Fables de La Fontaine

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Les Fables choisies, mises en vers par M. de La Fontaine (ou plus simplement Fables de La Fontaine) consistent en trois recueils publiés entre 1668 et 1694, comptant 243 fables écrites en vers, la plupart mettant en scène des animaux anthropomorphes et contenant une morale au début ou à la fin.

Les trois recueils[modifier | modifier le code]

Le premier recueil de Fables (intitulé, comme les suivants, Fables choisies, mises en vers par M. de la Fontaine) correspond aux livres I à VI des éditions actuelles. Il a été publié en 1668 et était dédié au Dauphin. La Fontaine insiste sur la fonction éducative de son travail : « je me sers d'animaux pour instruire les hommes. »

Fac-similé du manuscrit du Statuaire et la statue de Jupiter

Le deuxième recueil correspond aux livres VII à XI des éditions modernes. Il est publié en 1678 et 1679, en deux volumes, et était dédié à Madame de Montespan, la maîtresse du roi.

Le dernier recueil correspond au livre XII actuel. Il est publié en 1694, quelques mois avant la mort de l'auteur. Il est dédié au duc de Bourgogne, le petit-fils du roi.

Les sources et inspirations de Jean de La Fontaine[modifier | modifier le code]

Les Fables de La Fontaine continuent une tradition médiévale française, d'historiettes comiques et de satire des mœurs sociale, dont les acteurs sont des personnifications d'animaux, comme le Roman de Renart où on trouve l'anecdote du « Corbeau et du renard » avec des morales mises en adages, ou comme Marie de France » chez laquelle on trouve la première version du « Loup et de l'agneau ».

La Fontaine a aussi fait un travail de traduction et d'adaptation de texte antiques, comme les Fables d’Ésope (par exemple « La Cigale et la Fourmi »), de Phèdre, d'Abstémius, mais aussi de textes d'Horace, de Tite-Live (« les Membres et l’estomac »), de lettres apocryphes d’Hippocrate (« Démocrite et les Abdéritains »), et de bien d'autres encore, elles constituent une somme de la culture classique latine et grecque, et s’ouvrent même dans le second recueil à la tradition indienne[1].

L'inspiration indienne[modifier | modifier le code]

Plusieurs fables de La Fontaine sont des reprises de fables du Pañchatantra qui sont passées dans la version arabe « Kalîla wa Dimna ». « Les Animaux malades de la Peste » imite « Le Loup, le Renard et l'Âne » de François Philelphe qui a pu utiliser le Kalîla wa Dimna latin de Jean de Capoue intitulé Directorium humanae vitae alias parabola antiquorum sapientum (Guide de la vie humaine ou Parabole des anciens sages) et paru entre 1262 et 1278. Pour « Les Poissons et le Cormoran, La Fontaine a pu utiliser la traduction française des quatre premiers livres de la version persane Anwari Sohaïli parue en 1644 sous le titre Le Livre des lumières ou la Conduite des Rois[2]. « Le Chat et le Rat », « Les Deux Perroquets, le Roi et son fils » ou « La Lionne et l'Ourse », qui ne figurent pas dans Le Livre des lumières, proviennent vraisemblablement de la traduction en latin de la version grecque de Syméon Seth[3] réalisée par le jésuite Pierre Poussines et parue en 1666 sous le titre Specimen sapientiae Indorum veterum (Exemples de la sagesse des anciens Indiens)[4].

Moralités les plus souvent citées[modifier | modifier le code]

Portée de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Les Fables de La Fontaine constituent un des recueils poétiques les plus connus du classicisme. Sainte-Beuve a pu dire que Jean de La Fontaine était l’Homère des Français[citation nécessaire] : ainsi, le tour de force de La Fontaine est de donner par son travail une haute valeur à un genre qui jusque là n’avait aucune dignité littéraire et était réservé aux exercices scolaires de rhétorique et de latin. La Fontaine procède d’ailleurs souvent à une élévation du « genre bas », celui de la fable, en intégrant dans ses récits le moyen style (pastoral) et le style élevé (épopée). La fable épitre du livre deuxième est un parfait exemple de cohabitation des trois styles.

Selon Louis Marin ces fables apparemment innocentes ont une subtilité profonde, à l’image de la fable intitulée le Pouvoir des Fables[citation nécessaire].

Jean-Jacques Rousseau dénonce le cynisme dans ces fables inadaptées pour l'éducation des enfants[5] :

« On fait apprendre les fables de La Fontaine à tous les enfants, et il n'y en a pas un seul qui les entende ; quand ils les entendraient ce serait encore pis, car la morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge qu'elle les porterait plus au vice qu'à la vertu. »

— Extrait de Émile ou De l'éducation, 1762

Illustration[modifier | modifier le code]

Les fables de La Fontaine de Jean-Baptiste Oudry : Tapisserie d'Aubusson

Les fables sont illustrées dès la première édition par Chauveau et ses disciples : en effet, la fable est un genre proche de l’emblème, et à ce titre fonctionne comme une image morale ; elle accueille donc volontiers son redoublement iconographique à des fins didactiques. Au XVIIIe siècle, Oudry propose de nouvelles illustrations[6], plus naturalistes, suivie par une édition coordonnée par Étienne Fessard, à grand succès. Grandville en 1838, puis Gustave Doré en 1867 proposent successivement une nouvelle iconographie. Au XXe siècle, Benjamin Rabier suivi de Chagall proposent, à leur tour, leur vision des Fables.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Fontaine, Erwana Brin, Fables (tome 2), Nouvelle librairie de France, Collection nationale des grands auteurs de la Nouvelle librairie de France, 1999. Dans l'avertissement de son 2e recueil, La Fontaine écrit « Seulement je dirai par reconnaissance que j'en ["en" désigne les « enrichissements » (comprendre : les inspirations) recherchés par La Fontaine pour la rédaction de son 2e recueil des fables. N.D.R] dois la plus grande partie [Il faut entendre que, parmi les fables orientales, « la plus grande partie » vient de Pilpay. N.D.E.] à Pilpay, sage Indien [La Fontaine a dû connaître le Livre des lumières, ou la Conduite des roys, composé par le sage Pilpay Indien, traduit en français par David Sahid d'Ispahan... (Paris, 1644). N.D.E.]. »
  2. Selon Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, le traducteur, identifié par un pseudonyme, serait l'orientaliste Gilbert Gaulmin.
  3. qui traduisait lui-même le Kalîla wa Dimna arabe.
  4. Auguste-Louis-Armand Loiseleur-Deslongchamps, Essai sur les fables indiennes et sur leur introduction en Europe, Paris, Techener, 1838, p. 18, 24, 25, 36, 37 et 66
  5. Jean-Jacques Rousseau, Œuvres complètes de Jean-Jacques Rousseau, Wikisource
  6. Fables de La Fontaine illustrées par Jean-Baptiste Oudry, Paris, Diane de Selliers. Une édition de référence fidèle à celle de 1755 (aujourd’hui introuvable).

Annexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Fable de La Fontaine.

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