Contrepèterie

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La contrepèterie ou le contrepet est un jeu de mots consistant à permuter certains phonèmes, lettres ou syllabes d'une phrase afin d'en obtenir une nouvelle, présentant souvent un sens indécent masqué par l'apparente innocence de la phrase initiale. Jusqu'au début du XXe siècle, les termes antistrophe et équivoque étaient également employés comme synonymes. Joël Martin qui se plaît à définir le contrepet comme « l'art de décaler les sons que débite notre bouche », cette définition étant elle-même une contrepèterie (« L'art de dessaler les cons que débouche notre bite »)[1].

Exemple : « Le tailleur est submergé sous les amas de patentes »[2] devient, en permutant les sons P et M : « Le tailleur est submergé sous les appas de ma tante ».

L'usage veut qu'on ne donne jamais la solution d'une contrepèterie, chacun devant la trouver lui-même. On dit qu'il faut être trois pour apprécier une contrepèterie : celui qui l'énonce, celui qui la comprend, et celui qui ne la comprend pas[3].

Notons bien que c'est le son et non l'orthographe qui compte, et cette correspondance phonétique doit être stricte. Ainsi, la confusion entre les phonèmes /ʒ/ et /g/ rend douteuse la phrase « ne pas connaître d'orgie sous un tel marasme » (Ne pas connaître d'orgasme sous un tel mari)[4]. De même, des cas tels que « J'ai une engelure qui m'empêche de fuir ! »[4] restent exceptionnels. Et l'on ne saurait admettre « Le ministre des finances trouve toutes les baisses faisables », épinglée (mais publiée) par Le Canard enchaîné, ni une autre qui lui a échappé : « On voyait la ribaude de la tente aux festons » puisque « teston » en ancien français n'a jamais été confondu avec « téton ».

Le journal Le Canard enchaîné est célèbre pour sa sélection hebdomadaire de contrepèteries dans la rubrique intitulée Sur l'Album de la Comtesse. Créée par Yvan Audouard en 1951, elle fut notamment reprise par Henri Monier puis par Luc Étienne à partir de 1957 et enfin par Joël Martin depuis 1984.

Une librairie nommée « Le Verger des Muses » (« Le musée des verges »), à Bourg-la-Reine.

Historique[modifier | modifier le code]

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Qui pouvait bien être à l'origine d'un tel procédé si ce n'est l'illustre François Rabelais ? Ainsi paraissent en 1532 avec son Pantagruel les deux premiers exemples connus du genre : la célèbre « folle à la messe » (molle à la fesse)[5] ainsi que l'équivoque sur « À Beaumont-le-Vicomte » (à beau con le vit monte)[6].

Quarante ans plus tard, en 1572, le Dijonnais Étienne Tabourot, alias Seigneur des Accords, publie les Bigarrures, premier ouvrage comportant un article traitant exclusivement du sujet. On y retrouve la première référence au terme « contrepéterie », jusque-là désignée par les appellations « antistrophe » ou « équivoque »[7].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

On ne retrouve plus de trace écrite évoquant le contrepet pendant plusieurs siècles jusqu'à la parution confidentielle du Trésor des équivoques, antistrophes et contrepéteries de Jacques Oncial en 1909, premier traité lui étant intégralement consacré. Citons également la publication en 1924 de T.S.V.P., recueil de plaisanteries relevées par J.-W. Bienstock et Curnonsky dont l'édition hors commerce comporte un chapitre supplémentaire intitulé « Le Petit Jeu badin des contrepetteries », recensant quelques dizaines de contrepèteries[8].

C'est en 1934 que paraît un des piliers de la littérature contrapétique : La Redoute des contrepèteries. Louis Perceau y a compilé et trié des centaines de contrepèteries succulentes issues de la tradition orale ainsi que de sa propre composition. C'est dans cet ouvrage que l'on peut retrouver nombre de classiques tels que « Les nouilles cuisent au jus de canne », qui ouvre le bal en fanfare. En 1951, l'hebdomadaire Le Canard enchaîné contribue activement à la popularité de la contrepèterie grâce à Yvan Audouard qui y crée la première — et à ce jour unique — plaisante rubrique[9] lui étant spécifiquement consacrée : Sur l'Album de la Comtesse.

