Roland Barthes

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Roland Gérard Barthes

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signature de Roland G. Barthes

Biographie
Naissance 12 novembre 1915
Cherbourg
Décès 26 mars 1980 (à 64 ans)
Paris
Nationalité française Drapeau : France
Thématique
Formation Lettres classiques
Approche Structuraliste
Travaux Sémiologie-Théorie de la littérature

Roland Gérard Barthes est un critique littéraire et sémiologue français[1] né le 12 novembre 1915 à Cherbourg et mort le 26 mars 1980 à Paris[2]. Il fut l'un des principaux animateurs du structuralisme et de la sémiotique en France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roland Barthes naît en 1915, pendant la Première Guerre mondiale, à Cherbourg. Très tôt orphelin de père, il passe son enfance à Bayonne, puis à Paris, où il étudie au lycée Montaigne puis au lycée Louis-le-Grand. Il obtient le baccalauréat en 1935 et s'inscrit en lettres classiques à la faculté des lettres de l'université de Paris, où il contribue à fonder le « Groupe de théâtre antique de la Sorbonne »[3] et obtient la licence ès-lettres en 1939 (certificats d'études grecques, d'études latines, de littérature française et d'histoire de la philosophie)[réf. souhaitée].

Réformé, il échappe à la mobilisation, arrête ses études et devient délégué rectoral au lycée de Biarritz (1939-1940), puis aux lycées Voltaire et Buffon de Paris (1940-1941). Il obtient également en 1941 le diplôme d'études supérieures avec un mémoire sur la tragédie grecque. Atteint de tuberculose, il séjourne longuement en sanatorium, en France et en Suisse. Il y mène une vie intellectuelle riche, y fait des rencontres déterminantes (dont celle de Georges Fournié) et découvre des lectures fondamentales (Karl Marx, Jules Michelet, Jean-Paul Sartre). Il publie ses premiers textes. Il obtient en 1943 le certificat de grammaire et philologie des langues classiques ce qui lui permet de transformer sa licence en licence d'enseignement. En 1947, il publie dans Combat les premiers des textes qui constitueront Le Degré zéro de l'écriture. Commencent aussi, en cette période, des séjours professionnels à l'étranger : Bucarest, Alexandrie (où il rencontre Greimas et où il s'initie à la linguistique); il séjourne au Maroc plusieurs fois dès 1963 (il enseigne à Rabat en 1969-1970).[réf. nécessaire]

En 1952, de retour à Paris où il travaille au ministère des Affaires étrangères, il publie « Le monde où l'on catche » dans la revue Esprit puis poursuit ses « Petites mythologies du mois » dans Combat et dans la revue de Maurice Nadeau, Les Lettres nouvelles. Ses courts textes le font connaître et sont réunis en un seul volume en 1957. Mais son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, est rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte[réf. nécessaire]. À cette époque, le théâtre l'intéresse particulièrement[réf. nécessaire]. Il participe à la création de Communications et collabore à Tel Quel.

En 1962, il entre avec Michel Foucault et Michel Deguy au premier « Conseil de rédaction » de la revue Critique auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille.

Stagiaire de recherche du CNRS de 1953 à 1954, puis attaché de recherche de 1956 à 1960, il devient ensuite chef de travaux à la VIe section de l'École pratique des hautes études puis directeur d'études en 1962 — ses premiers séminaires portent sur le thème « Inventaire des systèmes de signification contemporains » et débouchent sur ses Éléments de sémiologie (1965) et le Système de la mode (1967) — en 1971 il est professeur invité à l'université de Genève, Roland Barthes occupe la chaire de sémiologie du Collège de France de 1977 à 1980.

En publiant Sur Racine en 1965, il s'attaque à la vieille critique qui analyse l’œuvre à partir de la biographie de l'auteur[4]. Raymond Picard, représentant de la vieille critique, répond à Roland Barthes avec son livre Nouvelle critique ou nouvelle imposture [4]. Barthes répond par son livre Critique et vérité. C'est le point de départ de la Querelle de la nouvelle critique.

