Zhang Chongren

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Dans ce nom chinois, le nom de famille, Zhang, précède le nom personnel.
Zhang Chongren

Zhang Chongren (chinois simplifié : 张充仁 ; chinois traditionnel : 張充仁 ; pinyin : Zhāng Chōngrén ; Wade : Chang¹ Ch'ung¹-jen² ; cantonais Jyutping : Zoeng¹ Cung¹jan⁴ ; cantonais Yale : Jeung¹ Chung¹yan⁴), parfois transcrit Tchang Tchong-jen (27 septembre 19078 octobre 1998), est un artiste et sculpteur chinois connu pour avoir été l'ami d'Hergé et avoir inspiré le personnage de Tchang.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît en 1907 à Xujiahui (Zikawei en shanghaïen) dans la banlieue de Shanghai. Ses parents étant pauvres, à la mort de sa mère, il est placé à l'orphelinat de Tou-Sè-Wè pour lui donner une chance. Son oncle était un professeur de sculpture dans cet établissement et habitait à 300 mètres de là. Cet orphelinat était surtout une école d'art et d'artisanat, très connue à l'époque, tenue par des pères jésuites français. Il y apprend donc le français.

À partir de 1928, il travaille dans l'industrie du cinéma et dans des journaux locaux. Il part pour la Belgique en 1931 et suit des cours à l'Académie des beaux-arts de Bruxelles.

Alors qu'il s'apprête à écrire Le Lotus bleu, Hergé est contacté par l'abbé Léon Gosset, aumônier des étudiants chinois de l'université de Louvain. Ce dernier, qui s'inquiète de voir Hergé truffer sa prochaine aventure, déjà annoncée, de clichés rétrogrades et colonialistes sur la Chine, le met en relation avec son étudiant Zhang Chongren. Il devient ami d'Hergé et lui explique les coutumes chinoises, lui donnant une version plus réaliste de la Chine que les stéréotypes circulant alors en Europe. Il participe à l'écriture de l'album, écrivant de vraies phrases en chinois sur les affiches représentées par Hergé, contenant pour la plupart une violente dénonciation de l'impérialisme japonais et occidental.

L'apport de Zhang est immense : Le Lotus bleu est la première aventure de Tintin pour laquelle Hergé s'est réellement documenté, une démarche qu'il conservera ensuite dans tous ses albums. Zhang a également ouvert l'esprit d'Hergé, jusqu'alors sous l'influence des stéréotypes véhiculés dans son milieu, la petite bourgeoisie catholique conservatrice. Pour souligner l'importance de cette rencontre, Hergé crée dans Le Lotus Bleu un nouveau personnage, Tchang, auquel il donne le nom de son ami, ce qu'il n'avait jamais fait et ne refera jamais.

Il est aussi à la base d'une des quatre sculptures de la façade du palais 5 du Parc des expositions au Heysel. En effet, il collabora activement avec son professeur de l'Académie des Beaux Arts, Egide Rombaux, à la création d'une de ses statues allégoriques. En Belgique durant ses études, il a reçu de nombreux prix et de nombreuses médailles.

En 1935, Zhang quitte la Belgique et voyage en Europe avant de rentrer en Chine en 1936, où il organise des expositions pour présenter ses œuvres et fonde les studios Chongren. Hergé perd le contact avec lui pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il lui écrit de nombreuses lettres, mais n'obtient jamais de réponse, parce qu'elles n'arrivent jamais à destination, peut-être égarées ou encore interceptées par les autorités chinoises ou japonaises. Sa déception trouvera un écho dans les efforts surhumains de Tintin pour retrouver Tchang dans Tintin au Tibet. Sur la planche 30 de cet album, on voit gravé sur une pierre le nom de Tchang en sinogrammes traditionnels (張仲仁), au lieu du « 張充仁 » de l'ami d'Hergé. Le caractère 仲 (zhòng, second de trois fils) est fréquent dans les prénoms chinois. Il peut aussi signifier "second" dans le sens où l'ami de Tintin est considéré par Hergé comme un « second » Chang. C'est aussi ce nom (le dernier sinogramme ayant toutefois été élidé) que l'on retrouve sur la lettre qu'adresse Chang à Tintin à la page 3 du même album. Ce sont les deux seules apparitions écrites de son nom, il n'avait jamais été écrit dans Le Lotus bleu[1]. Phonétiquement les noms des deux Chang, le réel et le fictif, restent proches, mais celui de la BD est clairement présenté de par son nom comme un double fictif.

