Coup d'État de 2021 au Mali

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Coup d'État de 2021 au Mali

Informations générales
Date
Lieu Bamako, Drapeau du Mali Mali
Issue
Belligérants
Drapeau du Mali Gouvernement du MaliDrapeau du Mali Forces armées maliennes
Commandants
Drapeau du Mali Bah N'Daw
Drapeau du Mali Moctar Ouane
Drapeau du Mali Souleymane Doucouré
Drapeau du Mali Assimi Goïta

Le coup d'État de 2021 au Mali commence le 24 mai 2021, lorsque l'armée malienne capture le président du pays, Bah N'Daw, le Premier ministre, Moctar Ouane, et le ministre de la Défense désigné, Souleymane Doucouré.

Au lendemain de l’opération, le vice-président Assimi Goïta annonce avoir pris le pouvoir et destitué l’exécutif.

Il s'agit du troisième coup d'État dans le pays en dix ans, après les prises de contrôle militaires de 2012 et de 2020.

Contexte[modifier | modifier le code]

Un coup d’État a lieu en août 2020, alors que le Mali est embourbé dans une guerre depuis 2012, avec de très nombreuses violences terroristes et interethniques. Outre ce coup d’État, la base de Kati a été le lieu de départ des coups d’État de 2012 et de 1968.

Le putsch a lieu dans un contexte de manifestations et de contestations du pouvoir depuis . Celles-ci sont menées par le Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) contre la guerre et des irrégularités supposées lors des élections législatives de mars-avril 2020. Ces manifestations avaient dégénéré à Bamako les 10 et 11 juillet 2020, provoquant 23 morts et plus de 150 blessés selon l'opposition[1]. Au moment du coup d’État de l’été 2020, une médiation de plusieurs chefs d’État et de la CEDEAO était en cours pour tenter d'apaiser les tensions politiques[2]. Le 18 août 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par l’armée[3]. Le M5-RFP approuve l'opération de l'armée, estimant que « ce n'est pas un coup d'État militaire mais une insurrection populaire »[4].

La junte militaire à l’origine du putsch est dirigée par le colonel Assimi Goïta et le colonel-major Ismaël Wagué. Ce dernier annonce alors la formation du Comité national pour le salut du peuple (CNSP) et promet d’organiser rapidement des élections[5].

La junte propose une transition de trois ans dirigée par un militaire avec un gouvernement majoritairement militaire[6]. De son côté, la CEDEAO exige une transition d'un an maximum dirigée par un civil[7], ainsi qu'un Premier ministre civil[8] et la nomination de l'exécutif transitoire d'ici au 15 septembre[9]. À l'issue des concertations politiques, la durée de la transition est fixée à 18 mois[10]. Le colonel à la retraite et ancien ministre de la Défense Bah N'Daw est désigné président de transition et Assimi Goïta vice-président[11], puis Moctar Ouane est nommé Premier ministre[12],[13]. La Charte de transition prévoit notamment que ni le président ni le vice-président de la période de transition ne peuvent se présenter à l’élection présidentielle devant y mettre fin[14].

En octobre 2020, la CEDEAO lève les sanctions[15]. Le 5 décembre, le Conseil national de la transition est lancé. Le 13 janvier 2021, la CEDEAO appelle à la dissolution du CNSP[16], qui est prononcée par décret cinq jours plus tard[17].

Contesté, le gouvernement Moctar Ouane démissionne début mai 2021[18]. Le Premier ministre sortant est alors reconduit malgré l'opposition de la junte[19].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 24 mai 2021, peu après l'annonce du gouvernement Moctar Ouane (2), qui se caractérise par la mise à l'écart des colonels Modibo Koné et Sadio Camara, membres de l'ex-CNSP, Bah N’Daw et le Premier ministre[20], ainsi que le ministre de la Défense, sont interpelés par des militaires proches du vice-président Goïta et conduits sous escorte militaire à Kati[21].