Il fallut attendre 1957 pour voir paraître la seconde œuvre majeure du genre : L'art du contrepet de Luc Étienne, affublée du sous-titre « Petit Traité à l'usage des Amateurs pour résoudre les Contrepèteries proposées et en inventer de nouvelles ». En plus d'introduire le terme de contrepet, cet ouvrage lui donnera réellement ses lettres de noblesse en proposant une étude méthodique et pertinente, outre quelques centaines d'exemples inédits. Cette publication valut aussitôt à son auteur la reconnaissance de ses pairs, concrétisée par son intronisation immédiate comme « Comtesse du Canard » jusqu'à son décès en 1984.

Depuis les années 1970 nombre d'auteurs sont venus enrichir cette littérature. Citons notamment le dessinateur Jean Pouzet ou encore Jacques Antel, fidèle bras droit de la Comtesse. À la mort de Luc Étienne, la relève est alors assurée (et encore à ce jour) par un autre de ses disciples : Joël Martin. Stakhanoviste du contrepet — auteur de dizaines de milliers —, il fit entrer cet art dans l'ère industrielle en doublant, puis triplant, voir quadruplant la production hebdomadaire de la Comtesse et en publiant dix-sept ouvrages (deux autres sont en préparation) comportant, pour la plupart, plusieurs milliers d'inédits.

La contrepèterie dans l'histoire littéraire[modifier | modifier le code]

« car il disoit qu'il n'y avoit qu'une antistrophe entre femme folle à la messe, et femme molle, à la fesse. »[5]
« Mais (dist-il) équivocquez sur À Beaumont le viconte. »[6]
« Toutes les jeunes filles doutent de leur foy. » / Toutes les jeunes filles foutent de leur doigts
« Goûtez-moi cette farce ! » / Foutez-moi cette garce !
« La noire me fuyt. » / La foire me nuit.
« Cette femme est une lieuse de chardons. » / Cette femme est une chieuse de lardons.
« Allez pères de la foi ! » / Allez faire de la poix !
« J'ai fait le bossu cocu, j'ai fait le beau cul cossu. » De plus, sont passés à la postérité des exemples (supposés) involontaires, tout de son cru, comme :
« Le vaincu de son cœur. » / Le vainqueur de son cul
« le peintre émet des avis sur les nus »
« Colin […] tailla en biseau le coin de ses paupières mates. »[11]
  • Robert Desnos en écrivit un certain nombre dans la section sur Rrose Sélavy du recueil Corps et biens, souvent en en donnant la solution :
« Dans un temple en stuc de pomme le pasteur distillait le suc des psaumes. »
« Rrose Sélavy connaît bien le marchand du sel. »[12]

Le premier recueil de contrepèteries est le rarissime Trésor des équivoques, antistrophes et contrepéteries de Jacques Oncial, paru en 1909 à quelque 350 exemplaires. Vient ensuite en 1934 La Redoute des contrepèteries de Louis Perceau qui en énumère des centaines, dont bon nombre reprises de l'ouvrage de Jacques Oncial. Sur l'Album de la Comtesse, créé après-guerre dans Le Canard enchaîné, a également joué un grand rôle pour la diffusion de cet art de décaler les sons. Il publia un jour un poème dont le génial auteur, grand spécialiste de Shakespeare, a souhaité rester anonyme. Intitulé "Les plaintes d'une femme déçue", cette splendide élégie présentait deux niveaux de lecture:

L'hommage de leurs vers qu'à l'envi les poètes
À la femme déçue offrent toujours ardents
Flatte certes le but mais n'apaise la quête :
L'attente a des plaisirs qu'on ne fait qu'un moment.

