Jacques Martin (auteur)

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Jacques Martin

Naissance 25 septembre 1921
Strasbourg, France
Décès 21 janvier 2010 (à 88 ans)
Orbe, Suisse
Nationalité française
Activités scénariste et dessinateur de bande dessinée
Formation École Catholique d'Arts et Métiers d'Erquelinnes
Élèves Roger Leloup
Influencé par Hergé, E.P. Jacobs
Influença Gilles Chaillet, Christophe Simon, Rafael Morales
Récompenses Voir Récompenses

Œuvres réputées

Alix
Lefranc

Jacques Martin, né le 25 septembre 1921 à Strasbourg[1] et mort le 21 janvier 2010 à Orbe en Suisse[2], est un auteur de bande dessinée de nationalité française, surtout connu pour ses séries Alix et Lefranc. Il a également contribué à plusieurs albums de Tintin.

À sa mort en 2010, Jacques Martin laisse des centaines d'albums vendus à quinze millions d'exemplaires et traduits en plus de dix langues, y compris le latin[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses débuts (1921-1950)[modifier | modifier le code]

Jacques Martin est orphelin de père et plus ou moins abandonné aux pensionnats par sa mère. Comme de nombreux dessinateurs de bande dessinée de la grande époque, Jacques Martin fait des études à l'École Catholique d'Arts et Métiers d'Erquelinnes en Belgique. Après des études contraintes d'ingénieur à l'École Catholique d'Arts et Métiers (il échoua à l'entrée des Beaux-Arts), il est enrôlé et part pour le STO aux usines Messerschmitt d'Augsbourg[4] en Allemagne pendant la guerre. Juste après la guerre, en 1945, Martin commence à publier ses premiers dessins. Il se marie à Verviers en Belgique et aura avec sa femme Monique deux enfants, une fille, Frédérique et un garçon, Bruno[5]. Il travaille pour l'hebdomadaire Bravo ! pour lequel il crée le personnage de Monsieur Barbichou[4]. Il crée avec Henri Leblicq ses œuvres Le Hibou gris et Œil de Perdrix sous le pseudonyme de Marleb[6] de 1947 en 1948. Alors qu'il est encore fort jeune, il souhaite mettre sur pied un journal de bandes dessinées et lance alors un magazine de jeunesse, Jaky, mais c'est un échec, concurrencé par un nouveau magazine Journal de Tintin auquel il décide alors de postuler[4] en 1948.

Alix et Lefranc (1948-1978)[modifier | modifier le code]

Au sein du Journal de Tintin, il côtoie Hergé, alors « directeur artistique » de l'hebdomadaire, ainsi qu'Edgar P. Jacobs. Il collabore avec Hergé aux aventures de Tintin durant 19 ans, de 1953 à 1972, plus particulièrement à Tintin au Tibet et Coke en stock, tout en travaillant sur ses propres albums.

Il crée d'abord pour le début du Journal de Tintin le personnage d'Alix dès 1948, dont les aventures — extrêmement documentées — se déroulent dans l'antiquité romaine. Le succès étant au rendez-vous, d'autres albums suivent Le Sphinx d'Or (avec l'apparition d'Enak) puis L'Île maudite. Avec Hergé et Jacobs, il représente alors ce qui sera appelée « l'école de Bruxelles »[4], berceau de la « ligne claire ». Toujours pour le Journal de Tintin, il crée le journaliste Lefranc en 1952. Là encore le succès est au rendez-vous et il laissera plus tard à d'autres dessinateurs, continuant jusqu'en 2004 à assurer le scénario, les dialogues et un découpage extrêmement abouti de chaque planche, comme il le fera pour chacune de ses autres séries.

Hergé lui demande parallèlement d'intégrer le studio Hergé et de l'aider sur des albums de Tintin. Il collaborera ainsi sur les scénarios et décors de L'Affaire Tournesol, Coke en stock, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore et Vol 714 pour Sydney[4],[7].

