalition internationale[30]. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense français, observe ainsi à la fin du mois de mars 2016 : « Les Russes ont réduit leur présence de manière assez significative. Et surtout, ils frappent désormais systématiquement Daech. C’est une bonne nouvelle. C’est ce que nous souhaitons depuis longtemps »[30].

Moyens déployés[modifier | modifier le code]

Début octobre 2015, les vols et bombardements russes se font d'abord sans coordination avec la coalition menée par les États-Unis, même si certaines concertations techniques semblent avoir eu lieu « pour permettre la sécurité des opérations aériennes en Syrie »[31],[32]. Le 20 octobre, un protocole est signé entre la Russie et les États-Unis afin d'éviter des incidents entre leurs avions dans le ciel syrien[33].

Début octobre 2015, la Russie n'a pas communiqué officiellement les moyens humains et matériels qu'elle mobilise dans cette intervention. Il semble qu'à cette date, il y ait environ 5 000 soldats russes en Syrie, provenant essentiellement de la 810e Brigade d'infanterie de marine de la Flotte de la mer Noire, et des spetsnaz (provenant de plusieurs institutions p. ex. Zaslon du SVR RF) sont cependant sans doute employées directement sur la ligne de front[34], avec :

En décembre 2015, il est le suivant concernant les appareils de combat[36] :

Depuis le 17 novembre 2015, les bombardiers stratégiques de l'aviation à long rayon d'action sont engagés dans des opérations de bombardement depuis le territoire russe[40]. Ont été identifiés :

Le 20 novembre 2015, le ministre russe de la défense déclare avoir porté à 69 le nombre d'avions actifs en Syrie[41] dont une cinquantaine d'avions de combat. Le chef de l’état-major général russe Valéri Guérassimov annonce le même jour l'arrivée de 37 nouveaux avions dont 10 de reconnaissance[42].

En mer Méditerranée : B-237 de la classe Kilo, dotés de missiles de croisière 3M14K[43].

Depuis le 15 février 2016, avion de renseignement d'origine électromagnétique Tu-214R (pl), base aérienne Khmeimim (LTK)[44].

Des forces spéciales, Spetsnaz en russe, sont présentes au sol lors de la bataille de Palmyre en mars 2016[45].

Malgré les dénégations du ministère russe de la défense après des accusations de Human Rights Watch, l'utilisation par la Russie d'armes à sous-munitions est attesté par des images filmées par la chaîne de télévision RT en juin 2016 où un Soukhoï Su-34 apparaît armé de cinq bombes incendiaires à sous-munitions[46].

Le 21 septembre 2016, le ministère russe de la Défense annonce le déploiement dans l'est de la Méditerranée du porte-avions Amiral Kouznetsov en plus d'une flottille de six navires de guerre et trois ou quatre navires de ravitaillement[47].

Le 26 avril 2017, le général Sergueï Roudskoï annonce le retrait de la moitié de ses avions et hélicoptères déployés sur sa base aérienne de Hmeimim. Par ailleurs, il affirme qu'environ 80 drones sont actuellement utilisés en Syrie[48].

Les mercenaires de l'OSM[modifier | modifier le code]

Selon des témoignages recueillis par Sky News et une enquête du journal russe indépendant Fontanka, des bataillons de mercenaires russes auraient été déployés en Syrie. Une première unité, le Corps slave, est engagée en Syrie en 2013. Son rôle est de garder les installations pétrolières, mais certains de ses membres sont retrouvés dans des groupes rebelles. L'unité est rapidement rappelée en Russie et ses dirigeants sont condamnés à trois ans de prisons. Plus professionnel et doté de meilleurs équipements, un autre groupe succède au Corps slave, appelé l'OSM. Avant la Syrie, ce groupe aurait pris part à la guerre du Donbass. Son chef serait Nikolai ou Dimitri Outkine, dit « Wagner », un néo-nazi ancien membre des Spetsnaz. Sergey Vladimirovich Chupov, ancien militaire, aurait servi de trait d'union entre Outkine et le gouvernement russe avant de mourir à Damas en 2013. Selon une enquête de RBK publié le 25 août 2016, 1 600 hommes ont servi sous les ordres de Wagner depuis le début de l'année. À l'été 2016, les pertes des mercenaires russes seraient de plusieurs centaines de morts selon des témoignages de rescapés de l'OSM. Interrogé par RBK, un collaborateur du ministère russe de la Défense donne un bilan moins élevé : 27 morts. Le groupe aurait notamment été fortement impliqué dans la deuxième bataille de Palmyre[49],[50],[51],[52],[53].

Détails des actions militaires[modifier | modifier le code]

