Alexandre Loukachenko

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Aliaksandr Loukachenka

Alexandre Loukachenko
Аляксaндр Лукашэнка
Illustration.
Alexandre Loukachenko en 2020.
Fonctions
Président de la République de Biélorussie
En fonction depuis le
(27 ans et 9 jours)
Élection 10 juillet 1994
Réélection 9 septembre 2001
19 mars 2006
19 décembre 2010
11 octobre 2015
9 août 2020 (contestée)
Premier ministre Mikhaïl Tchiguir
Siarhieï Ling
Ouladzimir Iarmochyne
Hienadz Navitski
Siarhieï Sidorski
Mikhaïl Miasnikovitch
Andreï Kobiakov
Sergueï Roumas
Roman Golovtchenko
Prédécesseur Metchislav Grib (président du Soviet suprême)
Biographie
Nom de naissance Aliaksandr Ryhoravitch Loukachenka
Date de naissance (66 ans)
Lieu de naissance Kopys (RSS de Biélorussie, URSS)
Nationalité biélorusse
Parti politique PCUS (1979-1991)
CPD (1991-1992)
SE (depuis 1992)
Conjoint Galina Rodionovna Loukachenko
Enfants Nikolaï Loukachenko
Diplômé de Académie agricole de Biélorussie
Profession Agriculteur
Distinctions Epaulettes President of Belarus 2.png
Commandant suprême
Religion Orthodoxe biélorusse
Résidence Palais présidentiel de Minsk

Signature de Alexandre LoukachenkoАляксaндр Лукашэнка

Alexandre Loukachenko Alexandre Loukachenko
Présidents de la République de Biélorussie

Alexandre Grigoriévitch Loukachenko (« ch » prononcé à la française [ ʃ ] ; en biélorusse : Аляксaндр Рыгoравіч Лукашэнка[a] [alʲaˈksand(a)r rɨˈɣɔravʲitʂ lukaˈʂɛnka][b], en russe : Александр Григорьевич Лукашенко[c] [ɐlʲɪˈksandr ɡrʲɪˈɡorʲjɪvʲɪtɕ ɫʊkɐˈʂɛnkə][d]), né le à Kopys (RSS de Biélorussie), est un homme d'État biélorusse, président de la République depuis 1994.

Agriculteur de profession, il appartient au Parti communiste de l'Union soviétique avant d’être élu à la tête de la Biélorussie, puis réélu en 2001, 2006, 2010, 2015 et 2020.

Il conduit un régime qualifié par ses adversaires d'autoritaire voire de dictatorial en raison de la restriction des libertés publiques, des événements politiques de 1996 et de sa réélection contestée en 2020. La Biélorussie est ainsi isolée au niveau international, notamment en Occident, où Loukachenko est souvent dépeint comme le « dernier dictateur d'Europe » et interdit de séjour par l'Union européenne et les États-Unis.

Ses partisans estiment que sa politique a permis d'éviter au pays les pires effets de la transition au capitalisme de l'ère post-soviétique.

Origines et débuts[modifier | modifier le code]

Naissance et enfance[modifier | modifier le code]

Loukachenko naît dans le village de Kopys (district d'Orcha, région de Vitebsk), dans ce qui est alors la République socialiste soviétique de Biélorussie. Son grand-père maternel, Trokhym Ivanovitch Loukachenko, est originaire de la région de Soumy en Ukraine. Sa mère, Ekaterina Trofimovna Loukachenko, est originaire du village du district de Chklow (région de Moguilev) où elle vécut jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre elle travailla dans l'usine de lin d'Orcha (région de Vitebsk). Après la naissance de son fils - Ekaterina n'étant pas mariée, le père de Loukachenko est inconnu (ce qui lui valut des railleries de la part de ses camarades d'école) - elle revint dans sa région natale où elle travailla en tant que laitière dans une ferme.

Études et carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Loukachenko obtient un diplôme de la faculté d'histoire de l'Institut pédagogique de Moguilev en 1975. De 1975 à 1977 il sert dans l'armée comme garde-frontière après quoi il devient le secrétaire du comité du Komsomol de Moguilev. De 1980 à 1982 il fut commissaire politique d'une division d'infanterie mécanisée stationnée à Minsk. En 1982, après avoir quitté l'armée, il devient vice-président d'un sovkhoze. En 1985 il obtient un diplôme de l'académie agricole de Biélorussie. De 1985 à 1987 il fut le secrétaire général d'un sovkhoze du district de Chklow après quoi il fut promu au poste de directeur de l'usine de matériaux de construction de fermes d'État de Haradziets dans le district de Chklow.