Aussi, jouet des vents qui l’hiver me rudoient,
Sur des talus où vont se fanant mes appas,
En un dense réduit où je n’ai point de joie,
Veux-je conter ce don que Thyrsis bafoua.

Las ! Le pâle Thyrsis avait la mine austère :
Le sentant sur le banc près d’elle un peu tarder
L’amante bien des fois lui fit en vain la guerre
Ferme et froid cependant, jamais il ne doutait.

Pour voir se dénouer ce vœu, que de tendresse !
Que, docile à sa voix et promise à son lit,
J’eusse aimé dans ses bras m’adonner à l’ivresse !
Mais, le vin que j’offrais jamais ne le conquit.

Ses doigts pouvaient jouer aux fous entre mes tresses,
D’un vent hardi parfois copiant les effets :
Il fallait à mon but, d’autres riens, des caresses
Moins lourdes dont mon goût se fût mieux satisfait.

Aux livres confiée une peine farouche
Cède à des plaisirs doux qui lui prêtent un fard,
Mais l’ouvrage choisi quand j’abordai ma couche
Me fit perdre la tête et je luttai sans art.

Certain jour, face aux bois, je me crus bien lésée :
Le vent sifflait, la chasse au loup battait son plein,
La bête bien tapie était près de l’orée :
Ah ! Que le son du cor semblait clair et prochain !

Voyant un nid offert sur la mousse allongée,
Je sentis tout en moi la peine qui fondait,
Quand presque quitte au but il m’a soudain laissée :
Il jouit de mon trouble et ne fit que passer.

« Achève, dis-je, et mets céans la vierge en terre !
Les couleurs de mon don te laissant sans émoi,
Accorde au moins ce but, cruel, à ma prière :
De ce fer qui fait mon envie, ah ! Perce-moi ! »

Il flétrit mes ave d’une parole amère :
Je priais pour gagner le plus mâle des sots !
D’un don coûteux je sus la cruelle misère :
Aux mythes pour le bien je renonçai tantôt.

Mais, que te mine un jour ta peine sur ces rives :
Ton cri restera vain ; ta voix clamant tes maux
Pour ce mal que tu fis à l’amante naïve
Ne trouvera de mont qu’attendrisse l’écho !

La contrepèterie sur Radio Londres[modifier | modifier le code]

Radio Londres, envoyait à la Résistance des messages, phrases diverses, au sens convenu.

Le colonel Rémy, éminente personnalité de la France libre, raconte dans son Livre du courage et de la peur que, devant choisir de telles phrases codées à lire sur Radio Londres pour avertir la Résistance, il se trouva être, avec ses amis, en possession de La Redoute des contrepèteries[13].

Ils eurent l'idée de se servir de ce livre. Et ils étaient en joie quand ils entendaient la charmante speakerine de la radio britannique lire avec soin, ton neutre et parfaite diction des phrases, certes au sens codé convenu, mais qui l'aurait fait rougir si elle avait su ce qu'elles pouvaient signifier en tant que contrepèteries.

Il faut dire qu'ils n'avaient pas beaucoup d'occasions de se distraire ; la contrepèterie est venue à leur aide dans ces moments difficiles. On peut également relever, pendant l'Occupation, le détournement du terme « Métropolitain » en « Pétain mollit trop » ou encore, pendant les années 1930, l'association des Croix-de-feu du colonel de La Rocque devenue les « Froides queues » pour ses opposants. Mussolini ne fut pas oublié avec la fameuse exclamation : « Duce, tes gladiateurs circulent dans le sang ! »

Sur l'Album de la Comtesse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sur l'Album de la Comtesse.

Quelques contrepèteries[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Madame Vigée-Lebrun (autoportrait)
Un bar parisien au pied des Buttes-Chaumont

On remarque que, bien souvent, les contrepèteries font allusion au sexe. Le mot vit ne survit du reste en français que dans les contrepèteries et les chansons paillardes. Joël Martin a néanmoins écrit plusieurs chapitres de contrepèteries « de salon » dans sa Bible du contrepet. D'autres circulent sur Internet, par exemple « Amène le porc ».