Le début des années 1970 est une période de publication intense, qui le voit s'éloigner du formalisme structuraliste et opter pour une subjectivité plus assumée, avec L’empire des signes (1970), S/Z (1970), Sade, Fourier, Loyola (1971), Nouveaux essais critiques (1972), suivis par son Roland Barthes par Roland Barthes (1975) et ses Fragments d’un discours amoureux (1977)[réf. nécessaire]. C'est également l'époque de la reconnaissance : Tel Quel (1971) et L'Arc (1973) lui consacrent des numéros spéciaux et une décade est organisée sur son œuvre à Cerisy-la-Salle (1977).

En 1974, il participa à un voyage en Chine avec François Wahl, Philippe Sollers, Julia Kristeva et Marcelin Pleynet. Ses notes de voyages ont été publiées en 2009 dans Carnets du voyage en Chine[5].

Il est nommé professeur au Collège de France en 1976[1].

Avec la publication en 1977 des Fragments d’un discours amoureux, Barthes accède à une notoriété médiatique[6]. C'est l'époque où il fait la connaissance d'Hervé Guibert avec qui il entretient une relation exclusivement épistolaire; elle se rompt le jour où Barthes, ayant commandé un texte à Guibert : « Il m’a fait écrire un texte, La Mort propagande n° 0, raconte Guibert. Il devait écrire une préface. Mais il a posé comme condition que je couche avec lui. Et pour moi ce n’était pas possible. À cette époque, je n’aurais pu avoir un rapport avec un homme de cet âge. »[7]

Sa mère décède le 25 octobre 1977[5].

À l'automne 1978, il commence au Collège de France le cours sur La Préparation du roman[6].

En 1979, Il incarne William Makepeace Thackeray dans le film d'André Téchiné Les Sœurs Brontë[8].

Fauché par la camionnette d'une entreprise de blanchissage alors qu'il se rend au Collège de France, le 25 février 1980, Barthes meurt des suites de cet accident le 26 mars suivant à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Il est enterré auprès de sa mère, dans le cimetière d'Urt au Pays basque[8].

Roland Barthes est le modèle d'un des personnages d'André Téchiné, Romain, dans le film J'embrasse pas (1991)[réf. nécessaire].

En 1995, ses dessins ont été exposés au musée de Bayonne[9].

En 1996, son frère Michel Salzedo confie l'ensemble des archives à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine afin de les rendre disponibles aux chercheurs[10].

En 2002, le Centre Georges-Pompidou lui consacre une exposition[11].

En 2009, deux textes non destinés à la publication Journal de deuil et Carnets du voyage en Chine sont publiés. Son ancien éditeur François Wahl s'est opposé à cette publication d'écrits intimes. Le frère de Roland Barthes, Michel Salzedo, a donné son accord à la publication de ces écrits[12].

Ses archives sont désormais consultables à la Bibliothèque Nationale de France.

Œuvres[modifier | modifier le code]

La « mort de l'auteur »[modifier | modifier le code]

Roland Barthes aimait raconter cette plaisanterie à ses étudiants : un infirme se plonge dans l’eau de Lourdes pour que sa situation s’améliore et en ressort avec une chaise roulante toute neuve.[réf. nécessaire] Passé maître dans les discours aux multiples sens[Quoi ?], qu’il s’amusa à démythifier, Barthes accouche en 1968 d'un article intitulé « La mort de l’auteur ».

Conjugué à la conférence de Foucault intitulée « Qu’est-ce qu’un auteur ? », l’article de Barthes fait l’effet d’une bombe. Jusqu’à leur parution, bien plus tard et dans des recueils posthumes, ces deux textes furent longtemps très photocopiés par les étudiants et utilisés par les enseignants, devenant en quelque sorte le credo du post-structuralisme français.[réf. nécessaire] [13]

