Voyance

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La boutique d'une voyante à Boston

La voyance est la capacité hypothétique à percevoir une information dans l'espace et dans le temps en dehors de l'usage des cinq sens. La personne qui aurait cette capacité est généralement appelé voyant(e) et propose des consultations payantes à des clients en attente de révélations afin de connaître ou de préparer leur avenir. La voyance n'a aucun fondement scientifique mais reste une activité populaire et lucrative, qui a même son salon[1].

Historique[modifier | modifier le code]

La voyance est une forme de divination dont on trouve l'existence dans les civilisations les plus anciennes. On trouve la mention de « voyants » (rishi) dans les textes védiques les plus anciens[2],[3]. Chez les Grecs, la possibilité de prédire l'avenir provient de l'idée que les dieux, de préférence quand on les priait, accordaient régulièrement des révélations par l'intermédiaire d'augures. On distingue depuis Cicéron[4] deux branches de divination : la voyance et la mantique, toutes deux étant des arts du pronostic, mais par des moyens différents. La voyance est dite naturelle, intuitive, la mantique est artificielle, inductive, technique, aux moyens de l'examen d'entrailles d'animaux, de l'astrologie, de la cartomancie etc.

Mantique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art divinatoire.

Dans l'ancien testament de la Bible, une loi hébraïque interdit aux tribus d'Israël de faire usage de la divination (Deutéronome 18.10-12[5]) "Qu'on ne trouve chez toi personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui s'adonne à la divination, aux augures, aux superstitions et aux enchantements, qui ait recours aux charmes, qui consulte les évocateurs et les sorciers, et qui interroge les morts." L'évocation détaillée de ces pratiques mantiques laisse à penser qu'elles étaient alors répandues parmi les populations contemporaines des Hébreux, dans cette région du monde.

Une boule de cristal, instrument généralement associé à la voyance

Autour du Ier au IVe siècle[réf. nécessaire], en Grèce et à Rome, ce fut l'apogée des haruspices, prétendant lire l'avenir dans le comportement ou les entrailles des animaux (principalement le foie, voir hépatoscopie). Cette méthode de "prédiction" était d'un usage courant pour juger les crimes dans la Rome antique. L'auteur latin Cicéron, dans de divinatione, brosse autour de -44 avant J.-C. un tableau très complet des pratiques de son époque (augures, aruspices, astrologie prophétie, oniromancie...) et se livre à une critique méthodique des arguments en faveur de la divination, sous forme d'un dialogue entre son frère Quintus et lui[6].

À la même époque se développe en Asie le Yi King (ou Yi Jing : basé sur la symbolique taoïste du Yin-Yang, il s'appuya d'abord sur l'interprétation des fendillements des carapaces de tortues exposées à la chaleur, puis sur le lancer de 50 tiges d'achillée sèches. De nos jours, le jet de pièces de monnaies est fréquemment utilisé. Cet oracle repose sur 64 figures (ou hexagrammes) constituées par l'empilement de six traits, qui peuvent être pleins ou brisés, mutables ou non. Par le jeu des mutations, on arrive donc à 4 096 combinaisons possibles. L'interprétation des hexagrammes est écrite dans le "Livre des mutations" (Yi-King), ouvrage métaphysique taoïste de la Chine antique, attribué au souverain Fo Hi, qui l'aurait rédigé pendant une période d'emprisonnement. Cet antique outil d'aide à la décision connut un regain de popularité dans la contreculture des années 1960, notamment aux États-Unis.

Durant le Moyen Âge, en Europe surtout et un peu moins en Afrique du Nord, les astres vont redevenir le support préféré des voyants : l'astrologie, ancienne mais encore marginale, prend son essor. D'après la théorie chrétienne d'alors, les étoiles sont en effet des disques derrière lesquels se cachent des anges ou des chérubins, et leur mouvement est en fait un signe. Le ciel s'organise donc en constellations, les années en périodes zodiacales, permettant par de savants calculs de déterminer l'horoscope. Nostradamus fut un astrologue reconnu de son vivant (qui rencontrait et conseillait nombre de personnalités); il a écrit un ouvrage dans lequel il dévoile, selon lui, tous les événements qui devraient se dérouler jusqu'en 2060 environ, date selon lui de la fin du monde.

Voyance intuitive[modifier | modifier le code]

La voyance utilise fréquemment des supports comme la boule de cristal ou les cartes. Mais on prête traditionnellement au voyant des capacités surnaturelles , le don de visions intuitives qui permettraient de voir le passé et l'avenir, dans ce cas on parlera de "médium". Des plantes psychotropes sont parfois utilisées pour accéder aux visions prophétiques : le soma, une boisson utilisée en Inde antique par les prêtres, était réputée leur permettre de « voir les dieux ».