Parcours politique[modifier | modifier le code]

Député au Conseil suprême (1990-1993)[modifier | modifier le code]

En 1990, Loukachenko est élu comme député au Conseil suprême de la République biélorusse, corps monocaméral succédant au Soviet suprême biélorusse de 1991 à 1994. Lors de ce premier mandat politique, il fonde un groupe politique nommé « des communistes pour la démocratie », qui défend une Union soviétique démocratique reposant sur des principes communistes[1]. Il prétend avoir été le seul député à voter contre la ratification de l'accord de décembre 1991 concernant la dissolution de l'Union des républiques socialistes soviétiques et la création de la Communauté des États indépendants (CEI). Au lendemain de la dissolution de l'URSS, Loukachenko retourne brièvement gérer une ferme d'État.

Président du comité anti-corruption (1993-1994)[modifier | modifier le code]

Ayant acquis une réputation d'éloquent opposant à la corruption, Loukachenko est élu en 1993 pour servir comme président au comité anti-corruption au parlement biélorusse. Bien qu'il maintienne une étroite association avec les partis communistes, il tombe en disgrâce à la suite de ses critiques répétées contre la corruption et les privilèges de la nomenklatura. À la fin de l'année 1993, il accuse 70 hauts fonctionnaires, notamment Stanislaw Chouchkievitch, le président du Parlement, de corruption et de détournement de fonds à des buts personnels. Ces accusations conduisent à la tenue d'un vote de confiance que Stanislaw Chouchkievitch perd.

Président de la République (depuis 1994)[modifier | modifier le code]

Premier mandat[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]
Investiture d'Alexandre Loukachenko le .

Une nouvelle Constitution est adoptée au début de l'année 1994. Conformément à celle-ci, une élection présidentielle se tient au début du mois de juillet de la même année. Six candidats sont en lice, dont Loukachenko, Chouchkievitch et Viatchaslaw Kiebitch. Ce dernier est le grand favori mais, à la surprise de la plupart des observateurs, Loukachenko dont la campagne a pour thème « vaincre la mafia » est en tête lors du premier tour avec 45 % des voix. Le 10 juillet, Alexandre Loukachenko remporte le second tour avec plus de 80 % des suffrages et devient, à seulement 40 ans, le premier président de la jeune République biélorusse.

Une fois élu à la tête de la Biélorussie, Loukachenko prend rapidement des mesures dans le but de « stabiliser l'économie ». Ainsi, il fait doubler le salaire minimum, il introduit un contrôle des prix et abroge les quelques réformes économiques qui avaient été menées. Il fait face à la difficile situation de ranimer une économie socialiste dans un pays de 10,4 millions d'habitants entourés par des pays capitalistes émergents. La Biélorussie est complètement dépendante du gaz et de l'électricité importés de Russie et payés à prix préférentiels. L'absence de moyens financiers pour payer les importations russes rend alors la coopération économique avec la Russie plus que nécessaire pour la Biélorussie.

Durant les deux premières années de son mandat présidentiel, Loukachenko fait face à une opposition virulente. En 1995, la Banque mondiale et le FMI suspendent les prêts financiers à la Biélorussie pour la sanctionner de son refus de réformes libérales.

Renforcement des pouvoirs présidentiels et dictature[modifier | modifier le code]

Lors de l'été 1996, 70 députés sur les 110 que compte le parlement biélorusse signent une pétition pour empêcher Loukachenko de violer la Constitution. Ce dernier invite des officiels russes de premier plan pour jouer les « médiateurs », tel Viktor Tchernomyrdine, et éviter que soit votée une motion de censure. Peu de temps après, le , Loukachenko fait organiser un référendum en vue d'étendre son mandat de cinq à sept ans, mais aussi d'augmenter ses prérogatives, entre autres la possibilité de fermer le Parlement. Le 25 novembre, Loukachenko annonce que 70,5 % des votants ont voté « oui » avec une participation de 84 %. La manière dont la campagne a été menée est vivement condamnée. Le gouvernement a banni l'opposition de la télévision et de la radio, empêché toute parution de journaux de l'opposition et fait saisir son matériel publicitaire. Dans ces circonstances, les États-Unis et l'Union européenne refusent de reconnaître la légitimité du scrutin.

