Henry de Monfreid

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Boutre somali à l'arrivée. Djibouti, c. 1915.

Henry de Monfreid

Activités écrivain, aventurier, navigateur
Naissance 15 novembre 1879
La Franqui
Décès 13 décembre 1974 (à 95 ans)
Ingrandes
Langue d'écriture français
Genres récits autobiographiques, roman d'aventures, souvenirs

Œuvres principales

Henry de Monfreid, né à La Franqui, commune de Leucate (Aude) le 15 novembre 1879 et mort le 13 décembre 1974 à Ingrandes (Indre), est un navigateur et écrivain français dont la vie aventureuse, centrée sur la Mer Rouge et l'Éthiopie durant les années 1910, 1920 et 1930, a été immortalisée par une série de récits autobiographiques et de romans publiés à partir de 1931 [1].


Sommaire

Biographie [modifier]

Henry[2] de Monfreid est le fils de George-Daniel de Monfreid, peintre, graveur et collectionneur d'art, et d'Amélie dite Marie-Émilie Bertrand.

Très jeune, Henry développe un goût marqué pour la voile et le large en naviguant avec son père sur le voilier de ce dernier, Le Follet, notamment lors d'une traversée jusqu'à Alger à l'âge de six ans.[3]

George-Daniel de Monfreid sur Le Follet

Dans son enfance, il a bien connu les peintres Henri Matisse et Paul Gauguin, amis intimes de son père à partir de 1887. Plus tard, sa femme Armgart et lui se lient d'amitié avec le Père Teilhard de Chardin, rencontré en 1926 sur le paquebot Angkor alors que ce dernier se rendait en Chine[4].

Pour faire plaisir à son père, il entame des études d'ingénieur, en préparant notamment l'école Polytechnique au lycée Saint-Louis, mais échoue. Il vit pendant plusieurs années de petits boulots (colporteur pour le Planteur de Caïffa, chauffeur de maître, contrôleur de la qualité du lait dans la société Maggi, où il réussit très bien mais dont il se fait renvoyer pour trafic[5]. Pendant une dizaine d'années il vit avec Lucie, employée aux Halles, qui lui donne un fils. Il contracte la fièvre de Malte qui menace de l'emporter. Cloué au lit plusieurs mois, il décide de quitter sa compagne et de changer de vie pour ne pas devenir le "parfait petit épicier de Montrouge". En 1913 il allait épouser Armgart Freudenfeld, une étudiante allemande de son père dont il avait fait la connaissance avant son départ pour l'Afrique.

En 1911, ayant connaissance d'une offre d'emploi comme commis de factorerie pour la maison d'importation Guigniony installée en Éthiopie et à Djibouti[6], il part faire le négoce du café et de peaux en Éthiopie[7] puis, attiré par la mer, il s'installe à Djibouti fin 1913 où il achète un boutre, baptisé le Fath-el-Rahman, et avec lequel il amorce sa vie aventureuse qui fera l'objet de son premier récit autobiographique: Les Secrets de la Mer Rouge. Plus tard, installé à Obock, il construit ses navires avec ses propres moyens, dont le plus célèbre, l'Altaïr, goélette de 25 mètres avec seulement 2 mètres de tirant d'eau[8] et gréé de voiles auriques, lui permettra de fréquenter les rives traitresses de la Mer Rouge cernée de bancs de récifs. Sa connaissance des mouillages et des ports en fait une source de renseignements utile à la France pendant la Première Guerre mondiale.

Le Djibouti colonial de Monfreid

Il entame ensuite une vie de contrebandier, se convertit à l'islam en 1914[9], religion de son équipage, se fait circoncire, et prend le nom d'Abd-el-Haï (esclave du vivant). Selon Guillaume de Monfreid, sa « conversion était une conversion de circonstance ». Il continue : « je ne crois pas qu'il fût plus attaché à un rite qu'à un autre, parce que de toute façon, ce n'était pas un homme pour qui le spirituel avait beaucoup d'importance. Il était trop noyé dans l'action. Et puis, ayant découvert la vraie liberté, il ne veut plus de carcan[9] ».