Un portrait de Nostradamus

Nostradamus, né Michel de Nostredame, a fait des prévisions célèbres, souvent appelées « prophéties », qui, de par la langue et le style employés, sont proprement indéchiffrables ou permettent une multitude d'interprétations possibles, parfois rétrospectivement.

Les personnes prétendant voir ou entendre la Vierge Marie, ou d'autres êtres spirituels, sont aujourd'hui fréquemment appelés « voyants » (voir le cas de Međugorje).

Le commerce de la voyance[modifier | modifier le code]

De manière générale, diverses disciplines constituent les « arts divinatoires » : tarot, astrologie, boule de cristal, etc. Ces pratiques sont bien implantées dans la culture populaire, il a été estimé que 21 % des femmes et 9 % des hommes en France auraient déjà rencontré au moins une fois un ou une voyant(e). Le chiffre d'affaires annuel global des quelque 100 000 professionnels de la voyance et de l'occulte est évalué au début de XXIe siècle à près de 3 milliards d'euros, ce qui représente environ 15 millions de consultations par an[7]. Il existe même aujourd'hui des voyants qui pratiquent à distance, utilisant le téléphone, le SMS, l'email, la webcam ou la messagerie instantanée. Les tarifs en 2011 varient, en France, de 60 à 300 € par séance quelle que soit la pratique choisie[8].

Législation[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Pour le droit français, jusqu'en 1994, l'exercice de la voyance était un délit prévu au Code Pénal. Le 1er mars 1994, les législations répressives de 1834 et de 1945 ont été grandement amendées par la suppression de l'article R.34 7 de l'ancien Code pénal.

Points de vue contemporains[modifier | modifier le code]

Du point de vue de ceux qui la pratiquent, les visions ne sont pas remises en question même si l'interprétation des visions ou des « lectures » est faite par le voyant lui-même et dépend donc en partie de son univers psychique et culturel. Il est parfois admis par les intéressés que celle-ci subit en effet les interférences de la subjectivité du voyant mais aussi de celui qui l'a consulté.

Du point de vue des sceptiques, il s'agit soit de charlatanisme soit d'auto-illusion.

Des expériences ont été tentées à l'ère moderne afin de vérifier ou d'infirmer l'hypothèse de la voyance, en général par les détracteurs de ce phénomène.

Points de vue scientifiques[modifier | modifier le code]

La voyance fait l'objet d'études scientifiques à la fin du XIXe siècle avec la Society for Psychical Research fondée à Londres en 1882.

En France, c'est en 1919 qu'est fondé l'Institut Métapsychique International (IMI). Il se définit comme « une alternative officielle entre les dérives de la crédulité et l'excès de scepticisme ».

Dans les années 1930 aux États-Unis, Joseph Banks Rhine développe des méthodes d'analyse statistique pour tenter de définir le phénomène.

En 1974 et pendant 20 ans, la CIA a coordonné et dépensé plusieurs millions de dollars dans un programme de recherche sur la clairvoyance, intitulé Stargate Project, destiné à trouver et tester des médiums. L'armée américaine fera ainsi appel à des « espions psy » tels que Joseph McMoneagle[9]

Plus engagé dans le rationalisme, un Laboratoire de Zététique a été créé en 1998 à l'Université de Nice en lutte contre la « pensée irrationnelle » dans le but de former chez l'individu « une capacité d'appropriation critique du savoir humain ».

Études[modifier | modifier le code]

Différents tests impliquant des nombres (de cartes à jouer, de mains dans le dos etc.) semblent démontrer que le taux de chance pour un « voyant » de trouver la bonne réponse est le même que pour un individu quelconque qui les devinerait[10],[11],[12].

Point de vue spiritualiste[modifier | modifier le code]

La prémonition et la vision d'évènements passés sont expliqués comme provenant d'entités des mondes dits « subtils » ou par l'accès à un « niveau universel de l'existence » (voir l'exemple des annales akashiques)[13] ou encore par la télépathie.

Yaguel Didier, astrologue et voyante populaire, déclare dans son livre « au cœur de la voyance » avoir été prise de nausées violentes en présence d’une cliente dont elle apprend la mort consécutive à un cancer du pancréas quelque temps plus tard, attribuant son expérience à un « ressenti viscéral » qui lui aurait communiqué cette information sur l'état de santé de cette personne[14]. Alexis Didier, jugé « prodigieux » à son époque, au milieu du XIXe siècle, aurait été capable de lire en présence de témoins des morceaux de livres qu'il ne connaissait pas[15],[16],[17]. Tous évoquent des sensations ou des perceptions dont ils n'expliquent pas l'apparition autrement que par un don qu'ils posséderaient, leur permettant de connaître avec plus ou moins d'assurance le passé et l'avenir.