Timbre biélorusse de 1996 à l'effigie du président Loukachenko.

Loukachenko ajourne immédiatement le Parlement biélorusse. La police occupe le Parlement et emprisonne 89 des 110 députés considérés comme « déloyaux ». Un nouveau parlement composé de 110 pro-Loukachenko est mis en place[réf. nécessaire]. Ce coup de force est alors unanimement condamné par la communauté internationale ainsi que par les organisations de défense des droits de l'homme. Le premier ministre biélorusse et deux autres ministres démissionnent en forme de protestation, de même que sept membres parmi les onze qui composent la Cour constitutionnelle. Ils sont remplacés par des pro-Loukachenko. Loukachenko renforce également son pouvoir en faisant fermer plusieurs journaux d'opposition, il augmente les pouvoirs du KGB (la Biélorussie est l'unique pays de l'ancienne Union soviétique à avoir conservé cette dénomination).

Au début de l'année 1998, la banque centrale russe suspend le commerce avec le rouble biélorusse, ce qui entraîne une forte dépréciation de celui-ci sur le marché des devises. Loukachenko prend alors le contrôle de la banque centrale biélorusse et ordonne que le taux d'échange soit remis au taux précédent, gelant les comptes bancaires et réduisant l'activité des banques commerciales. Cela provoque une panique. Loukachenko affirme depuis que les problèmes du pays viennent de « saboteurs économiques », aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger. Trente fonctionnaires sont ainsi arrêtés et doivent parader sur les chaînes télévisées d'État, une centaine d'autres sont « punis ». Il reproche ensuite aux gouvernements étrangers de conspirer contre lui et, en , expulse les ambassadeurs des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, de Grèce, d'Italie et du Japon, allant jusqu'à violer l'inviolabilité dont jouissent les bâtiments diplomatiques. Bien que les ambassadeurs obtiennent par la suite la possibilité de revenir, Loukachenko intensifie ses attaques verbales contre l'Ouest. Il dépeint ses opposants politiques comme des « faire-valoir » des puissances étrangères qui lui sont hostiles. Il recommence ses provocations en expulsant une délégation du FMI qu'il qualifie « d'escrocs » et affirme que les pays occidentaux ont conspiré aux Jeux olympiques de Nagano au Japon pour limiter le nombre de médaillés biélorusses.

En , lors d'un entretien accordé au quotidien allemand Handelsblatt, Loukachenko souligne le fait qu'Adolf Hitler n'a pas que des mauvais côtés :

« L'histoire de l'Allemagne est d'une manière ou d'une autre une copie de l'histoire de la Biélorussie sur certains points. Au moment où l'Allemagne s'est relevée grâce à de solides ouvriers. Tout ce qui est lié à Adolf Hitler n'est pas mauvais. Rappelez-vous sa politique en Allemagne. L'autorité allemande s'était accrue pendant des siècles. Sous Hitler, ce processus a atteint son point culminant. C'est parfaitement en conformité avec notre vision d'une république présidentielle et du rôle de son président. Je veux souligner qu'un homme ne peut pas être tout noir ou tout blanc. Il y a des côtés positifs aussi. L'Allemagne est sortie des ruines par le passé avec l'aide d'une force présidentielle forte. L'Allemagne s'éleva grâce à cette force, grâce au fait que toute la nation était unie autour de son chef. Aujourd'hui, nous passons par une période semblable, quand nous devons nous unir autour d'une personne ou un groupe de personnes afin de survivre, tenir le coup, et rester droit dans nos bottes[2]… »

Un documentaire, intitulé Biélorussie, une dictature ordinaire et diffusé en sur Arte, décrit le régime sous lequel vit la Biélorussie comme une dictature où existent des disparitions, assassinats politiques et vagues de répression contre l'opposition[3].