Ce qui suit doit rester une liste succincte à titre d'exemple, de quelques contrepèteries parmi les plus courantes. Une liste plus complète se trouve sur wikibooks (voir encart ci-contre).

Noms propres[modifier | modifier le code]

Certains noms propres, de lieux ou de personnes, sont une contrepèterie :

Marques et slogans[modifier | modifier le code]

Voici quelques marques et slogans publicitaires porteurs de contrepèteries :

  • « Mammouth écrase les prix »[14] / Mamie écrase les prouts
  • Nous, on vit Auchan / Nous, on chie au vent
  • L'effet Kiss Cool / Les fesses qui coulent
  • La Pie qui chante / La pente qui chie
  • La vache qui rit / L'avare qui chie
  • La Banque postale (sans mots tabous, contrairement à « En pull Lacoste » / Encule la poste)
  • L'esprit d'Hugo Boss / l'esprit du beau gosse
  • Les berges sont à vous / Les verges sont à bout (publicité de la Mairie de Paris pour Paris Plages 2013)

Revues[modifier | modifier le code]

Quelques revues :

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Des films :

Des émissions de télévision :

Expressions anodines[modifier | modifier le code]

Des expressions anodines :

  • Quel sinistre mot / Quel ministre sot
  • Le temps abolit les mythes / Le temps amollit les bites.
  • Quel beau métier, professeur / Quel beau fessier prometteur (Jacques Antel dans « Le Tout de mon Cru », Pauvert 1975, La Musardine, 2002)
  • Salut Fred / Phallus raide
  • Salut Patrick / Ça pue la trique
  • Salut les copains / Ça pue les colins
  • Le choix dans la date / Le doigt dans la chatte
  • D'une pierre deux coups / D'une paire de couilles (son « yè » dans « pierre » découpé en deux phonèmes distincts)
  • Parachute / Char à putes
  • Il court le furet / Il fourre le curé
  • Barrette de shit / Charrette de bites
  • Fumer comme un pompier / Pomper comme un fumier
  • Prenons la chose en riant / Prenons la rose en chiant
  • Laissez-moi constater / Laissez-moi tâter c'con
  • Mieux vaut tard que jamais / Vieux motard que j'aimais
  • Mouiller les couches / Couiller les mouches
  • Un bouilleur de cru / Un couilleur de bru
  • La vie des berges / La verge des bis
  • La feuille d'acanthe / La fente d'accueil
  • J'aime vachement ton frangin / J'aime franchement ton vagin
  • Il faut battre le fer quand il est chaud / Il faut battre le cher quand il est faux
  • Hachis parmentier / Ami partant chier

Amis du contrepet[modifier | modifier le code]

Louis Perceau[modifier | modifier le code]

Ouvrier tailleur né à Coulon (Deux-Sèvres) reconverti dans le journalisme une fois à Paris, Louis Perceau (1883-1942), dont le militantisme socialiste révolutionnaire lui valut six mois de prison[16], est également reconnu comme bibliographe de littérature érotique ; en témoigne notamment son travail avec Apollinaire et Fleuret entre 1914 et 1919 sur L'Enfer de la Bibliothèque Nationale[17].

Pour en revenir au contrepet, Louis Perceau présenta en 1934 l'ouvrage de référence La Redoute des Contrepèteries (Éditions Briffaut), illustré par Jacques Touchet, où sont compilées, archivées, triées des centaines de contrepèteries. Probablement y sont également insérées quelques-unes de sa propre composition. À noter qu'il n'y cite pas Jacques Oncial bien qu'il en reprenne des exemples[réf. nécessaire] ; Luc Étienne évoque la possibilité que les deux hommes se soient abreuvés aux mêmes sources (celles du bonheur) tandis que Gershon Legman suppose qu'il ne s'agit que d'une seule et même personne.

Il est lui-même à l'origine de la phrase : « Avez-vous lu Perceau ? » / « Avez-vous l'air puceau ? » que les initiés se plaisent à poser.