Les deux textes gagnèrent cette popularité surtout par leur opposition à Lanson et à Sainte-Beuve, critiques dominants dans les études littéraires françaises, qui attachaient une grande importance à la connaissance de l’auteur dans le jugement d’une œuvre. Or, pour Barthes, « l’auteur est mort » : il affirme que « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur ». En effet, son idée est que l'auteur doit céder sa place au lecteur, qui réécrit le texte pour lui-même (depuis, on dit volontiers qu'il en possède sa propre lecture, expression que dénonce d'ailleurs Thierry Maulnier) : l'auteur n'est donc plus le seul garant du sens de son œuvre.[réf. nécessaire] D'autre part Barthes souligne que l'approche traditionnelle de la critique littéraire soulève un problème complexe : comment peut-on connaître précisément l'intention de l'auteur ? Sa réponse est qu'on ne le peut pas. Il donne comme exemple Sarrasine d'Honoré de Balzac, texte dans lequel un homme prend un castrat pour une femme et en tombe amoureux. Quand le personnage (Sarrasine) délire sur celle qu'il croit être l'image même de la féminité, Barthes défie les lecteurs de trouver qui parle et de quoi : Balzac ou son personnage[14] ?

Autrefois, lorsqu’un auteur était « consacré », tous ses écrits devenaient automatiquement œuvre, y compris la correspondance, les brouillons, etc. Maintenant que l’auteur est mort, un écrit devient œuvre (ou « texte » dans notre cas) si son contenu est conforme à l’idée que l’on se fait de l’auteur. De nombreux exécuteurs testamentaires ont brûlé la correspondance d'écrivains célèbres, pensant qu'elles pouvaient ternir l'image du disparu. Ils l'ont fait soit de leur propre chef, soit à la demande de l'auteur[15],[16].

Si l'on découvrait demain un manuscrit écrit de la main de Roland Barthes (l’homme) mais ne correspondant pas au style de Barthes (l’écrivain), pourrait-il être délibérément omis de ses œuvres complètes (qui pour le coup ne le seraient plus) ? Ce n'est pas impossible. Le nom de l’auteur sert en somme de désignateur à son travail. Dire « avoir lu tout Roland Barthes » signifie avoir lu ses œuvres, et non l’homme. De même, si l'on découvrait que son texte La mort de l'auteur a été écrit de la main d’un autre, cela changerait la conception de Barthes-écrivain, mais pas de Barthes-l’homme. L’auteur est donc construit à partir de ses écrits, et non l’inverse. L’auteur n’est plus à l’origine du texte ; celui-ci provient du langage lui-même. Le « je » qui s’exprime, c'est le langage, pas l'auteur. L’énonciation est ici une fonction du langage. [réf. nécessaire] Pensée cousine de celle de Paul Valéry dans Tel Quel, lorsque celui-ci y indique :

Quand l'ouvrage a paru, son interprétation par l'auteur n'a pas plus de valeur que toute autre par qui que ce soit.
Si j'ai fait le portrait de Pierre, et si quelqu'un trouve que mon ouvrage ressemble à Jacques plus qu'à Pierre, je ne puis rien lui opposer — et son affirmation vaut la mienne.
Mon intention n'est que mon intention, et l'œuvre est l'œuvre.

Système de la mode[modifier | modifier le code]

Dans Système de la mode (1973), comme dans Éléments de sémiologie, Roland Barthes fait beaucoup pour populariser la notion de dénotation et celle de métalangage.

Soient les notations E = expression, R = relation, C = contenu.

On peut avoir :

  • Connotation

(E R1 C1) R2 C2 : R1 = dénotation, R2 = connotation

ex. : Je porte un jean troué pour signifier (connoter) que je suis un punk. E = jean ; C1 = m'habiller, me protéger du froid, etc. ; C2 = « je suis un punk »

ou

  • Métalangage

E1 R1 (E2 R2 C) : R1 = métalangage, R2 = langage-objet

ex. : « Le mot "chat" » : E1 = « Le mot "chat" » ; E2 = "chat" ; C = boule de poils mouvante.

Dans son article "Histoire et sociologie du vêtement" (1957), Barthes s'intéresse déjà au vêtement qu'il compare au langage en reprenant la distinction de Ferdinand de Saussure. Ainsi le costume est une institution sociale et l'habillement un acte individuel[17].

Le mythe[modifier | modifier le code]

Au cours des années 1950, dans Mythologies (Seuil, 1957), Roland Barthes s'exclamait : « (...) une de nos servitudes majeures : le divorce accablant de la mythologie et de la connaissance. La science va vite et droit en son chemin ; mais les représentations collectives ne suivent pas, elles sont des siècles en arrière, maintenues stagnantes dans l'erreur par le pouvoir, la grande presse et les valeurs d'ordre. » (Barthes 1957 : 72-73) Dans ce livre majeur, il décrit des mythes aussi divers que la Citroën DS, le catch, le vin, le visage de Greta Garbo, le steak-frites et le discours colonial français. Mais il analyse également le phénomène même du mythe.

