Les Trois Mousquetaires

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Les Trois Mousquetaires (homonymie).
Les Trois Mousquetaires
Image illustrative de l'article Les Trois Mousquetaires

Auteur Alexandre Dumas avec la collaboration d'Auguste Maquet[1]
Genre Roman historique
Pays d'origine France
Éditeur Baudry
Date de parution 1844
Chronologie
Vingt ans après Suivant

Les Trois Mousquetaires est un roman d'Alexandre Dumas, initialement publié en feuilleton dans le journal Le Siècle de mars à juillet 1844. Il a été édité en volume dès 1844 aux éditions Baudry et réédité en 1846 chez J. B. Fellens et L. P. Dufour avec des illustrations de Vivant Beaucé.

Le roman raconte les aventures d'un Gascon impécunieux de 18 ans, d'Artagnan, venu à Paris pour faire carrière dans le corps des mousquetaires. Il se lie d'amitié avec Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi Louis XIII. Ces quatre hommes vont s'opposer au premier ministre, le cardinal de Richelieu et à ses agents, dont le comte de Rochefort et la belle et mystérieuse Milady de Winter, pour sauver l'honneur de la reine de France Anne d'Autriche.

Avec ses nombreux combats et ses rebondissements romanesques, Les Trois Mousquetaires est l'exemple type du roman de cape et d'épée et le succès du roman a été tel que Dumas l'a adapté lui-même au théâtre, et a repris les quatre héros dans deux autres romans Vingt ans après, (1845) et Le Vicomte de Bragelonne (1847-1850) pour former la trilogie des mousquetaires.

Toujours très populaire, ce roman a fait l'objet de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le titre prévu à l'origine était Athos, Porthos et Aramis, mais sur une proposition de Desnoyers, chargé du feuilleton au Siècle (selon qui ce titre évoquait aux lecteurs les trois Parques), d'adopter Les Trois Mousquetaires, Dumas a accepté ce dernier titre en notant que son absurdité (puisque les héros sont au nombre de quatre) contribuerait au succès de l'œuvre[2]. Les premières lignes du roman sont :

« Le premier lundi du mois d'avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l'auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les Huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s'enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d'endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d'un mousquet ou d’une pertuisane, se dirigeaient vers l'hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s'empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité. »

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

I. L'Arrivée à Paris

Le premier lundi du mois d'avril 1625, le bourg de Meung voit le jeune d'Artagnan, cadet de Gascogne en route vers Paris pour entrer dans la compagnie des mousquetaires du roi Louis XIII, se faire humilier par deux inconnus, dont il ignore qu'ils sont agents du cardinal de Richelieu : le Comte de Rochefort et Milady de Winter. Rochefort lui dérobe la lettre de recommandation écrite par son père à l'intention de M. de Tréville, capitaine des mousquetaires du roi. À Paris, d'Artagnan se présente quand même à M. de Tréville, qui ne peut lui promettre une place dans sa compagnie. En sortant de l'hôtel, alors qu'il cherche à rattraper Rochefort, d'Artagnan provoque, bien malgré lui, les trois mousquetaires en duel, en heurtant l'épaule blessée d'Athos, en se prenant les pieds dans le manteau de Porthos et en ramassant un mouchoir compromettant d'Aramis.

Mais les duels sont interdits par le cardinal Richelieu. Trop heureux de prendre en défaut les mousquetaires du roi, les gardes du cardinal interviennent alors que d'Artagnan s'apprête à croiser le fer. Les mousquetaires refusent de rendre les armes et d'Artagnan se range alors du côté de ses anciens adversaires pour leur prêter main-forte. Après un rude combat où les gardes du Cardinal sont défaits, les quatre jeunes gens se jurent amitié. Reçus par Louis XIII, d'Artagnan se voit offrir 40 pistoles de la main du roi ; il entre comme cadet dans la garde de M. des Essarts.

