Hergé
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| Hergé | |
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| Nom de naissance | Georges Prosper Remi |
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| Surnom(s) | Hergé |
| Naissance | 22 mai 1907 |
| Décès | 3 mars 1983 (à 75 ans) |
| Nationalité | Belgique |
| Profession(s) | Dessinateur, scénariste |
| Distinctions | 1973 : Grand Prix Saint-Michel 1977 : Médaille de vermeil de la Ville d'Angoulême 1978 : Grade d'officier de l'Ordre de la Couronne |
| Famille | Germaine Kieckens (épouse de 1932 à 1960) Fanny Rodwell (épouse de 1977 à 1983) |
Hergé, de son vrai nom Georges Prosper Remi[1] (né le 22 mai 1907 à Etterbeek et mort le 3 mars 1983 à Woluwe-Saint-Lambert (Belgique), est un auteur de bande dessinée belge francophone, principalement connu avec les Aventures de Tintin et Milou.
[modifier] Biographie
[modifier] Une jeunesse bruxelloise
[modifier] Origines familiales
Georges Prosper Remi est né au 25 rue de la Cranz à Etterbeek, une commune de l'agglomération bruxelloise, le 22 mai 1907. Ses parents appartiennent à la classe moyenne bruxelloise : Alexis Remi (1882–1970) est employé dans la maison de confection pour enfants Waucquez (à Saint-Gilles) et Élisabeth Dufour (1882–1946), ancienne couturière, est sans profession[2]. Son père était né d'une union illégitime entre une servante, Léonie Dewigne (1860-1901) et Gaston comte Errembault de Dudzeele (1847-1929) chez les parents de qui elle travaillait à Chaumont-Gistoux. Cette affaire a fait évoquer à Serge Tisseron le poids d'un secret de famille dans son œuvre[3]. Après la naissance de Georges, la famille Remi ne va cesser de déménager. Le 11 juin 1908, ils s'installent au 34 de la rue de Theux à Etterbeek, la demeure de Joseph-Antoine Dufour et Antoinette Roch, les parents d'Élisabeth. Une friction familiale fait partir le jeune couple qui s'installe le 12 janvier 1912 au 57 avenue Jules Malou dans la même commune. Le 26 mars de la même année, naît à Ixelles Paul Remi (1912-1986), le frère cadet de Georges avec qui les contacts sont très lâches. Le lendemain, les Remi élisent domicile au 91 rue de la Theux à Ixelles[4].
[modifier] La Belgique occupée (1914-1918)
Selon les propres mots d'Hergé, le petit Georges était un enfant insupportable « particulièrement lorsque ses parents l'emmenaient en visite. » L'un des remèdes les plus efficaces est de lui fournir un crayon et du papier[5]. Le 29 septembre 1913, le jeune garçon de 6 ans, entre à l'école communale de l'Athénée à Ixelles. À peine l'année scolaire est-elle terminée que la Belgique est occupée par l'armée allemande de Guillaume II (20 août 1914). Entretemps, la famille Remi déménage une nouvelle fois 124 rue du Tram à Watermael-Boitsfort dans la banlieue sud de Bruxelles (septembre 1914). Durant sa scolarité à l'école n°3 d'Ixelles, Georges dessine dans le bas de ses cahiers des histoires imagées qui racontent les démêlés d'un petit garçon avec l'occupant allemand[6]. Probablement en raison du décès des époux Dufour, la famille revient s'installer définitivement au 34 rue de la Theux à Etterbeek (août 1917). En mars 1918, Georges croque un dessin dans le carnet de poésie de son amie Marie-Louise van Cutsem surnommée « Milou »[7]. À l'occasion du premier anniversaire de l'Armistice en novembre 1919, Georges Remi compose une vaste fresque patriotique faite de craies de couleur dans laquelle les soldats belges « flanquaient une solide râclée à l'armée allemande »[8].
[modifier] Les études secondaires et le scoutisme (1920-1925)
Suite à une année scolaire 1918-1919 plutôt médiocre, le patron du père d'Hergé, Monsieur Waucquez, conseille à son ouvrier de placer Georges dans un établissement catholique. Ce dernier entre à l'Institut Saint-Boniface de Bruxelles dirigé par l'abbé Pierre Fierens ; il est âgé de 13 ans (1920). Malgré une légende tenace répandue par Hergé lui-même, l'élève se montre excellent dans toutes les matières (même en dessin)[9]. Au dernier trimestre, le prix de dessin ne lui est pas décerné au grand dam de ses camarades et le professeur de dessin répond :
« Bien sûr, Remi mérite mieux ! Mais il fallait dessiner des épures, des prismes et autres objets avec ombre portée... Chez ce garçon, un autre dessin est inné ! Ne vous en faites pas, on en reparlera. »
— Abbé Proost, professeur de dessin de Georges Remi (1920)[10].
En 1918, Georges Remi avait rejoint les « Boys-Scouts de Belgique » (organisme laïque) avant de les abandonner en 1921 pour la « Troupe Saint-Boniface » du collège. Le jeune garçon vit ce changement avec beaucoup de tristesse[11]. Durant le début des années 1920, l'adolescent prend plaisir dans le scoutisme qu'il considère comme la grande affaire de sa jeunesse. Il devient rapidement chef de la patrouille des « Écureuils » et reçoit le nom totémique de « Renard curieux »[12]. À l'époque, Georges Remi poursuit ses croquis, notamment lors des camps d'été (en Autriche, en Suisse, en Italie), et en fait paraître à partir de 1922 dans la revue du collège Le Boy-Scout[13]. Enfin, probablement suite à ses cours d'anglais et à sa passion pour le scoutisme, le jeune Remi est fasciné par l'Amérique des cow-boys et des indiens comme le prouvent ses cahiers de l'époque qui fourmillent de visages qu'il commence à signer « Hergé » (Remi Georges) (1924)[14]. Au même moment, il dessine une vaste fresque sur un mur du collège Saint-Boniface (vers 1922), redécouverte par hasard en 2007 : elle est composée d'une scène de chevaliers en armure, de cow-boys et d'indiens ![15]
[modifier] La première carrière de dessinateur (1925-1929)
[modifier] L'entrée au Vingtième Siècle et les aventures de Totor
Durant les années 1920, les réalisations d'Hergé restent encore très modestes. Bien qu'il illustre des articles et des couvertures de mensuels de gags scouts, la technique reste maladroite. En 1925, à la fin de ses études au collège Saint-Boniface, le jeune homme entre comme secrétaire au quotidien catholique et conservateur Le Vingtième Siècle sous l'impulsion de René Weverbergh, chef de la troupe d'Hergé et administrateur du Boy-Scout belge. Le journal est dirigé par l'autoritaire abbé Norbert Wallez dont la ligne éditoriale est cléricale et nationaliste. Employé au service des abonnements, Hergé continue de publier en parallèle pour la revue du Boy-Scout des planches de gags[16]. Cette surcharge de travail quotidien empêche le jeune Remi de poursuivre sa relation avec Marie-Louise van Cutsem « Milou »[17]. Dès ces premiers mois de collaboration au journal catholique, Hergé anime la rubrique « Le Coin des petits » qu'il illustre par le biais de trois récits pour enfants écrits par René Verhaegen : « Une petite araignée de voyage » (novembre 1925-janvier 1926), « Popokabaka » (1er mars-26 juillet 1926) et « La Rainette » (2 août-25 octobre 1926)[18]. En outre, durant le mois de juillet 1926, il réalise sa première série, intitulée « Totor, C.P. des Hannetons ». Les aventures de ce scout débrouillard, souvent reconnu comme l'ancêtre de Tintin, paraissent régulièrement jusqu'en décembre 1926 avant d'être momentanément interrompues (en raison du service militaire d'Hergé) pour réapparaître en décembre 1927. Conscient du talent de leur fils, les parents de Georges se décident finalement à l'inscrire à l'école Saint-Luc, en vain :
« J'y suis allé un soir à l'école Saint-Luc, mais comme on m'y avait fait dessiner un chapiteau de colonne de plâtre et que ça m'avait ennuyé à mourir, je n'y suis plus retourné. »
— Interview d'Hergé[19].
Affecté au 1er Régiment de chasseurs à pied, Georges Remi parvient jusqu'au grade de sergent. Cet intermède militaire se retrouve dans une partie des illustrations de l'artiste qui se moque du commandement militaire[20].
[modifier] Le Petit Vingtième : le point de départ
Acquitté de son service militaire, Hergé revient au Vingtième Siècle durant l'automne 1927. L'abbé Wallez le charge alors des tâches d'illustrateur et de reporter-photographe. Satisfait du travail d'Hergé, le directeur lui confie la responsabilité du nouveau supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse pour agrandir le nombre de lecteurs : Le Petit Vingtième[21]. Poussé par Wallez, Hergé s'instruit en dévorant de nombreux ouvrages afin de donner plus de précisions à ses illustrations. À la même époque, il fait la connaissance au sein du journal d'une jeune secrétaire, Germaine Kieckens, avec qui il se mariera quatre ans plus tard. Le premier numéro du Petit Vingtième paraît le 1er novembre 1928[22]. L'artiste y propose dans un premier temps « Les aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet », une série qui raconte l'histoire de trois jeunes adolescents et d'un porc connaissant diverses aventures, sur un scénario de l'abbé Desmedt, un rédacteur sportif du journal. L'histoire se déroule sur un fond colonialiste et proclérical, toujours en vogue à l'époque (on fête en 1927 le cinquantième anniversaire de la découverte du Congo par Stanley), en particulier lorsque les enfants, prisonniers dans un village de « cannibales », sont sauvés par la bienveillance d'un missionnaire catholique. La série se poursuit jusqu'en mars 1929[23]. Enfin, pour donner plus de clarté à ses dessins, l'artiste abandonne le dessin artisanal du XIXe siècle et adopte la nouvelle technique de la photogravure, technique simple mais efficace (traitement des plaques à l'acide). Pressentant le talent et la personnalité du jeune dessinateur, l'abbé Wallez est le premier à lui donner le coup de pouce décisif :
« L'abbé Wallez a eu sur moi une énorme influence, pas du point de vue religieux, mais il m'a fait prendre conscience de moi-même, il m'a fait voir en moi »
— Interview d'Hergé[24].
[modifier] Collaborations au Boy-Scout belge et à l'Action Catholique (1927-1929)
En parallèle de son activité au Vingtième Siècle, Hergé a préservé des rapports étroits avec ses camarades scouts et les abbés qu'il a côtoyés à Saint-Boniface. Au cours de l'année 1927, le Boy-Scout devient le Boy-Scout belge au sein duquel il continue à faire paraître, jusqu'en juillet 1929 et à raison d'une planche par mois, les aventures de Totor. En 1928, une publicité vante les articles de culture générale, de formation technique scout, des événements du mois, de sciences naturelles, de nouvelles des troupes...[25] Hergé y dessine presque tout : la couverture de présentation qu'il modernise, les cartes postales, les illustrations d'articles. D'autre part, le dessinateur collabore aussi à diverses publications des mouvements d'Action Catholique. Le rôle de ce mouvement, mis au point par Léon XIII et poursuivi par le cardinal Mercier, est de relancer l'enthousiasme religieux qui commence à péricliter au sein de la société belge et plus largement européenne. Pour Hergé, il s'agit de réaliser les têtes de rubriques, d'illustrations de contes, de petits gags et aussi l'emblème de la Jeunesse Indépendante Catholique (JIC) : l'aigle noir tenant le bouclier armorié JIC[26]. Le 16 décembre 1928, pour accroître davantage l'audience du quotidien, l'abbé Wallez lance un supplément « culturel » intitulé Le Vingtième Siècle Artistique et Littéraire. Georges Remi est comme d'habitude chargé du dessin, il illustre des centaines de romans : Ilias de Léon Tolstoï, La Belle histoire de Geneviève d'Henri Lavedan... Durant cette période, l'artiste approfondit et précise son coup de crayon[27].