Il vit de différents trafics, perles (il arrête vite ce commerce qui n'est plus lucratif depuis que les Japonais ont inventé la perle de culture), armes, haschisch, et même morphine (qu'il achète en gros en Allemagne au laboratoire pharmaceutique qui produit la drogue, et qu'il revend aux riches Égyptiens), ce qui lui vaut des démêlées avec la justice et mêmes quelques brefs séjours en prison. Monfreid s'est toujours défendu d'avoir pratiqué la traite des noirs entre l'Afrique et l'Arabie, qui persistait encore en 1925[10]. Pendant la Première Guerre mondiale, les autorités françaises lui demandent d'aller espionner les positions turques sur la côte du Yémen en prenant des photographies.

Maison de Monfreid à Obock

Après la guerre, il se base à Obock, loin des regards indiscrets de Djibouti, la capitale; sa maison est près du rivage, ce qui permet à sa femme de disposer des lumières sur la terrasse si la vedette des gardes-côtes est à l'affût. Puis, il se fixe près de Harrar en Éthiopie : il a fait assez de bénéfices pour acheter une minoterie et construire une centrale électrique dans sa ville de résidence.

Les Secrets de la Mer Rouge, premier récit autobiographique

Monfreid fait la connaissance de Paul Vaillant-Couturier ainsi que de Joseph Kessel, fascinés par sa personnalité. Kessel lui conseille d'écrire ses aventures. Il tire de ses aventures dans la mer Rouge, les eaux littorales de la Corne de l'Afrique et le détroit de Bab-el-Mandeb (« Porte des Pleurs » en arabe) des romans et nouvelles captivants, où les observations maritimes et ethnologiques pertinentes et vécues voisinent avec les descriptions cyniques d'exploits de contrebande exercés (livraisons d'armes, de hashish ou de morphine). Ses romans remportent un franc succès dans les années 1930. Il est également correspondant de presse pour plusieurs journaux parisiens.

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, il sert les Italiens, notamment pendant leur conquête de l'Éthiopie en 1935. Proche conseiller du général Rodolfo Graziani, Henry de Monfreid fait tout pour rencontrer le Duce Mussolini afin de pouvoir se joindre aux troupes italiennes. Il participe à quelques missions aériennes italiennes sur les territoires éthiopiens et manque d'être blessé en vol (Les Guerriers de L'Ogaden, 1935).

Après s'être réinstallé en Éthiopie, et suite à la débâcle de l'armée du Duce, il est capturé par les Britanniques, il est déporté au Kenya. Il raconte cette épopée dans le livre Du Harrar au Kenya.

Libéré, il vit de chasse et de pêche sur les pentes du Mont Kenya, épisode qui lui inspirera d'autres romans comme Karembo.

Il retourne en France en 1947 et s'installe dans une grande maison à Ingrandes, dans l'Indre, où il peint, joue du piano, et surtout écrit. Les habitants de ce petit village de la « France profonde » resteront en plusieurs circonstances perplexes devant le mode de vie de Monfreid, patriarche sans complexes. Ainsi, étant un opiomane d'habitudes régulières, il va à l'épicerie locale pour peser et diviser en doses journalières les têtes de pavots qu'il fait pousser dans son jardin. L'épicier n'y voit pas matière à s'alarmer, d'autant que Monfreid est un bon client : il achete de grosses quantités de miel, qui lui permettent de combattre la constipation opiniâtre entraînée par l'usage quotidien de l'opium. Quelqu'un s'avise cependant un jour de dénoncer Monfreid à la gendarmerie[11]. L'affaire est abandonnée, l'opium n'étant à l'époque utilisé que par des artistes non conventionnels, tel que son ami Jean Cocteau. Par ailleurs Monfreid se flatte à plusieurs reprises dans son œuvre de savoir à merveille décourager et amadouer les officiels trop curieux, par la flatterie, le mimétisme, et l'étalage d'une apparente bonne foi.