II. Les Ferrets de la reine
La reine Anne d'Autriche (portant ses ferrets) et le roi Louis XIII dansant le ballet de la Merlaison au Bal des Échevins
Illustration de Maurice Leloir (1894)

Le jeune homme s'éprend de l'épouse de son propriétaire, Constance Bonacieux, lingère de la reine Anne d'Autriche, enlevée par Rochefort. La jeune femme, secourue par d'Artagnan, révèle à ce dernier que Richelieu cherche à compromettre la reine en dévoilant la relation amicale que celle-ci entretient avec le duc de Buckingham, favori du roi Charles Ier d'Angleterre. La reine, par l'intermédiaire de Constance, envoie d'Artagnan à Londres récupérer les ferrets qu'elle a imprudemment offerts au duc. En effet, poussé par le cardinal, le roi a demandé à la reine de paraître avec ces ferrets au prochain Bal des Échevins. Pour être certain que la reine ne pourra obéir, Richelieu a chargé Milady de Winter de subtiliser deux des ferrets qui sont en possession de Buckingham. D'Artagnan part pour l'Angleterre avec ses compagnons et leurs laquais. Il laisse en chemin Porthos, aux prises avec un ivrogne, Aramis, blessé au bras, et enfin Athos, accusé d’être un faux-monnayeur. Il rejoint enfin l'Angleterre avec un laissez-passer volé au comte de Wardes (l'amant de Milady). Il voit le duc de Buckingham, qui accepte de lui donner les ferrets, et ordonne à son joaillier personnel de fabriquer deux autres ferrets pour remplacer ceux volés par Milady. D'Artagnan retourne à Paris juste à temps pour sauver la reine.

III. Le Siège de la Rochelle

Mais Constance disparaît, enlevée sur ordre de Richelieu qui s'est assuré de la neutralité de son mari. D'Artagnan se met en quête de ses amis avant de partir à sa recherche. Il retrouve Porthos blessé à la cheville et dans son orgueil, Aramis prêt à rentrer dans les ordres (ce dont il le dissuade grâce à une lettre de Mme de Chevreuse), et enfin Athos encore enfermé dans une cave à vin. Ils rentrent à Paris où M. de Tréville leur apprend qu'ils doivent se préparer à rejoindre le siège de la Rochelle. M. de Tréville annonce à d'Artagnan que le roi lui accordera une place chez les mousquetaires après le siège. Pendant ses préparatifs, d'Artagnan rencontre Milady et son beau-frère, Lord de Winter, qu'il provoque en duel. Vainqueur, d'Artagnan fait déjà grâce à Lord de Winter et obtient en échange une entrevue avec Milady, qu'il va courtiser. D'Artagnan obtient ses faveurs et découvre que son épaule est marquée au fer rouge d'une fleur de lys, signe infamant la désignant comme voleuse. Furieuse de se voir démasquée, Milady tente par deux fois de faire assassiner d'Artagnan.

À La Rochelle, Athos, Porthos et Aramis croisent le cardinal à la nuit tombante et acceptent de l'escorter jusqu'à une auberge. Intrigués, les mousquetaires s'attardent et découvrent qu'il attend Milady. Il la charge de tuer le duc de Buckingham et, en échange, il lui donnera un blanc-seing pour assassiner d'Artagnan sans risquer la Bastille. Athos reconnaît en Milady son épouse répudiée, Charlotte Backson, et lui dérobe le blanc-seing.

IV. La Fin de Milady

Pour échapper à la surveillance des agents du Cardinal, les mousquetaires tentent une action héroïque en allant défendre un bastion avancé où ils se retrouvent seuls sous le feu de l'ennemi avec Grimaud, un de leurs laquais ; une fois le gascon informé du danger qu'il court, ils décident d'écrire à Lord de Winter pour lui révéler la vérité sur Milady. Ensuite ils demanderont à la reine, par le biais de Mme de Chevreuse, où se trouve Constance Bonacieux. Leurs plans ainsi arrêtés dans le plus grand secret, les mousquetaires quittent le bastion et retournent au camp où ils sont accueillis en héros.