Su-34 russe frappant une position rebelle en Syrie en octobre 2015.
Vidéo et animations montrant les bombardements d'objectifs rebelles menés par la flottille de la mer Caspienne, octobre 2015.
  • Le 30 septembre, les frappes aériennes russes commencent : les rebelles affirment avoir été ciblés, mais ne déplorer que quelques blessés, alors que 36 civils auraient été tués dans ces mêmes frappes selon eux. Ces frappes touchent le nord de la province de Homs où l'EI et le Front al-Nosra sont absents[54], mais d'autres organisations islamistes présentes. De son côté, la Russie annonce avoir effectué vingt sorties aériennes et touché huit cibles de l'EI, détruisant notamment un poste de commandement de l'EI[55].
  • Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, elle lance au moins trente frappes, notamment sur la ville de Djisr al-Choughour, tenue par les insurgés du front al-Nosra, dans le nord-ouest du pays[56]. Les États-Unis dénoncent ces raids car selon le sénateur américain John McCain, les derniers bombardements russes visent des rebelles entraînés et financés par la CIA[57]. L'armée russe annonce avoir touché cinq positions de l'EI (un poste de commandement et un camp d'entraînement) dans la province de Hama et celle d'Idleb, plus tard dans la soirée au cours de huit missions de vols[58].
  • Le 2 octobre, au moins 12 jihadistes du groupe l'EI sont tués dans des frappes en début de journée sur la province de Raqqa. Selon le ministère russe de la Défense, des bombardiers tactiques Soukhoï-34 frappent notamment un poste de commandement qui était camouflé[59]. En tout, l'armée de l'air russe mène 14 vols et effectue 6 frappes contre des objectifs de l'État islamique. Un centre d'opérations militaires dans la province d'Idleb est détruit[60].
  • Entre le 3 et le 4 octobre, la Russie annonce avoir mené des frappes aériennes sur neuf cibles de l'État islamique. Selon le ministère russe de la Défense, des avions Su-34, Su-24M et Su-25 effectuent 25 sorties et détruisent notamment un poste de commandement dans la province de Hama, des dépôts de munitions et un nœud de communication dans celle de Homs, des véhicules blindés dans la province d’Idleb et un "poste de commandement de l'EI" dans la province de Lattaquié[61].
  • Au 7 octobre, la Russie a frappé sur 112 cibles depuis de début de l'opération[62].
  • Entre le 8 et le 9 octobre, l'armée russe dit avoir bombardé 60 cibles terroristes[63].
  • Le 10 octobre, des avions russes frappent dans l'ouest de la Syrie, dans les secteurs de Lattaquié et de Hama. L'OSDH fait parallèlement mention d'une forte explosion dans un immeuble à la périphérie d'al-Bab, fief de l'EI dans le nord de la Syrie, au nord-est de la ville d'Alep[64].
  • Le 12 octobre, les avions de guerre russes effectuent une trentaine de frappes aériennes sur Kafr Nabouda, une commune de la province de Hama. Des centaines d'obus s'abattent sur le secteur dont s'emparent l'armée syrienne et ses alliés du Hezbollah libanais. Les combats et les bombardements font des dizaines de morts et de blessés dans les rangs des insurgés[65].
  • Entre le 12 et le 13 octobre, l'aviation russe bombarde 86 cibles terroristes en 88 sorties aériennes dans les provinces de Racca, Hama, Idleb, Lattaquié et Alep[66]
  • Entre le 13 et le 14 octobre, l'aviation russe bombarde 40 cibles terroristes. Les bombardiers tactiques Su-34 et les avions d'appui au sol Su-24M et Su-25SM réalisent 41 sorties aériennes dans les provinces d'Alep, Idleb, Lattaquié, Hama et Deir ez-Zor[67].
  • Le 15 octobre, les avions russes bombardent des positions autour de Talbiseh et de Teïr Malla, cinq kilomètres au nord de Homs dont les forces gouvernementales tiennent la majeure partie[68].
  • Le 19 octobre, au moins 45 personnes, dont des civils, meurent dans des raids aériens russes dans le nord de la province de Lattaquié[69]. En trois semaines, 370 personnes en majorité des rebelles meurent dans les raids aériens russes[70].
  • Entre le 20 et le 21 octobre, l'armée russe bombarde 83 cibles de groupes « terroristes ». Les avions russes font 46 sorties, et frappent des positions dans les provinces d'Idleb, d'Alep, de Deir Ezzor, de Damas et de Hama. Un atelier de fabrication d'obus et un dépôt d'explosifs du Front al-Nosra sont détruits près d'Alep[71]. Le 21, au moins 13 personnes sont tuées par une frappe aérienne russe qui touche un hôpital de campagne dans la localité de Sarmine, dans le nord-ouest de la Syrie[72].
  • Le 20 octobre, les forces russes frappent des positions de l'ASL dans la zone de Djebel Ekrad, dans le gouvernorat de Lattaquié, faisant au moins 10 morts — dont un chef, Besim Zemo — et 17 blessés[73],[74].
Un Soukhoï Su-30 escortant un Tu-160 durant l'intervention russe en Syrie.
  • Le 22 octobre, l'aviation russe cible cinq hôpitaux et centres de soin dans des régions rebelles. Plusieurs civils et membres du personnel médical sont tués[75]. Quelques jours plus tard, MSF déclare qu'au moins 35 Syriens, patients et personnel médical, ont été tués et 72 blessés au cours d'une « récente et significative augmentation » des frappes aériennes[76]. Fin octobre 2015, la Société médicale syro-américaine a accusé la Russie d'avoir frappé cinq hôpitaux et centre de soins dans des régions tenues par les rebelles ; l’OSDH a affirmé qu’un hôpital de campagne dans le nord-ouest de la Syrie a été touché par un raid aérien russe, faisant treize morts ; l’hôpital de Latamné (Hama) a été touché par un missile guidé, une technologie que seule l’armée russe possède[77].
