Coke en stock

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Coke en stock
19e album de la série Tintin
Auteur Hergé

Thèmes Esclavage
Personnages principaux Tintin
Milou
Capitaine Haddock
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Flag of Khemed.svg Khemed
Mer Rouge

Éditeur Casterman
Première publication 1958
ISBN ISBN 978-2-203-00118-3
Nb. de pages 62

Prépublication Le Journal de Tintin
Albums de la série Tintin
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Coke en stock (Les aventures de Tintin : Coke en stock, Hergé, 1958, Belgique) est le 19e album de bande dessinée des Aventures de Tintin.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En sortant d'un cinéma en compagnie de Tintin, le capitaine Haddock heurte le général Alcazar, qui perd son portefeuille. Tintin tente de le lui rapporter, mais le général est inconnu à l'hôtel où il est censé être descendu. De retour au château de Moulinsart, Tintin et le capitaine découvrent qu'Abdallah et sa suite s'y sont installés. Par ailleurs, ils apprennent le lendemain par les Dupondt que le général est venu en Europe pour négocier des avions qui lui permettront de renverser le général Tapioca, ainsi que le véritable hôtel dans lequel séjourne Alcazar.

En allant lui rapporter son portefeuille, qui contient notamment des photographies de chasseur-bombardier "Mosquitos", Tintin et Haddock le retrouvent en conversation avec Dawson, l'ex-chef de la police internationale de Shanghai (voir Le Lotus bleu). Le capitaine Haddock lui rend son portefeuille pendant que Tintin suit discrètement Dawson, et surprend une discussion sur un mystérieux trafic d'armes. En s'éclipsant, le journaliste ne se rend pas compte qu'il a été repéré. De retour à Moulinsart, il apprend par le journal qu'un coup d'État s'est produit au Khemed, perpétré par l'ennemi juré de l'émir Ben Kalish Ezab, le cheikh Bab El Ehr, ce qui explique la présence d'Abdallah au château. Tintin (voulant aider l'émir) et Haddock (voulant fuir Abdallah) décident de se rendre au Khemed.

À l'aéroport de Wadesdah (la capitale du Khemed), la douane, avertie certainement par Dawson, les refoule sans explication et une bombe est placée dans leur avion. L'attentat échoue miraculeusement, grâce à un incendie de moteur forçant l'avion à atterrir avant que la bombe n'explose. Tintin et Haddock décident alors de fausser compagnie au reste des passagers pour se rendre à Wadesdah chez le senhor Oliviera da Figueira, un ami de Tintin. Ils parviennent jusqu'à sa maison en pleine nuit non sans mal puisqu'ils sont recherchés par les autorités. Oliviera da Figueira leur apprend que le coup d'État a pour origine un différend entre l'émir et l'Arabair, la compagnie aérienne desservant Wadesdah. Ils décident donc de quitter la ville déguisés en femmes et chevauchent jusqu'à l'endroit où s'est réfugié l'émir. Celui-ci leur explique alors la situation : le conflit entre lui et l'Arabair est né il y a quelques mois suite à un caprice d'Abdallah, qui voulait que les avions fassent des loopings avant de se poser. L'Arabair ne voulant pas céder, l'émir aurait menacé de révéler au monde entier le trafic d'esclaves auquel elle se livre. En effet, des milliers de pèlerins se rendant en pèlerinage à La Mecque sont vendus comme esclaves avant leur arrivée. En représailles à ces menaces de l'émir, le marquis Di Gorgonzola, un richissime homme d'affaires, propriétaire de l'Arabair et donc chef du trafic, décide de fournir à Bab El Ehr, des armes et des avions pour chasser l'émir.

Un sambouk

Tintin et Haddock partent pour la côte et embarquent sur un sambouk en partance pour La Mecque pour enquêter sur ce trafic, mais leur embarcation est coulée par un chasseur Mosquito lors d'une attaque aérienne. Réfugiés sur un radeau, ils recueillent Piotr Szut, un pilote assaillant que Tintin a abattu. Les naufragés sont ensuite secourus par le MS Shéhérazade, le yacht de Di Gorgonzola (qui n'est autre que Rastapopoulos, le producteur de films et chef de l'organisation de trafic d'opium des Cigares du pharaon). Il ne peut rien tenter contre eux, Tintin et Haddock ayant été reconnus par une des croisiéristes, la célèbre cantatrice Bianca Castafiore.

