Sergueï Lavrov

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Sergueï Lavrov
Illustration.
Sergueï Lavrov en 2019.
Fonctions
Ministre russe des Affaires étrangères
En fonction depuis le
(18 ans, 5 mois et 10 jours)
Président Vladimir Poutine
Dmitri Medvedev
Vladimir Poutine
Président du gouvernement Mikhaïl Fradkov
Viktor Zoubkov
Vladimir Poutine
Dmitri Medvedev
Mikhaïl Michoustine
Gouvernement Fradkov I et II
Zoubkov
Poutine II
Medvedev I et II
Michoustine
Prédécesseur Igor Ivanov
Représentant permanent de la Fédération de Russie au Conseil de sécurité de l'ONU (en)

(9 ans, 9 mois et 20 jours)
Président Boris Eltsine
Vladimir Poutine
Président du gouvernement Viktor Tchernomyrdine
Sergueï Kirienko
Ievgueni Primakov
Sergueï Stepachine
Vladimir Poutine
Mikhaïl Kassianov
Mikhaïl Fradkov
Gouvernement Tchernomyrdine I et II
Kirienko I
Primakov I
Stepachine I
Poutine I
Kassianov I
Fradkov I et II
Prédécesseur Iouli Vorontsov
Successeur Andreï Denissov
Biographie
Nom de naissance Sergueï Viktorovitch Kalantarian
Date de naissance (72 ans)
Lieu de naissance Moscou (URSS)
Nationalité Russe
Parti politique Russie unie
Diplômé de Institut d'État des relations internationales

Signature de Sergueï Lavrov

Sergueï Lavrov
Ministre des Affaires étrangères

Sergueï Viktorovitch Lavrov (en russe : Сергей Викторович Лавров [sʲɪrˈgʲej ˈvʲiktərəvʲɪtɕ ɫɐvˈrof][1]), né le à Moscou (URSS), est un diplomate et homme politique russe. Membre du parti Russie unie, il est ministre des Affaires étrangères depuis 2004.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et études[modifier | modifier le code]

Il naît à Moscou d'un père arménien originaire de Tbilissi, dont le patronyme serait Kalantarian[2]. Sa mère russe, originaire de Noguinsk, est fonctionnaire au ministère du Commerce intérieur soviétique. Il étudie à l'école secondaire no 2 de Noguinsk, puis reçoit une médaille d'argent de l'école no 607 (ru) de Moscou avec enseignement renforcé en anglais, à la fin de ses études secondaires.

En 1972, il sort diplômé à Moscou de l'Institut d'État des relations internationales du ministère des Affaires étrangères de l'URSS.

Il parle couramment le cinghalais (langue officielle du Sri Lanka), le divehi (langue officielle des Maldives), l'anglais, et a un niveau correct en français[3].

Sergeï Lavrov est marié à Maria Lavrova depuis 1971[4].

Carrière de diplomate[modifier | modifier le code]

En 1972, il est attaché auprès de l'ambassadeur de l'URSS au Sri Lanka. De 1976 à 1981, il travaille au département des organisations internationales du ministère des Affaires étrangères de l'URSS. De 1981 à 1988, il est premier secrétaire, conseiller puis conseiller en chef de la représentation permanente de l'URSS auprès de l'ONU. De 1988 à 1990, il est le chef adjoint du département des relations économiques internationales du ministère des Affaires étrangères de la Russie. De 1990 à 1992, il est le directeur du département des organisations internationales et des problèmes globaux du ministère des Affaires étrangères.

De 1992 à 1994, il est vice-ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, sous la présidence de Boris Eltsine. De 1994 à 2004, il est le représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l'ONU. Il acquiert durant cette période une bonne connaissance du fonctionnement du Conseil de sécurité de l'ONU[2].

Ministre des Affaires étrangères[modifier | modifier le code]

Il remplace Igor Ivanov au poste de ministre des Affaires étrangères de la Russie le . Il possède le rang d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie. Il est membre permanent du conseil de sécurité de Russie.

Il entretient de mauvais rapports avec la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice[5]. Le Daily Telegraph révéla le que le ministre employa dans une conversation téléphonique avec son jeune homologue britannique David Miliband, dans le contexte du conflit russo-géorgien en Ossétie du Sud d' : « Who are you to fucking lecture me[6]? », ce qui fit la une des tabloïds anglais[7]. Entre 2008 et 2012, sous la présidence de Dmitri Medvedev, plus libéral que son prédécesseur et successeur Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov se fait plus mesuré, s'abstenant de critiquer l'intervention militaire franco-britannique en Libye et s'opposant à des lois anti-américaines votées par la Douma[8].