  • Le 28 octobre, l'aviation russe aurait frappé pour la première fois dans le gouvernorat de Deraa, dont la plus grande partie est aux mains des rebelles du Front du Sud[76].
  • Durant les journées des 31 octobre et 1er novembre, un bilan des frappes aériennes fait état du bombardement de la région de Palmyre. L'aviation russe aurait détruit une position défensive et des batteries anti-aériennes[78].
  • Depuis le 17 novembre 2015, l'aviation à long rayon d'action est engagée dans des opérations de bombardements avec missiles de croisière et bombes lisses qui voient le baptême du feu du Tupolev Tu-95 et du Tupolev Tu-160[79].
Le succès de l'opération russe en novembre 2015. La couleur rouge - le territoire sous le contrôle du gouvernement syrien. Selon le "Tsar'grad TV (ru)".
Article détaillé : Crise russo-turque de 2015.
  • Le 24 novembre, un Su-24 russe est abattu par deux F-16 de l'Armée de l'air turque à la frontière entre la Syrie et la Turquie[80],[81]. Les deux pilotes s'éjectent, mais l'un d'eux est abattu dans les airs, sous son parachute, par des rebelles turkmènes du groupe Alwiya al-Ashar, ou 10e brigade côtière, de l'Armée syrienne libre[82],[83],[84],[81]. Les Russes envoient alors des hélicoptères pour tenter de retrouver les pilotes, mais l'un d'eux est visé par des tirs et un soldat est tué[85]. Le deuxième pilote en revanche, est récupéré en vie par l'armée syrienne[86]. La Turquie affirme que l'avion avait pénétré son espace aérien pendant 17 secondes après avoir été averti dix fois en cinq minutes, la Russie conteste et déclare que l'avion volait au-dessus de la Syrie, à un kilomètre de la frontière. Vladimir Poutine parle alors d'un « coup de poignard dans le dos», porté par « les complices des terroristes »[87]. Le pilote rescapé affirme n'avoir reçu aucune sommation et nie avoir survolé la Turquie[88]. À la suite de cet événement, la Russie décide d'envoyer des S-400 (système de défense antiaérienne) à Lattaquié, ainsi que le croiseur lance-missile Moskva [89],[90]. Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense a déclaré que le navire était « prêt à détruire toutes les cibles aériennes présentant une menace potentielle pour notre aviation »[90].
  • Le 8 décembre 2015, les premiers tirs de missiles de croisière (de type Kalibr) depuis un sous-marin de la classe Kilo, le Rostov-sur-le-Don, ont lieu[91],[92].
  • Le 25 décembre 2015, le lieutenant-général Sergueï Roudskoï, chef du Commandement opérationnel principal de l'état-major de l'armée russe a annoncé que depuis le 30 septembre 2015 l'armée de l'air russe avait effectué 5 240 sorties en Syrie, dont 145 sorties par l'aviation à longue portée[93],[94]. Le 27 décembre 2015, le lieutenant-général Viktor Bondarev, chef d’état-major de l’armée de l’air russe, a déclaré que les pilotes russes n'avaient jamais touché de cible civile en Syrie[95].
  • Entre le 1er et le 3 février 2016, l'aviation russe bombarde 875 cibles terroristes en 237 sorties aériennes dans les régions d’Alep (nord-ouest), Lattaquié (nord-ouest), Homs (centre), Hama (centre) et Deir ez-Zor (est), ces deux dernières étant tenues par le groupe État islamique[96].
  • Entre le 30 septembre 2015 et le 14 mars 2016 (annonce du retrait de la majeure partie du contingent russe), l'aviation russe a effectué près de 9 000 vols.
  • Après l'annonce du retrait de la majeure partie du contingent russe, l'aviation russe continue de frapper les positions djihadistes et effectue 20 à 25 sorties par jour[97].
  • Entre le 20 et le 23 mars 2016, les forces russes ont effectué 21 sorties et 146 frappes contre l'État islamique dans la région de Palmyre[98].
  • En avril 2016, un hélicoptère Mi-28 s'écrase. Les causes seraient accidentelles[4].
  • Le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, a annoncé le 4 mai 2016 que les forces aériennes russes avaient effectuées 87 sorties en quatre jours dans les régions de Raqqa et de Deir ez-Zor[99].
  • Selon le président Vladimir Poutine, à la date du 10 mai 2016, les forces russes ont réalisé 10 000 sorties et frappé 30 000 cibles terroristes. L'aviation russe aurait également détruit près de 200 raffineries de pétrole terroristes[100].
  • Le 16 juin 2016, l'aviation russe bombarde des positions de la Nouvelle Armée syrienne au poste-frontière d'al-Tanaf, entre la Syrie et l'Irak. Un poste ciblé par les frappes était occupé la veille par 20 hommes des forces spéciales britanniques. Le 12 juillet, à 80 kilomètres à l'ouest d'al-Tanaf, elle frappe un autre camp de rebelles soutenu par la CIA[101],[102].
  • Dans la nuit du 10 au 11 décembre 2016, l'aviation russe a mené 64 attaques contre l’État islamique qui tentait de reprendre la ville de Palmyre. Les frappes russes auraient permis de tuer 300 combattants du groupe islamiste et de détruire 11 chars et 31 véhicules[103].
  • Le 25 mars 2017, l'aviation russe bombarde la prison d'Idleb faisant au moins 16 morts ainsi que de nombreux évadés[104]. Entre le 8 et le 9 avril, l'armée russe intensifie ses raids aériens dans la province d'Idleb et largue des bombes incendiaires, tuant au moins 19 personnes[105],[106],[107].