[modifier] Tintin et Milou au Petit Vingtième (1929-1931)
[modifier] Le goût pour la bande dessinée
À la fin des années 1920, Hergé découvre par l'intermédiaire de Léon Degrelle, correspondant du Vingtième Siècle au Mexique, la bande dessinée américaine faisant sortir directement les paroles de la bouche des personnages. Depuis la fin du XIXe siècle le comic strip est très populaire aux Etats-Unis et s'adresse avant tout aux enfants. Le tournant des années 1930 exporte le genre en Europe occidentale. Les séries américaines les plus célèbres sont Krazy Kat de George Herriman qui paraît dans The New York Evening Journal depuis 1913 ou encore les Katzenjammer Kids de Rudolph Dirks dans le New York Journal depuis 1897. En France, le genre est déjà utilisé depuis peu par le dessinateur des aventures de Zig et Puce (1925), Alain Saint-Ogan. Jusqu'ici, les dessins de l'artiste belge n'étaient que de simples textes mis en images : désormais il va créer une véritable bande dessinée[28]. Parallèlement, Hergé publie toujours dans d'autres revues. Il dessine sept planches pour l'hebdomadaire satirique Le Sifflet (en particulier le numéro du 30 décembre 1928), une histoire intitulée La Noël du petit enfant sage au contenu scatologique. Pour la première fois, Hergé présente ses dialogues exclusivement au sein de bulles[29] À la fin de l'année 1928, songeant à abandonner l'histoire considérée comme « ennuyeuse » de « Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet », Hergé reprend les planches de Totor dont il modifie le nom, qu'il accompagne d'un petit fox terrier (« Milou » peut-être en référence à son ex-amie Marie-Louise van Cutsem ?) et en lui donnant un nouveau métier : celui de reporter. Mis au courant du projet, l'abbé Wallez, admirateur de Mussolini et virulent anticommuniste, propose d'envoyer ce nouveau personnage, auquel les enfants s'identifieraient, en URSS pour en dénoncer les crimes qui y sont perpétrés[30] : dès ses origines, Tintin aura une fonction politique.
[modifier] Le lancement des Aventures de Tintin et Milou
Georges Remi a toujours su s'adapter au contexte dans lequel il se trouvait. Au milieu des années 1920, il dessinait Totor, chef de patrouille comme lui. En 1929, devenu reporter au Petit Vingtième son nouveau héros devient naturellement reporter pour le même journal. Selon l'auteur lui-même, le visage de Tintin lui a été inspiré par son frère cadet Paul : le visage rond et la houpette alors que d'autres voient une certaine ressemblance avec le jeune navigateur danois Palle Huld, adepte des culottes de golf qui fit le tour du monde en 1928[31]. Le 10 janvier 1929, Tintin fait donc son entrée dans Le Petit Vingtième. Hergé exécute et livre deux planches par semaine qui « enchaînent gags et catastrophes sans bien savoir où son récit l'entraîne »[32]. Quant au choix de la destination, la Russie soviétique (URSS), il ne vient pas d'Hergé lui-même mais de la direction du journal profondément anticommuniste. Bien entendu le dessinateur ne se rend pas sur place et s'inspire pour son histoire d'une source unique : le livre Moscou sans voiles, sous la plume de Joseph Douillet, paru en 1928[33]. L'hebdomadaire catholique français Cœurs vaillants reprend l'histoire mais l'adapte en y ajoutant des textes explicatifs, ce qui révolte Hergé. Au terme des 138 planches (1er mai 1930), les traits de Tintin se sont affirmés, passant des premiers dessins « du gros scout lourdaud et ridicule (...) au personnage que nous connaissons désormais. » Au début de 1930, l'aventure est assemblée dans un album publié à seulement 5 000 exemplaires[34]. Avant même la fin de la publication des planches, une fausse lettre de la Guépéou arrive au bureau de Petit Vingtième, lui demandant de mettre un terme à l'activité du reporter virtuel : selon Benoît Peeters, « il s'agit déjà d'accréditer l'existence de Tintin. »[35]
[modifier] Les premiers succès d'Hergé
Le 23 janvier 1930, le dessinateur crée deux nouveaux personnages de la moyenne bourgeoisie bruxelloise : Quick et Flupke. Cette nouvelle bande dessinée paraît dans les pages du Petit Vingtième de façon continue, tous les jeudis, jusqu'en 1935, puis de façon plus irrégulière jusqu'en 1940 (seulement 19 gags entre 1937-1940). D'après l'auteur lui-même :
« Quick était le surnom d'un de mes amis. Pour Flupke, j'ai pris Flup (Philippe) et le "ke" flamand signifie "petit". Flupke c'est "petit Philippe" »
— Interview d'Hergé[36].
Selon B. Peeters, les Exploits de Quick et Flupke semblent rassembler « tous les éléments que ses autres albums n'étaient pas en mesure d'intégrer. » Ici aucun exotisme, mais de simples planches de gags causés par les enfants eux-mêmes, le souvenir d'une « enfance endiablée » pour Hergé[37]. Mais l'artiste est surtout occupé ailleurs : en mai 1930, commençant à se rendre compte du succès de Tintin, il imagine déjà une suite. L'abbé Wallez a l'idée de mettre en scène le retour de Tintin de son voyage soviétique :
« Le jour venu, je suis parti avec un garçon [Lucien Pepperman] qu'on avait désigné pour incarner Tintin (...). Je l'avais affublé d'un costume à la russe et de belles bottes rouges ; pour faire plus réaliste nous avions emprunté tous deux le train en provenance de Cologne, c'est-à-dire le train de l'Est, de la Russie (...). J'étais persuadé que nous débarquerions dans un grand désert. Or, à ma grande stupéfaction il y avait foule. »
— Interview d'Hergé[38].
Au final, les demandes s'accroissent. Le Petit Vingtième double, puis triple, et enfin sextuple son tirage le jour où paraît le fameux Tintin[39]. La même année, Hergé se voit pourvoir un assistant en la personne de Paul Jamin qui sera plus tard connu en tant que caricaturiste sous le pseudonyme d'Alidor. Dans l'élan d'une tradition coloniale qui le marque depuis le milieu des années 1920, Hergé décide, sous les ordres de l'abbé Wallez, d'envoyer son personnage en Afrique, dans la province belge du Congo[40]. Propriété des souverains belges depuis 1908, la province congolaise est, au début des années 1930, confrontée à une pénurie de main-d'œuvre. Tintin s'y rend, non plus pour critiquer, mais pour faire valoir le domaine africain. L'histoire débute dans les colonnes du Petit Vingtième le 5 juin 1930. Pour établir son histoire, Hergé s'est surtout documenté par le biais du Musée d'Afrique Centrale de Tervuren où se trouve la célèbre statue de l'Aniota à peau de léopard. De fait, 118 planches se succèdent jusqu'au 18 juin 1931[41]. Malgré le peu d'enthousiasme du dessinateur, la seconde aventure du reporter du Petit Vingtième est encore un succès : Tintin et Milou reviennent triomphalement à la gare du Nord de Bruxelles, devant une foule en liesse. On peut lire dans la presse : « Tintin et Milou accueillis par Quick et Flupke. Dix Congolais les accompagnent ». Le jeune garçon qui représente le héros est costumé en colonialiste[42].
[modifier] L'illustration de romans et de publicités (1929-1932)
Au début des années 1930, Hergé participe peu au supplément Votre Vingtième, Madame mais il réalise des couvertures d'esprit « art-déco » assez étonnantes. C'est l'image de femmes libérées de l'entre-deux-guerres qui transparaît ici, influencées par les années folles venues tout droit des États-Unis. Le dessinateur dresse des portraits de femmes faisant du sport, pilotant une automobile ou en encore un bateau[43]. À partir de la fin des années 1920, Georges Remi offre ses services d'illustrateurs à plusieurs romans bien souvent dans le sillage du scoutisme catholique. Le premier d'entre eux est L'Ame de la Mer (1927) de Pierre Dark, un ancien compagnon de scoutisme. L'année d'après il illustre Mile, histoire d'un membre de patronage de Maurice Schmitz, un ouvrage à succès. Enfin, il s'associe à l'édition de l'Histoire de la guerre scolaire (1932) de Léon Degrelle[44]. En parallèle de ces activités, Hergé réalise des centaines de publicités : le lettrage et la composition sont toujours au rendez-vous. Parmi elles, il y a une affiche de 1928 la « Grande Fancy-Fair : organisée au profit des écoles libres de la paroisse Saint-Boniface », mais aussi des illustrations pour des marques d'amplificateurs (Modulophone, 1930), de tapisseries (J. Lannoy fils, 1928), de magasins de jouets (L'Innovation, 1931)... Cette période d'illustration renforce davantage sa technique et sa précision dans la composition de ses bandes dessinées[45].
[modifier] Hergé, le début d'une industrie (1931-1936)
[modifier] 1931 : l'année de l'Amérique
En mai 1931, Hergé rend visite à Alain Saint-Ogan pour se perfectionner et demander des conseils. Le Français témoigne :
« J'avais oublié cette visite. Mon Dieu ! Qu'avais-je pu dire alors à celui qui devait devenir le créateur de Tintin, célèbre dans le monde entier ? Grâce au Ciel, paraît-il, je ne l'avais pas découragé. »
— Interview d'Alain Saint-Ogan[46].
Plus libre que pour les histoires précédentes, l'artiste se décide enfin à envoyer son héros au pays des cow-boys et des indiens, milieu qu'il affectionne tout particulièrement. Déjà, sur les dernières planches de Tintin au Congo, il avait fait figurer des gangsters américains qui devaient annoncer le prochain scénario, un peu comme si l'auteur avait hâte de passer à l'aventure suivante. Les premières planches des « Aventures de Tintin, reporter à Chicago » apparaissent le 3 septembre 1931 toujours dans le Petit-Vingtième[47]. Pour la première fois, Georges Remi intrègre une personne réelle : Al Capone (1899-1947). Il se documente sur les États-Unis à travers une revue, Le Crapouillot mais aussi des ouvrages, Scènes de la vie future de Georges Duhamel ou encore L'Histoire des Peaux-Rouges de Paul Coze. Contrairement aux deux histoires précédentes, le scénario propose non plus une succession d'épisodes mais un grand mouvement général structurant[48]. Le 17 septembre 1931, quelques jours à peine après l'apparition de Tintin en Amérique, le dessinateur propose une série publicitaire intitulée Tim l'écureuil, héros du Far West publiée dans un petit journal de quatre pages et distribué dans le magasin bruxellois L'Innovation. Quelques années plus tard, l'aventure sera remaniée dans le Petit Vingtième sous le nom de Popol et Virginie au Far West (février 1934). Ce sont les seules histoires d'Hergé mettant en scène des animaux anthropomorphes[49] :
« J'ai essayé de mettre en scène des animaux, et j'ai vu rapidement que ça ne me menait nulle part. J'en suis donc revenu à des personnages humains. »
— Interview d'Hergé[50].
Au tournant de l'année 1931-1932, le dessinateur signe un contrat avec l'éditeur tournaisien Casterman qui aura désormais le privilège d'éditer tous les albums de l'auteur en langue française. Le 20 juillet 1932, Hergé épouse Germaine Kieckens (1906-1995) avec qui il s'installe le mois suivant au 10 rue Knapen à Schaerbeek. L'aventure en Amérique s'achève le 20 octobre 1932, Casterman sort le premier album à la fin de la même année[51].
[modifier] Plein cap sur l'Orient (1932-1934)
Le 8 décembre 1932, apparaît dans le Petit Vingtième les premières planches des « Aventures de Tintin reporter en Orient » (version ancienne des Cigares du Pharaon). Pour la première fois Hergé fait de cette aventure une sorte de roman policier dans lequel on trouve le paramètre « mystère ». Selon B. Peeters, « Les Cigares du Pharaon représentent la quintessence du récit feuilletonesque. On y retrouve (...) la mystérieuse malédiction, la redoutable société secrète, l'indémasquable génie du Mal (...), le poison qui rend fou. »[52] Durant les épisodes du feuilleton, l'artiste joue avec ses lecteurs chaque semaine en proposant la rubrique « Le Mystère Tintin » au sein de laquelle le public doit proposer des solutions pour sortir le héros d'affaire. La malédiction égyptienne est, au début des années 1930, dans l'air du temps. En effet, la société avait été frappée quelques années plus tôt par la mystérieuse affaire du Tombeau de Toutânkhamon. Mais surtout, ce qui fait le nœud gordien de l'histoire ce n'est pas l'égyptologie mais le trafic (armes et drogue), particulièrement virulent à l'époque sur la mer Rouge. D'ailleurs Hergé s'inspire du récit autobiographique de François de Monfreid, Les Secrets de la mer Rouge (1931) qu'il représente dans l'aventure[53]. Dès les premières planches du feuilleton, deux nouveaux personnages apparaissent, des policiers en civil nommés X 33 et X 33 bis (futurs Dupond et Dupont). Au terme des 124 planches, Les Cigares du Pharaon sont achevés le 8 février 1934. Au début des années 1930, Hergé réalise un certain nombre de bandes dessinées à caractère publicitaire. L'une des plus célèbres est Cet aimable M. Mops, composée de huit planches parues dans un agenda édité par un grand magasin bruxellois (1932) ou encore Les Mésaventures de Jef Debakker (quatre planches) pour les Briquettes Union (vers 1934)[54].