De retour en Angleterre, Milady est retenue prisonnière par son beau-frère. Elle séduit son geôlier, John Felton, le convainc d'assassiner le duc de Buckingham, et retourne en France. Là, elle se réfugie dans le couvent des Carmélites où se cache également Constance. Découvrant les liens entre la jeune femme et d'Artagnan, elle la tue en l'empoisonnant au moment même où d'Artagnan arrive en compagnie d'Athos, Porthos et Aramis. Aidés par lord de Winter et le bourreau de Lille — frères de deux anciennes victimes de Milady — les mousquetaires s'emparent de la meurtrière à Armentières et lui font un simulacre de procès. Le verdict est unanime : coupable, elle mérite la peine de mort et elle est décapitée. Les mousquetaires rentrent à Paris, où d'Artagnan est promu lieutenant des mousquetaires par le cardinal avec qui il se réconcilie. Il se bat en duel avec Rochefort et finit également par se réconcilier avec lui. Athos quitte la compagnie des mousquetaires pour aller vivre dans sa campagne natale, Porthos, pour devenir baron et épouser sa baronne devenue veuve et Aramis pour devenir prêtre chez les lazaristes.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le contexte historique des Trois Mousquetaires est étroitement lié au contexte littéraire : les Mémoires du duc de La Rochefoucauld (première partie : 1624-1642) sont à la source de l'affaire des ferrets mise en scène par Alexandre Dumas. L'auteur, historien qui se disait lui-même « divulgateur », avait parcouru avec assiduité les Mémorialistes classiques sans l'appoint desquels il serait vain de tenter de préciser le contexte historique des romans « historiques » d'Alexandre Dumas.

En 1625, Louis XIII règne sur la France avec son premier ministre, le cardinal de Richelieu. Sa femme est la reine Anne d'Autriche. Trop inexpérimenté pour gérer les affaires d'état, le roi n'a pas d'autre choix que de se reposer sur son premier ministre, le cardinal de Richelieu, dont le génie politique et stratégique assure la cohésion et la sécurité du royaume.

Dumas met en exergue le sentiment de défiance et les combats d'influence qui occupent constamment les deux hommes. Dans le roman, ceux-ci s'affrontent secrètement par l'intermédiaire de leur garde personnelle. Dumas exploite aussi l'hostilité connue entre la reine et le cardinal pour en faire un des ressorts de l'affaire des ferrets.

Personnages[modifier | modifier le code]

Personnages historiques[modifier | modifier le code]

  • Le Cardinal de Richelieu : en insistant sur le côté privé du personnage autant que sur son côté public, en détaillant sa capacité à ourdir des intrigues pour arriver à ses fins personnelles, mais surtout en faisant de lui l'antagoniste de héros imbus de valeurs chevaleresques, Dumas a contribué à développer la légende noire d'un autocrate machiavélique et retors.
  • Louis XIII : Dumas n'arrive pas à s'attacher à ce personnage dont les qualités, sobriété, piété, chasteté n'étaient pas pour séduire cet amateur de bonne chère et de femmes. Le roi apparaît comme un mari faible (et jaloux), dans l'ombre de son ministre. Il admire cependant l'héroïsme des mousquetaires, ce qui le rend très indulgent à leur égard. Il n'est d'ailleurs pas mécontent de leur laisser le soin de rabattre l'orgueil du cardinal en rossant ses gardes.
  • Le duc de Buckingham : Alexandre Dumas le suppose amant de la reine de France Anne d'Autriche, et lui donne une carrure d'un personnage romantique, souffrant d'un amour impossible.
  • La reine Anne d'Autriche : Dumas a gardé du personnage historique la victime d'un mariage politique, en butte aux tracasseries du cardinal. Il s'agit de cette période de la vie de la reine où, n'ayant pas réussi à donner d'héritier à Louis XIII, elle traverse une période difficile dans son mariage. Dumas idéalise sa beauté, son sens de l'honneur, tout en lui prêtant des sentiments amoureux qui la rendent à la fois plus touchante et plus humaine. Elle joue ici le rôle de la Dame des romans de chevalerie, capable d'inspirer des exploits héroïques aux braves.
  • M. de Tréville, capitaine des mousquetaires du roi : Jean-Armand du Peyrer, comte de Tréville
  • Mme de Chevreuse ;
  • D'Artagnan : Charles de Batz de Castelmore d'Artagnan avait treize ans en 1625, date à laquelle Dumas situe le début du roman. Il aurait eu 15 ans au moment du siège de La Rochelle, ce qui semble peu crédible. Néanmoins son oncle maternel, Jean de Montesquiou d'Artagnan, enseigne au Gardes Française et apprécié du roi, avait été tué lors du siège de la Rochelle en 1628. Charles de Batz ayant emprunté à la famille de sa mère le nom d'Artagnan pour servir chez les Mousquetaires, il est possible que Dumas se soit servi de la confusion pour élargir la biographie de son héros.
  • Athos : Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle ;
  • Porthos : Isaac de Portau ;
  • Aramis : Henry d’Aramitz ;
  • Les gardes du Cardinal ;
  • Les mousquetaires du roi ;
  • John Felton, l'assassin de Buckingham.