Le mythe pour Barthes est un outil de l'idéologie, il réalise les croyances, dont la doxa est le système, dans le discours : le mythe est un signe. Son signifié est un idéologème, son signifiant peut être n'importe quoi : « Chaque objet du monde peut passer d'une existence fermée, muette, à un état oral, ouvert à l'appropriation de la société. » (Barthes 1957 : 216)

Dans le mythe, écrit Barthes, la chaîne sémiologique « signifiant/signifié = signe » est doublée. Le mythe se constitue à partir d'une chaîne pré-existante : le signe de la première chaîne devient le signifiant du second. Barthes donne l'exemple d'une phrase figurant comme exemple dans une grammaire : c'est un signe composé de signifiant et signifié, mais qui devient dans son contexte de grammaire un nouveau signifiant dont le signifié est « je suis ici comme exemple d'une règle grammaticale » (Barthes 1957 : 222-223). Il illustre cela par un emprunt à Valéry, qui avait précisé dans Tel quel que « Quia ego nominor leo » signifiait en fait « Je suis une règle de grammaire ».

Un exemple purement idéologique dans ce recueil est la photo d'un soldat noir regardant le drapeau national, où le signe dans son ensemble devient le signifiant du mythe de l'adhésion des populations colonisées à l'Empire français.

En dernière analyse, la doxa propagée par le mythe, pour Barthes, est l'image que la bourgeoisie se fait du monde et qu'elle impose au monde. La stratégie bourgeoise est de remplir le monde entier de sa culture et de sa morale, en faisant oublier son propre statut de classe historique : « Le statut de la bourgeoisie est particulier, historique : l'homme qu'elle représente sera universel, éternel ; (...) Enfin, l'idée première du monde perfectible, mobile, produira l'image renversée d'une humanité immuable, définie par une identité infiniment recommencée. » (Barthes 1957 : 250-251)

La Chambre claire, Note sur la photographie[modifier | modifier le code]

Photographie de Jérôme Bonaparte (1784-1860). Cette photographie (date estimée : 1852) a sûrement inspiré à Roland Barthes son ouvrage La chambre claire.

La Chambre claire, par opposition à la chambre noire où l’on développe la photo, est un éclaircissement, une philosophie, selon Roland Barthes. Celui-ci reste abasourdi par une photo de 1852 représentant le dernier frère de Napoléon. Il se dit alors : « Ces yeux ont vu l’Empereur! ». Puis la photographie culturelle l’éloigne peu à peu de cet étonnement. Il veut cependant savoir ce que la photographie est « en soi », si elle dispose d’un « génie » propre. En tout cas elle reproduit à l’infini, mécaniquement, ce qui n’a lieu qu’une fois. Elle ne peut être transformée philosophiquement. Percevoir ce qu’elle signifie n’est pas impossible si l’on fait appel à la réflexion.

Pour mieux comprendre ce que la Photographie est réellement, Roland Barthes l'oppose au cinéma. Pour lui, la Photographie est le seul médium qui a le pouvoir de regarder fixement. Dans un film, personne ne regarde le spectateur dans les yeux : « c'est interdit-par la fiction ». Dans son livre, Roland Barthes définit un film comme pouvant être « fou par artifice » et « présenter les signes culturels de la folie ». Il voit un film comme étant une simple illusion et l'oppose ainsi à la Photographie, chargée quant à elle de ce qu'elle représente mais aussi de son existence même : l'objet photographié a bien existé et il a été là où je le vois. Seule la Photographie permet de nous assurer du passé de la chose.

Les photos qui intéressent Roland Barthes sont celles devant lesquelles il éprouve plaisir ou émotion. Il ne tient pas compte des règles de composition d’un paysage. Devant certaines photos, il se veut sauvage, sans culture. À partir des photos qu’il aime, il essaie de formuler une philosophie. N’étant pas photographe, il n’a à sa disposition que deux expériences : celle du sujet regardé et celle du sujet regardant.