En France, quelques voyantes ont eu une certaine renommée, depuis Madame Soleil dans les années 1960 jusqu'à Maud Kristen au XXIe siècle, évoquée par Marie Monique Robin dans son film intitulé : 6ème sens, la Science face au Paranormal.

Critique[modifier | modifier le code]

La voyance est considérée comme une duperie par des rationalistes, ainsi que par différents opposants aux pseudo-sciences[18].

L'activité de voyance ne faisant l'objet d'aucun enseignement organisé, ni d'un contrôle réglementaire, elle est souvent considérée comme donnant lieu à des escroqueries[19]. Ainsi en octobre 2013, à Moscou, un groupe de 11 escrocs se présentant comme des "voyants", ont réussi à gagner plus de 4,6 millions d'euros en dupant plus de 400 personnes. Ils sont arrêtés par la police. Des ordinateurs sont saisis. Ils risquent une peine privative de liberté de 10 ans [20].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voyants contemporains notoires[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Paranormal pognon, article du journal provençal le Ravi, septembre 2012
  2. Le polythéisme hindou, Alain Daniélou, Buchet/Chastel, 1982
  3. La voyance des Rishis consiste en l'écoute (shruti) des sons du cosmos qui leur révèlent son ordre intrinsèque et sa finalité
  4. De divinatione, de Marcus Tullius Cicero, F. l'Honoré & fils, 1741
  5. Deutéronome 18.10-12
  6. Cicéron (traduction de Jos.-Vict. Le Clerc), De divinatione, Oeuvres complètes de M. T. Cicéron, tome 31, Werdet et Lequien fils, 1826
  7. Selon l'institut national des arts divinatoires
  8. Voyance: Et si c'était vrai ? par Joëlle Portalié,Didier Goutman, Editions Eyrolles, 2011, p. 43
  9. Conspiracy Encyclopedia, Franz Steiner Verlag, 2006, publié par Thom Burnett, p. 153
  10. Secrets of the psychics: investigating paranormal claims, Massimo Polidoro, Prometheus Books, 2003
  11. A Concise Course in Advanced Level Statistics: With Worked Examples, par Janet Crawshaw,Joan Chambers Janet Crawshaw, Joan Chambers, Nelson Thornes, 2001, p. 485
  12. So, You Think You'Re Psychic?, William M. Briggs, Lulu.com, 2006
  13. What is sixth sense?
  14. Au cœur de la voyance, Plon, Yaguel Didier, p. 59 et 60
  15. Bertrand Méheust, Un voyant prodigieux – Alexis Didier, 1826-1886, Les Empêcheurs de penser en rond, 2003
  16. Le mythe: Voyance et divination : approches croisées, Christine Bergé, Michel Boccara, Markos Zafiropoulos, Bertrand Méheust, Economica, 2004, p. 15, 107 et 118
  17. Pythagore, pérennité de sa philosophie, Éditions Traditionnelles, 1968, Émile Strohl, p. 79
  18. La voyance (entre autres) vue par les sceptiques
  19. Je connais cette astuce - Comment reconnaître les signes, identifier les stratégies et prévenir à temps les délits d’escroquerie, Hajo Michels, GRIN Verlag, 18 juin 2009 p. 221
  20. http://fr.ria.ru/society/20131023/199622195.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Dufoulon, Femmes de parole. Une ethnologie de la voyance. Paris, A-M Métailié. 1997. (ISBN 2-86424-234-6)
  • Le mythe : pratiques, récits, théories : Volume 3, Voyance et divination, Approches croisées, sous la direction de Bertrand Méheust, Paul-Louis Rabeyron, Markos Zafiropoulos, Éditions Economica (9 novembre 2004), Collection : Psychanalyse & pratique sociales.
  • Nicole Edelman, Histoire de la voyance et du paranormal: du XVIIIe siècle à nos jours, Seuil, 2006
  • Nicole Edelman, Voyantes, guérisseuses et visionnaires en France, 1785-1914, Albin Michel, 1995
  • Françoise Cléro, La science et la voyance: Bilan de recherche, Québecor, 2009
  • Édouard Collot, Daniel Kunth, Peut-on penser l'astrologie : science ou voyance ?, Pommier-Fayard, 2000
  • Sébastien Gouverneur, Voyance et normalité psychique: la science face à l'intolérable ou le traitement scientifique de la voyance, Univ. Victor Segalen Bordeaux II, 2000.
  • Bertrand Méheust, 100 mots pour comprendre la voyance, Éditions Les Empêcheurs de Penser en Rond (7 octobre 2005), Collection : Cent mots pour...