Personnages fictifs[modifier | modifier le code]

  • Constance Bonacieux, épouse du bourgeois Bonacieux, lingère de la reine, courtisée par d'Artagnan ; personnage de jeune bourgeoise emprunté au théâtre ;
Article détaillé : Constance Bonacieux.
  • Rochefort, gentilhomme, agent du cardinal ;
Article détaillé : Comte de Rochefort.
  • M. Bonacieux, stéréotype du petit bourgeois âpre au gain, lâche et jaloux ;
  • Milady (née Anne de Breuil, aussi appelée Milady de Clarick et Milady de Winter), ancienne épouse d'Athos, veuve du précédent Lord de Winter ; elle est l'archétype de la femme fatale.
Article détaillé : Milady de Winter.
  • Lord de Winter, beau-frère de Milady ; personnage de gentilhomme.
  • Planchet : valet de D'Artagnan, homme de ressource ;
Article détaillé : Planchet.
  • Mousqueton : valet de Porthos, dont il partage la gourmandise ;
  • Bazin : valet d'Aramis, qu'il tente vainement d'inciter à entrer en religion ;
  • Grimaud : valet d'Athos, se distingue par sa taciturnité ;
  • Ketty : soubrette de Milady, amoureuse de D'Artagnan ;
  • Jussac : officier des gardes du cardinal : d'Artagnan le tue en duel lors de la bataille qui scelle son amitié avec Athos, Porthos et Aramis.

Sources du roman[modifier | modifier le code]

Le héros des Trois mousquetaires est inspiré du personnage historique de Charles de Batz de Castelmore d'Artagnan du régiment des Cadets de Gascogne de Louis XIII. Son nom est cité dans les mémoires et les correspondances de l'époque, notamment chez Madame de Sévigné. Alexandre Dumas disposait comme sources des Mémoires de M. d'Artagnan de Gatien de Courtilz de Sandras rédigé en 1700, 27 ans après la mort de D'Artagnan[3]. Dumas y pioche quantité de détails, qu'il réécrit dans un style très personnel. Ainsi ce passage de Courtilz

« Mes parents étaient si pauvres qu'ils ne me purent donner qu'un bidet de vingt-deux francs, avec dix écus dans ma poche, pour faire mon voyage. Mais s'ils ne me donnèrent guère d'argent, ils me donnèrent en récompense quantité de bons avis. »

— Mémoires de M. d'Artagnan, chapitre Ier

…devient sous la plume de Dumas :

« une pareille bête valait au moins vingt livres : il est vrai que les paroles dont le présent avait été accompagné n'avaient pas de prix. »

— Les Trois Mousquetaires, chapitre Ier

Le projet est à l'origine une idée d'Auguste Maquet, avec lequel Dumas collabore à la rédaction du roman[4].

Les mémoires de l'époque lui fournissent une manne d'intrigues, notamment l'épisode des ferrets de la reine que raconte par exemple La Rochefoucauld dans le premier chapitre de ses Mémoires[5].

Postérité[modifier | modifier le code]

Suites[modifier | modifier le code]

Le succès du roman fut tel que Dumas l'adapta lui-même pour le théâtre, et que deux autres romans le suivirent qui reprenaient les quatre héros principaux pour former la trilogie des mousquetaires. Il s'agit de Vingt ans après, paru en 1845, et Le Vicomte de Bragelonne publié de 1847 à 1850.

Trois ou quatre ?[modifier | modifier le code]

Les Trois Mousquetaires conte les aventures de quatre héros. Aussi, le titre est souvent raillé : « Les Trois Mousquetaires… qui étaient quatre ». C'est dans cet ordre d'idées que naît le synopsis de la série de dessins animés, Albert le cinquième mousquetaire.

Cette dérision vient de la méconnaissance du grand public du roman originel. En effet, l'idée de départ de ce livre est la rencontre d'un jeune cadet de Gascogne, d'Artagnan, et de trois mousquetaires du roi, Athos, Porthos et Aramis. Alors que d'Artagnan symbolise parfois le parangon de mousquetaire, il ne le devient qu'à la fin du roman. Il le devient deux fois, en réalité, à cause d'une étourderie, bien réelle celle-ci, de Dumas[6]. Cette étourderie est corrigée dans certaines éditions, pas dans d'autres.