Ce qu’il aime, c’est le bruit mécanique du doigt du photographe sur l’appareil et non l’œil qui le terrifie. Par rapport à son personnage, l’image restituée est immobile, donc lourde, alors que lui se veut léger ; devant l’objectif, il est à la fois :

  • « celui qu’il se croit,
  • celui qu’il voudrait qu’on le croie,
  • celui que le photographe le croit,
  • celui dont il se sert pour exhiber son art ».

C’est pour cela qu’il a une sensation d’inauthenticité. Il devient objet. Il prend donc les photos qu’il aime pour analyse et dit qu’elles l’animent et qu’il les anime. C’est l’attrait qui les fait exister à sa vue. C’est leurs sentiments. Il aime les dualités, les personnages dissemblables, les scènes hétéroclites...

Il nomme deux éléments qui suscitent son admiration de la photo :

  • le studium (le goût pour quelqu’un ou quelque chose)
  • le punctum (la piqûre, un détail poignant)

Exemple : une famille noire américaine page 75 :

  • Le bon sujet culturel constitue le studium.
  • Un des personnages, bras croisés, porte une large ceinture. Ce détail fascine Barthes et constitue son punctum. Grâce à lui, un champ aveugle se crée (une sorte de hors-champ subtil), conférant à ce portrait une vie extérieure.

Il s’agit d’une coprésence. Sans ces deux éléments la photo lui est insignifiante.

« Une photo est surprenante lorsque l’on ne sait pas pourquoi elle a été prise. Une photo est subversive lorsqu’elle est pensive et non effrayante ». La photo le touche s’il lui retire son verbiage ordinaire : technique, réalité, reportage, art...

Jusqu’à ce stade, Roland Barthes a appris comment marche son désir mais n’a pas encore découvert la « nature » de la photographie. Elle a aussi un rapport avec la mort : la photo rend immobile tout sujet. Il découvre une photo de sa mère (après la mort de celle-ci) et se rend compte que l’amour et la mort interviennent dans son choix de photo unique, irremplaçable. Dans la photographie, il y a réalité et passé. Il a confondu vérité et réalité. Voilà désormais pour Barthes le Génie de la photographie, ce qui a été photographié « a existé » !

Il n’aime pas la couleur en photographie car il a l’impression qu’elle s’interpose entre le sujet et lui. Il parle des rayons qui émanent du sujet photographié comme s’ils étaient toujours vivants.

La photographie étonne Roland Barthes comme si elle avait le pouvoir de faire revivre ce qui a été. Elle n’invente pas (comme peut le faire tout autre langage), « elle est l’authentification même » (page 135). « Ce qu’on voit sur le papier est aussi sûr que ce qu’on touche » (page 136), mais la photographie ne sait dire ce qu’elle donne à voir (page 156). La photographie est violente (page 143) car elle emplit de force la vue. Elle est périssable (comme du papier) : elle naît comme tout organisme vivant à même les grains d’argent qui germent, s’épanouit puis vieillit.

Selon Barthes, l’amateur se tient au plus près de la photographie. Le noème (objet intentionnel de la pensée, pour la phénoménologie) de la photographie est simple : « ça a été » (page 176). La folie nait dans la photographie si l’on entre en extase devant elle. Sage ou folle, ce sont les deux voies que Roland Barthes se donne à choisir.

Roland Barthes et le fragment[modifier | modifier le code]

« Son premier texte [à Roland Barthes] ou à peu près (1942) est fait de fragments [...]. Depuis, en fait, il n'a cessé de pratiquer l'écriture courte[18] »

Sources[modifier | modifier le code]

Citations de Roland Barthes[modifier | modifier le code]