Deuxième mandat[modifier | modifier le code]

Le premier mandat présidentiel aurait dû s'achever en mais à la suite du référendum de 1996, il est prolongé jusqu'en septembre 2001. Les thèmes de la campagne présidentielle de Loukachenko sont largement similaires à celle de 1994 : contrôle de l'économie, partenariat avec la Russie, fort pouvoir présidentiel pour maintenir l'ordre, opposition à l'élargissement de l'OTAN vers l'Est, opposition aux modèles démocratiques qu'incarnent les pays occidentaux et ainsi une opposition à l'idée de toute relation privilégiée avec l'un des pays occidentaux. Son opposant est Ouladzimir Hantcharyk. L'élection se tient le et Loukachenko la remporte dès le premier tour. Cependant, l'OSCE déclare que cette élection ne respecte pas les standards internationaux. De même, les organisations des Droits de l'Homme jugent que l'opposition a été systématiquement harcelée et n'a pu accéder aux médias contrôlés par l'État. Les gouvernements occidentaux critiquent également cette élection alors que la Russie félicite publiquement Loukachenko après sa réélection.

Alexandre Loukachenko en uniforme de commandant en chef des forces armées biélorusses, en 2001.

Malgré de nombreuses critiques, Loukachenko rejette les reproches qui lui sont faits à propos de sa politique autoritaire, en affirmant être la seule alternative à l'instabilité. À cause de sa manière de gouverner, il est souvent officieusement désigné bats'ka, ce qui est littéralement traduit par (petit) père, mais le mot signifie aussi chef de clan dans l'histoire des peuples slaves[réf. nécessaire]. Il est élu président du Comité olympique biélorusse[réf. nécessaire], ce qui contrevient à une règle du CIO interdisant à de hauts fonctionnaires d'occuper un tel poste.

Troisième mandat[modifier | modifier le code]

Élection présidentielle de 2006[modifier | modifier le code]

Loukachenko est réélu pour cinq ans le avec 82,6 % des voix au terme d'une élection jugée « non conforme aux normes internationales » et non démocratique[4] par l'OSCE. Le Conseil de l'Europe a, pour sa part, qualifié l'élection de « farce électorale[e] ». La mission d'observation de la CEI a, cependant, qualifié le scrutin présidentiel de transparent et d'ouvert[5]. Cette élection était à haut risque pour Loukachenko qui craignait une « révolution » calquée sur les modèles ukrainien et géorgien.

Quatrième mandat[modifier | modifier le code]

Élection présidentielle de 2010[modifier | modifier le code]

Après seize années à la tête de l'État, Alexandre Loukachenko brigue sans surprise un quatrième mandat consécutif. Il déclare notamment durant la campagne que ses opposants sont des « ennemis du peuple », qui seraient à la solde de l'Occident[6]. Le scrutin de crédite Loukachenko de 79,67 % des voix. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) évoque bien un dépouillement « imparfait » et une élection « loin des principes démocratiques »[7],[8],[9],[10].

Le , jour de la proclamation des résultats du scrutin, est émaillé de nombreuses et violentes manifestations[11], le siège du gouvernement est attaqué[12] et des centaines de manifestants d'opposition arrêtés[13]. Sept des neuf candidats de l'opposition, parmi lesquels le poète Ouladzimir Niakliaïew, sont arrêtés le même jour. L'Union européenne et les États-Unis condamnent la vague de répression[14].

Le , le président de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, entend « ne pas commenter cette élection qui est un événement interne à la Biélorussie et externe à la Fédération russe ». Alexandre Loukachenko signe avec Dmitri Medvedev une union douanière réunissant la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan. L'objectif est d'abolir les contrôles douaniers à leurs frontières et mettre en place un espace économique commun d'ici à .

Sanctions internationales de 2011[modifier | modifier le code]

Malgré plusieurs années d'ouverture diplomatique et en signe de protestation contre les arrestations d'opposants au régime, la communauté internationale décide au début de 2011 une série de sanctions, qui outre le gel d'importants avoirs financiers et économiques, prévoient l'interdiction de visa européen et nord-américain pour Loukachenko et plusieurs dizaines de ses plus proches collaborateurs[15].

Cinquième mandat[modifier | modifier le code]

Élection présidentielle de 2015[modifier | modifier le code]

Alexandre Loukachenko est réélu avec plus de 80 % des voix le [16].