L'armée annonce le lendemain à l'ORTM que Goïta a mis « hors de leurs prérogatives » le président de la Transition et le Premier ministre de transition — qu'il accuse du « sabotage [de la transition] »[22] —, pour ne pas l'avoir consulté lors de la formation du gouvernement — alors que la charte de la transition lui confère un droit de regard sur le choix du ministre de la Défense et celui de la Sécurité, anciennement occupés par ses alliés Camara et Koné[19] — mais que les élections sont toujours prévues pour 2022[23].

Suites[modifier | modifier le code]

Le 26 mai, Bah N'Daw et Moctar Ouane annoncent leur démission au médiateur de la CEDEAO Goodluck Jonathan[24]. Par la suite, et « jusqu'à nouvel ordre », Assimi Goïta devient président de la Transition[25] par intérim[26] et les deux anciennes figures de l’exécutif sont libérées[27]. Le 28 mai, constatant la vacance à la présidence, la Cour constitutionnelle le déclare président de la Transition par succession constitutionnelle jusqu'au terme de la période transitoire[28].

Le jour même, en marge d'une rencontre avec la classe politique, Assimi Goïta annonce que la fonction de Premier ministre reviendra au M5-RFP. Celui-ci désigne son chef, Choguel Maïga, pour prendre la tête du gouvernement[29]. Maïga doit être formellement nommé le 7 juin, après la prestation de serment de Goïta à la Cour suprême[30].

Réactions[modifier | modifier le code]

L'opération est condamnée par l'Union africaine, la CEDEAO, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'ONU, tandis que le médiateur de la CEDEAO l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan doit se rendre à Bamako le lendemain[31]. Le 30 mai, la CEDEAO suspend le Mali de ses rangs, mais sans imposer des sanctions et exige la nomination d'un Premier ministre civil[32]. L'Organisation internationale de la francophonie suspend à son tour le pays le 3 juin[33].

Le putsch et les arrestations des responsables de la transition sont dénoncés par l'Association malienne des droits de l'homme et la Commission nationale des droits de l'homme[34].

Les États-Unis annoncent la suspension de leur aide aux forces armées maliennes, sans toutefois que l’ONU ne mette en place de sanctions contre le régime[35]. Le 3 juin, la France annonce la suspension à titre temporaire des opérations menées avec les FAMa[36].

Le 5 juin, la Banque mondiale annonce la suspension de ses opérations monétaires dans le pays[37].