Effets sur le terrain militaire[modifier | modifier le code]

Le 7 octobre 2015, l’armée syrienne, aidée au sol par le Hezbollah libanais et dans les airs par les bombardements russes, a lancé une vaste offensive dans des secteurs des provinces de Hama et de Lattaquié[108],[109].

Après une semaine de bombardements, une analyse de l'ensemble des frappes russes indique que l'objectif serait avant tout de « soutenir les forces syriennes dans les zones où elles sont malmenées, voire réellement en danger ; et affaiblir l’opposition armée pour aider les troupes gouvernementales à regagner du terrain dans d’autres régions », l'EI étant moins concernée que d'autres groupes armés car son territoire se situe, principalement, loin de la « Syrie utile » que sont l'axe Damas-Homs et de la côte méditerranéenne (dont la ville de Lattaquié d'où partent les attaques aériennes russes)[110]. Une autre analyse souligne l'existence aussi de l'objectif de limiter les velléités de la coalition internationale contre le régime de Bachar el-Assad[111].

Le 10 octobre 2015, l'EI a profité des bombardements russes contre les autres groupes opposés au régime syrien pour les déloger du nord d'Alep et se positionner « aux portes d'Alep »[109].

Le 12 octobre, grâce aux raids aériens russes, les forces gouvernementales annoncent la prise de Kafr Nabouda, ville de la province de Hama. Elles s'emparent de quatre villages du même secteur et de Job al-Ahmar, dans un massif montagneux de la province de Lattaquié[112].

Le 13 octobre, appuyée par l'aviation russe, l'armée syrienne avance vers Khan Cheikhoun, un fief du Front Al-Nosra dans le sud de la province d’Idleb, afin de le lui reprendre[113].

Le 15 octobre, grâce à l'aviation russe, l'armée syrienne et des miliciens du Hezbollah libanais lancent une offensive en direction de localités aux mains des rebelles situées au nord de Homs[68]. Le régime d'Assad annonce avoir pris le village d'al-Dar Al-Kabirah, juste au nord de la ville de Homs[114].

Après deux semaines de bombardements, et un renfort d'environ 2 000 militaires iraniens au sol, les forces fidèles au régime syrien n'ont pas remporté de « succès marquant ». Les pro-Assad se battent sur deux fronts : le premier, qui s’étend sur plus de 100 kilomètres, court du nord d’Hama jusqu’aux contreforts montagneux de la province de Lattaquié, sur la côte, en passant par la plaine du Ghab et le sud d’Idleb, et ils y rencontrent une forte résistance car ces rebelles (l'Armée syrienne libre[115] entre autres) sont bien armés (par les États-Unis, via l'Arabie saoudite[115]) et la population civile y est « dans son immense majorité pro-opposition » ; le second front, moins étendu, se situe à une quinzaine de kilomètres au sud d’Alep, où la rébellion est plus fragile car elle fait face à la fois aux forces du régime et à l'EI[116].

Après un mois de bombardements russes, le bilan des avancées des forces fidèles au régime syrien est encore modeste, similaire au bilan établi au bout de deux semaines : les rebelles et djihadistes n'appartenant pas à l'EI sont les principales cibles, mais résistent mieux que prévu grâce à un armement renouvelé. « Il y a des tensions entre Damas et Moscou car les Russes comprennent qu’ils ont surestimé les capacités du régime à reprendre le dessus militairement et à nettoyer les poches de résistance »[77],[117].

Dans le gouvernorat de Hama, l'offensive loyaliste est un échec au début. Le 5 novembre, la petite ville de Morek tombe entièrement aux mains des djihadistes de Jound al-Aqsa[118],[119],[120] et le lendemain Ahrar al-Sham reprend le village d'Atchane. Les rebelles reprennent alors le contrôle de toutes les zones prises en octobre par les loyalistes[121].

Le 4 novembre, l'armée syrienne et ses alliés reprennent le contrôle de la route d'Alep, lien de communication crucial entre les quartiers gouvernementaux et le centre de la Syrie[122],[123].

Le 10 novembre 2015, l'armée syrienne annonce avoir libéré l’aéroport de Koueiris, proche d'Alep, de son encerclement par l'EI. Cette action, lancée fin septembre, s'est faite avec le soutien « des combattants iraniens, des miliciens du Hezbollah libanais et par des frappes aériennes russes ». Cette réussite, la première significative depuis l'engagement de la Russie, permettrait « à l’aviation russe de se déployer dans l’aéroport et d’accroître ainsi sa puissance de feu, notamment dans la région d’Alep »[124].

Au terme d'un mois et demi de bombardements, la libération de l'aéroport de Koueiris serait le seul résultat tangible obtenu. « Aguerris par quatre ans de combats, certains groupes modérés ont reçu de leurs parrains américain, turc et du Golfe de nouvelles livraisons d’armes, et notamment de missiles antichars téléguidés TOW de fabrication américaine, qui leur auraient permis de détruire 123 chars de l’armée syrienne en octobre, selon le Bureau des forces révolutionnaires en Syrie ». « Les Russes sont aujourd’hui dans la même position que les Américains : leur force aérienne enregistre de bons résultats, mais ils n’ont pas au sol les forces pouvant tirer avantage des frappes », estime Aron Lund, responsable du site Syria in Crisis pour le centre Carnegie[25].

Le 30 décembre 2015, au cours de violents affrontements, l'armée syrienne soutenue par des raids aériens russes avance dans la ville de Cheikh Meskin au sud de la Syrie, qui avait été prise par les rebelles du Front du Sud depuis décembre 2014 et reprend a l'EI la localité de Mahin à l'est de Homs dans le centre du pays[125].

Le 12 janvier 2016, grâce à d'intenses bombardements russes, l'armée syrienne appuyée par la milice supplétive des forces de défense nationale et des unités du Hezbollah libanais s'empare de la localité stratégique de Salma, quartier général des rebelles islamistes et du Front al-Nosra, dans la province de Lattaquié au nord-ouest du pays[126],[127].