Luc Étienne[modifier | modifier le code]

Professeur de sciences au lycée de Reims, régent d'Astropétique au Collège de 'Pataphysique, oulipien, Comtesse du Canard de 1957 à 1984, Luc Étienne (1908 - 1984) se fit le spécialiste de cet art, lui inventant le nom de contrepet. Il a rédigé entre autres œuvres (La méthode à Mimile, l'Art de la charade à tiroirs) un Art du contrepet qui fait encore référence aujourd'hui et qui contient des passages fort travaillés comme ce discours d'un locataire :

Elle eut peur de mon mot de guichet :
les concierges n'aiment pas être éveillées brutalement.
Je l'apaisai en la berçant doucement
mais comme elle insistait pour aspirer mon terme
je laissai travailler ma bile et me sentis détesté
Hélas, quand je suis saoûl je n'ai plus de remords :
une sorte de rage me tenait lieu de verve
et je lui fis sentir le bout de mes galoches
Honteux, je lui offris une fine sans dépôt
Elle dit « Après ce marc, faudrait une bonne dînette ! »
Je sentis alors l'avidité des concierges…

Il donne également des conseils : de même que le charme des mots croisés réside dans le fait d'y donner des définitions non banales, il faut une fois le contrepet trouvé lui trouver une courte introduction aussi appropriée à l'innocente phrase de base qu'à sa variante sulfureuse. Ainsi, sur les mots « roussette » et « pain », l'introduction suivante, qui utilise l'homophonie entre pêcher et pécher ne fait que rendre plus savoureuse la contrepèterie :

« Mais je ne pêche pas, monsieur le curé ! J'agace les roussettes avec mes bouts de pain. »

Et sur « affale » et « bazar », quoi de plus plaisant que ces cinq mots d'introduction ?

« Épuisée par une longue queue, la pauvre femme s'affale devant le bazar. »

Jacques Antel[modifier | modifier le code]

Fidèle disciple de Luc Étienne, Jacques Antel est régent de la chaire de contrepet du Collège de 'Pataphysique depuis le . Il est l'auteur du classique Le tout de mon cru présentant plus de 500 contrepèteries inédites (à l'exception notable de celle constituant le titre). Sa spécialité est la chasse aux contrepèteries involontaires, comme dans ses ouvrages Titres fourrés et Ceux que la muse habite s'attaquant respectivement aux articles journalistiques et à la littérature française.

Joël Martin[modifier | modifier le code]

Successeur de Luc Étienne au titre de Comtesse du Canard, Joël Martin est l'auteur de nombreuses publications toutes plus contrepétillantes les unes que les autres, dont La bible du contrepet, Le dico de la contrepèterie ou encore un Que sais-je sur la contrepèterie.

Marc Lagrange[modifier | modifier le code]

Marc Lagrange, est un chirurgien digestif membre de plusieurs confréries vineuses, auteur de plusieurs ouvrages de contrepètries sur le vin et la médecine, le vin et l'érotisme, etc. Prix Nobel (gourmand), il abreuve régulièrement L'Album de la Comtesse de ses facéties sémantiques dans Le Canard enchaîné, entre ses passages sur les ondes, dont Les Grosses Têtes de Philippe Bouvard.

Armelle Finard[modifier | modifier le code]

Armelle Finard est l'auteur de plusieurs recueils de contrepèteries ces dernières années. Joël Martin se demande, en rapport à l'un de ses ouvrages, « si l'éditeur bêle devant Armande » ou « si Finard a une grosse paye »[18].

Étienne Sloujbier[modifier | modifier le code]

Étienne Sloujbier, linguiste, a dans son ouvrage, mené un développement de la contrepèterie à tiroir visant particulièrement les permutations circulaires, ternaires, etc. Il insiste sur les contrepèteries enchevêtrées allant dans le sens de Jean Pouzet. Les contrepets inédits qu'il présente sont également classiques ou de salon. Il présente une certaine variété dans les sujets : la politique, le sport, la vie quotidienne ou encore la cuisine. Exemple : « C'est les mots de la vie ! / C'est le vomi d'Ella ! ».