[modifier] Tchang Tchong-Jen : un bouleversement dans l'œuvre d'Hergé
Les quatre premières aventures de Tintin restaient maladroites, parfois un peu bâclées et truffées de préjugés. Hergé témoignage sur son rythme de travail :
« C'était réellement du travail à la petite semaine. Je ne considérais pas cela comme un véritable travail, mais comme un jeu, comme une farce. »
— Interview d'Hergé[55].
Durant le printemps 1934, après avoir installé avec deux collaborateurs (José De Launoit et Adrien Jacquemotte) « l'Atelier Hergé » à Bruxelles, Georges Remi annonce à la rédaction du Petit Vingtième qu'il souhaite faire la suite des Cigares du Pharaon en envoyant le jeune reporter en Extrême-Orient, plus exactement en Chine. Quelques semaines plus tard, le dessinateur reçoit une lettre de l'abbé Gosset, aumônier des étudiants chinois à l'Université de Louvain, qui lui recommandait de se documenter sur la Chine. C'est ainsi qu'Hergé fait la connaissance d'un jeune Chinois étudiant à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles : Tchang Tchong-Jen (1907-1998)[56]. Ce dernier fournit une mine d'informations à Hergé dans de nombreux domaines (histoire, géographie, langue, art, littérature et philosophie). Avant cette rencontre, l'artiste belge imaginait encore le mythe du « Jaune » qui mangeait des nids d'hirondelles, portait une natte et jetait les petits enfants dans les rivières :
« C'est à partir de ce moment-là que je me suis mis à rechercher de la documentation, à m'intéresser vraiment aux gens et aux pays vers lesquels j'envoyais Tintin, par souci d'honnêteté vis-à-vis des lecteurs qui me lisaient. »
— Interview d'Hergé[57].
Tchang deviendra un personnage-clé de l'œuvre d'Hergé, sauvé de la noyade par Tintin, et l'un des vrais amis qu'il se fera au cours de ses aventures. Pourtant, Le Lotus Bleu est plus un message politique qu'une histoire pour les enfants. La cinquième aventure de Tintin est l'une des plus engagées de la carrière d'Hergé. Depuis 1931, le Japon cherche à coloniser la Chine pour développer sa puissance économique. La première étape est l'invasion de la Mandchourie (province chinoise septentrionale) qui fait suite à la section d'une voie ferrée japonaise dans cette région (près de Moukden). Cet attentat fut probablement planifié par les Japonais leur donnant le prétexte d'une invasion immédiate de la province. Hergé fait figurer dans l'aventure le « faux attentat » sur la voie ferrée perpétré par les Japonais[58]. Outre par l'intermédiaire de Tchang, Hergé se tient au courant des événements sino-japonais en 1934-1935 via les informations nettement pro-japonaises des medias européens : sur l'une des planches de l'aventure, on voit Tintin allant au cinéma pour visionner les actualités mondiales. L'aventure se termine le 17 octobre 1935 au bout de 124 planches[59]. Durant ces années, le père de Tintin poursuit la réalisation de couvertures de livres ou de publicité. Ainsi, il offre ses services à Paul Werrie, auteur de la Légende d'Albert Ier roi des Belges, tout juste décédé d'une chute en montagne (17 février 1934)[60].
[modifier] Tintin, Milou et les autres (1935-1936)
Après Le Lotus Bleu, Hergé revient à l'aventure d'antant avec L'Oreille Cassée qui démarre le 5 décembre 1935 dans le Petit Vingtième. Avec cette sixième histoire, le dessinateur rompt pour un temps avec le réalisme géographique et historique, puisqu'il ouvre le décor dans des pays imaginaires et surtout il s'attache à poser le récit autour du fétiche arumbaya. Ce choix est en grande partie dû aux pressions faites sur l'auteur à l'issue du Lotus Bleu suite auquel on lui a reproché d'être ouvertement pro-chinois. De nouveau le mystère réapparaît au plus grand bonheur des lecteurs : qui a tué Monsieur Balthazar ? L'action se déroule en Europe puis au San Theodoros et au Nuevo Rico deux territoires inventés par Hergé mais qui reprennent l'ensemble des caractéristiques de l'Amérique latine des années 1930 : les coups d'État à répétition, la forte présence militaire, le libérateur latino-américain à la Simon Bolivar...[61] Comme pour Le Lotus Bleu, il dresse le tableau d'une guerre contemporaine, celle du Gran Chaco (renommée « Gran Chapo »), opposant la Bolivie et le Paraguay (1932-1935) à propos de concessions pétrolières. Sa principale source d'inspiration est encore une fois, la revue Le Crapouillot. Avec L'Oreille Cassée on passe définitivement « du feuilleton au récit bouclé »[62].
Jusqu'en 1935, Les exploits de Quick et Flupke continuent de paraître en parallèle des aventures de Tintin dans le Petit Vingtième. Après cette date, les apparitions se font de plus en plus rares jusqu'à disparaître définitivement :
« J'ai abandonné ces garnements-là parce qu'ils me donnaient beaucoup de soucis alors que Tintin me mobilisait de plus en plus. »
— Interview d'Hergé[63].
Pourtant à travers les deux gamins de Bruxelles, Hergé avait bouleversé la bande dessinée. Les codes traditionnels se sont trouvés modifiés : il apparaît lui-même sur plusieurs planches dans lesquelles il est pris à partie par Quick et Flupke, les personnages se cognent sur le bord des cases en faisant du ski, leur parodie d'Hitler de Mussolini ou enfin ils gomment les éléments du dessin qui leur déplaisent, « le tout dans un esprit d'absolue liberté » note B. Peeters[64]. En 1935, la direction du journal français Cœurs Vaillants adresse une lettre à Hergé en lui commandant un personnage plus réaliste que Tintin « dont le papa travaille, qui a une maman, une petite sœur, un petit animal de compagnie. »[65] Déjà très occupé par l'univers grandissant de Tintin, Hergé ne se sent pas très à l'aise dans un nouvel univers qu'il faut construire de toutes pièces. Cinq épisodes de Jo, Zette et Jocko sont réalisés avant d'être abandonnés à leur tour.
[modifier] La Seconde Guerre mondiale : une césure dans l'œuvre hergéenne (1937-1944)
[modifier] Un avant-goût du conflit à venir (1937-1939)
Le 30 janvier 1936, Georges Remi et son épouse Germaine déménagent pour élire domicile 9 place de Mai à Woluwe-Saint-Lambert. Quelques mois plus tard, l'artiste embarque pour un séjour en Angleterre, au cours duquel il prépare le scénario de sa prochaine aventure placée sous le signe de l'enquête policière sur fond de traditions écossaises. La septième aventure qui apparaît dans les colonnes du Petit Vingtième le 15 avril 1937, est la première à mettre en scène la technique : apparition de la télévision, les machines d'impression des faux-monneyeurs, la place centrale des trains ou encore la Jaguar du Docteur Müller. L'élément principal de l'histoire est bien entendu la « Bête » qui effraie tout le monde (un gorille). Encore une fois, il faut y chercher des éléments contemporains d'Hergé : d'abord le succès au cinéma de King-Kong (1933), une affaire de faux monnayeurs organisée par un personnage germanophone « Müller » (un nazi ?) et surtout les témoignages sur l'apparition du monstre du Loch Ness dans un lac d'Écosse (1934). Hergé a fait un mixte de ces deux paramètres pour établir son énigme[66].
Le 4 août 1938, débutent les premières péripéties de « Tintin en Syldavie ». Comme le note B. Peeters, « les signes annonciateurs du second conflit mondial sont (...) innombrables. Et ce sont eux que l'auteur va prendre comme point de départ de sa fiction. »[67] Hergé crée pour la seconde fois un État imaginaire, le royaume de Syldavie puis la Bordurie, qui empruntent beaucoup de traits à l'ex-Yougoslavie : les personnages coiffés de toques, la charrette de foin, les Alpes dinariques, le pélican (très présent au Monténégro), les minarets de mosquées...[68] En cette année 1938, le contexte international est sensible et Hergé le suit de près. Le 12 mars, les troupes allemandes d'Hitler envahissent l'Autriche c'est l'Anschluss. L'artiste reprend dans l'aventure cet événement qu'il transforme en « Anschluss raté » : la dictature de Bordurie tente de s'emparer, via les moyens que possèdent ces régimes totalitaires, de la Syldavie par l'intermédiaire de Müsstler qui est une synthèse de Mussolini et de Hitler ![69] En faisant de la Syldavie un royaume sympathique et inoffensif, on croit reconnaître comme François Rivière « cette Belgique déguisée en pays slave »[70]. Cette histoire semble, enfin, emprunter de nouveau à l'histoire familiale d'Hergé. Les jumeaux Nestor et Alfred Halambique font sûrement référence à son père et à son oncle (eux-mêmes jumeaux) alors que Bianca Castafiore, inspirée de Renata Tebaldi, pourrait bien être aussi le négatif de la comtesse qui avait recueilli son père et son oncle lorsqu'ils étaient encore des nouveaux nés[71]. Lorsque les dernières planches apparaissent dans le Petit Vingtième, le 10 septembre 1939, Hitler vient de soumettre la Pologne depuis quelques jours : le second conflit mondial vient de commencer.
[modifier] Dans la tourmente de la guerre (1939-1940)
Le 28 juin 1939, les époux Remi s'installent au 17 avenue Delleur à Watermael-Boitsfort. Depuis la fin du mois de septembre, l'auteur a commencé une nouvelle aventure : « Tintin au pays de l'or noir ». En décembre 1939, Hergé publie quatre strips anti-germaniques de Monsieur Bellum (Monsieur « Guerre » en latin) dans l'hebdomadaire bruxellois L'Ouest mais la mobilisation du dessinateur interrompt momentanément la bande et l'avancement de L'or noir[72]. Lieutenant de réserve, Georges Remi est envoyé près de Turnhout comme instructeur dans une compagnie d'infanterie d'expression flamande. Durant cette période (hiver 1939-printemps 1940), il continue d'envoyer -pratiquement- chaque semaine deux planches de Tintin au pays de l'or noir. Cependant, cette correspondance s'interrompt définitivement quand le Petit Vingtième cesse de paraître le 8 mai 1940 pour cause d'occupation allemande[73]. En effet, entre les mois de mai et juin 1940, l'armée allemande écrase d'une manière foudroyante les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. L'officier Paul Remi, frère de Hergé, est alors déporté en Allemagne comme prisonnier de guerre. Depuis le 10 avril 1940, l'artiste est en congé (durée de trois mois) en raison de problèmes de santé. Après les premiers bombardements sur Bruxelles, le couple Remi et leur chat siamois Thaïke se réfugient en Auvergne chez des amis[74]. Avec l'arrêt du Petit Vingtième la situation de Georges Remi se précarise.
Après un court séjour en France, la famille revient en Belgique (30 juin 1940). En octobre, le rédacteur-en-chef du quotidien bruxellois Le Soir et ancien responsable de l'Action Catholique Raymond de Becker, confie à Hergé la responsabilité d'un supplément hebdomadaire consacrée à la jeunesse : Le Soir-Jeunesse. C'est à cette époque, que le dessinateur fait la connaissance du peintre et dessinateur Jacques Van Melkebeke (1904-1983). Cependant, la guerre faisant, le supplément ne connaît pas le même succès que le Petit Vingtième[75]. Sous contrôle allemand, les histoires proposées ne doivent faire référence à aucun sujet brûlant. Le 17 octobre 1940 commence à paraître dans Le Soir-Jeunesse, à raison de deux planches par semaine, Le Crabe aux Pinces d'Or. Mais la pénurie de papier ne tarde pas à réduire les dimensions du supplément.