Après trois mois et demi de bombardements russes, les forces du régime syrien reprennent l'initiative face aux insurgés, la prise de Salma (nord-ouest) s’avère être un réel succès pour le régime. Au même moment les forces de Bachar el-Assad tentent d'encercler la ville d'Alep (nord), dont une partie est tenue par l'État syrien, d'avancer dans le sud de Hama et à l'est de Homs (centre) et de mener l'offensive à Cheikh Meskin, près de la frontière jordanienne (sud)[128]. «Aujourd'hui, la situation est stabilisée, le gouvernement ne risque plus de chuter, les troupes syriennes avancent, quoique lentement, et les négociations ont commencé – avec des changements dans les positions des participants, qui n'insistent plus sur le départ immédiat d'Assad. C'est la conséquence de l'opération militaire russe», estime Vassily Kachine, expert au Centre d'analyse sur les stratégies à Moscou[129]. Pour M. Soltvedt, expert pour le Moyen-Orient du cabinet de consultants Verisk Maplecroft «les frappes russes continueront à jouer un rôle crucial, mais il est peu probable que l'armée récupère à court terme les gains réalisés par les rebelles en 2015»[129].

La Russie a joué un rôle essentiel dans la prise par l’armée syrienne, avec l'appui des troupes de défense populaire, le 24 janvier 2016 de la ville de Rabia, dernière ville majeure tenue par les djihadistes dans la province de Lattaquié. Il est dit que la prise de Rabia avait pour but de couper les routes de ravitaillement des rebelles depuis la Turquie[130],[131].

Le 3 février 2016, l'armée syrienne a effectué « une importante avancée militaire et stratégique face aux rebelles dans la région d’Alep, dans le nord de la Syrie, où l’armée syrienne a coupé la route d’approvisionnement des rebelles et brisé le siège de deux villes chiites (Nobl et Zahraa) encerclées par les insurgés depuis trois ans », ce qui n'a pu se faire qu'avec l'appui aérien russe (« plus de 320 frappes dans le secteur, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) »)[132]. Cette levée du siège de Nobl et Zahraa marque un tournant dans le nord de la Syrie, permettant aux forces kurdes syriennes (soutenues à la fois par la Russie et les États-Unis) de progresser avec l'appui de l'aviation russe vers Azaz et Tall Rifaat à partir de la région d'Afrin et de couper la route à l'approvisionnement en armes des rebelles, venant de Turquie. La Turquie réplique par des tirs le 13, 14 et 15 février sur la base aérienne de Menagh[133] prise aux rebelles par les Kurdes syriens, le 10 février, alors que la conférence de Munich sur un cessez-le-feu (ne concernant pas les organisations terroristes) vient de se terminer.

Le 20 février, l'armée syrienne et ses alliés, soutenus par l'aviation russe, reprennent aux djihadistes de l'État islamique (EI) le contrôle de dix-huit localités et d'une centrale thermique dans l'est de la province d'Alep, dans le nord de la Syrie, ainsi qu'un axe routier d'environ 40 km reliant l'est d'Alep à la ville de Raqqa, considérée comme la « capitale » de l'État islamique. L'EI se retrouve alors encerclé dans seize autres villages au sud de cet axe. Le 21 février, l'OSDH rapporte qu'en vingt-quatre heures au moins cinquante djihadistes du groupe État islamique sont tués dans des combats avec l'armée syrienne et par des frappes de l'aviation russe, dans la province d'Alep[134],[135],[136].

Le 15 mars 2016, date du début du retrait des forces russes, les troupes du gouvernement syrien ont réussi à reprendre 10 000 kilomètres carrés de territoire. L'aviation russe a mené près de 9 000 vols depuis le 30 septembre 2015. L'armée syrienne a également repris le contrôle de plusieurs champs pétroliers. Selon la société Stratfor, l'intervention de la Russie a renforcé les positions du gouvernement syrien, démontré les capacités de combat de l'armée russe et contribué à l’affaiblissement de Daech[137].

Article détaillé : Bataille de Palmyre (mars 2016).

Le 23 mars 2016, l'armée syrienne, appuyée par l'aviation russe, se trouve à 800 mètres de Palmyre. Les troupes syriennes ont également repris le contrôle du « triangle de Palmyre » (région du sud-ouest reliant la ville à Damas et à Homs)[138].

Le 24 mars 2016, un représentant russe a annoncé la mort d'un officier des forces spéciales. L'officier a trouvé la mort près de Palmyre alors qu'il était chargé de marquer les cibles terroristes au sol pour guider les bombardements aériens[139]. Le 17 mars, le président Vladimir Poutine avait confirmé la mort de cinq militaires russes depuis le début de l'opération.

Le 27 mars 2016, l'armée syrienne, appuyée par l'aviation et les forces spéciales russes, annonce avoir repris le contrôle total de Palmyre[140].

Fin mars 2016, des sapeurs du génie russe, accompagnés de chiens et de robots démineurs, arrivent en Syrie. Leur mission sera de déminer la ville de Palmyre[141].

Le 3 avril 2016, l'armée syrienne et ses alliés reprennent la ville chrétienne d'Al-Qaryatayn[142].

A la date du 4 mai 2016, selon le ministère de la Défense russe, près de 500 agglomérations syriennes auraient été libérées des « terroristes »[143].

