Désiré-Joseph Mercier

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Désiré-Joseph Mercier
Image illustrative de l'article Désiré-Joseph Mercier
Biographie
Nom de naissance Désiré Felicien François Joseph Mercier
Naissance 22 novembre 1851
à Braine-l'Alleud (Belgique)
Ordination sacerdotale 4 avril 1874 par le
card. Giacomo Cattani
Décès à 23 janvier 1926 (à 74 ans)
Bruxelles (Belgique)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
15 avril 1907 par le
pape Pie X
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de Saint-Pierre-aux-Liens
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 25 mars 1906 par le
card. Antonio Vico
Dernier titre ou fonction Archevêque de Malines
Archevêque de Malines
21 février 190623 janvier 1926
Précédent Pierre-Lambert Goossens Joseph-Ernest Van Roey Suivant

Blason
« Apostolus Jesu Christi »
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org
Appel du cardinal Mercier à soulager les victimes de la faim en 1917.

Désiré-Joseph Mercier, né à Braine-l'Alleud le 21 novembre 1851 et mort à Bruxelles le 22 janvier 1926, est un cardinal belge de l'Église catholique, primat de Belgique, 16e archevêque de Malines (1906-1926), et une figure marquante des débuts de l'œcuménisme (les Conversations de Malines avec les Anglicans) comme de la résistance nationale face à l'occupation allemande de la Belgique lors de la Première Guerre mondiale.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Désiré Félicien François Joseph Mercier est né au château du Castegier à Braine-l'Alleud, cinquième enfant et premier garçon de Paul Mercier, commerçant, et de Barbe Croquet (sœur d'Adrien Croquet, un prélat désigné pour l'Oregon où il arriva le 21 octobre 1859, et s'installa l'année suivante à la réserve indienne de Grand Rond).

Prêtre et philosophe[modifier | modifier le code]

Il est ordonné prêtre le 4 avril 1874 et obtient son doctorat en théologie en 1877. Avec l'appui du pape Léon XIII, il introduisit en Belgique l'enseignement de la philosophie thomiste. À ce titre, il est considéré comme le principal artisan du néo-thomisme. Conscient du fait que la décadence de la scolastique doit être imputée à l'ignorance des sciences positives, Désiré-Joseph Mercier entreprend de rénover la philosophie naturelle du thomisme, à savoir la psychologie et la cosmologie. Critiquant Descartes, il pense que la psychologie d'Aristote et Thomas d'Aquin se montrent en harmonie parfaite avec toutes les expériences scientifiques et fournit le cadre d'une vraie « philosophie scientifique ».

De l'œuvre philosophique des modernes, il retient la méthode critique qui traite de la valeur de nos connaissances et du fondement des sciences. Il soumet donc le thomisme à cette méthode. Il ressort de sa Critériologie que le réalisme modéré de Saint Thomas est la vraie solution du problème. De cette orientation moderniste découle son scepticisme à l'égard de l'absolutisme papal et de la notion d'immaculée conception, ce dont il se garde de faire état publiquement, mais qu'il lui arrive de confier à des intimes.

Enfin, Désiré-Joseph Mercier décide d'abandonner le latin et d'exposer le thomisme en français, ce qui le fait accuser de modernisme au Vatican. Néanmoins, il prouve son attachement à l'esprit latin : « La Belgique sera latine ou elle ne sera pas »[1]; selon lui, l’élément germanique devrait être éradiqué.

Professeur de philosophie à l'Université catholique de Louvain, sa chaire fut transformée en Institut supérieur de philosophie en 1889. Cet institut est à l'origine d'une école philosophique originale dont la revue Néo-scolastique, dirigée par Désiré-Joseph Mercier lui-même, fut l'organe de diffusion principal. Il participa également à la rédaction du Code social chrétien, composé par des sociologues d'une association chrétienne sous sa présidence. Il devint président du séminaire Léon XIII, le 27 juillet 1892.

Évêque et cardinal[modifier | modifier le code]

Nommé archevêque de Malines le 21 février 1906, il est consacré le 25 mars de la même année et succède au cardinal Goossens. Il est créé cardinal en 1907 avec le titre de cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens.

Dans sa lettre pastorale de carême de 1908[2], il soutient l'encyclique Pascendi Dominici Gregis qui rejette le modernisme, il condamne nommément George Tyrrell[3] - alors que l'encyclique ne citait pas de nom - et dénonce la théorie de l'évolution, une hypothèse « même pas avérée dans le champ restreint de la formation des espèces végétales ou animales »[4]. George Tyrrell lui répond la même année dans son livre « Médiévalisme : une réponse au cardinal Mercier ».