[modifier] Des habitudes de travail bouleversées (1941-1942)
L'évolution de la neuvième aventure, Le Crabe aux Pinces d'Or, subit les aléas du conflit. De mois en mois, le supplément Le Soir-Jeunesse s'amenuise : alors qu'en octobre 1940 il occupait huit pages (dont deux pour les Aventures de Tintin), en mai 1941 il ne dispose plus que de quatre pages, jusqu'à disparaître le 23 septembre. À partir de ce moment-là, c'est en minuscules strips quotidiens que l'aventure continue d'être publiée. Cette dernière est avant tout célèbre puisqu'elle fait apparaître le capitaine Haddock figure-phare des aventures[76]. Après quelques planches envoyées au journal, Hergé abandonne définitivement les Exploits de Quick et Flupke. Durant ces années d'occupation, les sujets traitent de « littérature d'évasion ». Les 98 planches du « Crabe » sont bouclées le 3 septembre 1941[77]. Entre-temps, la troupe du Théâtre de la Jeunesse présente aux Galeries de Bruxelles une pièce écrite par Hergé et Jacques Van Melkebeke : Tintin aux Indes ou Le Mystère du diamant bleu (avril 1941). C'est d'ailleurs au théâtre que Van Melkebeke présente à Hergé son ami Edgar Pierre Jacobs (1904-1987) qui devient rapidement « décoriste » et coloriste du père de Tintin.
En 1936, Charles Lesnes, introducteur d'Hergé chez Casterman, expliquait au dessinateur qu'il fallait de toute évidence et le plus rapidement possible entrer « dans une voie nouvelle : celle de la couleur ». Trois ans plus tard, Hergé et ses collaborateurs s'étaient mis à l'œuvre et les quatre premiers albums, hormis Tintin au pays des Soviets, étaient achevés. Cependant ces refontes ne concernaient que des encarts colorisés hors-texte au sein des albums en noir et blanc[78]. En revanche, avec l'acquisition par Casterman d'une nouvelle machine offset, les choses évoluèrent. Dès février 1941, Louis Casterman demande à Hergé d'envisager la possibilité de réduire sensiblement le nombre de pages des futurs Tintin pour qu'ils puissent être imprimés en couleur par le procédé offset. Après avoir longuement hésité, Hergé accepte de mettre en couleurs ses histoires et de respecter le cadre des 62 pages[79] :
| Albums | Année de la première édition | Année du premier changement | Année du deuxième changement |
|---|---|---|---|
| Tintin au Congo | Petit Vingtième en 1931 | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 |
| Tintin en Amérique | Casterman en 1932 | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 |
| Les Cigares du Pharaon | Casterman en 1934 | Casterman en 1938 | Casterman en 1942 |
| Le Lotus Bleu | Casterman en 1936 | Casterman en 1939 | Casterman en 1942 |
| L'Oreille Cassée | Casterman en 1937 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| L'Île Noire | Casterman en 1938 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| Le Sceptre d'Ottokar | Casterman en 1939 | Casterman en 1942 | Néant |
| Le Crabe aux Pinces d'Or | Casterman en 1941 | Casterman en 1942 | Casterman en 1943 |
| L'Étoile Mystérieuse | Casterman en 1942 | Néant | Néant |
La tâche étant immense, Hergé doit être épaulé par des collaborateurs, dont Edgar P. Jacobs, qui entament un important travail de refonte et de mise en couleurs des albums d'avant-guerre. L'artiste annonce à l'éditeur son intention d'organiser une « une sorte d'atelier, spécialisé dans ce genre de travail » : Eugène Van Nyverssel, son épouse Germaine, Edgar P. Jacobs, Alice Devos, Guy Dessicy, Franz Jageneau et Monique Laurent forment la première équipe[80]. Pourtant Hergé ne se limite pas uniquement au coloriage des albums, il en profite pour corriger les maladresses de dessin, de découpage, il réécrit lisiblement les textes et enfin il supprime ou ajoute des cases. L'Étoile Mystérieuse est le premier résultat de ce long travail : 176 strips paraissent dans Le Soir du 20 octobre 1941 au 21 mai 1942 remaniés en 62 planches. Au cœur d'une expédition scientifique en Arctique, Hergé prend soin de mettre en scène des ressortissants de pays neutres ou alliés à l'Allemagne (Suède, Espagne, Allemagne, Suisse et Portugal). Étrangement, dans la version d'avant 1945, le navire concurrent lui, est américain. L'œuvre d'Hergé souffre peu de la censure allemande : en 1941, les autorisations de réimprimer Tintin en Amérique et L'Île Noire demandées par Casterman tardent à venir, mais la réédition aura lieu, et aucun album de Tintin ne sera interdit sous l'Occupation. À la fin de l'année 1942, L'Île Noire, L'Oreille Cassée et Le Crabe aux Pinces d'Or sont presque terminés[81].
[modifier] S'évader pour oublier (1942-1944)
Dans sa lancée, Hergé poursuit l'écriture des histoires d'évasion, un peu comme pour faire oublier le quotidien de l'occupation. Le 11 juin 1942, Le Secret de la Licorne, l'aventure d'une chasse au trésor, commence à paraître dans Le Soir. Voulant éviter la monotonie, l'artiste introduit dans son histoire un maximum de fantaisie et de liberté. Pour la première fois, ce sont les personnages secondaires qui perturbent le bon déroulement de l'histoire[82]. Après les Peaux-Rouges de Tintin en Amérique, ici le dessinateur traite d'un autre thème mythique de jeunesse, les corsaires et les pirates. Pour mettre le lecteur dans le bain il le plonge au bord d'un vaisseau de Louis XIV, nommé « La Licorne » (fin du XVIIe siècle), et commandé par un ancêtre du capitaine Haddock[83]. Depuis L'Étoile Mystérieuse, Hergé regrettait de ne pas avoir dessiné le navire d'exploration l'Aurore à partir d'une véritable maquette. Pour la Licorne, il procède autrement en reproduisant très fidèlement les caractéristiques des vaisseaux d'époque dont les maquettes étaient visibles au Musée de la Marine[84]. La suite de l'histoire est poursuivie dans Le Trésor de Rackham le Rouge (à partir du 19 février 1943 dans Le Soir). Cet épisode est célèbre pour l'apparition du professeur Tournesol, personnage haut en couleur, inspiré d'un grand scientifique suisse, le physicien Auguste Piccard (1884-1962). Ce dernier était le concepteur de nombreuses inventions comme le ballon stratosphérique ou le bathyscaphe et il réalisa des plongées sous-marines[85]. L'aventure se termine par l'acquisition du château de Moulinsart, au terme de 183 strips en noir et blanc le 23 septembre 1943.
Au tournant du Trésor de Rackham le Rouge et des Sept Boules de cristal, Hergé introduit le château de Moulinsart et son serviteur Nestor. Il s'agit alors de la demeure historique de la famille Haddock qui est rachetée par le capitaine grâce aux fonds du professeur Tournesol : c'est la fin du « nomadisme » des personnages[86]. Les Sept Boules de cristal d'ailleurs commencent le 16 décembre 1943 dans ce nouveau décor somptueux largement inspiré du château français de Cheverny (avec les ailes extérieures en moins). Dans la lignée des Cigares du Pharaon et de L'Étoile Mystérieuse, Hergé fait de la malédiction d'une statuette inca l'énigme centrale de son histoire. À l'époque, aidé par son collaborateur Edgar P. Jacobs, Hergé s'attache de plus en plus aux décors réels. Dans la banlieue bruxelloise Jacobs repère une villa qui servira de modèle pour la maison du professeur Bergamotte :
« Jacobs avait découvert exactement le genre de villa qui convenait, pas très loin de chez moi, toujours à Boitsfort. Et nous voilà postés devant cette maison, amassant des croquis sans nous inquiéter (...). Notre travail terminé, nous repartons paisiblement. Surgissent à ce moment deux autos grises (...) qui stoppent devant la villa : celle-ci était réquisitionnée et occupée par des SS ! »
— Interview d'Hergé[87].
Cette aventure est probablement celle où l'évolution sera la plus soumise aux aléas de la guerre : la progression est ralentie pour être totalement interrompue avec la Libération de Bruxelles au matin du 4 septembre 1944 par la Division britannique des Guards. L'interruption correspond approximativement à la séquence où Tintin visite l'hôpital[88].
[modifier] Le retour sur le devant de la scène (1944-1954)
[modifier] Les années difficiles (1944-1946)
Quelques jours après la Libération, le 8 septembre 1944, le Haut Commandement Interallié ordonne l'interdiction momentanée de l'exercice des journalistes ayant collaboré à la rédaction d'un journal pendant l'Occupation. Bien qu'il n'avait jamais rédigé d'articles politiques, Hergé avait publié dans Le Soir entre 1940 et 1944. Comme les autres il est mis à l'index et doit stopper toute activité. L'artiste est arrêté par des milices de la résistance. Rapidement libéré, son dossier est classé sans suite[89]. Il évoque cet épisode :
« J'ai été arrêté quatre fois, chaque fois par des services différents, mais je n'ai passé qu'une nuit en prison ; le lendemain on m'a relâché. Je n'ai cependant pas figuré au procès des collaborateurs du Soir, j'y étais en spectateur... Un des avocats de la défense a d'ailleurs demandé : "Pourquoi n'a-t-on aussi arrêté Hergé ?", ce à quoi l'Auditeur militaire a répondu : "Mais je me serais couvert de ridicule !" »
— Interview d'Hergé[90].
Entre fin 1944 et fin 1946, Georges Remi n'a pas le droit de publier. Durant cette période des rumeurs circulent sur son compte. Certains avancent qu'il est devenu fou et d'autres qu'il est mort. En réalité, le dessinateur travaille sur certains de ses albums d'avant-guerre[91]. En 1945, il améliore l'efficacité narrative des images de Tintin en Amérique. De nombreuses planches de l'ancienne édition (version 1932), où certaines maladresses apparaissaient, sont corrigées. L'album est colorisé et calibré en 62 pages. Tintin au Congo est le second album à subir une refonte totale. L'auteur prend soin de modifier certaines séquences de la version en noir et blanc qui pourraient être embarrassantes à une époque sensible. Ce sont les détails colonialistes qui sont « adoucis » comme la célèbre leçon de géographie à des Congolais où Tintin s'exclamait : « Votre patrie la Belgique » (version 1930) devient une leçon de mathématiques : « Deux plus deux égalent ? » (version 1946)[92]. Enfin dernier album concerné, Le Lotus Bleu, dans l'ensemble peu modifié exceptés la colorisation, le calibrage paginal et quelques enrichissements de décor (version 1946). À la même période, Hergé lance avec Edgar P. Jacobs des planches de bandes dessinées sous le pseudonyme de « Olav »[93].
[modifier] Le Journal de Tintin : un nouveau départ (1946-1950)
Le 19 avril 1946, Élisabeth Remi, la mère d'Hergé, décède dans un hôpital psychiatrique (banlieue nord-est de Bruxelles). Au cours de l'été, l'ancien résistant Raymond Leblanc (1915-2008) propose à Hergé d'obtenir pour lui l'autorisation de créer un journal. Leblanc fonde le Journal de Tintin et Hergé devient le directeur artistique des bureaux situés au 55 rue du Lombard à Bruxelles. De nombreux dessinateurs coopèrent dont Edgar P. Jacobs, Jacques Van Melkebeke et Jacques Laudy. Le premier numéro de l'hebdomadaire paraît le 26 septembre 1946[94]. Les conditions de travail ne sont plus celles de l'Occupation ce qui améliorent considérablement la qualité du dessin (format à l'italienne, finesse des couleurs, taille des images...). Après deux ans, d'interruption la suite des Sept Boules de cristal apparaît dans le premier numéro du Journal sous le titre « Temple du Soleil ». Le tournant entre les deux albums s'effectue le 16 janvier 1947. Le Temple du Soleil est la suite de l'histoire précédente. Envoyant ses héros au Pérou, la documentation amassée, avec l'aide d'Edgar P. Jacobs, pour l'occasion est considérable. Outre les croquis et les photos, la source de référence du dessinateur c'est l'ouvrage de Charles Wiener, Pérou et Bolivie (1880). En parallèle du récit de l'aventure, les planches doubles du Journal permettent l'impression en bas de page de documents renseignant le lecteur sur la civilisation précolombienne : ça plaît, c'est un véritable succès[95].