L'universitaire Fabrice Balanche estime que « sans l’intervention russe, qui a eu une influence décisive, le territoire contrôlé par Damas se serait considérablement restreint et peut-être limité aux zones alaouites. Le régime aurait perdu Alep, Hama, etc. »[144]

Le 26 avril 2017, le général Sergueï Roudskoï annonce que l'aviation russe a effectué plus de 23 000 vols et environ 77 000 frappes en Syrie depuis le début de l'intervention[48].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Représentants américains et russes pour discuter de la situation en Syrie, 29 septembre 2015.
Les ministres des Affaires étrangères russe, américain, saoudien et turc lors d'une réunion le 29 octobre 2015.

Le 2 octobre 2015 : Barack Obama qualifie l'intervention russe de contre-productive puisque centrée principalement sur les opposants modérés au régime syrien, exprimant ainsi l'opinion partagée par les chefs d’États occidentaux dès le début des frappes russes[145],[146]. Par ailleurs, depuis le 30 septembre 2015, Barack Obama pronostique un « enlisement » de la Russie en Syrie, à l'image de ce qui s'est passé en Afghanistan[147].

Fin septembre, l'Église orthodoxe russe affirme soutenir l'engagement militaire de la Russie, que son porte-parole, Vsevolod Tchapline, qualifie de « guerre sainte »[148].

Début octobre 2015, Salih Muslim, coprésident du PYD, déclare apprécier l'intervention russe car elle limite les moyens d'intervention de l'armée turque au nord de la Syrie, ce qui les sécurise[149].

Le 3 octobre 2015 : l'Égypte affirme soutenir l'intervention russe : « L’arrivée de la Russie, compte tenu de son potentiel et de ses capacités, va, nous le pensons, avoir pour effet de contenir et éradiquer le terrorisme en Syrie », déclare Sameh Shoukry le ministre égyptien des affaires étrangères[150].

Bien que n'étant pas directement engagée dans la guerre civile syrienne, l'OTAN s'en soucie du fait de l'implication de certains de ses membres[151], en particulier la Turquie dont l'espace aérien aurait été plusieurs fois violé par l'aviation russe les 3 et 4 octobre[152]. Le 8 octobre 2015, le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, évoquant les récentes frappes russes, déclare « Nous assistons à une escalade inquiétante », estimant de plus que « la Russie rend encore plus dangereuse une situation déjà très grave ». Et cette organisation s'est déclarée prête à envoyer des troupes en Turquie en cas de dégradation de la situation, s'estimant « capable et prête » à défendre « tous ses alliés » ; ses membres d'Europe centrale, géographiquement proches de la Russie et encore sous l'effet de la crise ukrainienne de 2013, désirant que l'OTAN désigne sans ambiguïté la Russie comme son ennemi principal – voire unique[151].

Le 11 octobre 2015, la Coalition de l’opposition syrienne en exil indique qu'elle ne participerait pas aux discussions préliminaires proposées par l’ONU pour préparer des négociations de paix, en raison notamment de l'intervention de la Russie en Syrie (qui « sape les chances d’un règlement politique », dit cette coalition) qui favorise le maintien de Bachar el-Assad à la tête du pouvoir syrien, alors que les accords « Genève I » (de juin 2012) signés par les grandes puissances prévoient la mise en place d’une autorité gouvernementale de transition dotée des pleins pouvoirs, ce qui, aux yeux de l’opposition, implique le départ du président syrien et exclut son maintien, « dans quelque capacité que ce soit, même pour une période transitoire »[153].

Les 15 et 16 octobre 2015, l'Union européenne organise un sommet des chefs d’États et de gouvernement, où il est discuté de l'intervention russe en Syrie et de ses conséquences. Il semble que les pays européens ont des opinions très variées à ce sujet, seules l'idée que « Irak et Libye sont des exemples à ne pas suivre », et la crainte qu'une prochaine vague « de plus de 7 millions de migrants syriens » se dirige vers l'Europe, paraissent partagées par le plus grand nombre. La France serait la seule à demander le départ de Bachar el-Assad, les autres États se rangeant derrière Staffan de Mistura, l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, qui demande à « tous ceux qui exercent une influence, y compris le régime syrien », à en user pour faire cesser les violences. La Grèce et la Hongrie, notamment, ne veulent pas condamner l'intervention russe, l'Italie considère que la Russie peut « faciliter la transition politique », l'Allemagne critique plutôt les bombardements français, le Luxembourg « ne veut pas croire » que l’intervention ne vise qu’à faire durer le régime syrien[154].

Le 23 octobre, la Russie annonce un accord surprise de « coordination militaire » avec la Jordanie, pourtant membre de la coalition et soutien de la rébellion[155].

En mars 2016, cette intervention semble être une réussite. Elle a rendu son rang de grande puissance à la Russie, faisant oublier la crise en Ukraine et les difficultés économiques liées aux sanctions occidentales. Elle permet aussi à Vladimir Poutine d'avoir d'excellents scores dans les sondages[156].

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Les pertes russes s'élèvent officiellement à au moins 26 morts, néanmoins ce bilan pourrait être sous-évalué[157]. Selon l'agence Reuters, la Russie minimise ses pertes au cours du conflit syrien — elle répertorie notamment 18 morts du 29 janvier au 22 mars 2017, contre seulement cinq tués officiellement annoncés par le gouvernement russe pendant cette période — certains de ces morts appartenaient à l'armée régulière mais la plupart servaient au sein de Sociétés militaires privées[158]. Dans une nouvelle enquête l'agence Reuters répertorie encore la mort de 40 Russes — 17 militaires, 21 membres de sociétés militaires privées, et deux au statut inconnu — entre le 1er janvier et le 1er août 2017, contre seulement 10 morts reconnus lors de la même période par le ministère de la Défense russe[159].