En février et , des manifestations spontanées ont lieu contre un décret imposant une taxe spéciale de 235 euros aux « parasites sociaux », c'est-à-dire à ceux qui travaillent moins de six mois par an. Les manifestants dénoncent cette taxe et scandent des slogans exigeant la démission du président Loukachenko. Le décret est suspendu le [17],[18].

Les élections législatives de novembre 2019 renforcent encore le contrôle du président sur le parlement. Aucun parti ou candidat d'opposition n'obtient de siège, les principaux opposants ainsi que les deux parlementaires de l'opposition élus en 2016 ayant été empêchés de se représenter. L'opposition dénonce des fraudes massives[19],[20]. Le président Loukachenko réitère dans la foulée son intention de se représenter pour un sixième mandat[21].

Sixième mandat[modifier | modifier le code]

Selon les résultats officiels de l’élection présidentielle du 9 août 2020, Alexandre Loukachenko est réélu avec 80,2 % des voix[22]. Sa principale rivale, Svetlana Tikhanovskaïa (10,1 %), se réfugie dans la foulée en Lituanie[23]. Le résultat provoque alors une vague de manifestations menées par l'opposition en contestation de celui-ci, réprimé avec violence par les forces de l'ordre. Peu après le scrutin, l'accès à certains sites de l'opposition, à ceux de certaines ONG et de la commission électorale a été bloqué[24]. Le , Loukachenko s'entretient avec le président russe, Vladimir Poutine. Celui-ci lui promet une aide sécuritaire pour « préserver la sécurité de la nation biélorusse ». Loukachenko déclare également que « si la Biélorussie s'effondre, tout l'espace post-soviétique suivra »[25]. Le , le président Loukachenko, au cours d'un rassemblement de ses partisans à Minsk, les appelle à « protéger l'indépendance de la Biélorussie » et rejette l'idée d'organiser une nouvelle élection. Au même moment, des milliers de personnes manifestent dans d'autres quartiers de la capitale et un peu partout dans le pays pour réclamer le départ du président[26].

Alexandre Loukachenko avec une arme à feu, à l’approche du palais de l'Indépendance.

Le , alors que les grèves se multiplient dans le pays[27], Loukachenko s'adresse aux ouvriers de usine des tracteurs à roue de Minsk (MKZT), qui l’accueillent aux cris de « démission »[28]. Après avoir défié les manifestants en leur préconisant de continuer à « crier », il affirme qu'il n'y aura pas de nouvelles élections tant qu'il n'aura pas été « tué », puis évoque l'éventualité de transmettre le pouvoir après l'adoption d'une nouvelle Constitution[29]. Le , alors que des milliers de manifestants défilent dans le centre de Minsk, Alexandre Loukachenko arrive en hélicoptère au palais présidentiel, accompagné de son fils Kolya. Le président et son fils s'affichent dans des gilets pare-balles devant les caméras et sont armés de Kalachnikovs. Quelques minutes plus tard, Loukachenko, toujours armé, se rend auprès des forces de police qui assurent le maintien de l'ordre dans la capitale, à quelques pas des manifestants. Le président déclare un peu plus tard que « les opposants se sont enfuis comme des rats » à sa vue[30].

Le , il prête serment pour un sixième mandat lors d'une cérémonie tenue secrète[31]. Le lendemain, l'Union européenne refuse de reconnaître Loukachenko comme chef d'État légitime du pays. Le chef de la diplomatie européenne déclare qu'il y a un « manque de légitimité démocratique », et que l'élection du n'était « ni libre ni équitable »[32]. Cependant, Loukachenko reçoit de la part de plusieurs chefs d'États (Chine, Russie, Iran, Turquie, Égypte, Cuba, Syrie, etc.) des lettres de félicitation pour son sixième mandat[33],[34],[35]. Le , le président de la République française, Emmanuel Macron, déclare dans un entretien au Journal du dimanche qu'il est « clair que Loukachenko doit partir et quitter le pouvoir ». Il salue également « le courage des manifestants qui se battent depuis des semaines pour faire vivre une véritable démocratie ».

