Internet Research Agency

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Selon une enquête du New York Times Magazine signée Adrian Chen, l'Internet Research Agency est une organisation russe de diffusion de propagande sur Internet[1].

Le Centre de recherche d’internet (Internet Research Agency ou IRA)  est une entreprise russe basée à Saint-Pétersbourg, engagée dans des opérations d’influence en ligne pour le compte du gouvernement russe. L’agence a utilisé de faux comptes sur les plus grands réseaux sociaux, journaux en ligne, forums de discussion ou encore sur des services d’hébergement de vidéos pour promouvoir les intérêts du Kremlin en matière de politique intérieure, à propos de l’Ukraine ou encore du Moyen-Orient[2].

La mesure dans laquelle le gouvernement russe a essayé d'influencer l'opinion publique à l'aide des médias sociaux est devenue largement connue suite à un article de BuzzFeed, en juin 2014[3]. L’article se basait sur l’existence de documents gouvernementaux rendus publics plus tôt dans l’année par des hackers. L’Agence n’a attiré l’attention des médias du monde entier qu’un an plus tard, en juin 2015, lorsque des données issues de faux comptes utilisés pour la tentative de trolling remontèrent jusqu’à ses bureaux de Saint-Pétersbourg.  Par la suite, de nouveaux rapports firent mention d’individus recevant des compensations financières pour l’exécution de ces tâches.

Selon The Guardian, « on pense que c'est l'une des nombreuses entreprises où les trolls sont formés et payés pour diffamer les adversaires de Poutine à la fois à la maison et à l'étranger »[4].

Organisation et témoignage[modifier | modifier le code]

L'organisation, située dans la banlieue de Saint-Pétersbourg, emploierait 400 personnes payés environ 20.000 roubles soit 650 euros par mois (l’équivalent du salaire d’un professeur titulaire en Russie), et diffuserait sa propagande en utilisant de faux comptes sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook[1] entre autres. Les témoignages ne sont pas nombreux et majoritairement anonymes. Ludmilla Savtchouk est une rare ex-employée à avoir oser briser le silence à visage découvert. Elle affirme avoir été employée par l’IRA durant deux mois et demi, jusqu’en mars 2015.

L'enquête du New York Times Magazine publiée le 2 juin 2015 par Adrian Chen, se base principalement sur le témoignage de la jeune femme, cette activiste russe devenue “troll professionnelle”. Celle-ci témoigne de ses journées de travail et ses routines. Elle devait créer du contenu pour les réseaux sociaux les plus populaires ainsi que commenter les articles des journaux russes. La jeune femme travaillait avec 12 autres personnes dans son bureau, et estime au nombre de 40 les pièces présentes dans l'agence.

L’Agence France Presse relaye ses propos : « La première chose que font les employés en arrivant, c'est modifier certains proxys pour qu'on ne puisse pas les localiser. Ensuite, on nous donne une liste de thèmes à aborder, tous liés à l'actualité. » Les principaux sujets qu'elle eu à traiter furent l'Ukraine et les affaires domestiques de la Russie afin de diffuser des informations positives notamment lors d'une crise financière[5]. D'après Lioudmilla Savtchouk, les messages sont intrinsèquement lié à la politique menée par le Kremlin. Après avoir modifié les proxys « on nous donne une liste de thèmes à aborder, tous liés à l'actualité. Avec la crise ukrainienne, ça tourne beaucoup autour du dénigrement du président Petro Porochenko et de la mise en avant des exactions causées par l'armée ukrainienne. Pendant la crise du rouble, nous étions chargés d'envoyer un flot de messages positifs sur la reprise de notre économie »[6]. Elle ajoute. « Nous devions interpréter chaque événement d’une façon glorifiant la politique du gouvernement et de Vladimir Poutine. »[7]

Travailler à l'Agence[modifier | modifier le code]

Employeur inconnu, pas de contrat de travail, droit de réserve absolu et salaire élevé : les conditions d’emploi à l’IRA sont opaques. L'intérieur de l’Agence est surveillée par des caméras et il est impossible d’y pénétrer sans rendez-vous. Sur place, rien n’indique la présence de l’organisation. Elle est chargée de tenir plusieurs blogs sur LiveJournal, une plateforme virtuelle sur laquelle elle endosse plusieurs identités. Alternativement femme au foyer, étudiante ou sportif, elle publie des articles positifs sur la Russie. Son travail consiste également à commenter des sites d’actualités et des forums de discussion à raison d’une moyenne de 100 commentaires journaliers[8].