Il sort alors presque tous les ans un album d'Alix et un album de Lefranc, au risque de scénarios quelquefois un peu légers[4] mais sans que le succès de ces albums n'en soit affecté. Certains de ces albums provoquent la polémique : l'homosexualité supposée d'Alix et Enak[4], des seins nus dans un des albums ou l'amour d'une femme de 40 ans pour le jeune Alix[4]La Griffe noire et Les Légions perdues, en période de guerre d'Algérie sont en France interdits d'exposition pour incitation à la haine et à la violence[4].

Diversification (1978-1999)[modifier | modifier le code]

Il va ensuite, avec différents dessinateurs, s'intéresser tout d'abord au Moyen Âge dans les années 1980 avec le personnage de Jhen et à l'époque napoléonienne avec sa série Arno, puis à l'Égypte avec Kéos, à la Grèce avec Orion, avant d'aborder, en 2000, le XVIIe siècle avec sa dernière série : Loïs. Jacques Martin est donc l'auteur de 7 séries différentes de bandes dessinées.

Parallèlement à ses séries de bandes dessinées, Jacques Martin a créé la collection des Voyages (d'Alix, de Jhen, de Lefranc et de Loïs), qui sont des ouvrages restituant des cités ou la vie quotidienne à des époques différentes, accompagnés de textes explicatifs : l'Antiquité (Voyages d'Alix), le Moyen Âge (Voyages de Jhen), le XVIIe siècle (Voyages de Loïs) ou l'histoire de l'aviation (Voyages de Lefranc) sont ainsi illustrés et commentés. Plusieurs dessinateurs et auteurs participent à l'élaboration de cette collection sans équivalent à ce jour.

Lors de ses vingt dernières années, l'homme ne voit presque plus. Il est atteint à partir de 1991[4] d'une maladie des yeux, la dégénérescence maculaire, qui le rend quasiment aveugle[8]. Il est contraint d'abandonner son travail de dessinateur en 1992. Il continue cependant à créer les scénarios et les dialogues et s'appuie sur le travail d'équipe qu'il avait mis en place pour Lefranc[4]. Il confie ainsi le dessin à d'autres dessinateurs ou se fait aider sur les scénarios. Il aura ainsi contribué à former de nombreux dessinateurs et scénaristes dont Gilles Chaillet[5], Christophe Simon[4], Pierre de Broche[4], Olivier Pâques[4] ou Rafael Morales[4].

Dernières années (2000-2010)[modifier | modifier le code]

Le 21 janvier 2010, il meurt chez lui dans son sommeil des suites d'un œdème pulmonaire à l'âge de 88 ans[9].

Au total, les quelque 120 albums d'aventures de ses différents héros se sont vendus à 20 millions d'exemplaires. Ses albums ont été traduits en 15 langues[5].

Alix et son univers ont inspiré de nombreux mémoires universitaires (de Lettres classiques ou modernes, d'histoire ancienne, de linguistique, de philologie… - détails dans La Voie d'Alix). Avec accord de ses héritiers et de Casterman l'éditeur, le personnage est repris sous un nouveau crayonné : Alix Senator par Valérie Mangin et Thierry Démarez.

Le style Martin[modifier | modifier le code]

Sa capacité à faire passer un souffle épique, sa grande maîtrise du dessin technique notamment dans le domaine architectural, alliées à son sens du respect de l'exactitude historique fondé sur la recherche documentaire approfondie, en font un des grands auteurs de la BD franco-belge et un des maîtres du style de la ligne claire.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Œuvres de Jacques Martin.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • De 1945 à 1950, diverses œuvres de jeunesses publiées dans des périodiques belges, comme L'Indépendance ou Bravo, sous le pseudonyme « Marleb ».
  • Alix, 18 histoires publiées dans Tintin de 1948 à 1987 et 19 albums édités de 1956 à 1988 par Le Lombard ou Casterman. De 1996 à 2009, Martin a scénarisé cinq albums, puis écrit le synopsis de quatre autres.
  • Lefranc, neuf histoires publiées dans Tintin de 1952 à 1982, et seize albums publiés de 1954 à 2004 par Le Lombard ou Casterman. Après 1965 et la troisième histoire, Martin confie le dessin à d'autres auteurs. Il abandonne également le scénario en 2004.
  • Jhen (scénario), avec Jean Pleyers (dessin), deux histoires publiées dans Tintin de 1978 à 1980 sous le titre Xan et neuf albums publiés de 1984 à 2000.
  • Arno (scénario), avec André Juillard (dessin, 1983-1987) puis Jacques Denoël (1994-1997), six histoires publiées pour les trois premières en revues de 1983 à 1987 et pour toutes de 1984 à 1997 en album chez Glénat.
  • Orion, avec Christophe Simon (dessin à partir de la planche 3 du deuxième volume), quatre tomes, divers éditeurs, 1990-2011.
  • Keos (scénario), avec Jean Pleyers (dessin), 3 tomes, divers éditeurs, 1992-1999.
  • Loïs (scénario), avec Olivier Pâques (dessin), 4 tomes, Casterman, 2003-2009. Patrick Weber a repris le scénario de la série en 2007.