Il dirige son diocèse pendant la difficile période de la Première Guerre mondiale. Intervenant publiquement contre les excès des autorités allemandes d'occupation, notamment contre la famine découlant de leurs saisies alimentaires, il publie des lettres pastorales lues dans les églises sur le thème du patriotisme soutenu par une résistance passive résolue de la part des civils. Cette attitude de défi face à l'envahisseur lui vaut une grande popularité, même parmi les non catholiques. Dans l'après-guerre, il est l'un des artisans du rapprochement avec l'Église anglicane par les Conversations de Malines et est l'un des ardents partisans du père Vincent Lebbe dans son action en Chine. Ayant de très nombreux neveux et nièces, il est en 1909 parrain de Madeleine Marchand.

Le Cardinal Mercier s'est opposé aux conséquences qu'entrainait le mouvement flamand, en particulier en ce qui concernait l'Université de Louvain. Dans un entretien avec un prêtre flamand, il expliqua sa vision sur la coexistence des flamands et francophones en Belgique : « Moi, je suis d’une race destinée à dominer, et vous d’une race destinée à servir. »[5],[6]. Plusieurs militants wallons, surtout à cette époque, étaient, à l'image du Cardinal Mercier (si le terme « patriote wallon » peut convenir), à la fois patriotes belges et « patriotes » wallons. En Flandre, il est surnommé « Vlamingenhater », (qui déteste les Flamands...).

Rôle lors de la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Revenant du conclave de 1914, il est passé par le port du Havre et y a côtoyé les blessés de guerre. Il retrouva sa Cathédrale Saint-Rombaut de Malines en partie détruite et treize prêtres de sa paroisse tués. Il écrit alors la lettre pastorale Patriotisme et Endurance, elle fut distribuée le jour de Noël 1914, lue et publiée le 1er janvier 1915[7], sous le manteau, car le service postal était bloqué par l'occupant. Elle fit forte impression, le gouvernement et le roi étant hors du pays, il a cristallisé une grande forme de légitimité et est devenu une des figures de la résistance morale. Il fut un moment arrêté pour sa propagande[8]. Il entra en opposition avec le gouverneur de la Belgique à propos des cultivateurs qui étaient envoyés dans des usines allemandes.

Lors d'un voyage à Rome en 1916, où il fit sa traditionnelle visite au Pape, il lui fut ménagé par l'entremise d'Albert Besnard (alors directeur de la Villa Médicis) une entrevue secrète avec Briand[9]. Les Allemands ne s'étaient pas opposés à ce voyage à la condition qu'il ne fit aucune propagande sur ce qu'il avait vu et entendu dans la Belgique occupée. Un portrait de lui par Albert Besnard fut exécuté à l'occasion de ce séjour.

Collège Cardinal Mercier[modifier | modifier le code]

Le Cardinal a laissé son nom au Collège Cardinal Mercier, établissement scolaire primaire et secondaire dans sa commune natale de Braine-l'Alleud. L'idée de cette école revient d'abord au doyen de Braine-l'Alleud qui avait ensuite obtenu l'accord du Cardinal Mercier pour bâtir une école. Un tout jeune prêtre, l'abbé René Verbruggen, se verra chargé par le cardinal le 23 septembre 1923, jour même de son ordination, la tâche de superviser la création du Collège et d'en devenir le premier directeur. L'école ouvrira en mai 1924 avec quatre élèves dans des installations temporaires, son site toujours actuel, reprenant un modèle de campus avec des pavillons, n'étant pas encore construit. Le Cardinal Mercier ne verra pas l'achèvement des travaux. Il s'y est rendu en novembre 1925 pour constater l'avancée du chantier avant de décéder deux mois plus tard. Le Collège Cardinal Mercier est aujourd'hui le plus grand établissement scolaire de Braine-l'Alleud et accueille près de 2 700 élèves.

Pour en savoir plus [2].

Devise[modifier | modifier le code]

« Apostolus Jesu Christi »

Honneurs[modifier | modifier le code]

Caricature de Mercier: Moi je suis d'une race destinée à dominer et vous d'une race destinée à servir.

Il a reçu le titre de docteur honoris causa de l'Université Jagellonne de Cracovie en 1918[10].