Après avoir contribué à la documentation et au coloriage du Temple du Soleil (1946-1947), Edgar P. Jacobs continue son chemin en se consacrant aux aventures de ses propres héros Blake et Mortimer. Entre-temps, un autre collaborateur essentiel apparaît dans le sillage d'Hergé : Bob De Moor (1925-1992)[96]. Le 16 septembre 1948, Hergé reprend une publication de 56 planches avortée en mai 1940 du fait de la disparition du Petit Vingtième : Tintin au pays de l'or noir. Cette aventure est celle qui connaît le plus de fluctuations. En effet, avant de compléter la suite de l'histoire, Georges Remi fait certaines adaptations aux planches de 1939-1940 : intégrer le capitaine Haddock et le château de Moulinsart. Comme l'exprime B. Peeters : « Véritable fantôme se glissant dans un récit qui n'avait pas été prévu pour lui, Haddock apporte à cet album une note de bizarrerie presque surréaliste. »[97] Apparaissent au cours de cette aventure, l'émir Ben Kalish Ezab et son fils Abdallah inspiré de Fayçal II, fils de Ghazi Ier le roi d'Irak. D'un point de vue politique, c'est le témoignage des tensions qui subsistent pour la conquête du pouvoir sur fond de concessions pétrolières durant les années 1940 et 1950 dans le royaume d'Irak. L'épilogue est publié le 23 février 1950.
[modifier] À la recherche de la perfection : les Studios Hergé
Face aux exigences toujours plus nombreuses des lecteurs, Hergé fonde en 1950 une société dans laquelle il réunit une dizaine de collaborateurs : les Studios Hergé. Bob de Moor, second depuis le départ de Edgar P. Jacobs, est rejoint par Jacques Martin, Roger Leloup et d'autres. Dans le contexte international de l'époque, une partie du monde est entrée dans la Guerre froide. Le sujet de la nouvelle aventure de Tintin a pour toile de fond tantôt le rêve mythique de Jules Verne De la Terre à la Lune (1865) tantôt le contexte d'après-guerre d'utilisation des missiles et fusées. Entre 1948 et 1950, le bloc occidental reprend à son profit la technologie des V2 allemands (fusée Véronique mise au point en 1948)[98]. Afin d'être lavé de tout soupçon, Hergé plante son action dans l'un de ses pays imaginaires , la Syldavie. Le 30 mars 1950, les premières planches de « On a marché sur la Lune » apparaissent dans le Journal de Tintin. Les Studios Hergé amassent une documentation énorme auprès du Docteur Bernard Heuvelmans (une connaissance du groupe). Le fruit de cette collaboration donne naissance à une première planche, écrite par Hergé et Jacques Van Melkebeke (le rédacteur en chef du Journal de Tintin) se passe aux États-Unis avec la participation des professeurs Tournesol et Calys. Jugée médiocre, Hergé l'abandonne tout en continuant la collaboration avec Heuvelmans[99]. Ainsi une maquette de la fusée est conçue pour permettre au décorateur-en-chef d' Objectif Lune (Bob de Moor) de rendre les scènes techniquement plus réalistes. Afin d'éviter la lourdeur documentaire du sujet, Hergé introduit une ligne humoristique au travers du capitaine Haddock, pour rendre l'histoire plus légère. L'aventure se termine le 30 décembre 1953 au terme de 117 planches parues. L'ensemble est scindé en deux albums distincts : Objectif Lune (Casterman, 1953) et On a marché sur la Lune (Casterman, 1954). À la fin des deux épisodes Hergé dresse un jugement sévère : d'une part il est insatisfait de la fin tragique de l'ingénieur Wolff :
« Il fallait sortir de cette impasse et j'ai fini par céder, et par écrire cette sottise : "Peut-être par miracle me permettra-t-il d'en réchapper. (...)" Il n'y a pas de miracle possible : Wolff est condamné sans appel, et il le sait mieux que quiconque. »
— Interview d'Hergé[100].
D'autre part, l'auteur reconnaît que le sujet extraterrestre est étroit et qu'il a, selon lui, fait le tour pour ne plus y revenir :
« Que voulez-vous qu'il se passe sur Mars ou sur Vénus ? Le voyage interplanétaire, pour, moi est un sujet vidé. »
— Interview d'Hergé[101].
Quelques semaines plus tard, le dessinateur achète un étage d'appartement, avenue Louise à Bruxelles, pour y installer les Studios Hergé. Casterman commande à Hergé les planches d'avant-guerre (1935-1939) revisitées et en couleurs de Jo, Zette et Jocko. Les collaborateurs du dessinateur se mettent au travail et cinq albums sont proposés : Le Testament de M. Pump et Destination New-York (1951) reprend les planches du Stratonef, Le "Manitoba" ne répond plus et L'éruption du Karamako (1952), reprend Le Rayon du mystère et enfin La vallée des cobras (1956). Sous les instructions d'Hergé, Jacques Martin s'est personnellement occupé de ce dernier album à l'origine inachevé[102].
[modifier] « Tintin superstar » (B. Peeters)
[modifier] La crise personnelle (1952-1959)
Durant la conception des deux albums précédents, son épouse Germaine Remi fut grièvement blessée à la suite d'un grave accident de voiture (17 février 1952). Cet événement, accentué par le décès de sa mère six ans auparavant, plongea Hergé dans une dépression. Après quelques mois de convalescence, le couple se fait domicilier à la campagne au 3 de la rue Ferrière à Céroux-Mousty (actuellement Ottignies) (décembre 1953). Le 22 décembre 1954, L'Affaire Tournesol commence à paraître dans le Journal[103]. Après la visite de Séraphin Lampion, les héros sont envoyés en Suisse dans laquelle Hergé s'était préalablement rendu en repérage. Il croqua et photographia l'hôtel Cornavin à Genève, la demeure du professeur Topolino à Nyon ou les bords du lac Léman :
« Il fallait que je découvre l'endroit exact près de Genève, où une voiture peut quitter la route et tomber dans un lac. »
— Interview d'Hergé[104].
L'Affaire Tournesol est l'aventure par excellence qui rend le mieux compte l'atmosphère de la Guerre froide. Les tensions entre la Syldavie et la Bordurie trahissent les affrontements entre les blocs. Le symbole bordure des moustaches de Plekszy-Gladz est un mixe du brassard nazi et des moustaches de Staline qui vient de mourir (mars 1953). La série se termine le 22 février 1956[105]. La même année, Hergé entame une relation extraconjugale avec l'une de ses coloristes, Fanny Vlamynck, arrivée aux Studios en 1955.
Entre octobre 1956 et janvier 1958, les Studios Hergé donnent forme à Coke en stock. Cette dix-neuvième aventure est celle du retour des anciennes connaissances. Ainsi réapparaissent : l'émir ben Kalish Ezab, Abdallah, le général Alcazar, Dawson, le docteur Müller, le lieutenant Allan, Rastapopoulos, Bianca Castafiore, Séraphin Lampion et Oliveira da Figueira. L'intrigue tourne autour du trafic d'armes et surtout d'esclaves qu'Hergé voulait dénoncer. Accompagné de Bob de Moor, l'artiste se rend sur un cargo suédois pour y prendre des clichés qui serviront de décor pour l'aventure[106]. En parallèle, la psychologie d'Hergé reste instable marquée par des rêves de blanc et angoissants. Tintin au Tibet, l'album probablement le plus personnel, reflète extrêmement bien cet état d'esprit de la fin des années 1950. Pour lutter contre ses démons, le dessinateur débute sa nouvelle aventure le 17 septembre 1958 :
« À un certain moment, dans une sorte d'alcôve d'une blancheur immaculée, est apparu un squelette tout blanc qui a essayé de m'attraper. Et à l'instant, tout autour de moi, le monde est devenu blanc, blanc. »
— Interview d'Hergé[107].
Il consulte le professeur Ricklin qui lui conseille d'arrêter de travailler. Mais l'artiste ne tient pas compte des conseils du médecin et poursuit l'histoire. En fait, Tintin au Tibet sera tout simplement le remède à cette crise des rêves et du subconscient meurtri de Georges Remi. La vingtième aventure est décidément singulière des autres : pas de personnages secondaires, pas de méchants et Tintin plus humain que jamais à la recherche de son ami de toujours, Tchang. Le rôle d'Haddock équilibre la balance grâce à son humour décalé et raleur. C'est aussi une documentation précise sur l'Himalaya, Katmandou et surtout le légendaire Yéti[108]. Plus on progresse vers la fin de l'album plus la blancheur l'emporte sur les autres couleurs : une couleur pure mais qui le hante depuis plusieurs mois. Enfin le monde du rêve est au centre de l'intrigue : rêve prémonitoire, télépathie, lévitation...[109] L'histoire est terminée le 25 novembre 1959. Libéré, Hergé quitte officiellement sa femme Germaine.
[modifier] Le succès mondial de Tintin (années 1950-1960)
Vers la fin des années 1950, Hergé voyage beaucoup : il traverse l'Italie, l'Angleterre, la Suède, la Grèce et le Danemark. Les albums de son héros Tintin voyagent aussi, en 1956, Casterman atteint le premier million d'exemplaires vendus. Ce succès a fait de Tintin un héros universel. À partir de 1952, les premières traductions anglaises sont commandées : « Au fond, je n'ai qu'un seul rival international : c'est Tintin » disait Charles de Gaulle. La maison d'édition britannique Methuen édite dès 1958 le Sceptre d'Ottokar (King Ottokar's Sceptre) et le Crabe aux Pinces d'Or (The Crab with the Golden Claws), puis suivent les autres albums[110] :
| Album | Édition originale | Première édition anglaise |
|---|---|---|
| Le Sceptre d'Ottokar | 1939 (Casterman) | 1958 (Methuen) |
| Le Crabe aux Pinces d'Or | 1941 (Casterman) | 1958 (Methuen) |
| Le Secret de la Licorne | 1943 (Casterman) | 1959 (Methuen) |
| Le Trésor de Rackham le Rouge | 1944 (Casterman) | 1959 (Methuen) |
| Objectif Lune | 1953 (Casterman) | 1959 (Methuen) |
| On a marché sur la Lune | 1954 (Casterman) | 1959 (Methuen) |
| L'Affaire Tournesol | 1956 (Casterman) | 1960 (Methuen) |
| Coke en stock | 1958 (Casterman) | 1960 (Methuen) |
| L'Étoile Mystérieuse | 1942 (Casterman) | 1961 (Methuen) |
Quatre albums vont poser problème aux éditeurs anglophones et ces derniers de réclamer des modifications à Hergé : L'Île Noire, L'Étoile Mystérieuse, Le Crabe aux Pinces d'Or et Tintin au pays de l'or noir.
- L'Étoile Mystérieuse
Dans la version originale de L'Étoile Mystérieuse, dessinée en pleine Occupation allemande, Hergé avait donné aux ennemis du navire l'Aurore la nationalité américaine comme le montre la case illustrant le canot se dirigeant vers l'aérolithe tombé en mer. Suite aux pressions exercées par les éditeurs anglophones, Hergé remplace en 1954 le drapeau américain par le drapeau fictif du Sao Rico[111].