Controverse sur le détournement du vol Ryanair 4978[modifier | modifier le code]

Le 23 mai 2021, Alexandre Loukachenko est accusé par l'Union européenne et les États-Unis d'avoir donné l'ordre à l'armée biélorusse d'arrêter l'opposant et activiste Roman Protassevitch, ancien rédacteur en chef du média d’opposition Nexta, menant au détournement du vol Ryanair 4978 que celui-ci emprunte, étant parti d'Athènes pour rejoindre Vilnius. Au motif d’une « potentielle menace pour la sécurité à bord », l'avion est ainsi détourné par un chasseur Mig-29 de l'armée biélorusse et forcé d'atterrir à Minsk[36]. Cette action est considérée comme un acte de piraterie par une bonne partie de la communauté internationale. Parmi les mesures de représailles, l'Union européenne interdit son espace aérien aux vols biélorusses et exige la libération immédiate de l'activiste.

Cependant, les autorités biélorusses ainsi que la force aérienne et de défense biélorusse contestent cette version des faits en affirmant qu'ils ne sont pas à l'origine du détournement de l'avion vers l'Aéroport international de Minsk, mais qu'il s'agit d'une décision prise uniquement par le personnel de bord de Ryanair[37],[38]. Le 28 mai 2021, Vladimir Poutine, lors d'une rencontre avec Loukachenko, rappelle l'atterrissage forcé de l'avion présidentiel bolivien en 2013 avec la France, l'Espagne et l'Italie interdisant l'accès à leur espace aérien, suspectant que Edward Snowden, lanceur d'alerte américain, se trouvait à bord[39].

Bilan politique[modifier | modifier le code]

Politique économique[modifier | modifier le code]

Loukachenko, arrivé au pouvoir après la dissolution de l'URSS, a tenté de limiter les excès du libéralisme en Biélorussie, pour ne pas connaître les mêmes échecs qu'en Russie. Ce libéralisme tempéré par une intervention forte de l'État a permis au pays de se développer rapidement : la croissance du PIB est soutenue, avoisinant même les 15 % en 2010, et le taux de chômage est quasiment nul.

Une politique économique dirigiste a permis à la Biélorussie de maintenir une activité industrielle dynamique (36 % du PIB en 2018) et un secteur agricole plus important que dans les pays de la région. Les activités de services se sont également développées. Le tourisme, désigné en 2012 grande priorité nationale, a connu un essor considérable grâce au développement des infrastructures entre 2011 et 2015. Le nombre annuel de touristes est ainsi passé de 60 000 en 2000 à plus de onze millions en 2018[40].

Le modèle social de la Biélorussie reste en partie inspiré de la période communiste. « Le modèle social promu par Loukachenko, relève l'universitaire Anna Lebedev, spécialiste des sociétés post-soviétiques, a consisté à maintenir les services publics hospitaliers, scolaires ou culturels. Si les infrastructures de santé sont vieillissantes, la population bénéficie d'un système de santé universel avec une politique de prévention et de visites obligatoires. » Le taux d'alphabétisation avoisine les 100 % et l’espérance de vie a augmenté de six ans entre 2002 et 2018 pour atteindre 74 ans. La Biélorussie connaît par ailleurs un taux de mortalité infantile à 2,6 pour 1 000 naissances, soit un niveau notamment inférieur à la France et à l'Allemagne[40].

Libertés publiques[modifier | modifier le code]

En Occident, Alexandre Loukachenko est souvent qualifié de « dernier dictateur d'Europe »[41],[42] en référence à la restriction continuelle des libertés publiques dans son pays et au coup de force de 1996 ayant installé un régime autoritaire.

Il est aujourd'hui interdit de séjour dans l'Union européenne[43],[44],[45] et aux États-Unis[46].

Prises de position[modifier | modifier le code]

Manifestation contre le régime de Loukachenko en 2007.

En 2007, il tient des propos antisémites à propos de la ville de Babrouïsk, considérant que la ville est dégoutante parce qu'elle a un passé juif[47].

Le , Alexandre Loukachenko rencontre Mahmoud Ahmadinejad et soutient le programme nucléaire iranien[réf. nécessaire].

En 2011, Loukachenko a déclaré publiquement ne pas aimer « les pédés » et est critiqué pour avoir conseillé au ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, de mener « une vie normale »[48]. Il a répondu aux critiques qui lui étaient adressées en disant que « nous vivons une société démocratique [la Biélorussie]. […] J'ai le droit de donner ma position ». Il avait alors déclaré « mieux vaut être dictateur que pédé »[49].