Ils sont discrètement transférés à l'aube suivante sur un cargo, le SS Ramona, où ils sont faits prisonniers par l'équipage qui travaille pour Di Gorgonzola (le capitaine Haddock retrouve à cette occasion le contrebandier Allan, apparemment sorti de prison depuis l'affaire du crabe aux pinces d'or). Un incendie survient pendant la nuit sur le navire. L'équipage fuit, laissant derrière eux Tintin, Haddock et Szut, qui parviennent à éteindre le feu. Ce faisant, ils découvrent que le Ramona transportait dans ses cales un grand nombre d'Africains, en pèlerinage pour La Mecque. En fouillant le bateau, Tintin trouve un bout de papier sur lequel est inscrit un message mystérieux, intimant l'ordre de livrer du coke. Le cargo est alors accosté par un « commerçant » arabe qui leur demande à inspecter le « coke » : c'est en réalité le nom de code donné aux esclaves africains[note 1]. Le trafiquant d'esclaves est finalement chassé, sous un torrent d'insultes du Capitaine.

Le USS Los Angeles

Di Gorgonzola apprend par le trafiquant d'esclaves que le Ramona est sauf et tente de le couler à l'aide d'un sous-marin lanceur de torpilles. En même temps, Tintin lance un S.O.S par la radio. Plusieurs torpilles sont ensuite évitées de justesse par le Ramona grâce à des manœuvres de pilotage du Capitaine Haddock et de Szut. Il faut alors l'intervention d'avions militaires appartenant au croiseur USS Los Angeles de la US Navy ayant répondu à l'appel à l'aide de Tintin pour mettre hors d'état de nuire le sous-marin. Enfin, une dernière tentative de destruction du Ramona, par une mine transportée par un homme-grenouille échoue elle aussi de justesse, par hasard.

Le lendemain, le yacht de Rastapopoulos est arraisonné par le Los Angeles. Acculé, le milliardaire réussit cependant à s'échapper dans un sous-marin miniature. La filière esclavagiste est néanmoins démantelée et le scandale est rapporté par la presse au retour de Tintin et du capitaine à Moulinsart. Ceux-ci retrouvent leur demeure libérée d'Abdallah, l'émir Ben Kalish Ezab ayant recouvré son pouvoir au Khemed. En revanche, ils devront supporter l'inénarrable Séraphin Lampion, en visite surprise à Moulinsart.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Personnages[modifier | modifier le code]

Outre ces personnages habituels, cette aventure est surtout remarquable par la présence d'un grand nombre de personnages découverts dans les albums précédents :

Autour de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Le premier titre envisagé par Hergé pour cette histoire était Les Requins de la mer rouge. Le titre anglais de cette œuvre est encore The Red Sea Sharks.

Si certains albums ont connu des modifications dans les images au cours des différentes éditions ce sont des variations du texte qui caractérisent Coke en stock.

  • Dans l'album, après avoir été découvert par une femme vêtue de noir qui s'adresse à lui en arabe, (page 26, case 15), le capitaine Haddock lui hurle dans un accès de colère : « Pourriez pas parler français comme tout le monde, espèce de bayadère de carnaval ?!… Qu'est-ce que vous me voulez, à la fin ?… » (page 26, case 1). L'expression remplacée par « espèce de bayadère de Carnaval » était « espèce de Fatma de Prisunic » dans la première version. Elle fut modifiée car jugée xénophobe.
  • Dans la première version de l'album, la discussion entre les esclaves noirs et le capitaine Haddock se fait à la manière dite « petit-nègre ». Diverses associations ayant protesté pour que les esclaves parlent dans un français des plus corrects, Hergé modifia alors ce dialogue. Les Africains s'expriment dans un français littéraire tandis que le capitaine Haddock continue de leur parler à la manière « petit-nègre » ce qui accentue l'humour de la situation basée sur la perception des différences culturelles.
  • La lettre, écrite par l'émir et qui montrait à l'origine sa difficulté d'expression dans une langue étrangère, a été transformée en exemple de maîtrise de la littérature poétique, dans la seconde version.
  • Le refuge de l'émir est directement inspiré de Pétra, en Jordanie.
  • Signe de l'intérêt débutant d'Hergé pour la peinture, on peut aussi reconnaître, dans cet album, une huile sur toile d'Alfred Sisley, Le Canal du Loing, exposée sur un mur de Moulinsart (page 10, vignettes B2 et C2)[2].
  • L'aventure est fondée sur des éléments véridiques concernant la traite des noirs entre l'Afrique et le Moyen Orient qui a continué jusqu'à la seconde moitié du XXiéme siècle. Un rapport de l'ambassadeur de France en Arabie Saoudite signale qu'en 1955, des trafiquants d'esclaves arabes envoyaient des émissaires-rabatteurs en Afrique noire. Ils se faisaient passer auprès des populations locales pour des missionnaires au service de l'Islam mandés par de riches croyants pour offrir le voyage à la Mecque à des africains nécessiteux. Il s'agissait d'un traquenard puisque les pèlerins étaient faits prisonniers et remis aux marchands d'esclaves[3].
  • Certains aspects du personnage de Rastapopoulos évoqués dans cet album sont inspirés de la vie d'Aristote Onassis : milliardaire d'origine grecque, aux activités parfois à la limite de légalité et controversées, invitant des personnalités sur son yacht, dont une diva (la Castafiore étant le pendant de la Callas)[4].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Version en français québécois[modifier | modifier le code]