- Le Crabe aux Pinces d'Or
Le Crabe aux Pinces d'Or doit aussi se conformer aux exigences d'outre-Atlantique. Le puritanisme américain réclame entre autres, pour l'édition 1958, le retrait de deux cases dans lesquelles on voit le capitaine Haddock boire du whisky au goulot pour, dit-on, ne pas inciter les jeunes à boire...[112]
- L'Île Noire
En 1965, Methuen insiste pour que soit réalisée une version actualisée et plus réalise de L'Île Noire à l'intention des lecteurs britanniques. En effet, l'éditeur londonien venait de trouver 131 erreurs de détail dans la précédente édition de 1943. Surchargé de travail, l'artiste dépêche sur place son assistant Bob de Moor qui a pour mission de croquer et de photographier les traces de Tintin en Écosse. Les changements de la nouvelle édition (1966) sont frappants : l'électrification des lignes ferroviaires, le whisky Johnny Walker devient l'insignifiant Loch Lomond, l'automobile de Müller devient une Jaguar (modèle Jaguar Mark X de 1961) ou encore la voiture à bras des pompiers devient un camion moderne...[113]
- Tintin au pays de l'or noir
Enfin, en 1969, Methuen fait redessiner Tintin au pays de l'or noir pour qui la version originale est obsolète :
« L'album ne pouvait paraître en Grande-Bretagne dans sa version originale : il y était question de la lutte des organisation juives contre l'occupant britannique, avant l'indépendance d'Israël. »
— Interview d'Hergé[114].
De son côté, Bob de Moor se rend dans le port d'Anvers pour prendre des clichés d'un pétrolier des années 1940 qui servira de modèle au Speedol Star[115].
Le symbole le plus édifiant de ce succès planétaire c'est probablement l'inauguration du nouveau siège des éditions du Lombard (éditeur du Journal de Tintin), avenue Spaak à Saint-Gilles (13 septembre 1958). L'immeuble est surmonté d'une enseigne lumineuse et pivotante représentant Tintin et Milou[116].
[modifier] Tintin sous toutes les formes
Après 1945, Hergé ne réalise pratiquement plus d'illustrations. Il se concentre avant tout sur la préparation de ses albums. En revanche, les Studios Hergé vont insérer l'image « Tintin et Milou » sur de nombreux supports.
- Les chromos
En septembre 1944, peu de temps avant la Libération de Bruxelles, Hergé et Edgar P. Jacobs décident de réaliser une série de cartes postales qui constitueraient une encyclopédie sur des thèmes précis. Chaque carte sera accompagnée par le personnage de Tintin vêtu d'un costume approprié. Le projet est reporté à l'automne 1946 au sein du Journal de Tintin et publié dans la rubrique documentaire. Entre 1946 et 1950, apparaissent les Entretiens du Capitaine Haddock sur l'histoire de la marine. À partir de 1950, les éditions du Lombard font éditer des chromos en couleurs indépendamment du journal, offerts en échange de l'achat de « timbres Tintin »[117]. Sept collections sont lancées :
| Concepteur | Collection |
|---|---|
| Edgar P. Jacobs (1946-47) | L'histoire de l'Aérostation |
| Edgar P. Jacobs (1947-48) | Le chemin de fer |
| Jacques Martin | L'histoire de l'automobile |
| Jacques Martin | L'aviation en 1939-1945 |
| Jacques Martin | L'aviation des origines à 1914 |
| Jacques Martin | L'histoire de la marine des origines à 1700 |
| Jacques Martin | L'histoire de la marine de 1700 à 1850 |
Une dernière collection sur l'histoire des costumes et des guerriers est envisagé mais le projet est abandonné[118].
- Les cartes postales
Les Studios Hergé publient de nombreuses cartes postales mettant en scène les personnages des Aventures de Tintin. Au cours des années 1940, Hergé envoyait épisodiquement des cartes de vœux aux lecteurs. Par contre, à partir de 1950, chaque nouvel an, une carte de vœux est systématiquement dessinée. Aux cartes de style classique des premières années, les années suivantes se montrent particulièrement inventives : les personnages sont représentés sur une sorte de vitrail médiéval (1967), une mosaïque byzantine (1963) ou encore une fresque égyptienne (1978)[119].
- Le cinéma
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C'est également à partir de 1960 qu'il découvre l'art contemporain, qui deviendra une passion chez lui.
Le Monde de Tintin
Parallèlement, l'univers d'Hergé connaît des prolongements dans d'autres domaines. Deux films réalisés avec des comédiens (Le Mystère de la Toison d'or en 1961 et Tintin et les oranges bleues en 1964), puis deux dessins animés de long métrage (Le temple du Soleil en 1969 et Tintin et le lac aux requins en 1972) contribueront à faire connaître Tintin et Hergé à travers le monde. Durant cette même période, Hergé, jusque là en retrait, va se trouver propulsé sur le devant de la scène. Lauréat de nombreux prix, invité d'honneur de plusieurs festivals, il reçoit de toutes parts des hommages. En 1979, le cinquantième anniversaire de Tintin est célébré à Bruxelles. En 1973, il est reçu par le gouvernement de Tchang Kaï-chek pour ses services rendus à la cause chinoise en 1939 dans Le Lotus Bleu. En 1976, Hergé retrouve les coordonnés de Tchang Tchong-Yen, qu'il avait connu en 1934 et perdu de vue.
1977
Sortie sur les écrans de Moi, Tintin, documentaire réalisé par Henri Roanne et Gérard Valet sur Tintin et son créateur. Georges Remi épouse Fanny Vlamynck.
3 mars 1983
Mort d’Hergé à Bruxelles.
1986
Création de la Fondation Hergé.
[modifier] Tintin sous toutes les formes
Tintin devient un succès mondial. Les ventes d'albums s'envolent, il est traduit en un nombre toujours plus grand de langues (40 langues traduites en tout, qui en fait l'une des bandes dessinées les plus traduites au monde, derrière Astérix), et il commence à intéresser les publicitaires. Tintin est adapté au cinéma, d'abord sous forme de films avec acteurs (Tintin et le mystère de la Toison d'or en 1960, Tintin et les oranges bleues en 1964). C'est un jeune belge, Jean-Pierre Talbot, qui interprète le rôle de Tintin. Des dessins animés sont ensuite produits par les studios Belvision. On retiendra notamment une adaptation du Temple du Soleil (1969), et une aventure sur un scénario original de Greg, Tintin et le lac aux requins, réalisée par Raymond Leblanc en 1972 (ainsi qu'un film publicitaire de 10', Tintin et la SGM en 1970, toujours par Belvision).
Simultanément, les parutions des aventures de Tintin s'espacent de plus en plus : Les Bijoux de la Castafiore en 1963, Vol 714 pour Sydney en 1968 et Tintin et les Picaros en 1976. Un portfolio (le seul de l'auteur) sort aussi en 1966 chez Casterman (les 8 Portraits « Tintin », au pelliculé fripé), ainsi qu'une histoire en 4 planches pour Paris Match, Apollo XII - Ils ont marché sur la Lune, en 1969. Tintin est moins une priorité pour Hergé, qui se met à voyager : en 1971, il va pour la première fois aux États-Unis, puis il honore en 1973 une invitation faite trente-cinq ans plus tôt par le gouvernement du Guomindang (pour le remercier de la prise de position en faveur du peuple chinois dans Le Lotus bleu) en se rendant à Taïwan.
[modifier] Les dernières années
En 1978, Hergé débute son travail pour un nouvel épisode de Tintin.
L'année suivante, Andy Warhol réalise sur lui une série de quatre portraits, et les éditions Septimus rééditent en six tomes les Chromos Voir et Savoir du journal Tintin des années 1950, consacrés aux différents moyens de transports humains à travers le temps, avec Tintin et Milou dans divers costumes pour support introductif aux images (les voitures, avions, bateaux et autres aérostats ayant été reproduits par Bob de Moor, Roger Leloup et Jacques Martin : ce dernier reprendra cette idée didactique 45 ans plus tard, pour ses Voyages de Lefranc).
En 1980, Georges Remi tombe malade. Une leucémie sera diagnostiquée par la suite. Il est anémié et très faible. Le 18 mars 1981 ont lieu les retrouvailles entre Hergé et Tchang Tchong-jen, l'ami chinois qui avait inspiré le Lotus bleu et le personnage de Tchang, le seul qui aura pu tirer des larmes à Tintin (Tintin au Tibet).
Hergé s'éteint après une semaine de coma le 3 mars 1983 à la Clinique universitaire Saint-Luc située dans la périphérie bruxelloise. Bien qu'il soit officiellement mort de leucémie, Philippe Goddin, un de ses plus célèbres biographes, affirme qu'Hergé pourrait être mort du SIDA. En effet, à cause d'une maladie congénitale rare, Hergé devait changer son sang régulièrement (« faire le plein » disait-il). Or à cette époque le VIH était très mal connu et encore indétectable dans le sang. Hergé aurait donc contracté le SIDA lors d'une de ces transfusions ce qui expliquerait les fréquentes grippes, pneumonies et bronchites qu'il avait à répétition à la fin de sa vie.[120] Grâce à une dérogation exceptionnelle, l'autorisation est accordée, suivant le souhait d'Hergé, d'être inhumé dans le cadre du cimetière du Dieweg, qui n’accueillait plus de nouvelle sépulture depuis une trentaine d'années.
Tintin et l'Alph-Art, la dernière aventure du reporter, paraît sous sa forme inachevée en 1986 (une seconde version présentant des planches inédites a été publiée en 2004).
Ce sera ensuite l'occasion de publications parfaitement apocryphes qui, en reprenant le style et le synopsis de l'auteur, proposeront différentes fins.
On dénombre à présent plus d'une centaine d'albums, de qualités très variables tant dans le dessin que le texte, plagiant, parodiant, détournant ou rendant hommage à Hergé et à ses personnages clefs. Leur diffusion se fait de façon confidentielle car ils sont pousuivis farouchement par les héritiers des droits d'auteurs qui exploitent à présent commercialement la marque et ses très nombreux produits dérivés.
L'œuvre d'Hergé fait aussi l'objet d'un très grand nombre d'études, publications, colloques, livres, articles, rencontres, séminaires ou sujets de mémoires et thèses.
[modifier] Distinctions autour de l'Univers Tintin
- Hergé (fonctions : 1928 - Rédacteur en chef du Petit Vingtième; 1947 - Directeur artistique du Journal de Tintin) :
- 1972 : Yellow Kid d'Honneur, à Lucca
- 1973 : Grand Prix Saint-Michel, à Bruxelles
- 1974 : Président de la 1re Convention Internationale de la Bande Dessinée, à Angoulême
- 1977 : Médaille de vermeil de la ville d'Angoulême, lors du 4e Salon
- 1978 : Officier de l'Ordre de la Couronne, à Bruxelles
- 1979 : statuette Mickey d'Honneur des mains de Pierre Tchernia, pour la Compagnie Walt Disney (distinction interrompue depuis 1967)
- Les Studios Belvision :
- 1973 : Prix Saint-Michel pour Tintin et le Lac aux Requins
- Le Journal de Tintin et les Éditions du Lombard :
- 1972 : Yellow Kid du Meilleur éditeur de Journal Européen de bandes dessinées
(et les Éditions Casterman en 1978 pour leur déclinaison pour adultes (A SUIVRE) : Yellow Kid du Meilleur éditeur étranger de Bandes Dessinées )
- Tintin et Moi de Anders Ostergaard (à partir des entretiens de Numa Sadoul):
- 2004 : Prix du Festival Européen du Film Documentaire
- (1652) Hergé est un astéroïde de la ceinture principale qui porte son nom. Il fut découvert à l'Observatoire royal de Belgique le 9 août 1953 par Sylvain Arend. Il y a également (1683) Castafiore découvert le 19 septembre 1950 par le même astronome.
[modifier] Controverses liées à Hergé et à son œuvre
Hergé sera inquiété à la Libération, principalement concernant son attitude et son travail pendant la Seconde Guerre Mondiale, sous l'Occupation nazie.
[modifier] Collaborateur ?
De toutes les controverses concernant Hergé, la seule pour laquelle il faillit avoir affaire avec la justice sera due au fait qu'il ait travaillé de 1940 à 1944 au quotidien Le Soir, alors sous le contrôle de l'occupant et reprenant la propagande nazie, et donc au fait qu'il ait été considéré par certains, à la Libération, comme un collaborateur.
En 1940, après la disparition du journal pour lequel il travaillait avant guerre, Le Vingtième Siècle, Hergé est engagé au quotidien Le Soir, qui paraît alors sans l'aval de ses propriétaires et sous contrôle de la censure allemande.