À la mort de Monfreid, on se rend compte que les tableaux de maîtres qu'il disait tenir de son père, et qu'il hypothéquait quand le revenu tiré de ses livres était insuffisant, étaient des faux, peut-être peints par lui-même...[réf. nécessaire]

Fonds d'étude [modifier]

Antral Le Chant du Toukan 06.jpg

Le fonds d'archives Henry de Monfreid a été donné au département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France.

Article détaillé : Fonds Henry de Monfreid.

Œuvres (sélection) [modifier]

Oeuvres d'Henry de Monfreid.jpg
  • Les secrets de la mer Rouge (1931)
  • Aventures de mer (Grasset, 1932)
  • La croisière du hachich (Grasset, 1933) (ISBN 2-246-00007-6)
  • Vers les terres hostiles de l'Éthiopie (Grasset, 1933)
  • La poursuite du Kaïpan (Grasset, 1934)
  • Le naufrage de la Marietta (Grasset, 1934)
  • Le drame éthiopien (Grasset, 1935)
  • Le lépreux (Grasset, 1935)
  • Les derniers jours de l'Arabie Heureuse (N.R.F, 1935)
  • Les guerriers de l'Ogaden (N.R.F, 1936)
  • Le masque d'or (Grasset, 1936)
  • L'avion noir (Grasset, 1936)
  • Le Roi des abeilles (Gallimard) (ISBN 978-2-246-43822-9)
  • Le Trésor du pèlerin (Gallimard, 1938)
  • Charras (Éditions du Pavois, 1947)
  • Du Harrar au Kenya (Grasset, 1949)
  • L'homme sorti de la mer (Grasset, 1951)
  • La route interdite (Grasset, 1952) (ISBN 2-246-00796-8)
  • La vocation de Caroline (L’envers de l’aventure, tome 1) (Grasset, 1953)
  • Caroline chez les bourgeois ou l’oncle Locamus (L’envers de l’aventure, tome 2) (Grasset, 1954)
  • Ménélik tel qu’il fut (Grasset, 1954)
  • Sous le masque Mau-Mau (Grasset, 1956)
  • L'envers de l'aventure (Grasset, 10 volumes de 53 à 1970)
  • Mon aventure à l’île des Forbans (Grasset, 1958)
  • Le Radeau de la Méduse : comment fut sauvé Djibouti, (Grasset, 1958)
  • La Sirène de Rio Pongo (Flammarion, 1961) (ISBN 2-277-30216-3)
  • Les Lionnes d’or d’Éthiopie (Laffont, 1964)
  • Le Feu de Saint-Elme (Laffont, 1973, réédité en 1992 sous le nom : Mes vies d'aventures)
  • Le récif Maudit (Flammarion, 1978) (ISBN 2-277-30173-6)
  • Journal de bord (Arthaud, 1984)
  • Lettres d'Abyssinie (Flammarion, 1999)
  • Lettres de la mer Rouge (Flammarion, 2000)
  • Sous le masque Mau-Mau (Grasset, 2011)
  • Wahanga (Grasset, 2011)
de Giséle de Monfreid, sa fille 
"Mes secrets de la Mer Rouge", 1982, Éditions France-Empire.(ISBN 2-7048-0008-1), Ce livre apporte un intéressant éclairage latéral sur la vie - et sur l'œuvre de Monfreid, imposant reflet d'une personnalité manifestement narcissique, dédiée à l'action, avec qui la cohabitation ne dut pas être facile.

Discographie [modifier]

« Henry de Monfreid chante la mer », microsillon 33 tours, Polygram distribution, PY 899. Henry de Monfreid y interprète des chansons de marins accompagné à l'accordéon. L'enregistrement date de 1965. Il a paru également en CD en 1996 (RYM Music 191 677-2, Polygram distribution PY 899).