À partir de 2013, il est particulièrement actif dans la défense d'un statu quo à propos de la guerre civile syrienne en refusant une intervention militaire non encadrée par l'ONU[9] et en signant avec son homologue américain John Kerry à Genève une résolution mettant sous contrôle international les armements chimiques de l’État syrien, ce à quoi s'oppose la rébellion islamiste. La médiation de Lavrov et l'intervention russe en Syrie seront analysées comme un véritable « succès international » pour la Russie[5]. Il n'a par ailleurs pas donné suite à la politique de « reset » (en) entre les États-Unis et la Russie voulue par Barack Obama[8].

En 2014, il est en première ligne face au secrétaire d'État américain John Kerry, qu'il rencontre plusieurs fois dans le cadre de la crise de Crimée et des suites de la révolution de Maïdan.

Lorsque la Russie attaque l'Ukraine fin février 2022, il est envoyé en première ligne pour parler aux médias du monde entier et justifier les actions de la Russie. Il porte le discours officiel de l'État russe (qualifié de propagandiste et mensonger par une grande partie de la communauté internationale), et se distinguerait par ses mensonges et approximations. Il insiste sur la volonté du gouvernement russe de « dénazifier » l'État ukrainien (les partis pouvant s'apparenter au nazisme en Ukraine ne faisant pas plus de 2 % aux élections, ce narratif serait hautement contestable). Il nie également les frappes russes sur une maternité à Marioupol, et rejette la responsabilité sur l'Ukraine. Sergueï Lavrov multiplierait les mensonges durant cette crise, et sa crédibilité internationale, longuement construite au fil des décennies, en est grandement affectée. Ses interventions à l'ONU sont boycottées par des centaines de pays, en signe de solidarité avec le peuple ukrainien[10].

Doctrine politique[modifier | modifier le code]

Sergueï Lavrov avec Ban Ki-moon, John Kerry et Lakhdar Brahimi (Montreux, 21 janvier 2014).

Sergueï Lavrov se donne pour modèle Alexandre Gortchakov, ministre des Affaires étrangères d'Alexandre II, qui après la défaite de la guerre de Crimée avait restauré la position de la Russie face aux puissances européennes[5]. Il a été marqué par la gestion américaine de la guerre du Kosovo, confirmant le déclassement international de la Russie[5]. La proclamation unilatérale de l’indépendance du Kosovo (2008) formera un précédent que Lavrov rappellera lors du rattachement de la Crimée à la Russie en 2014[11],[12].

Il est l'un des hommes clefs du gouvernement de Vladimir Poutine et l'un des rares dirigeants à occuper un tel poste depuis le début de ses présidences[5]. Il bloque par veto cinq résolutions devant ouvrir la voie à une intervention militaire atlantiste en Syrie sous couvert de l'ONU, ce qui lui vaut dans les chancelleries occidentales le surnom de « Minister Niet »[13]. Suivant le président russe dans son entreprise de retrouver l'influence de son pays du temps de l'URSS, il est un défenseur résolu de la non-ingérence et de l'inviolabilité des frontières (en particulier lors des crises libyennes et syriennes), ce qui l'a parfois placé dans une situation délicate, notamment après la crise ukrainienne de 2014[2].

Condamnant l'extension de l'OTAN vers l'Est, « toujours plus près de la frontière russe », il affirme qu'elle constitue « la source de tous les problèmes systémiques qui ont surgi dans les relations que la Russie entretient avec les États-Unis et l'Union européenne »[5] ; c'est à ce titre que l'historien Georges-Henri Soutou le comparait à un « nouveau Metternich »[14].

Pour Evguenia Obitchkina, professeur au MGIMO, « à la différence des diplomates soviétiques contaminés par l'idéologie, Sergueï Lavrov perpétue la tradition étatiste de la puissance russe et maintient parfaitement le cap fixé par le président »[8].

Controverses[modifier | modifier le code]

Sanctions[modifier | modifier le code]

Dans le cadre des sanctions de 2022, sa fille Ekaterina Vinokourova et Polina Kovaleva[4], fille de sa maîtresse supposée[évasif] Svetlana Poliakova, sont sanctionnées par les autorités britanniques[15]

À 21 ans, Polina Kovaleva a acheté comptant un appartement à Londres pour 5 millions d’euros. Sa mère Svetlana Poliakova, proche de Sergueï Lavrov, possède une collection de voitures de luxe (dont une Mercedes-Maybach GLS 600 estimé à 250 000 euros) et un appartement de 260 m² à Moscou estimé à 6 millions d’euros[4].