À la situation professionnelle d'Hergé s'ajoutent son admiration pour l'abbé Wallez, antisémite et admirateur de Mussolini[121], et ses relations avec les catholiques ultra-conservateurs et l'extrême-droite rexiste[122]. Hergé avait notamment illustré la brochure Histoire de la guerre scolaire, 1879-1884 du leader de l'extrême-droite belge Léon Degrelle en 1932[123]. Certains détracteurs d'Hergé déduiront de cette proximité une sympathie du dessinateur envers les thèses d'extrême-droite[124]. Il n'a en tout cas jamais fait état publiquement d'un tel engagement politique ; et lorsque Le Pays réel, organe de presse officiel du rexisme, l'avait sollicité en 1940 pour relancer Tintin, alors qu'Hergé était sans employeur, il avait décliné l'offre[125].
Toujours est-il qu'à la Libération en 1944, Hergé est arrêté à quatre reprises, successivement par la Sûreté de l'État, la police judiciaire, le Mouvement National Belge et le Front de l'indépendance ; à chaque fois, il est presque immédiatement relâché, ne passant en tout et pour tout qu'une nuit en prison[126]. Libre, il n'en reste pas moins interdit d'exercer sa profession, comme tous les rédacteurs ayant travaillé dans un journal sous l'Occupation, et il est, vu sa célébrité, une des cibles privilégiées d'une partie de la presse issue de la Résistance[126]. Surtout, il reste sous la menace d'une éventuelle condamnation : le substitut chargé de constituer le dossier pour le procès des journalistes du Soir « volé » explique néanmoins dans une lettre confidentielle adressée à l'Auditeur général, que « ce serait de nature à ridiculiser la justice que de s'en prendre à l'auteur d'inoffensifs dessins pour enfants », même si, reconnaît-il plus loin, il allait devoir « poursuivre des chroniqueurs littéraires, sportifs, etc., dont les écrits personnels ne sont pourtant pas sujets à critique[126]. »
William Ugeux, haute personnalité de la Résistance belge, donnera bien plus tard son opinion sur Hergé dont il avait épluché le dossier en 1945 :
« Quelqu'un qui s'est bien conduit à titre personnel, mais qui n'en est pas moins demeuré un anglophobe évoluant toujours dans la mouvance rexiste. Il illustrait bien la passerelle qui reliait l'esprit scout primaire et la mentalité élémentaire des rexistes : goût du chef, du défilé, de l'uniforme... Un maladroit plutôt qu'un traître. Et candide sur le plan politique[127]. »
Ugeux intercède en sa faveur et, le 22 décembre 1945, le « dossier Hergé » est classé sans suite, « eu égard au caractère particulièrement anodin des dessins publiés par Remi » écrira l'Auditeur général pour justifier sa décision[126]. Courant 1946, il obtient l'autorisation officielle de reprendre son travail de dessinateur.
Lorsqu'il s'agira de répondre à des attaques concernant son attitude pendant la guerre, Hergé restera toujours sur la même ligne :
« Je travaillais, un point c'est tout. Comme travaillait un mineur, un receveur de tram ou un boulanger ! Mais alors qu'on trouvait normal qu'un machiniste fasse marcher un train, les gens de la presse étaient prétendument des traîtres[128]. »
L'épuration le marquera profondément : lorsqu'on l'interrogera à la fin de sa vie quant à son expérience la plus importante, il évoquera l'après-guerre « dans le sens de la répression et de la haine[129]. »
[modifier] Profiteur de guerre ?
Comme le constate l'un de ses biographes : « pour Hergé comme pour un certain nombre d'écrivains et d'artistes, l'Occupation a correspondu à un « âge d'or », ainsi qu'en témoignent la qualité, la richesse et l'abondance de leur travail durant cette période[125]. »
De plus, le salaire mensuel (10 000 francs belges) du dessinateur pendant la guerre sera aussi pointé du doigt, notamment au procès des journalistes du Soir en 1946, par un avocat de la défense soulignant l'absence d'Hergé sur le banc des accusés.
De là à qualifier le créateur de Tintin de profiteur de guerre, il n'y a qu'un pas que certains de ses détracteurs franchiront : l'un d'entre eux soulignera qu'en passant de la rédaction du Vingtième Siècle à celle du Soir en 1940, Hergé passe d'un journal tiré à 15 000 exemplaires à un autre tiré à 200 000 puis 300 000 ; il ajoutera : « De l'effondrement de 1940, date, il faut s'en souvenir, l'entrée d'Hergé dans le succès et son corollaire, la richesse... Ainsi, Hergé vendit 600 000 albums durant l'Occupation[124]. »
[modifier] Antisémite ?
Si l’on peut estimer que toutes les caricatures sont révélatrices de la pensée collective dominante de l'époque où elles ont été réalisées, certains commentateurs reprocheront à Hergé une attitude équivoque au sujet de l'antisémitisme, toujours durant l'Occupation.
En octobre 1941, un recueil de fables signé par Robert du Bois de Vroylande paraît, illustré par Hergé : parmi les dessins se trouvent deux caricatures antisémites[125].
Même si pendant la guerre, Hergé a soigneusement évité de faire référence à la situation politique dans ses œuvres, dans la première édition de L'Étoile Mystérieuse, parue en 1941 dans Le Soir, le banquier américain qui finance l'expédition concurrente de celle de Tintin porte le nom juif de Blumenstein ; il le changera plus tard en Bohlwinkel. Hergé s'expliquera au sujet de ce personnage :
« J'ai effectivement représenté un financier antipathique sous les apparences sémites, avec un nom juif : le Blumenstein de L'Étoile mystérieuse. Mais cela signifie-t-il antisémitisme ?... Il me semble que, dans ma panoplie d'affreux bonshommes, il y a de tout : j'ai montré pas mal de « mauvais » de diverses origines, sans faire un sort particulier à telle ou telle race. On a toujours raconté des histoires juives, des histoires marseillaises, des histoires écossaises. Ce qui, en soi, n'a rien de bien méchant. Mais qui aurait prévu que les histoires juives, elles, allaient se terminer, de la façon que l'on sait, dans les camps de la mort de Treblinka et d'Auschwitz ?... À un moment donné, j'ai d'ailleurs supprimé le nom Blumenstein et je l'ai remplacé par un autre nom qui signifie, en bruxellois, une petite boutique de confiserie : bollewinkel. Pour faire plus « exotique » je l'ai orthographié Bohlwinkel. Et puis, plus tard, j'ai appris que ce nom était, lui aussi, un véritable patronyme israélite ![130]. »
L’édition originale parue dans Le Soir de ce même récit[131] montre également deux Juifs aux physiques et aux noms évocateurs (Salomon et Isaac) s'exprimant en ces termes alors que la fin du monde approche :
« Tu as entendu Isaac ?... La fin du monde !... Si c’était vrai ?
— Hé ! Hé !... Ce serait une bonne bedide avaire, Salomon ! Che tois 50.000 frs à mes vournisseurs... Gomme za che ne tefrais bas bayer[132]... »
Rappelons que fin 1941, les massacres n’avaient pas encore touché l’Europe de l’Ouest. En Belgique, depuis le 28 octobre 1940, les Juifs étaient toutefois déjà exclus des universités, des écoles et des conseils d’administration et ne pouvaient exercer aucune fonction ou activité professionnelle.[133]. Il est vrai qu'avant-guerre, Hergé avait, à travers Tintin, dans Le Lotus bleu, vigoureusement défendu la Chine soumise aux exactions japonaises, à des milliers de kilomètres de la Belgique, mais que, noteront ses détracteurs, il ne paraît pas faire preuve de la même considération pour les Juifs sur le palier de sa porte[134].
Il ne semble pas qu'Hergé ait émis publiquement des remords ou des excuses à ce sujet, mais il confiera en privé dans les années 1970 :
« C'est vrai que certains dessins, je n'en suis pas fier. Mais vous pouvez me croire : si j'avais su à l'époque la nature des persécutions et la solution finale, je ne les aurais pas faits. Je ne savais pas. Ou alors, comme tant d'autres, je me suis peut-être arrangé pour ne pas savoir[135]... »
Notons enfin que le traitement des Juifs dans l'œuvre d'Hergé ne fut pas systématiquement négatif : lorsqu'il dépeint des activistes de l'Irgoun luttant contre les Britanniques en Palestine dans la première version (inachevée) de Tintin au pays de l'or noir en 1939, il ne tombe pas dans la caricature[125] ; et le riche Juif américain Samuel Goldwood de L'Oreille Cassée, parue deux ans plus tôt, a quant à lui le beau rôle, puisqu'il restitue spontanément à Tintin le fétiche volé à la fin du récit.
[modifier] « Providence des inciviques » ?
Certains accuseront aussi Hergé d'avoir été, la « providence des inciviques » après la libération[136] pour avoir soutenu, moralement et quelquefois matériellement, certains de ses amis victimes de l'épuration, mais aussi des personnes se recommandant d'un ami mais qu'il n'a jamais rencontrées[126], simplement parce qu'il les considérait comme « des victimes faciles des résistants de la dernière heure[réf. nécessaire]. »
[modifier] Bibliographie
Les études, travaux et publications sont si nombreux que l'on ne peut être exhaustif. Néanmoins méritent d'être considérés par les amateurs:
- Le monde de Tintin par Paul Vandromme, éditions Gallimard, 1959.
- Spécial Hergé collectif pour Schtroumpf les cahiers de la bande dessinée, 1971.
- Hergé écrivain par Jan Baetens, éditions Labor, Bruxelles, 1989.
- Spécial Hergé collectif hors-série du fanzine A Suivre, 1983.
- Tintin et le secret d'Hergé par Serge Tisseron, éditions Presses de la Cité, Paris, 1993.
- L'archipel Tintin, par Albert Algoud, Jean-Marie Apostolidès, Dominique Cerbelaud, Benoît Peeters et Pierre Sterckx, éditions Impressions Nouvelles ISBN 2-906131-70-9.
- Hergé par Benoit Peeters, editions Décembre, Bruxelles, 1981. Accompagné d'une cassette audio avec des interviews d'Hergé à la R.T.B.F.
- Nous Tintin, ouvrage collectif pour Télérama sous la direction de Michel Daubert, éditions Moulinsart, 2004 ISBN 2-874-24050-8.
- Tintin et moi, entretiens avec Hergé, par Numa Sadoul, publié aux éditions Casterman, 1975.
- Le monde d'Hergé, par Benoît Peeters, publié aux éditions Casterman, 1983.
- Générations Hergé par Olivier Delcroix, édition des Equateurs, 2006.
- Hergé et Tintin reporters par Philippe Goddin, éditions du Lombard, Bruxelles, 1986.
- Hergé, fils de Tintin par Benoît Peeters, publié aux Éditions Flammarion, 2006.
- A l'ombre de la ligne claire par Benoît Mouchart, éditions Vertige graphic, 2002 ISBN 2-908-98171-8 .
- Chronologie d'une œuvre par Philippe Goddin, publié aux éditions Moulinsart en 5 tomes de 2000 à 20004.
- Hergé par Pierre Assouline, Plon, 1996.
- Tintin, les secrets d'une oeuvre collectif hors-série de Lire, 2006
- Hergé par Alain Bonfand et Jean-Luc Marion, Hachette, coll. Coup double, 1996.
- Le monde inconnu d'Hergé par Bertrand Portevin, Dervy, Paris, 2001.
- Le Mythe Hergé par Maxime Benoît-Jeannin, éditions Golias, 2001.
- Le démon inconnu d'Hergé par Bertrand Portevin, Dervy, Paris, 2004.
- Tintin et le mythe du surenfant par Jean-Marie Apostolidès, éditions Moulinsart, 2003.
- Tintin and the secret of litterature par Tom Mc Carthy, éditions Granta,
- Jules Verne et Hergé par Bob Garcia, éditions Mac Guffin, 2005.
- Tintin est-il de droite ou de gauche, la transcription du débat parlementaire du 3 février 1999 publié chez l'Archer, collection Antidote.
- Tintin, le rêve et la réalité par Michael Farr, éditions Moulinsart,2001.
- Tintin au pays des savants ouvrage collectif dirigé par Sven Orti pour Sciences & Vie, éditions Moilinsart, 2003.