Bibliographie [modifier]

  • Bande Dessinée : Hergé aurait dessiné sous les traits de Henry de Monfreid le capitaine qui sauve de la noyade Tintin et Milou en mer Rouge, dans "Les Cigares du Pharaon"

Audiovisuel [modifier]

Radio

Entretiens radiophoniques menés et produits par Paul Guimard, diffusés sous le titre « les Chemins de l'aventure », onze entretiens entre le 19 octobre et le 21 décembre 1956, archivés par la Phonothèque de l'INA Institut national de l'audiovisuel et édités sous la forme de quatre disques.

Télévision
  • Fiche technique :
    • Scénario : Henry de Monfreid, Roland Laudenbach, Edmond Levy et Jean O'Neill.
    • Musique : François de Roubaix.
    • Interprétation : Pierre Massimi, Alex Lacaste, Miloud Khetib, Mustapha Chadli, Mostéfa Stiti, Hans Wyprächtiger, Baaron, Alphonse Beni, Jean-Claude Ballard, Christiane Krüger.


Arnaud Giovaninetti dans la série télévisée Lettres de la mer Rouge.

"Coup de cœur du Jury du Public" au Festival de Luchon, 2006. Lauriers de l'Audiovisuel, Prix Marcel Jullian de la "Première œuvre". Résumé : Dans le château de George Daniel de Monfreid, au début du XXe siècle, le fils Henry, gravement malade, qui s'est vu au seuil de la mort, décide de rompre avec son existence petite-bourgeoise et rangée (on l'orientait alors vers une carrière d'ingénieur[13]). Il confie ses deux enfants à une jeune Allemande proche de la famille et part le plus loin possible : à Djibouti, "dans ces pays où on n'allait pas, ou plutôt où on allait, mais dont on ne revenait pas"[13]. Il s'y livre au commerce de peaux, d'armes, de café, ce qui, dans ces contrées frontalières, se confond souvent avec trafic et contrebande. Il entame alors une correspondance régulière et aussi détaillée qu'un journal de bord, avec son père et son amie allemande et future épouse, Armgart Freudenfeld. Ce sont les Lettres de la mer Rouge.

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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Notes et références [modifier]

  1. notice BnF no FRBNF119164954
  2. Henri écrira son prénom avec un "y" lorsqu'il amorcera sa carrière littéraire. Daniel Grandclément, L'incroyable Henry de Monfreid, Grasset, Paris 1990, p. 24, n. 1.
  3. En Mer Rouge, Henry De Monfreid. Présentation de Jean-Christophe Rufin, texte de Guillaume de Monfreid, Éditions Gallimard, 2005, Chronologie, p. 12.
  4. "Je me suis fait deux vrais amis, mais ils sont, hélas, descendus à Djibouti. (…) Nous avons eu des conversations interminables sur tous les sujets possibles. Sur la manière de vivre des habitants du Yémen et de l'Abyssinie". Lettre de Teillard, citée dans Henry de Monfreid, Flibustier de la Mer Rouge, Philippe Baraduc, Arthaud, Paris, 1998, p. 108-109.
  5. Grandclément, p. 85-90.
  6. M. Guigniony, vice-consul de France à Harrar (Éthiopie), menait en parallèle des activités commerciales, dont celui du trafic des armes. Jonathan A. Grant, Rulers, Guns and Money: The Global Arms Trade in the Age of Imperialism, Harvard University Press, 2007, p. 68.
  7. Baraduc, p­. 22.
  8. Grandclément, p. 216.
  9. a et b Thibaut Pinsard, L'appel à une autre vie, Routard.com
  10. Albert Londres, Pêcheurs de perles
  11. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Inter.
  12. Lien sur arte.tv
  13. a et b http://www.ina.fr/video/CAF97059865