Antisémitisme[modifier | modifier le code]

Le , lors d'une interview pour la télévision italienne, Sergueï Lavrov déclare à propos du président Zelensky qu'être à la fois juif et nazi n'est pas incompatible, en affirmant que « Hitler avait aussi du sang juif »[16],[17],[18]. Israël s'alarme alors de propos « scandaleux, impardonnables et une horrible erreur historique », tandis que le gouvernement ukrainien dénonce des « théories du complot » révélatrices d'un « antisémitisme profondément enraciné au sein des élites russes »[16],[17]. Le , Moscou répond en accusant Israël de soutenir le « régime néonazi de Kiev », en affirmant dans un communiqué que « l'histoire connaît malheureusement des exemples tragiques de coopération entre juifs et nazis »[19],[17]. Le , Israël affirme avoir reçu des excuses de la part de Vladimir Poutine[20].

Décorations[modifier | modifier le code]

Sergueï Lavrov se voyant remettre les insignes du Grand cordon de l'ordre du Mérite pour la Patrie de la main de Vladimir Poutine (2015).

Décorations russes[modifier | modifier le code]

  • Orden for Service I Première classe de l'ordre du Mérite pour la Patrie (1re classe en 2015, 2e classe en 2010, 3e classe en 2005 et 4e classe en 1998).
  • Orden of Honour Médaille de l'ordre de l'Honneur (1996).
  • Ribbon Bar of None.svg Médaille d'honneur de l'ordre du service diplomatique de la Fédération de Russie (2004).
  • Ribbon Bar of None.svg Médaille de l'ordre de saint Daniel de Moscou, 1re classe (2010), décernée par le patriarche de l'Église orthodoxe russe, et 2e classe.

Décorations étrangères[modifier | modifier le code]

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation en russe retranscrite selon la norme API.
  2. a b et c Isabelle Lasserre, « Sergeï Lavrov, le Tayllerand de la diplomatie russe », in Le Figaro, jeudi 17 avril 2014, page 8.
  3. La fabrique des diplomates de Poutine sur le site www.lexpress.fr, 11 mars 2016
  4. a b et c Lavrov méprise la “décadence de l'Occident”, mais sa belle-fille mène la grande vie à Londres, 7 sur 7, 12 mars 2022
  5. a b c d e et f « Sergueï Lavrov, pilier géopolitique de Poutine », Frédéric Pons, Conflits, no 10, juillet-août-<, p.16-19
  6. Ce qui pourrait se traduire par : « Mais putain, qui es-tu pour me faire la leçon ? ».
  7. 'Who the f*** are you to lecture me?': Russian minister's extraordinary rant at David Miliband, dailymail.co.uk, 13 septembre 2008
  8. a b et c Pierre Avril, « Sergueï Lavrov, diplomate charmeur et intransigeant », Le Figaro Magazine, semaine du 16 décembre 2016, page 24.
  9. Pierre Avril, « Lavrov, le nouveau "M. Niet" russe », in Le Figaro, vendredi 13 septembre 2013, page 6.
  10. Stuart Williams, « Sergueï Lavrov, le roi de la diplomatie russe devenu un paria », latribune.ca, 2 mars 2022.
  11. Lavrov reminds of Kosovo recognition in connection with Crimea's reunification with Russia, tass.ru, 4 février 2015
  12. Interview by the Russian Foreign Minister, Sergey Lavrov, in a special edition of the programme “Voskresny vecher s Vladimirom Solovyovim” on the “Russia 1” TV channel, Moscow, 11 April 2014
  13. « Lavrov, minister niet », sur huffpostmaghreb.com,
  14. « Sergueï Lavrov », sur Les Echos, (consulté le )
  15. « Guerre en Ukraine : Londres sanctionne les filles de Poutine et de Lavrov », Le Figaro, 8 avril 2022.
  16. a et b «Hitler avait aussi du sang juif» : Israël fustige les propos de Sergueï Lavrov, Le Figaro avec AFP, 2 mai 2022.
  17. a b et c Louis Imbert, Les provocations antisémites de la Russie obligent Israël à sortir de sa réserve, Le Monde, 4 mai 2022.
  18. Thierry Oberlé, Guerre en Ukraine: les déclarations antisémites de Lavrov poussent Israël dans le camp de Kiev, Le Figaro, 3 mai 2022.
  19. Moscou accuse Israël de «soutenir le régime néonazi de Kiev», Le Figaro avec AFP, 3 mai 2022.
  20. Propos de Lavrov sur Hitler : Poutine a présenté ses excuses à Israël, Le Figaro avec AFP, 5 mai 2022.
  21. « Foreign Minister Sergey Lavrov’s remarks at the presentation of the Order of the Serbian Flag, First Class, Belgrade, December 12, 2016 », sur mid.ru,

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]