Les Contrepétographes[modifier | modifier le code]

Duo lyonnais constitué de Dom Agnesina pour le texte et de Stéphane Massa-Bidal pour le graphisme qui propose de revisiter le genre de la contrepèterie illustrée. Travaillant sur l'actualité ou sur des créations originales, ils mêlent typographie, graphisme, photo et un indice pour résoudre la contrepèterie[19].

Contrepèteries étrangères[modifier | modifier le code]

On consultera avec profit les liens inter-langues de Wikipédia... en se rendant compte que quelques-uns référencent une forme de poésie avec les lettres échangées, sans rien de piquant.

Anglophone[modifier | modifier le code]

Le terme « spoonerism » vient du Révérend William Archibald Spooner (en) (1844-1930) qui en commettait souvent, volontairement ou non, dans ses sermons.

Il n'est pas aussi systématiquement grivois que l'est son homologue français. L'œuvre de Shakespeare en comporterait quelques-uns[réf. nécessaire].

« Three cheers for our queer old dean! »[solutions 1]
« Is it kisstomary to cuss the bride? »[solutions 2]
« The Lord is a shoving leopard. »[solutions 3]
« A blushing crow. »[solutions 4]
« A well-boiled icicle »[solutions 5]
« You were fighting a liar in the quadrangle. »[solutions 6]
« Is the bean dizzy? »[solutions 7]
« You have hissed all my mystery lectures. You have tasted a whole worm. Please leave Oxford on the next town drain. »[solutions 8]
« Pheasant plucker »[solutions 9]
« The difference between a girl in a church and a girl in a bath is that the first one has a soul full of hope. »[solutions 10]
« Those girls have a cunning array of stunts. »[solutions 11]
« I'd rather have a bottle in front of me, than a frontal lobotomy. » (correspondance phonétique non-rigoureuse)
Le film « Shoot to kill »[solutions 12]
Les cartoons n'y échappent pas non plus : « Daffy Duck »[solutions 13]
Ni les personnages de roman : « Harry Potter »[solutions 14]
Ni même les plus innocents aliments : « Pop corn »[solutions 15]
Ou encore le monde de la musique : Night in the ruts d'Aerosmith, Cunning Stunts de Caravan ou Punk in Drublic de NOFX

Espérantophone[modifier | modifier le code]

Deux exemples de kontraŭknalo, ou contrepèterie en espéranto :

« Mielkuko », le « gâteau au miel » devenant « comme du mucus ».
« Plejpova nutro », la « nourriture puissante » devenant une « putréfaction récente ».

Germanophone[modifier | modifier le code]

Comme l'allemand est très phonétique, les contrepèteries sont plutôt rares.

« Am Bahnhof puffen die Loks. »[solutions 16]

Hispanophone[modifier | modifier le code]

« En la colección de Beaucaire se pueden ver las posibilidades para esconder frases picantes bajo disfraces más inocentes. »

Italophone[modifier | modifier le code]

Puisqu'en italien les désinences des mots sont toujours prononcées, la contrepèterie est bien plus rare qu'en français. Cependant, il y a quelques exemples, dont certains grivois :

« Costo del pane », le « coût du pain » devenant la « place du chien ».
« Mazzo di carte », le « jeu de cartes » devenant une partie anatomique du dieu Mars.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme contrepèterie dérive du verbe contrepéter signifiant équivoquer (XVe siècle) puis par la suite imiter, contrefaire (XVIe siècle)[20]. La première référence à ce mot remonte en 1572 à Tabourot, qui nous apprend que certains « bons compagnons » employaient ce terme, contrairement aux « Courtisans » qui lui préféraient jusque-là ceux d'équivoque et d'antistrophe[7]. Joël Martin nous indique que Rabelais usait du verbe contre-petter, quand le substantif correspondant n'existait pas encore[21]. Avant de se fixer au XXe siècle, des orthographes telles que contrepéterie ou contrepetteries pouvaient être rencontrées.