« Les Trois Mousquetaires » sont donc Athos, Porthos et Aramis. Le sel de l'histoire vient de l'association de D'Artagnan à ces « Trois Mousquetaires ».

Vie du roman[modifier | modifier le code]

Couverture d'une édition soviétique de 1956

Le roman connut également un grand succès en dehors de la France et fut traduit en anglais en trois versions différentes dès 1846. Celle de William Barrow fait toujours autorité[7].

Les Trois Mousquetaires inspirèrent très rapidement nombre d'auteurs qui lui inventèrent des suites, de nouveaux épisodes, ou qui le pastichèrent avec plus ou moins de verve[8]. Un site web en a recensé plus d'une centaine[9]. Du vivant même de Dumas, auteurs dramatiques et romanciers s'emparèrent des mousquetaires. En 1845, la comédie Porthos à la recherche d'un équipement d'Anicet Dumanoir mettait en scène un épisode de Vingt ans après[10]. En 1858 paraissait Les Amours de D'Artagnan, d'Auguste Blanquet, qui profitait du hiatus de vingt ans entre Les Trois Mousquetaires et Vingt ans après pour imaginer la suite des aventures de D'Artagnan sous la Fronde (1648-1653)[11]. À la mort de Dumas, Albert Maurin tenta de tirer profit de la popularité toujours intacte du Gascon avec Les Véritables Mémoires de D'Artagnan (1874), banale version romancée des mémoires de Courtilz de Sandras[12].

L'engouement pour Les Trois Mousquetaires continue plus d'un siècle après la parution du roman de Dumas, avec par exemple le D'Artagnan amoureux de Roger Nimier[13], adapté en 1970 pour la télévision par Yannick Andrei, ou Le Retour des trois mousquetaires d'un certain Nicolas Harin en 1997[14]. Récemment encore, Martin Winckler écrit un roman de formation, Les Trois Médecins (2006), dont la trame est décalquée sur celle du roman de Dumas et Gérard Delteil a publié Spéculator (2010), remake moderne sous forme de thriller, dans lequel les mousquetaires sont devenus des agents d'une société de sécurité et évoluent dans le monde de la finance. Delteil entend lui aussi rendre justice à Milady et s'en explique en critiquant le sexisme du roman de Dumas dans une postface[15].

Si d'Artagnan s'avère le grand favori de ces adaptations, les autres personnages du roman ont également inspiré plusieurs auteurs : en 1886, le Théâtre L'Ambigu donnait Le Fils de Porthos, dont l'action se passe dans la période qui précède la révocation de l'édit de Nantes et met en scène le jeune et bouillant Joël, un breton, fils de Porthos, aux prises avec les ruses machiavéliques d'Aramis, le seul mousquetaire survivant[16]. Dans Milady, mon amour (1986), l'auteur, Yak Rivais, embarrassé par certains aspects du roman devenus répugnants pour des sensibilités modernes, par exemple l'épisode de l'exécution de Milady, réécrit l'histoire avec plus d'indulgence pour ce personnage[17].

Avec Les Trois Mousquetaires, Dumas et Maquet ont réussi ce paradoxe de populariser le roman historique en en faisant un roman de cape et d'épée et à donner ses lettres de noblesse au roman d'action en l'appuyant sur l'histoire. Il avait créé un nouveau héros positif, le Gascon impécunieux, proche encore du picaro, mais noble et héroïque, fine lame et chevaleresque tout en restant humain dans ses faiblesses : l'irascibilité de D'Artagnan, la vanité de Porthos, l'ambivalence d'Aramis tiraillé entre Éros et Agapē, la mélancolie et l'alcoolisme d'Athos empêchent les mousquetaires d'être des héros « parfaits » comme le sera Raoul de Bragelonne, mais ces faiblesses font leur force littéraire. Le jeune d'Artagnan est la synthèse du miles gloriosus, ces matamores, Capitan et autres Capitaine Fracasse de la Commedia dell'arte et du théâtre comique en général (Pistol ou Parolles chez Shakespeare) et du héros des romans de chevalerie. Il commence sa carrière sous les traits comiques d'un jeune Don Quichotte, et en quelques chapitres se métamorphose en un nouvel Achille. C'est ce personnage mi-comique mi-héroïque que l'on retrouve dans Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier (1863), ou dans Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand (1897).