Mythologies, Seuil, 1970, p. 97

  • « J'en viens alors à me demander si la belle et touchante iconographie de l'abbé Pierre n'est pas l'alibi dont une bonne partie de la nation s'autorise, une fois de plus, pour substituer impunément les signes de la charité à la réalité de la justice. »
  • « Quand je me sais photographié, je me transforme en image... »
  • « Ce qui est vicié dans le Tour, c'est la base, les mobiles économiques, le profit ultime de l'épreuve, générateur d'alibis idéologiques. Ceci n'empêche pas le Tour d'être un fait national fascinant, dans la mesure où l'épopée exprime ce moment fragile de l'Histoire où l'homme, même maladroit, dupé, à travers des fables impures, prévoit tout de même à sa façon une adéquation parfaite entre lui, la communauté et l'univers. » « Le Tour de France comme épopée » (article repris dans Mythologies, 1957)
  • « La névrose est un pis-aller [...] ; mais ce pis-aller est le seul qui permet d'écrire. » Le Plaisir du texte, 1973
  • « La langue, comme performance de tout langage, n'est ni réactionnaire ni progressiste ; elle est tout simplement fasciste ; car le fascisme, ce n'est pas d'empêcher de dire, c'est d'obliger à dire. » Leçon inaugurale au Collège de France, 1977
  • « Qu'est-ce que la théâtralité ? C'est le théâtre moins le texte, c'est une épaisseur de signes et de sensations qui s'édifient sur la scène à partir de l'argument écrit. »
  • « Regard, objet, symbole, la tour Eiffel est tout ce que l'Homme met en elle et ce but est infini. » 1964
  • « La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. »
  • « La vertu du catch, c'est d'être un spectacle excessif. » Mythologies, chapitre 1, 1957

Pastiche[modifier | modifier le code]