Ouvrages pédagogiques[modifier | modifier le code]

Hormis Les Voyages d'Orion, ces ouvrages sont publiés par Casterman.

  • Les Voyages d'Orion, 1990-1995. Contrairement à la série Orion, il ne s'agit pas ici de bande dessinée mais d'ouvrages pédagogiques consacré à Rome, la Grèce et l'Égypte antiques. Jacques Martin a inventé le concept de cette série et en a écrit chaque introduction, mais les textes et dessins qui les accompagnent sont l'œuvre d'auteurs différents.
  • Les Voyages d'Alix, 31 volumes, 1996-2010. Les cinq volumes des Voyages d'Orion sont repris dans les six premiers de cette série. Devant son succès, l'idée a été systématisée pour couvrir tous les aspects de l'Antiquité.
  • Les Voyages de Lefranc, 3 volumes, 2004-2007. Ces volumes sont consacrés à l'histoire de l'aviation.
  • Les Voyages de Jhen, 9 volumes, 2005-2009. Cette série est consacrée à l'histoire du Moyen Âge.
  • Les Voyages de Loïs, 2 volumes, 2006-2010. Cette série est consacrée à l'histoire du XVIIe siècle.
  • Jacques Martin présente…, 4 volumes, 2007-2010. Cette série est consacrée à l'épopée napoléonienne.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Documentation[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Schtroumpf : Les Cahiers de la bande dessinée, no 20, Spécial Jacques Martin, mars-avril 1973.
  • Patrick Gaumer, « Jacques Martin », dans Larousse de la BD, Paris : Larousse, 2004, p. 527
  • Thierry Groensteen (interview et critique), Alain De Kuyssche (interview) et Jacques Martin, Avec Alix, Casterman, 1984. Réédité et mis à jour en 1986 puis 2002.
  • Michel Robert (interview) et Jacques Martin, La Voie d'Alix, Casterman, 1999.
  • Thierry Smolderen, « 1984, année Martin », dans Les Cahiers de la bande dessinée no 56, février-mars 1984, p. 37-39
  • Xavier Truti et Jean-Michel Dury, Les héros de papier ne meurent jamais, Ere Productions, 2009. Film de 54 minutes consacré à la vie et à la carrière de Jacques Martin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. « auteur Jacques Martin », Casterman
  2. Décès de Jacques Martin (Alix) à l'âge de 88 ans Skynet
  3. « Jacques Martin, auteur de bandes dessinées », sur le site Le Monde, le 23 janvier 2010.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Nécrologie de Jacques Martin, par Yves-Marie Labé, dans Le Monde du 25 janvier 2010, p. 23
  5. a, b et c AFP le 21 janvier 2010
  6. « Avé "Alix" ! Pardon : Avant "Alix" ! », sur Humano.com,‎ 9 décembre 2008 (consulté le 28 juillet 2010)
  7. [Fumeux / Les Enfants d'Alix], « Entretien de Jacques Martin par Mourad Boudjellal », sur Dailymotion,‎ 1984 (consulté le 20 novembre 2011)
  8. Article du Figaro du 21 janvier 2010
  9. Le père d'Alix, Jacques Martin, est décédé, Le Soir en ligne, 21 janvier 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]