Il avait aussi popularisé un type de récit où alternaient duels, intrigues politiques, chevauchées, enlèvements, passages dramatiques et comiques. La formule fera la fortune des romans-feuilletons où excelleront des auteurs comme Paul Féval (Le Bossu, 1857) ou Michel Zévaco (Pardaillan, 1905-1918). Paul Féval fils se fera d'ailleurs une spécialité d'exploiter les riches filons inventés par ses prédécesseurs avec des titres comme D'Artagnan contre Cyrano de Bergerac, D'Artagnan et Cyrano réconciliés, ou Le Fils de D'Artagnan.

Mais la postérité des Trois Mousquetaires, le « Un pour tous ! Tous pour un ! »[18] déborde largement le cadre de la littérature. Pour André Roussin, s'adressant aux membres de l'Académie française en 1980, c’est « le mythe de l’amitié entre les hommes qui, sous le double sceau de la loyauté et du courage, deviennent invincibles », et il ajoute « C’est un grand mythe pour la jeunesse d’un pays. On a vu au temps de la clandestinité à quel degré de souffrance et à quels sacrifices il a conduit des milliers de jeunes gens, morts parfois de façon atroce, pour n’avoir pas livré le nom de leurs compagnons de réseau. Beaucoup d’entre eux avaient peut-être lu à douze ans Les Trois Mousquetaires et avaient conservé de cette lecture, le sens de la fraternité sacrée »[19]. Et l'académicien évoque ensuite le quatuor du tennis français des années 1920, Henri Cochet, Jacques Brugnon, René Lacoste et Jean Borotra, qui incarne par sa jeunesse, l'amitié entre ses membres et son apparente invincibilité un idéal si proche des héros de Dumas qu'ils sont surnommés Les Quatre Mousquetaires.

En 1974, un grand distributeur, Intermarché, voudra lui aussi tirer profit de cette image positive en choisissant un logo où apparaissent les mousquetaires, censés incarner « l'égalité et le combat mené par l'enseigne pour la défense du pouvoir d'achat. En guerre contre la vie chère… »[20].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Adaptations pour la télévision[modifier | modifier le code]

Adaptations en dessins animés et films d'animation[modifier | modifier le code]

Album BD américaine

Adaptations en bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Adaptations théâtrales[modifier | modifier le code]

Alexandre Dumas adapte lui-même son roman pour le théâtre dès 1845 :

Puis, parmi les nombreuses adaptations qui suivirent :

Adaptations en ballet[modifier | modifier le code]

Livres audio[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation du roman dans Les Petits Classiques Larousse, Larousse, 2011,p.11
  2. Correspondance entre Dumas et Desnoyers citée dans un article de Dumas paru dans Le Dartagnan du 29 février 1867[réf. nécessaire], reproduit dans Les Grands Romans d'Alexandre Dumas, I - Les Mousquetaires: Les Trois Mousquetaires et Vingt ans après, Éditions Robert Laffont, « collection Bouquins », 1991, p. 1338-1339
  3. texte disponible sur Gallica
  4. Albert Thibaudet, Histoire de la littérature française, Hærès, 2012, [1]
  5. Voir Mémoires de La Rochefoucauld
  6. Première fois à la fin du chapitre 28 et seconde fois à la fin du chapitre 47, voir le texte disponible sur le site du Projet Gutenberg
  7. Oxford World's Classics, 1999
  8. Suites et pastiches des Trois Mousquetaires en Russie
  9. Introduction aux suites des mousquetaires
  10. Fiche et extrait de l'œuvre
  11. résumé critique
  12. Résumé
  13. Résumé de D'Artagnan amoureux
  14. « Suites et pastiches de Dumas en Russie »
  15. Les Trois Médecins sur le site de Martin Winckler
  16. Revue d'art dramatique, 1886
  17. Résumé de Milady mon amour
  18. Il est à noter que la réplique exacte dans le texte du roman est « Tous pour un ! Un pour tous ! » Elle est cependant le plus souvent citée de manière inexacte et inversée. Il s'agit aussi de la devise de la Confédération suisse, évoquant la solidarité entre les Cantons suisses.
  19. André Roussin, Réponse de M. André Roussin au discours de M. Alain Decaux
  20. Historique de l'enseigne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres inspirées par le roman

Liens externes[modifier | modifier le code]