Plusieurs voies publiques portent le nom du cardinal Mercier : une rue dans le 9e arrondissement de Paris depuis 1926, une avenue à Salzinnes, dans la proche banlieue de Namur, une place à Jette, l'une des 19 communes bruxelloises, ainsi qu'une place et une rue à Louvain-la-Neuve, sous les fenêtres des facultés de lettres et de psychologie de l'UCL. Un collège de Braine-l'Alleud porte également son nom.

Publications principales[modifier | modifier le code]

  • Patriotisme et Endurance. Lettre pastorale de S. E. le Cardinal D. J. Mercier ... au Clergé et aux fidèles de son Diocèse, éd. s.t., 1914.
  • Logique, Vol. 1 du Cours de Philosophie, éd. Institut Supérieur de Philosophie, 1897.
  • Métaphysique générale ou ontologie, vol. 2 du Cours de philosophie, éd. Institut Supérieur de Philosophie, 1910.
  • Psychologie, Vol. 3 du Cours de philosophie, éd. Institut supérieur de philosophie, 1908.
  • Critériologie générale ou théorie générale de la certitude, vol. 4 du Cours de philosophie, Institut supér. de philosophie, 1911.
  • Per crucem ad lucem. Lettres pastorales, discours, allocutions, etc. Éd. Bloud et Gay, 1920.
  • Les origines de la psychologie contemporaine, éd. Alcan, 1908.
  • À mes séminaristes, éd. Em. Warny, 1926.
  • La vie intérieure. Appel aux âmes sacerdotales, éd. Warny, 1934.
  • Justice et charité, lettres pastorales discours, allocutions, etc, éd. Bloud & Gay, 1919.
  • Le modernisme, sa position vis-à-vis de la science, sa condamnation par le pape Pie X, éd. L'action catholique, 1907.
  • Le Cardinal Mercier contre les Barbares. Lettres, Mandements, Protestations du Primat de Belgique pendant l'Occupation allemande, éd. Bloud et Gay, 1917.
  • La correspondance de S. E. Le Cardinal Mercier avec le gouvernement général allemand pendant l'occupation, 1914-1918, éd. Dewit, 1919
  • Le christianisme dans la vie moderne, pages choisies, éd. Perrin, 1918.
  • Œuvres pastorales, éd. Warny, Dewit, 1914.
  • La définition philosophique de la vie, éd. Charpentier & J. Schoonjans, 1898.
  • Lettres de S. E. le Cardinal Mercier au cours du martyre de la Belgique, éd. Action catholique, 1918.
  • Voix de la guerre, éd. De Gigord, 1937.
  • Code abrégé de la vie chrétienne, éd. R. & T. Washbourne, 1915.
  • Les devoirs de la vie conjugale, éd. Fonteyn.
  • La dévotion à Notre Seigneur Jésus-Christ et à sa divine Mère, éd. Godenne, 1915.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Citation (1915) du publiciste wallon Raymond De Weerdt attribuée incorrectement à Mercier
  2. Texte intégral en français in George Tyrell, « Medievalism : A reply to cardinal Mercier », Londres : Longmans, Green & Co, 1908, p.189-210
  3. op. cit. p. 197
  4. op. cit. p. 199
  5. Roland Ferrier disserte de Quelques figures ecclésiastiques du mouvement wallon dans Église et wallonie, EVO, Bruxelles, 1983, pp. 71-137. Et cite quelques indices des sentiments wallons du Cardinal
  6. Roland Ferrier, op. cit.: les drapeaux wallons arborés en public pour la première fois à Nivelles, lors de sa venue dans cette ville le 22 juin 1913, l'autorisation accordée à l'abbé Omer Englebert de siéger à l'Assemblée wallonne en 1923, un appui écrit à l'abbé Abbé Jacques Mahieu au tout début de son action wallonne selon le Pourquoi pas? du 12 mars 1937, le soutien au député catholique Max Pastur dans sa critique de l'implantation du Boerenbond en Brabant wallon...
  7. Jan de Volder, Benoît XV et la Belgique durant la Grande Guerre, Institut historique belge de Rome,‎ 1996, p. 43
  8. [1]
  9. Philippe Besnard, Souvenances, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1975, p.217, (ISBN 0-7766-4254-5)
  10. (pl) Uniwersytet Jagielloński w Krakowie - Wyróżnienia - Godność doktora honoris causa

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