En 2013, le président reçoit le prix Ig Nobel de la Paix (parodique) pour avoir fait interdire l'action d'applaudir. La police du pays en est colauréate pour avoir arrêté un manchot sous cette accusation[50].

Durant la pandémie de Covid-19, il refuse le confinement de son pays[51],[52]. Il déclare avoir refusé une aide de plusieurs millions de dollars d’aide internationale car il refusait de confiner son pays, ce qui engendre une polémique[53],[54].

Famille[modifier | modifier le code]

Alexandre Loukachenko, en compagnie de son fils Kolia.

Loukachenko s'est marié en 1977 avec Galina Rodionovna Jelnerovitch. Le seul bien immobilier du président biélorusse est la maison de la famille Loukachenko[55] située à Ryjkovitchi, un quartier de Chklov, où habite toujours Galina Loukachenko[56]. Bien qu'ils soient toujours légalement mariés, Galina vit séparée de son mari depuis les premières années de présidence de celui-ci. Son fils aîné Victor est membre du Conseil de sécurité de Biélorussie et son fils cadet Dmitri occupe le poste de chef du club présidentiel sportif et a préparé la participation des sportifs biélorusses aux Jeux olympiques d'été de 2008 à Pékin.

Il a eu un fils, Nikolaï ou Mikolaï, dit « Kolia », en 2004 avec sa maîtresse, Irina Abelskaïa, qui fut longtemps son médecin personnel. Alexandre Loukachenko aurait émis le vœu d'en faire son successeur en ayant déclaré à des paysans « Je l'ai déjà dit, mon plus jeune fils deviendra président ». Kolia l'accompagne en certaines occasions telles qu'une visite à Vladimir Poutine, une autre au pape Benoît XVI, ou encore un exercice militaire[57].