À l'automne 2009 une version adaptée en français québécois par Yves Laberge sous le nom de Colocs en stock a été publiée par Casterman. Cette version fut critiquée par la presse comme étant de la « folklorisation » [5] et abusant « d'un vocabulaire passéiste et d'une sur-joualisation des dialogues »[6].

Série animée[modifier | modifier le code]

Cet album fut adapté dans la série animée de 1992. Il y a des différences entre la bande dessinée et la série animée qui en est tirée. En effet, si, dans le dessin animé, l'émir refuse de traiter avec l'Arabair parce que celle-ci fait du trafic d'esclaves, dans la bande dessinée qui est bien antérieure, le trafic d'esclaves ne le choque pas outre mesure ; c'est le fait que la compagnie refuse de céder à un caprice de son fils (Que les avions fassent quelques loopings avant d'atterrir) qui le mène à ce refus.

De plus, les esclaves ne sont plus noirs mais arabes et les réseaux d'esclavagistes arabes (surtout le négrier qui monte sur le SS Ramona avant d'être chassé par le capitaine Haddock) sont totalement absents.

Autre différence, enfin : dans le dessin animé, le personnage de Bab El Ehr, grand rival politique de l'émir Ben Kalish Ezab dans l'album, n'apparaît pas. C'est en effet « Mull Pacha », alias le Docteur J. W. Müller, qui est à la tête de la rébellion (et semble devenir le nouveau maître du pays une fois l'émir renversé) ; dans l'album, Mull Pacha n'est qu'un chef militaire de l'armée de Bab El Ehr.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cet album a été écrit avant que coke ne soit repris comme diminutif de cocaïne. Le terme coke, sur un cargo, s'applique normalement à un distillat issu de la combustion imparfaite du charbon, ce terme innocent est ici utilisé par les contrebandiers pour désigner les esclaves noirs africains
  2. Dans cet album inachevé qu'est Tintin et l'Alph-art, l'antagoniste principal est un dénommé Endaddine Akass qui, par sa voix, « rappelle quelqu'un » à Tintin. Les notes retrouvées après la mort de Hergé indiquent que la fin de l'album devait révéler que Akass n'est autre que Rastapopoulos.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b [Fumeux / Les Enfants d'Alix], « Entretien de Jacques Martin par Mourad Boudjellal », sur Dailymotion,‎ 1984 (consulté le 20 novembre 2011)
  2. Daniel Couvreur, Archibald Haddock, Les Mémoires de Mille Sabords, éditions moulinsart (août 2011), page 40, (ISBN 978-2-87424-256-4).
  3. Tidiane N'Diaye, Le génocide voilé, Gallimard, p.61
  4. Jacques Langlois, « Rastapopoulos nouveau Méphisto », Historia, Paris « Hors-série » « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ juillet 2011, p. 38-40
  5. « Tintin en joual? », Radio-Canada, chronique Arts et spectacles,‎ 19 octobre 2009 (consulté le 29 décembre 2009)
  6. Fabien Deglise, « Traduction infidèle », Le Devoir,‎ 17 octobre 2009 (consulté le 29 décembre 2009)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]