Quant au terme contrepet, il fut forgé par Luc Étienne pour désigner l'art de résoudre et d'inventer des contrepèteries, ainsi le contrepet est à la contrepèterie ce que la littérature est au livre. On retrouve notamment ce mot en 1957 dans le titre de l'ouvrage de référence en la matière : L'art du contrepet ; il est entré depuis dans le dictionnaire. Par abus de langage, le mot contrepet est parfois synonyme de contrepèterie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jacques Oncial, Le Trésor des équivoques, antistrophes et contrepéteries : Mirifique parangon du beau et honnête langage, Gélatopolis,‎ 1909
  • Louis Perceau (ill. Jacques Touchet), La Redoute des contrepèteries, G. Briffaut, coll. « Le coffret du bibliophile illustré »,‎ 1934 (lire en ligne)
  • Luc Étienne, L'Art du contrepet : Petit traité à l'usage des amateurs pour résoudre les contrepèteries proposées et en inventer de nouvelles, J.-J. Pauvert,‎ 1957
  • Luc Étienne (ill. Henri Monier), L'Album de la Comtesse : Recueil de contrepets curieux et délectables parus dans le Canard enchaîné entre la 2e et la 3e guerre mondiale, J.-J. Pauvert,‎ 1967
  • Jacques Antel (préf. Luc Étienne), Le Tout de mon cru, J.-J. Pauvert,‎ 1975 (ISBN 2-87697-023-6)
  • Luc Étienne, Nouvel album de la Comtesse, Stock,‎ 1979 (ISBN 2-234-01181-7)
  • Joël Martin (préf. Yvan Audouard, ill. Cabu), Manuel de contrepet : L'art de décaler les sons, Albin Michel,‎ 1986 (ISBN 978-2-226-02125-0)
  • Joël Martin, Sur l'Album de la Comtesse 1979-1987, Albin Michel,‎ 1988
  • Joël Martin (ill. Ferdinand Guiraud (Kiro)), Le Contrepêtisier, Presses de la Cité,‎ 1992
  • Joël Martin (ill. Rémi Legoistre), La Vie des mots (l'ami des veaux), Albin Michel,‎ 1994
  • Joël Martin (ill. Rémi Legoistre), Contrepétarades, Seuil collection Petit-point, puis Point-Virgule,‎ 1994
  • Joël Martin (ill. Rémi Legoistre), L'Art des mots (l'eau des mares), Albin Michel jeunesse,‎ 1995
  • Joël Martin, Contrepétines, Albin Michel jeunesse,‎ 1996
  • Joël Martin, Sur l'album de la ContesTe, Albin Michel,‎ 1997
  • Joël Martin, Le dico de la contrepèterie, Seuil, collection; Les Dico de Point-virgule,‎ 1997, réédition;Points 2011 (ISBN 978-2-02-030408-5)
  • Joël Martin, Des prénoms fous, fous, fous, Abin Michel,‎ 2000
  • Joël Martin, La Bible du contrepet : Une bible qui compte pour décaler les sons, R. Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 2003 (ISBN 2-221-09700-9)
  • Joël Martin, La Contrepèterie, P.U.F., coll. « Que sais-je ? »,‎ 2005 (ISBN 2-13-053965-3)
  • Joël Martin, Le Petit Livre des contrepètries, First Éditions,‎ 2005
  • Joël Martin, Le Petit Livre des contrepètries 2, First Éditions,‎ 2007
  • Joël Martin (ill. Ferdinand Guiraud (Kiro)), Le contrepet témoin de son temps, First Éditions,‎ 2008
  • Joël Martin, Le Petit Livre des contrepètries 3, First Éditions,‎ 2010
  • Joël Martin et Marc Lagrange, Les soupers d'un grand palace et les vins qu'il a reçus, Albin Michel, 2011, 341.p.(ISBN 978-2-226-23858-0)
  • Marc Lagrange, Paroles de vin, Féret,‎ 1999, préface de Michel Lis (le Jardinier).
  • Marc Lagrange, Le vin en fête, Féret,‎ 2002, préface du professeur Christian Cabrol.
  • Marc Lagrange, Le vin et la médecine, Féret,‎ 2004, préface du professeur Christian Cabrol.
  • Marc Lagrange, Le vin et la Mer, Féret,‎ 2008, préface du professeur Yves Coppens.
  • Marc Lagrange (ill. Duf), Vin et Érotisme : Balade érotique et sensuelle sur le vocabulaire bachique, Duf'Éditions,‎ 2009 (ISBN 978-2-9541551-1-1)
  • Étienne Sloujbier, L'intégrale des contrepèteries, City, 2012, ISBN 978-2-35288-836-9, Hachette, 50 93399 2