Selon ses dires, la journée de travail dure 12h, commence à 9h tous les matins et ce jusqu'à 21h le soir. Un journal russe estime le nombre d'employés à 400, l’Agence disposant d’un budget d’environ 20 millions de roubles (400.000 dollars). Les départements de création de contenu sont variés, toujours en lien avec l'actualité et déclinés sur de multiples supports en ligne: LiveJournal, Twitter, VKontakt (le Facebook russe), Facebook, Instagram ou encore les sections commentaires de nombreux magasins russes et site de journaux en ligne. Ludmilla pointe l’importante rotation du personnel sur place. « Le boulot est dur, il faut énormément écrire et beaucoup de gens étaient virés : ils manquaient de compétences ou n’avaient pas les capacités pour exprimer ces idées. »

Procès contre l'IRA[modifier | modifier le code]

En juin 2015, Savtchouk attaquait en justice l'« Agence d'investigation de l'Internet», le nom officiel de cette entreprise. Et le 17 août, la justice russe a rendu son verdict : la jeune femme a remporté son procès. Savtchouk aura obtenu le salaire qu'on lui devait, et un rouble symbolique de dommages et intérêts. «Je suis très contente, c'est une victoire. J'ai accompli mon devoir : faire sortir de l'ombre ces trolls informatiques», a déclaré la plaignante à l'AFP[9].

Exemples de trolling[modifier | modifier le code]

Louisiane - Columbia Chemicals[modifier | modifier le code]

Le 11 septembre 2014 vers 11h30, Arthur Duval, directeur du Bureau de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile à la paroisse de Sainte-Marie en Louisiane, reçoit un appel d'un résident qui venait de recevoir un texto dérangeant : "Alerte danger de fumée toxique dans votre zone jusqu'à 13h30", dit le message avant de continuer. "Mettez vous à l'abri, vérifiez les médias locaux et columbiachemical.com. "

La paroisse de St. Mary abrite de nombreuses usines de traitement de produits chimiques et de gaz naturel dont le suivi des accidents dangereux est le travail d'Arthur. Pourtant, il n'avait entendu parler d'aucune fuite toxique ce matin là. St. Mary possède bien une usine Columbia Chemicals aucune information de danger n'avait filtré ce matin. Bientôt, deux autres résidents appellent pour lui signaler le même message. Arthur était inquiet : un de ses employés aurait-il envoyé une alerte sans même le lui dire ?

Si Arthur Duval avait jeté un oeil à Twitter, son inquiétude aurait pu monter en flèche. Des centaines de comptes documentent une catastrophe vue depuis la route. "Une puissante explosion a été entendue à des kilomètres de là dans une usine de produits chimiques à Centerville, en Louisiane #ColumbianChemicals", tweete un homme du nom de Jon Merritt. Le hashtag #ColumbianChemicals est utilisé des centaines de fois en rapport avec des témoignages relatant l'horreur survenue à Centerville. Ksarah12 poste elle une vidéo d'images de surveillance d'une station-service locale qui capture le flash de l'explosion. D'autres partagent des vidéos dans laquelle une épaisse fumée noire s'élève au loin.

Des dizaines de journalistes, médias et politiciens, de la Louisiane à New York, découvrent leur comptes Twitter inondés de messages à propos du désastre. Un autre poste, associé à une capture d'écran de la page d'accueil du site de CNN, démontre que l'histoire fait déjà les informations nationales. Selon une vidéo Youtube, Daesh aurait revendiqué l'attaque. Une femme du nom d'Anna McClaren tweet à Karl Rove : “Karl, Is this really ISIS who is responsible for #ColumbianChemicals? Tell @Obama that we should bomb Iraq!”. Les réactions s'enflamment et les messages se bousculent. Toutefois, le premier curieux qui serait allé sur le site CNN.com n'aurait trouvé aucune information relative à cette attaque par Daesh. Tout était faux ; la capture d'écran, les vidéos, les photos et mêmes les photographes. Ces faux messages d'alertes faisant état d'une catastrophe suivie d'une urgence auraient tous été crées de toutes pièces.[10].

Nuage des mots-clés les plus actives pendant le trolling sur Twitter.

Atlanta - Epidémie d'Ebola[modifier | modifier le code]

Trois mois plus tard, les mêmes comptes diffusent sur Twitter de faux messages concernant une épidémie d’Ebola à Atlanta sous le mot-clé #EbolaInAtlanta, rapidement relayé et repris par les utilisateurs habitant la ville. Une vidéo est ensuite postée sur YouTube[10], montrant une équipe médicale soignant une prétendu victime d’Ebola à l’aéroport d’Atlanta.