Durant la Révolution culturelle, dans la seconde moitié des années 1960, Zhang est réduit à se faire balayeur.

Puis, il est nommé directeur de l'académie des Beaux-Arts de Shanghai dans les années 1970. Après 1979 et la libéralisation économique de la Chine, il reçoit une large reconnaissance dans le monde de l'art chinois. Une collection de ses peintures et de ses sculptures est publiée, tandis qu'il édite et traduit de nombreux livres d'art. Il a notamment sculpté des bustes en bronze de Deng Xiaoping en 1994, de François Mitterrand en 1988 et du Prince Souverain Rainier III de Monaco en 1997. Ce fut sa dernière œuvre achevée. Elle est exposée au Palais Princier de Monaco, où il fut reçu en 1997 par Le Prince Héréditaire Albert II de Monaco.

Ce n'est qu'en 1981, le 18 mars, peu de temps avant sa mort, qu'Hergé revoit Zhang. Celui-ci est invité par le gouvernement français à l'occasion d'un anniversaire. Bien que sur-médiatisées, les retrouvailles sont très touchantes. Elles sont cependant source de déception pour Hergé : en effet, le jeune étudiant chinois de ses souvenirs est devenu un septuagénaire fatigué et bougon, ne parlant d'ailleurs plus très bien le français.

En 1985, Zhang recevra la nationalité française.

Tchang fut invité par Madame Danielle Mitterrand à s’installer en France. Il devint un sculpteur renommé en Occident. On fit appel à lui pour réaliser le buste de François Mitterrand après sa réélection en 1988. Ses apparitions se firent ensuite de plus en plus rares.

Jacques Langlois, des "Amis de Hergé", témoigne : "C’est en 1985 à la faveur d’un voyage de Mitterrand en Chine, que Régis Debray et Danielle Mitterrand ont rendu visite à Tchang chez lui et lui ont proposé de s’installer à Paris. Quelques mois plus tard, c’était chose faite et Jack Lang s’est occupé de lui procurer des travaux et des ressources : conférences au musée Guimet, puis commande du buste de Hergé pour Angoulême, ... Tchang a travaillé aussi pour la communauté chinoise de Paris, friande de se faire statufier. Sa renommée occidentale lui a même valu un retour en grâce à Pékin et il a pu réaliser un monument à Shanghaï, où vit encore son épouse et où il retournait chaque année quelques semaines. Bref, Tchang a vécu ses treize dernières années dans un agréable atelier d’artiste à Nogent-sur-Marne et quatre mois en Principauté de Monaco en 1997, grâce au Prince Héréditaire Albert.

C'est à Nogent en banlieue parisienne qu'il meurt le 8 octobre 1998. Il repose au cimetière municipal de cette localité.

Hommages post-mortem[modifier | modifier le code]

Peu après sa mort, un musée lui est dédié dans son ancien atelier à Qibao Shanghaï. De nombreuses œuvres de cette époque venant de Chine et de l'étranger comme les photos de la façade du Palais 5 du Heysel, les nombreuses médailles et prix qu'il a reçus lors de ses études à l'Académie, des coupures de presse de sa rencontre avec Hergé ou encore un exemplaire du buste de François Mitterrand y sont aujourd'hui exposés.

Certaines de ses peintures et de ses sculptures sont exposées au Musée chinois des beaux-arts de Pékin et au Musée chinois de la guerre révolutionnaire.

Il fait l'objet d'une nouvelle de science-fiction, L'Affaire Tchang, in anthologie Complots Capitaux (2008).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Lenne Tchang au pays du Lotus bleu, Paris, Séguier, 1990.
  • Laurent Colonnier Georges & Tchang, une histoire d'amour au vingtième siècle, Editions 12bis, 2012.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le nom en sinogrammes de Zhang Chongren apparait plusieurs fois en marge droite de la couverture du Petit vingtième pendant la publication du Lotus bleu, notamment le 6 juin 1935 (couvertures reproduites dans Les archives Tintin, Le Lotus bleu, Éditions Moulinsart, 2010.