Parmi les pertes officiellement annoncés figurent :

  • Le 27 octobre 2015, le ministère de la Défense annonce la mort d'un premier soldat russe, due à un suicide selon la version officielle[160].
  • Le 24 novembre 2015, un bombardier Soukhoï Su-24 est abattu par des chasseurs turcs. Un des deux pilotes qui s'éjectent dans les airs est tué par des tirs de rebelles de la 1re division côtière. Lors d'une opération de secours, un hélicoptère Mil Mi-8 est frappé un tir de missile antichar BGM-71 TOW qui cause la mort d'un autre militaire russe[161],[81].
  • Le 3 février 2016, le ministère de la défense russe annonce la mort d'un conseiller militaire russe, tué le 1er février par un obus tiré par l'État islamique[162].
  • Le même jour, l'Armée syrienne libre revendique également la mort d'un officier russe, tué par un missile TOW à Jebel al-Akrad, dans le gouvernorat de Lattaquié[163].
  • Un officier des forces spéciales russes est tué le 24 mars 2016 lors de la deuxième bataille de Palmyre[164]. L'État islamique revendique la mort de cinq soldats russes de plus dans les combats à Palmyre les 16 et 17 mars, tandis que pour l'OSDH au moins un soldat russe est mort dans ces combats[165].
  • Le 12 avril 2016, un hélicoptère Mi-28 s'écrase dans la région de Homs, tuant ses deux pilotes[166].
  • Un soldat nommé Anton Eryguine, grièvement blessé dans le gouvernorat de Homs le 9 mai, succombe à ses blessures deux jours plus tard[167].
  • Le 19 mai 2016, un soldat nommé Asker Bijoïev est tué en Syrie[168].
  • Le 15 juin 2016, le soldat Andreï Timochenkov est mortellement blessé par un véhicule piégé dans la région de Homs[169].
  • Le 1er août 2016, un hélicoptère Mi-8 est abattu par les rebelles dans le gouvernorat d'Idleb, les deux officiers et trois membres d'équipage présents à bord sont tués[170]. Selon l'OSDH, 85 prisonniers sont libérés le 7 septembre en échange des corps de deux soldats russes tombés au mains des rebelles[171].
  • Le 16 février 2017, un véhicule d'un convoi de militaires russes partis de l'aéroport de Tiyas saute sur un IED sur la route de Homs, quatre soldats russes sont tués et deux blessés[172].
  • Le 9 avril 2017, deux « instructeurs » russes sont tués par des obus de mortier, le lieu de leur mort n'est pas précisé[173].
  • Le 12 juillet, l'armée russe annonce la mort d'un officier, le capitaine Nikolaï Afanassov, tué par des tirs de mortier dans le gouvernorat de Hama[174].

Selon le Réseau syrien des droits de l'homme, du au , les bombardements russes ont tué au moins 2 704 civils, dont 514 femmes et 746 enfants[175].

Le Centre de documentation des violations en Syrie recense 1 992 civils tués par les bombardements russes du au [176].

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), à la date du 30 septembre 2016 les frappes aériennes russes ont fait au moins 9 364 morts, dont 2 814 rebelles et djihadistes du Front al-Nosra, 2 746 djihadistes de l'État islamique et 3 804 civils, dont 906 enfants et 561 femmes[177].

Selon Airwars, un collectif de journalistes d'investigation, du au , entre 3 469 et 4 276 civils ont été tués en Syrie par les frappes russes[176].

Le , Amnesty International affirme avoir étudié six frappes russes en Syrie qui ont tué au moins 200 civils et une dizaine de djihadistes à Homs, Idleb et Alep, de septembre à novembre. L'ONG constate l'emploi de bombes incendiaires, des bombes à sous-munitions, et surtout de munitions non guidés, et estime que ces attaques pourraient s'apparenter à des crimes de guerre[193].

En mai 2016, Russes prétendent avoir tué 28 000 djihadistes depuis le début de leur intervention — tout en n'attribuant que 5 000 morts au Américains — une estimation très probablement exagérée[194].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Dès le départ, la Russie pose la question de la solidité ou non de l'appui de la société syrienne à l'État syrien, question qui est également posée par l'ambassadeur de France en Syrie, Éric Chevalier, avant la fermeture de l'ambassade de France et qui constate l'ampleur des manifestations pro-régime en 2011 et 2012, mais sa voix n'est pas écoutée par le quai d'Orsay qui pose le départ d'Assad comme un « préalable ». Le Kremlin dès 2012 fait savoir - notamment par la voix du responsable du dossier syrien Mikhaïl Bogdanov - qu'il s'oppose à une « somalisation du conflit »[195].

D'après Cyrille Bret, enseignant à l'Institut d'études politiques de Paris, en intervenant en Syrie Vladimir Poutine veut surtout « défendre ses clients, ses alliés et ses installations dans la région » : la Syrie est un gros client, absorbant 10 % des exportations russes, et est un allié permettant d'avoir un point d’amarrage pour la flotte militaire russe en mer Méditerranée, le rapprochement avec l'Iran et cette démonstration de force offrent de nouvelles perspectives de ventes d'armes dans la région ; cette intervention permet aussi, à des fins de politique intérieure russe, de flatter l'orgueil national russe[196].