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Manuel de contrepet
  2. La redoute des contrepèteries
  3. « Pour atteindre une plus grande efficacité, la contrepèterie demande même le concours de trois personnes : celle qui dit le contrepet, celle qui le comprend et celle à qui la signification cachée échappe complètement, le plaisir des deux premières étant décuplé par l'incompréhension de la troisième. », Claude Gagnière, Pour tout l'or des mots, R. Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1996, « Contrepèteries », p. 267-287
  4. a et b Nouvel album de la Comtesse
  5. a et b François Rabelais, Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua,‎ 1532, livre II, chap. XVI
  6. a et b Ibid., livre II, chap. XXI. Voir aussi Beaumont-sur-Sarthe.
  7. a, b et c Étienne Tabourot, Bigarrures, Paris,‎ 1572, chap. VIII
  8. J.-W. Bienstock, Curnonsky, T.S.V.P., Paris, G. Crès et Cie,‎ 1924, « Le Petit Jeu badin des contrepetteries », p. 295-302
  9. Le dico de la contrepèterie
  10. Cf. l'annotation suivante : « Si Rabelais, Verville, Tabourot eussent vécu au dix-neuvième siècle, ils n'auraient certes pas manqué celle-ci », Honoré de Balzac, Physiologie du mariage,‎ 1829 (lire en ligne)
  11. Boris Vian, L'Écume des jours, Gallimard,‎ 1947
  12. Hommage à son créateur Marcel Duchamp
  13. L'art du contrepet, p. 86
  14. Révélé par Coluche dans le sketch de la publicité
  15. Voir le blog michel13blog.canalblog.com du 31 décembre 2010.
  16. Jean-Paul Bouchon, Louis Perceau, explorateur et fournisseur de l'Enfer
  17. Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret & Louis Perceau, L'Enfer de la Bibliothèque Nationale,‎ 1914 (réimpr. 1919)
  18. Commentaires de Joël Martin sur Amazon.fr
  19. Interview « Les contrepetographes » sur le site www.inkulte.com, 14 septembre 2011.
  20. Portail Lexical - Etymologie de contrepèterie
  21. « Rabelais n'usait pas du substantif contrepèterie qui sera inventé quarante ans plus tard mais du verbe contre-petter qui veut dire substituer, mettre à la place de, rendre un son pour un autre… », Le dico de la contrepèterie, p. 197

Solutions[modifier | modifier le code]

  1. « Three cheers for our queer old dean! »
  2. « Is it kisstomary to cuss the bride? »
  3. « The Lord is a shoving leopard. »
  4. « A blushing crow. »
  5. « A well-boiled icicle »
  6. « You were fighting a liar in the quadrangle. »
  7. « Is the bean dizzy? »
  8. « You have hissed all my mystery lectures. You have tasted a whole worm. Please leave Oxford on the next town drain. »
  9. « Pheasant plucker »
  10. « […] a soul full of hope. »
  11. « Those girls have a cunning array of stunts. »
  12. « Shoot to kill »
  13. « Daffy Duck »
  14. « Harry Potter »
  15. « Pop corn »
  16. « Am Bahnhof puffen die Loks. »