En 1978, alors que Barthes est au sommet de sa notoriété publique, comme l'atteste le succès de librairie des Fragments d'un discours amoureux, son jargon et sa démarche théorique sont l'objet d'un pastiche, Le Roland Barthes sans peine, signé par Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud. « Les auteurs proposent un décryptage du discours barthésien, à la manière de l'acquisition d'une langue nouvelle dont le vocabulaire ne serait que partiellement d'origine française. »[19] Selon François Dosse, le héros malgré lui de ce pastiche « moins méchant que drôle » en aurait été affecté, non pas par manque d'humour, mais à cause du deuil de sa mère qui le fragilisait au moment de cette publication satirique[19].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Le Degré zéro de l'écriture suivi de Nouveaux essais critiques, Éditions du Seuil, Paris, 1953
  • Michelet par lui-même, Éditions du Seuil, Paris, 1954
  • Mythologies, Éditions du Seuil, Paris, 1957 - rééd. augmentée, 2010
  • Sur Racine, Éditions du Seuil, Paris, 1963
  • Essais critiques, Éditions du Seuil, Paris, 1964
  • La Tour Eiffel, Centre national de la photographie/Éditions du Seuil, Paris, 1964
  • Éléments de sémiologie, Denoël/Gonthier, Paris, 1965
  • Critique et Vérité, Éditions du Seuil, Paris, 1966
  • Système de la mode, Éditions du Seuil, Paris, 1967
  • S/Z essai sur Sarrasine d'Honoré de Balzac, Éditions du Seuil, Paris, 1970
  • L'Empire des signes, Skira, Paris, 1970
  • Sade, Fourier, Loyola, Éditions du Seuil, Paris, 1971
  • Nouveaux essais critiques, Éditions du Seuil, Paris, 1972
  • Le Plaisir du texte, Éditions du Seuil, Paris, 1973
  • Roland Barthes par Roland Barthes, Éditions du Seuil, Paris, 1975
  • Alors la Chine ? , Christian Bourgois, Paris, 1975
  • Fragments d'un discours amoureux, Éditions du Seuil, Paris, 1977. Existe également en livre audio, lu par Fabrice Luchini, paru aux éditions Audiolib.
  • Leçon, Éditions du Seuil, Paris, 1978
  • Sollers écrivain, Éditions du Seuil, Paris, 1979
  • La Chambre claire : Note sur la photographie, Gallimard/Seuil/Cahiers du cinéma, Paris, 1980
  • Sur la littérature, éd. Presses universitaires de Grenoble, 1980
  • Le Grain de la Voix : Entretiens, 1962-1980, Éditions du Seuil, Paris, 1981
  • L'Obvie et l'Obtus : Essais critiques III, Éditions du Seuil, Paris, 1982
  • All except you : Saul Steinberg, Repères, Paris, 1983
  • Le Bruissement de la langue : Essais critiques IV, Éditions du Seuil, Paris, 1984
  • L'Aventure sémiologique, Éditions du Seuil, Paris, 1985
  • Incidents, Éditions du Seuil, Paris, 1987
  • Œuvres complètes, tome I : 1942-1965, Éditions du Seuil, Paris, 1993
  • Œuvres complètes, tome II :1966-1973, Éditions du Seuil, Paris, 1994
  • Œuvres complètes, tome III : 1974-1980, Éditions du Seuil, Paris, 1995
  • Œuvres Complètes, 5 tomes, Éditions du Seuil, Paris, 2002
  • Le Plaisir du texte précédé de Variations sur l'écriture, Préface de Carlo Ossola (trad. par N. Le Lirzin), Éditions du Seuil, Paris, 2000
  • Écrits sur le théâtre, Éditions du Seuil, Paris, 2002
  • Comment vivre ensemble : cours et séminaires au Collège de France 1976 – 1977, Éditions du Seuil/Imec, Paris, 2002
  • Le Neutre : cours et séminaires au Collège de France 1977 – 1978, Éditions du Seuil/Imec, Paris, 2002
  • La Préparation du roman : I et II, cours au collège de France 1978 – 1980, Éditions du Seuil/Imec, Paris, 2003 (28h d'archives sonores au format MP3)
  • Carnets de voyage en Chine, Éditions Christian Bourgois, Paris, 2009
  • Journal de deuil, Éditions du Seuil/Imec, Paris, 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Roland Barthes En treize dates », L'Humanité,‎ 24 octobre 2000 (lire en ligne)
  2. Corinne François-Denève, Mythologies, Roland Barthes, Paris, Bréal,‎ 2002, 128 p. (ISBN 978-2-7495-0077-5, lire en ligne), p. 24
  3. Petit Robert, dictionnaire universel des noms propres, Dictionnaires Le Robert, 1990, p. 179
  4. a et b Laurent Binet, « Barthes : une mythologie du XXe siècle », Marianne,‎ 25 février 2012 (lire en ligne)
  5. a et b Mathieu Lindon, « Barthes, fragments d’un discours orphelin », Libération,‎ 5 février 2009 (lire en ligne)
  6. a et b Antoine Compagnon, « Le roman de Roland Barthes », Critique, no 678,‎ novembre 2003, p. 789-802 (lire en ligne)
  7. Foucault et Hervé Guibert, le compagnon d’agonie, Frédéric Gaussen, Le Monde, 7 mai 2000
  8. a et b Dominique Noguez, « Roland Barthes de S à Z », Libération,‎ 28 novembre 2002 (lire en ligne)
  9. Hervé Gauville, « R.B., autres fragments d'un discours », Libération,‎ 8 août 1995 (lire en ligne)
  10. « L'ensemble des archives du critique, essayiste et sémiologue Roland Barthes », L'Humanité,‎ 14 septembre 1996 (lire en ligne)
  11. Hervé Gauville, « L'Expo Beaubourg, 54e mythologie », Libération,‎ 28 novembre 2002 (lire en ligne)
  12. Eric Aeschimann, « Désaccords autour des notes posthumes de Roland Barthes », Libération,‎ 21 janvier 2009 (lire en ligne)
  13. « Introduction : mort et résurrection de l'auteur » sur le site Fabula
  14. S/Z, la casuistique du discours, Point-Seuil, 1976, p. 134-135(ISBN 2020043491)
  15. Les lettres de Comtesse Hanska à Balzac ont ainsi été brûlées en majorité, ce qui a permis à Catherine Radziwill de produire des faux: Princess Radziwill, My recollections, Isbister, Londres, 1904, chap. IV, p. 65
  16. Sophie de Korwin-Piotrowska, Balzac et le monde slave,1933, Honoré Champion, Paris, 1933, p. 82
  17. BARTHES Roland, Histoire et sociologie du vêtement, In:Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n3, 1957, p. 430-441
  18. Roland Barthes par Roland Barthes, coll. « Écrivains de toujours », le Seuil, 1975, p.97.
  19. a et b François Dosse, Histoire du structuralisme, II. Le chant du cygne, La Découverte, 1992, p. 438_440.

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