Selon Christophe Ayad et Isabelle Mandraud, journalistes au quotidien Le Monde, cette intervention est l'occasion pour la Russie de Vladimir Poutine de s'affirmer comme une puissance internationale intervenant de manière volontaire dans les « processus mondiaux », face à l'attitude de Barack Obama qualifiée d'hésitante par ses opposants néo-conservateurs, mais aussi de mettre un coup d'arrêt aux volontés séparatistes dans l'Asie centrale et le Caucase en Russie, ainsi que « maintenir sur un pied de guerre la société russe, mise à mal par une crise économique sérieuse dont les prémices existaient bien avant les sanctions européennes et américaines »[12].

L'opinion des diplomates occidentaux au départ est que « Daech progresse en Syrie car les frappes russes l’épargnent et parce que les forces syriennes et leurs alliés n’ont pas pour priorité d’arrêter sa progression. 70 % des frappes russes visent des groupes de l’opposition qui ne sont pas [encore] considérés comme terroristes par le Conseil de sécurité. Le régime veut les anéantir pour qu’il ne reste qu’une alternative entre Assad et Daech »[197].

Selon Frédéric Pichon, cette opinion est en butte à la réalité des faits au bout de quelques semaines d'intervention : l'intervention russe fait plus en quelque temps que la coalition internationale en plus d'un an[198] et permet de repositionner une opposition sur le terrain divisée en modérés (de moins en moins présents) et en djihadistes majoritaires sur le terrain et noyautés par l'État islamique et le front al-Nosra. La proposition de cessez-le-feu du 22 février 2016 par le Kremlin et acceptée par Washington, outre son volet humanitaire, a pour but de positionner les rebelles: soit ils cessent le combat et, dans ce cas, peuvent être admis à un processus politique, soit ils refusent et se retrouvent de facto du côté des djihadistes armés et soutenus par le Qatar, la Turquie et l'Arabie Saoudite[199].

Selon le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique Camille Grand, le retrait des forces russes intervient après que le président Poutine a atteint ses objectifs : « stabiliser le régime de Bachar el-Assad, démontrer la place de la Russie dans la négociation sur l’avenir du Proche-Orient et réaliser une démonstration de force sur les capacités militaires de la Russie ». Camille Grand estime également que : « la Russie apparait comme le vainqueur – au moins temporaire – de la séquence qui s’est achevée avec le cessez-le-feu temporaire et avec l’amorce de son retrait »[200].

Selon Alain Frachon, journaliste au Monde, en mars 2016 Russie et États-Unis ont suffisamment d'intérêts en communs pour agir de concert. Et en poussant les puissances locales (Iran, Arabie saoudite) à discuter à Genève, tout en leur faisant la leçon, l'objectif serait d'éviter de renouveler le chaos irakien et que Russie et États-Unis se retrouvent face à face à force de suivre leurs alliés locaux traditionnels dans leurs affrontements[156].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Quatre militaires russes tués en Syrie, Le Figaro, 20 février 2017.
  2. a et b Russian Soldier Dies of Wounds in Syria, ABC News, 19 juin 2016.
  3. Russian soldier dies in Syria after preventing car bomb attack on aid distribution point, RT, 19 juin 2016.
  4. a et b Pilot Error Behind Russian Helicopter Crash in Syria – Report, The Moscow Times, le 13 avril 2016.
  5. Syrie : Bachar el-Assad appelle à l'"aide militaire" de la Russie, Le Point avec AFP, 30 septembre 2015.
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  8. Syrie : la rencontre organisée par Moscou débouche sur… un nouveau rendez-vous, article sur le site lemonde.fr, daté du 30 janvier 2015.
  9. Syrie : la communauté internationale face au blocage russe, article sur le site lemonde.fr, daté du .
  10. A Genève 2, la promesse d'un dialogue entre Syriens, article sur le site lemonde.fr, daté du 22 janvier 2014.
  11. Moscou perd confiance en l’avenir du régime de Damas, article sur le site lemonde.fr, daté du 14 décembre 2012.
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  13. Laurent Fabius souhaite une réaction de force en Syrie. lefigaro.fr, 22 août 2013.
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  18. Poutine appelle à une alliance avec Assad contre l’État islamique, article sur lemonde.fr, daté du 16 septembre 2015.
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  20. Comment Poutine est revenu au centre du jeu diplomatique, article sur le site lemonde.fr, daté du 1er octobre 2015.
  21. Frappes russes en Syrie : les visites du major-général iranien Qassem Soleimani à Moscou, article sur le site lemonde.fr, daté du 7 octobre 2015.
  22. Alexeï Pouchkov : les frappes russes en Syrie devraient durer "trois ou quatre mois", article sur le site europe1.fr, daté du 2 octobre 2015.
  23. Syrie: Moscou a proposé une résolution antiterroriste, article sur le site lefigaro.fr, daté du 1er octobre 2015.
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  25. a et b En Syrie, le bilan mitigé des frappes aériennes russes, article sur le site lemonde.fr, daté du 12 novembre 2015.
  26. Un soldat russe tué en Syrie par un tir de l’État islamique, article sur le site lemonde.fr, daté du 3 février 2016.
  27. « Syrie : Bachar el-Assad accepte la trêve proposée par Washington et Moscou », article Le Monde du 22 février 2016.
  28. « Syrie : les avions de combat russes commencent à quitter le pays », article Le Point du 15 mars 2016.
  29. "Moscou dévoile la mission des conseillers militaires russes en Syrie" article Sputnik du 23 mars 2016
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  31. Le point sur l’intervention militaire russe en Syrie, article sur le site lemonde.fr, daté du 7 octobre 2015.
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