Le même jour, un groupe différent lance sur Twitter une rumeur sous le mot-clé #shockingmurderinatlanta, faisant état de la mort d’une femme noire désarmée abattue par la police. Là encore, une vidéo[10] floue et mal filmée est diffusée pour appuyer la rumeur.

Ingérence dans l'élection présidentielle américaine 2016[modifier | modifier le code]

Alex Stamos, chef de la sécurité pour Facebook, déclare en septembre 2017, qu’un groupe probablement russe a acheté pour 100 000 dollars de publicité concernant les sujets sensibles de l’Amérique lors de la campagne électorale de 2016[11]. France 24 souligne que les sujets dont traitent ces publicités étaient le “fonds de commerce du candidat Trump”, aujourd’hui Président des Etats-Unis.

Même si Alex Stamos ne cite pas expressément The Internet Research Agency, lui et d’autres responsables de Facebook soupçonnent les trolls pro-Kremlin. Facebook a d’ailleurs remis ses conclusions au procureur spécial Robert Muller chargé de l’enquête sur l’Affaire Trump et ses liens avec la Russie (voir à ce sujet Accusations d'ingérences russes dans l'élection présidentielle américaine de 2016).

De plus, le journal, Le Monde, révèle dans une vidéo diffusée sur Facebook le 8 novembre 2017[12], que The Internet Research Agency a participé à la propagande favorisant le candidat Trump sur les réseaux sociaux pour mieux diviser la société en exploitant les angoisses des américains. Le journal révèle que The Agency est bien à l’origine de ces posts sur les réseaux sociaux et la soupçonne d’être proche du pouvoir russe.

Liens avec le Kremlin[modifier | modifier le code]

Les liens entre l'IRA et le gouvernement russe ne sont pas encore formellement définis. Selon certains, l'IRA pourrait avoir été fondée par Evgeny Prigozhin, un oligarque dont la société Concord est connue pour ses contrats lucratifs avec le gouvernement russe, ou par Mikhail Burchik, dont le nom apparaît dans des documents révélés par des hackeurs[1]. Pour autant, aucun d'eux n'a fait de déclarations à ce sujet. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a lui assuré que le Kremlin n'avait rien à voir avec cette « Agence d'investigation de l'internet »[6].

Tentatives de l'UE pour combattre le trolling russe[modifier | modifier le code]

Le site internet EUvsDisinfo fait partie d'une campagne pour mieux prévoir, traiter et répondre à la désinformation pro-Kremlin. La campagne «UE contre la désinformation» est gérée par le groupe de travail East Stratcom du Service européen pour l'action extérieure. L'équipe a été mise en place après que les chefs d'État et de gouvernement de l'UE aient souligné la nécessité de contester les campagnes de désinformation de la Russie en mars 2015[13].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Russie. Une armée de trolls au service de Poutine », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  2. (en) ShareAmerica, « Trolls: Everything you wanted to know | ShareAmerica », ShareAmerica,‎ (lire en ligne)
  3. Max Seddon, « Documents Show How Russia’s Troll Army Hit America », sur BuzzFeed (consulté le 7 octobre 2017)
  4. (en) Leo Benedictus, « Invasion of the troll armies: from Russian Trump supporters to Turkish state stooges », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne)
  5. (en) Adrian Chen, « The Agency », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  6. a et b « L'usine à trolls du Kremlin condamnée par la justice russe », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 6 juin 2017)
  7. « Propagande russe : Lioudmila Savtchouk, petit soldat de la « guerre de l’information » », sur tempsreel.nouvelobs.com, (consulté le 7 octobre 2017)
  8. « Propagande russe: Lioudmila, petit soldat de la "guerre de l'information" menée par la Russie », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  9. « L'usine à trolls du Kremlin condamnée par la justice russe », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 7 octobre 2017)
  10. a, b et c (en) Adrian Chen, « The Agency », The New York Times Magazine,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  11. « L'Internet Research Agency : cette usine à "trolls" russe dans le collimateur de Facebook - France 24 », France 24,‎ (lire en ligne)
  12. « Le Monde », sur www.facebook.com (consulté le 15 novembre 2017)
  13. (en) « About », EU vs DISINFORMATION, {{Article}} : paramètre « année » ou « date » manquant (lire en ligne)