Loukachenko estime que le président doit être une personne conservatrice et éviter d'utiliser des gadgets électroniques modernes tels qu'un iPad ou un iPhone. Avant sa présidence, il jouait au football mais a abandonné dès lors. C'est un skieur et un joueur de hockey sur glace averti[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aliaksandr Ryhoravitch Loukachenka, mais la diaspora biélorusse et les milieux nationalistes n'ont jamais reconnu la réforme orthographique de 1933 ; ils orthographient son prénom Аляксандар (Aliaksandar).
  2. Prononciation en biélorusse retranscrite selon la norme API.
  3. Aleksandr Grigorievitch Loukachenko.
  4. Prononciation en russe retranscrite selon la norme API.
  5. La citation exacte est : « Dans un pays où la liberté d'expression et d'association fait l'objet d'une répression si absolue et si agressive, le vote n'est pas un exercice démocratique mais une farce ». Elle est issue d'une déclaration prononcée le 20 mars 2006 par le Secrétaire général au Conseil de l'Europe, Terry Davis.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Alexandre Loukachenko, dernier dinosaure de l’ère soviétique », Le Monde, (consulté le 26 mai 2021).
  2. Loukachenko, le Staline biélorusse, L'Express, le 19 décembre 2003
  3. (no) « Accueil », sur www.arte.tv (consulté le 7 septembre 2018).
  4. Voir (en) le communiqué de presse de l'OSCE daté du 20 mars 2006.
  5. Voir (en) l'article sur Xinhua
  6. Biélorussie : quatre ans de détention pour un opposant, Le Monde, 17 février 2011
  7. Présidentielle sans suspense au Bélarus, L'Obs, 18 décembre 2010.
  8. Théâtre d'ombres électoral en Biélorussie, Le Figaro, 17 décembre 2010.
  9. Biélorussie/scrutin: Loukachenko rejette les critiques de l'OSCE, Rianovosti, 20 décembre 2010.
  10. (en) « 'Hundreds of protesters arrested' in Belarus », BBC News, (consulté le 20 décembre 2010)
  11. Biélorussie, candidat d'opposition blessé, Le Figaro, 19 décembre 2010
  12. Biélorussie : siège du gouvernement assiégé, Le Figaro, 19 décembre 2010
  13. Biélorussie : des opposants arrêtés, Le Figaro, 19 décembre 2010
  14. Tollé après la répression en Biélorussie, Europe1.fr, 20 décembre 2010
  15. Europe et États-Unis annoncent des sanctions contre la Biélorussie, Le Monde, 31 janvier 2011
  16. « Loukachenko, le choix de « la paix et de la stabilité » des électeurs biélorusses », Le Monde, 11 octobre 2015.
  17. « Mouvement social en Biélorussie: les «parasites» dans la rue », Radio France internationale,
  18. « Belarus: manifestation contre une «taxe sur les parasites» », AFP et Le Figaro, .
  19. (en) Belarus election: No seats for opposition as Lukashenko maintains power, Deutsche Welle
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  41. « Bons baisers de Biélorussie : Dernière dictature d’Europe » (dossier), Courrier international, 4 août 2005.
  42. Ronan Hervouet, Datcha Blues. Existences ordinaires et dictature en Biélorussie, Aux Lieux d'être, 2007, (ISBN 978-2-916063-49-2), qui indique en quatrième de couverture : « Depuis 1994, la Biélorussie est dirigée de manière autoritaire par Alexandre Loukachenko, que les médias qualifient régulièrement de « dernier dictateur d'Europe ». ».
  43. « Loukachenko prête serment », Le Figaro, le 15 octobre 2007, (lire en ligne) : « L'Union européenne devrait approuver la semaine prochaine une interdiction de visa à l'encontre de 31 responsables bélarusses, dont le président Loukachenko, en signe de protestation contre sa réélection. ».
  44. Philippe Marchesin, La Biélorussie, Karthala Éditions, 2006 (ISBN 2-84586-811-1), p. 122 : « La Biélorussie se trouve au ban de l'Union européenne. Les élections de mars 2006 confirment le statu quo : l'Union européenne interdit Alexandre Loukachenko de visa dès le mois d'avril. », (lire en ligne).
  45. Résolution du Parlement européen sur la situation au Belarus après les élections présidentielles du 19 mars 2006, adoptée le jeudi 6 avril 2006 : « Le Parlement européen […] se félicite de la décision du Conseil d'ajouter le président Loukachenko à la liste de personnes signalées aux fins de leur non-admission. » (Lire en ligne).
  46. (en) « Belarus 'dictator' banned from entering EU and US », sur The Independent, (consulté le 25 mai 2021).
  47. (en) « Alexander Lukashenko's comments regarded as anti-Semitic », Pravda Online
  48. Loukachenko président du Belarus est ouvertement homophobe - Le Monde, 19 février 2011
  49. « Le président Loukachenko préfère "être dictateur que pédé" », LExpress.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 30 octobre 2017)
  50. Mylène Vandesteele, « L'université d'Harvard attribue le Prix Ig Nobel au président biélorusse Alexandre Loukachenko », sur https://fr.express.live/, (consulté le 20 avril 2015).
  51. « En Biélorussie, le président refuse le confinement et recommande vodka, sauna et hockey », sur nouvelobs.com (consulté le 10 février 2021).
  52. « La Biélorussie, ce pays où le Covid-19 n'existe pas », sur lejdd.fr (consulté le 10 février 2021)
  53. « Non, la Banque Mondiale n'aide pas uniquement les pays qui confinent », sur rtl.fr (consulté le 10 février 2021).
  54. « Non, la Banque mondiale ne prête pas plus aux pays qui confinent davantage que les autres », sur lci.fr (consulté le 10 février 2021)
  55. Сведения о доходах за 2000 год и об имуществе кандидата в Президенты Республики Беларусь - Informations sur le revenu et les propriétés des candidats à l'élection présidentielle biélorusse
  56. Супруга президента Белоруссии Галина Лукашенко : Саша ходил ко мне на свидания за четыре километра - L'épouse du président biélorusse : Sacha marchait 4 km pour un rendez-vous avec moi
  57. Pavel Cheremet, « Le tsar et le tsarévitch », Ogoniok.com, Courrier International,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lallemand Jean-Charles, Symaniec Virginie, Biélorussie : mécanique d'une dictature, Paris : Les Petits Matins, 2007
  • Karbalevitch Valéri, Le satrape de Biélorussie : Alexandre Loukachenko : dernier tyran d'Europe, Paris : François Bourin Éditeur, 2012

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]