Le CEDEAO annonce le 9 juin qu’elle a été « rassurée » par Assimi Goïta sur un futur retour des civils au pouvoir[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henrique VALADARES, « Mali : de la crise politique au coup d’État militaire », sur france24.com, (consulté le 20 août 2020)
  2. « Au Mali, la contestation va observer une "trêve" avant une nouvelle médiation africaine », sur france24.com, (consulté le 21 juillet 2020).
  3. « Mali-Démission du président Keita après la mutinerie militaire », sur www.zonebourse.com, (consulté le 19 août 2020).
  4. « Au Mali, le président Keïta et le Premier ministre arrêtés par des mutins », sur france24.com, (consulté le 18 août 2020).
  5. « Coup d'État au Mali: le colonel Assimi Goita déclare être à la tête de la junte », sur lefigaro.fr,
  6. « Mali : la junte propose une transition de trois ans », sur lemonde.fr, (consulté le 24 août 2020).
  7. « Au Mali, militaires, politiques et société civile cherchent une voie pour le pays », sur lemonde.fr, (consulté le 1er septembre 2020).
  8. « Au Mali, la CEDEAO appelle à la désignation d’une « personnalité civile » pour conduire la transition », sur lemonde.fr, (consulté le 1er septembre 2020).
  9. https://www.facebook.com/RFI, « Mali: la Cédéao demande la désignation d’un président civil d’ici le 15 septembre », sur rfi.fr, (consulté le 10 septembre 2020).
  10. « Au Mali, la junte s'engage à une transition de 18 mois », sur France 24, FRANCE24, (consulté le 13 septembre 2020).
  11. « Mali: l'ex-ministre de la Défense Bah N’Daw désigné président de transition », sur rfi.fr, (consulté le 21 septembre 2020).
  12. « Prise de fonctions du Premier ministre de transition Moctar Ouane », sur VOA, VOAAfrique (consulté le 29 septembre 2020).
  13. « Mali: l'ex-ministre Moctar Ouane nommé premier ministre de transition », sur lefigaro.fr, (consulté le 27 septembre 2020).
  14. Charte de transitio,, « s01.pdf », sur sgg-mali.ml, (consulté le 8 octobre 2020).
  15. « Levée des sanctions économiques contre le Mali », sur Les Echos, (consulté le 9 octobre 2020).
  16. AfricaNews, « La CEDEAO appelle au respect des délais de la transition au Mali », sur Africanews, (consulté le 15 janvier 2021).
  17. « Mali : la junte officiellement dissoute cinq mois après le putsch », sur lefigaro.fr, 26 janvier 2021.
  18. « Mali: la diplomatie en action pour endiguer une nouvelle crise majeure », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 26 mai 2021).
  19. a et b « Bah N’Daw et Assimi Goïta : comment la transition malienne a basculé », sur jeuneafrique.com, (consulté le 26 mai 2021).
  20. « Mali: situation tendue après l’annonce du nouveau gouvernement », sur RFI, RFI, (consulté le 25 mai 2021).
  21. « Mali : Bah N’Daw et Moctar Ouane arrêtés », sur jeuneafrique.com, (consulté le 24 mai 2021).
  22. « Mali : la junte accuse le président et le Premier ministre de "sabotage" de la transition », sur TV5MONDE, (consulté le 25 mai 2021).
  23. « Mali: l'homme fort de la junte Assimi Goïta affirme avoir placé le président et le Premier ministre «hors de leurs prérogatives» », sur RFI, (consulté le 25 mai 2021)
  24. « Mali: le président et le premier ministre de transition ont démissionné », sur lefigaro.fr (consulté le 26 mai 2021).
  25. « Mali : Bah N’Daw démissionne, Assimi Goïta devient président », sur jeuneafrique.com, (consulté le 26 mai 2021)
  26. « Nouveau coup de force au Mali: que sait-on, quelles suites ? », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 28 mai 2021).
  27. « Mali: les militaires libèrent les dirigeants arrêtés et reprennent les commandes », sur lepoint.fr, (consulté le 27 mai 2021).
  28. « Mali : la Cour constitutionnelle déclare le colonel Goïta président de la transition », sur LEFIGARO, lefigaro (ISSN 0182-5852, consulté le 28 mai 2021).
  29. « Mali – Le colonel Goïta déclaré président après deux coups d’État », sur tdg.ch, (consulté le 29 mai 2021).
  30. « Mali: Assimi Goïta a reçu une délégation de l'Azawad en présence de Choguel Maïga », sur rfi.fr, (consulté le 3 juin 2021).
  31. « Nouvelle crise au Mali: les militaires arrêtent le président et le Premier ministre de transition », sur TV5MONDE, (consulté le 25 mai 2021).
  32. « La Cédéao suspend le Mali de ses institutions », sur lefigaro.fr (consulté le 31 mai 2021).
  33. « Le Mali officiellement suspendu des instances de la Francophonie », sur LaLibre.be, (consulté le 5 juin 2021).
  34. https://www.facebook.com/RFI, « Mali : la société civile dénonce un «coup d'Etat», l'UNTM suspend la grève », sur RFI, RFI, (consulté le 26 mai 2021).
  35. « Mali : l'ONU condamne le coup d'État au Mali sans prévoir de sanctions », sur lepoint.fr, (consulté le 27 mai 2021).
  36. « La France suspend sa coopération militaire bilatérale avec le Mali », sur lemonde.fr, (consulté le 5 juin 2021).
  37. « Mali : la Banque mondiale suspend ses opérations financières », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le 6 juin 2021).
  38. « Mali: la Cédéao «rassurée» par Assimi Goïta sur un futur retour des civils au pouvoir », sur lefigaro.fr, (consulté le 9 juin 2021).