- Tintin reporter du siècle ouvrage collectif pour Le Figaro, numéro hors-série, 2004.
- Tintin à Baker Street par Bob Garcia, éditions Mac Guffin, 2005.
- Les Guerres d'Hergé. Essai de paranoïa-critique, par Maxime Benoît-Jeannin, éditions Aden, 2007 ISBN 2-930402-23-7.
- Tintin, grand voyageur du siècle collectif hors-série de Geo, 2000.
- Dossier Tintin par Frederic Soumois, publié chez Jacques Antoine, Bruxelles, 1987.
- Tintin chez Jules Verne par Jean-Paul Tomasi et Michel Deligne, Claude Lefrancq, Bruxelles, 1998.
- L'école d'Hergé par François Rivière, éditions Jacques Glénat, Grenoble, 1976.
- Tintin chez le Psychanalyste par Serge Tisseron, editions Aubier Archimbaud, Paris, 1985.
- Les métamorphoses de Tintin par Jean-Marie Apostolidès, Seghers, Paris, 1984.
- Tintin, Haddock et les bateaux par Yves Horeau, éditions Moulinsart, 1999.
- Hergé mon ami par Michel Serres, éditions Moulinsart
- D'Abdallah à Zorrino par Cyrille Mozgovine, éditions Casterman
- Les aventures d'Hergé, biographie en bande dessinée par Bocquet, Fromental, Stanislas, éditions Reporter, 1999, réédité en 2007, ISBN 978-2-908710-45-8.
- Hergé, Lignes de vie, Biographie par Philippe Goddin, éditions Moulinsart, 2007.
- Hergé Catalogue de l'exposition au Centre Pompidou, éditions Moulinsart, 2006.
- Léon Degrelle et la presse rexiste par Lionel Baland, Éditions Déterna, Paris, 2009
[modifier] Sites internet
- Hergé, les repères chronologiques
- Le Monde de Tintin : L'enfance d'Hergé
- Free-Tintin : Une courte biographie d'Hergé
- Objectif Tintin : La Famille d'Hergé
- La Libre : Les dessins de Paul Remi
- Tintin, un air de famille
- Vidéo de Hergé (Radio-Canada, 1960)
[modifier] Musée
Le Musée Hergé situé à Louvain-la-Neuve au parc de la Source (Belgique) ouvre ses portes en juin 2009. La première pierre a été posée par Fanny le 22 mai 2007, jour du centenaire de la naissance d'Hergé.
[modifier] Notes et références
- ↑ prononcer ʁemi.
- ↑ B. Peeters, Le monde d'Hergé, Tournai, Casterman, 1990, p. 10. H. Springael, Avant Tintin, dialogue sur Hergé, éd. Springael, 1987.
- ↑ Alexis Remi avait un frère jumeau Léon et l'auteur à travers l'exemple des jumeaux Dupont et Dupond (orthographe différente) y voit un rapport avec la généalogique mystérieuse de son père et de son oncle. S. Tisseron, Tintin chez le psychanalyste, Paris, Aubier, 1985 et Tintin et les secrets de famille, Séguier, 1990
- ↑ H. Springael, Etat civil hergéen.
- ↑ Interview de Numa Sadoul. B. Peeters (1990), op. cit., p. 10.
- ↑ B. Peeters (1990),op. cit., p. 10.
- ↑ Chronologie d'Hergé
- ↑ B. Peeters, Hergé. Les débuts d'un illustrateurs (1922-1932), Tournai, Casterman, 1987, p. 19.
- ↑ Le Monde de Tintin. B. Peeters (1990), op. cit., p. 10.
- ↑ B Peeters (1987), op. cit., p. 19.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 10.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 10.
- ↑ On possède des croquis des camps, de personnes qu'il rencontre sur place, de paysages alpestres signés Georges Remi. B. Peeters (1987), op. cit., p. 12-17.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 10. B. Peeters (1987), op. cit., p. 22-23.
- ↑ http://entertainment.timesonline.co.uk/tol/arts_and_entertainment/visual_arts/article2741053.ece La fresque du collège Saint-Boniface (article du Times)
- ↑ http://www.objectiftintin.com/whatsnew_tintin_1102.lasso Objectif Tintin, L'abbé Wallez
- ↑ http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 102.
- ↑ N. Sadoul, Entretiens avec Hergé, Casterman, 1983.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 11.
- ↑ http://www.objectiftintin.com/whatsnew_tintin_1102.lasso Objectif Tintin, L'abbé Wallez
- ↑ Les premières unes du Petit Vingtième (année 1928), B. Peeters (1990), op. cit., p. 13-14.
- ↑ Cette histoire ressemble étrangement au cadre de Tintin au Congo (1930).Illustration des Aventures de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet automne-hiver 1928
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 37-39.
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 57-59.
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 115-118.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 14.
- ↑ Le héros de ce récit dépose une assiette auprès du poêle en espérant que le Père Noël n'oublie pas d'apporter du pain d'épices. Son chien découvre plus tard le cadeau attendu en s'exclamant contrapétiquement « Joie ! Une pisse d'epain ! ». Après l'avoir mangé, il éprouve un besoin pressant, et ne pouvant faire sur le tapis, se soulage d'un étron dans l'assiette. Son maître découvre au matin, stupéfait, « le crime du chien ». On remarquera que le personnage de cette histoire ressemble étrangement à Totor et au futur Tintin (la houppe en moins) et que le chien est un fox-terrier semblable à ce que sera Milou. L'auteur cachera autant qu'il le pourra l'existence de ces récits politiquement incorrects qui ne seront exhumés qu'en 1994. Volker Hamann, Hergé, Eine Illustrierte Bibliographie, Ed. Alfons,Barmstedt, 2007, p. 7.Hergé & the clear line : part 1, Paul Gravett.
- ↑ G. Peeters (1990), op. cit. p. 14-15.
- ↑ Une histoire de famille et La Ligne Éclair, les 80 ans de Tintin
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 14-25.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 26.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 26-27.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 26-27.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 134.
- ↑ D. Labesse, « Repères biographiques », Les Cahiers de la bande dessinée, n°14-15 (1983)
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 15.
- ↑ À l'origine Hergé voulait envoyer Tintin en Amérique, là où s'était déjà rendu Totor, mais l'abbé Wallez lui imposa la destination africaine pour faire l'apologie de la colonie belge.
- ↑ Diane Hennebert, « Bruxelles, la ville de Tintin, n'apparaît qu'en filigrane », Géo hors-série, 2000, p. 169
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 15
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 158-159
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 163-177.
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 180-191.
- ↑ http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 36.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 36.
- ↑ B. Peeters (1987), op. cit., p. 140.
- ↑ N. Sadoul, (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 140.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 39-40.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 40.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 163.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 46.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit.,p. 48. Le Lotus Bleu, Casterman, 1946, p. 21.
- ↑ Livres par titres
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 160.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 52.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 52.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 134.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 144.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 56-59.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 62.
- ↑ Jean Rolin, « Où est passée la Syldavie », Géo hors-série, 2000, p. 127-133
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 62.
- ↑ Le nom de Müssler rappelle aussi celui d'Anton Mussert, chef d'une organisation fasciste puis nazie aux Pays-Bas qui voulait justement mettre la main sur la Belgique.
- ↑ « Une galerie de portraits tout à fait ressemblants », Géo hors-série, 2000, p. 37. S. Tisseron (1985), op. cit.
- ↑ http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 17.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 18.http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ Chronologie de Hergé. B. Peeters (1990), op. cit., p. 18.
- ↑ Selon Ph. Goddin, son nom est inspiré par Le Capitaine Craddock, film franco-allemand de Hanns Schwarz et Max de Vaucorbeil (1931) Ph. Goddin, Chronologie d'une œuvre.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 18.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 70.
- ↑ http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ http://users.skynet.be/tintinpassion/HERGE/Herge-pages/00_HergeBio.html
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit. p. 70.
- ↑ Le Secret de la Licorne était considéré par son auteur comme l'un de ses albums préférés. B. Peeters (1990), op. cit., p. 73-74
- ↑ Le pirate Rackham le Rouge est inspiré à la fois de John Rackham un corsaire des Antilles mort en 1720 et d'un pirate haïtien fictif nommé Lerouge. « Une galerie de portraits tout à fait ressemblants », Géo hors-série, 2000, p. 36.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit. p. 74-75.
- ↑ Ce qui rappelle la plongée au bord du sous-marin dans l'album. « Une galerie de portraits tout à fait ressemblants », Géo hors-série, 2000, p. 39.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 76.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit, p. 165.
- ↑ Les Sept Boules de cristal, version 1975, p. 49.
- ↑ Chronologie d'Hergé
- ↑ Pol Vandromme, Le Monde de Tintin, Paris, Gallimard, 1959, p. 52.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 18.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 30-31.
- ↑ >Chronologie d'Hergé
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 82.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 82-83.
- ↑ « Une galerie de portraits tout à fait ressemblants », Géo hors-série, 2000, p. 37.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 86.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 93.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 94-95.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit., p. 172.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit., p. 170.
- ↑ Interview de Jacques Martin sur Horspress
- ↑ L'Affaire Tournesol en chiffres
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit., p. 172.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 100-101.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 106.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit., p. 178.
- ↑ À l'auteur avait rencontré Maurice Herzog, vainqueur de l'Annapurna, témoin de traces mystérieuses dans la neige.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 110-112.
- ↑ Présentation anglaise de l'album. et La présentation de Casterman
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 71.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 67.
- ↑ M. Farr, « L'Écosse plus vraie que nature », Géo hors série, 2000, p. 66-68.
- ↑ N. Sadoul (1983), op. cit., p. 169.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 91.
- ↑ Repères chronologiques d'Hergé
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 168.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 169.
- ↑ B. Peeters (1990), op. cit., p. 170-175.
- ↑ [1] Hergé mort du SIDA, Le Figaro, 22/05/2007
- ↑ Anne Morelli, Les grands mythes de l'histoire de Belgique de Flandre et de Wallonie, Evo-histoire, Bruxelles, 1995, p.283
- ↑ Anne Morelli, Les grands mythes de l'histoire de Belgique de Flandre et de Wallonie, Evo-histoire, Bruxelles, 1995, pp.282-283
- ↑ Pierre Assouline, Hergé, Plon, 1996, chapitre 3. Voir aussi Petit rappel sur la jeunesse d'Hergé et les années de guerre, sur le site Tintin est vivant !, où figure la couverture de cette brochure.
- ↑ a b Maxime Benoît-Jeannin, Le Mythe Hergé, éditions Golias, 2001.
- ↑ Erreur de citation : Balise
<ref>incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nomméesAssouline_6. - ↑ a b c d e Pierre Assouline, Hergé, Plon, 1996, chapitre 7.
- ↑ Témoignage de William Ugeux à Pierre Assouline, in Pierre Assouline, Hergé, Plon, 1996, chapitre 7.
- ↑ Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé, Casterman, 1989, p. 130.
- ↑ Benoît Peeters, Le Monde d'Hergé, édition définitive, Casterman, 1993.
- ↑ Numa Sadoul, Entretiens avec Hergé, édition définitive, Casterman, 1989, p.251
- ↑ Le Soir, 11 novembre 1941, cité par Pierre Assouline, Hergé, Plon, 1996, chapitre 6.
- ↑ En français correct : « Hé ! Hé !... Ce serait une bonne petite affaire, Salomon ! Je dois 50.000 frs à mes fournisseurs... Comme ça je ne devrais pas payer... »
- ↑ Anne Morelli, op. cit., p.286.
- ↑ Anne Morelli, Op.Cit., p.287.
- ↑ Témoignage d'Henri Roanne-Rosenblatt à Pierre Assouline, in Pierre Assouline, Hergé, Plon, 1996, chapitre 7.
- ↑ L'Histoire n°317, février 2007, p.12.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Tintin, présentation de la série
- La ligne claire
- Les aventures de Tintin et Milou
- Éditions pirates de Tintin
- Liste d'auteurs de bande dessinée
- Tintin (journal de bande dessinée)
- Musée Hergé à Louvain-la-Neuve (Belgique)
[modifier] Liens externes
- Catégorie Hergé de l’annuaire dmoz

