Tintin au Congo

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Tintin au Congo
2e album de la série Les Aventures de Tintin
Auteur Hergé
Genre(s) Aventure

Personnages principaux Tintin et Milou
Lieu de l’action Drapeau du Congo belge Congo belge
Époque de l’action 1930-1931

Langue originale Français
Éditeur Casterman
Première publication 1931 (noir et blanc)
1946 (couleur)
Nb. de pages 115 (noir et blanc)
62 (couleur)

Prépublication Le Petit Vingtième
Albums de la série Les Aventures de Tintin
Précédent Tintin au pays des Soviets Tintin en Amérique Suivant

Tintin au Congo (initialement intitulé Les Aventures de Tintin, reporter du "Petit Vingtième", au Congo) est le deuxième album de bande dessinée des Aventures de Tintin d'Hergé, prépublié en noir et blanc du 5 juin 1930 au 18 juin 1931 dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle. La version couleur et actuelle de l'album est parue en 1946.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Les éléments de l'intrigue décrits ci-dessous concernent l'édition en couleur de Tintin au Congo.

La trame de l’histoire se compose de péripéties dans lesquelles Tintin et son chien Milou se tirent de difficultés et de dangers, le tout dans une atmosphère de propagande coloniale[1].

Le reporter Tintin se rend en paquebot au Congo belge dans le cadre de son travail[2]. Le voyage est éprouvant, car Milou est successivement attaqué par un perroquet[3], par le passager clandestin Tom[4], futur ennemi de Tintin, et par un requin[5]. Leur arrivée en Afrique est acclamée par la foule[6]. Une fois repoussées les sollicitations de journaux qui souhaitent lui acheter son reportage, Tintin engage un boy, Coco, pour l'accompagner[7]. Le trajet est loin de tout repos : Tintin sauve Milou d'un crocodile[8], puis d'un singe[9], et capture Tom qui essayait de lui voler sa voiture[10].

Au royaume des Babaoro'm, Tintin est emmené par le roi de la tribu à une chasse au lion qui se passe mal, mais cette fois-ci c'est Milou qui sauve Tintin des griffes du fauve[11]. Se sentant menacé par ce jeune blanc, le sorcier des Babaoro'm, accompagné de Tom, l'accuse de sacrilège et Tintin est emprisonné[12]. Délivré par Coco, il évente le piège et devient le nouveau grand chef[13]. Le sorcier provoque alors une guerre avec la tribu des m'Hatouvou[14], et tente de tuer Tintin sans plus de succès[15]. Tom capture finalement les héros, abandonne Tintin aux crocodiles[16] et Milou à un boa[17], avant qu'un missionnaire ne les sauve de justesse[18].

Tintin est accueilli dans la Mission, où il donne un cours de mathématiques[19], et part à la chasse à l'éléphant[20]. Tom l'intercepte à son retour et le laisse pour mort[21]. Averti par Milou, le missionnaire sauve Tintin[22], puis poursuivi par ce dernier, Tom finit dévoré par les crocodiles[23]. Tintin découvre alors que les hommes voulant sa mort sont des gangsters affiliés à Al Capone qui tentent de prendre le contrôle de la production de diamants au Congo[24]. Après l'arrestation des bandits, Tintin et Milou partent en safari pour filmer des animaux[25], avant d'être récupérés en avion pour un nouveau reportage en Amérique[26].

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte d'écriture[modifier | modifier le code]

Depuis 1925, Georges Remi — qui signe son travail sous le pseudonyme Hergé — est employé au Vingtième Siècle[27]. Ce journal de Bruxelles, dirigé par l’abbé Norbert Wallez, est résolument catholique et conservateur. Le quotidien se définit d'ailleurs comme un « journal catholique de doctrine et d’information »[28]. Il est surtout proche d'une idéologie fasciste qu'incarne Benito Mussolini en Italie, tenu en haute estime par l'abbé[29]. Jusqu'à la fin de l'année 1928, Hergé occupe un poste de reporter-photographe et de dessinateur[27], mais il gagne avant tout sa place en réalisant des petits travaux graphiques à la demande[30]. Wallez lui confie alors les clefs d’un supplément pour la jeunesse, Le Petit Vingtième, qui est intégré au Vingtième Siècle[31]. Outre son travail de rédacteur en chef, Hergé y publie en particulier deux nouvelles séries de bande dessinée : Tintin au pays des Soviets de janvier 1929[32] à mai 1930[33] et Quick et Flupke à partir de janvier 1930[34]. Devant la charge de travail qui s'accumule, il demande à son rédacteur en chef d'embaucher des assistants : Eugène Van Nyverseel le rejoint le 1er janvier 1929, ainsi que Paul Jamin en mars 1930[35].

Après le succès retentissant de Tintin au pays des Soviets, Hergé travaille sur une nouvelle aventure de son héros, et songe à l'envoyer en Amérique afin de rencontrer les Peaux-Rouges, qui passionnent l'auteur depuis son enfance[36]. En dépit du manque d'enthousiasme de Hergé[37], Wallez en décide autrement et choisit le Congo belge comme future destination de Tintin : son espoir est de faire naître une vocation coloniale chez les jeunes lecteurs belges[38]. En effet, ce territoire appartient à la Belgique depuis 1908, propriété transmise par le roi Léopold II de Belgique qui la possédait depuis la fin du XIXe siècle grâce à l'action de Henry Morton Stanley[39], mais le chronique manque de main-d'œuvre atténue les capacités de production de la colonie, par exemple celles de caoutchouc et d'ivoire[39].

Pour sa documentation, Hergé a l'embarras du choix. L'Exposition coloniale de Paris en 1931 connaît un succès colossal[37], les journaux font des reportages réguliers sur le Congo, les livres populaires abondent en ce sens, sans compter l'omniprésence de bulletins de propagande gouvernementale[40]. Il est donc difficile de dire quelles sont les sources que Hergé a utilisées, tant elles baignent son univers[40]. Malgré tout, il recopie une scène de chasse du livre Les Silences du colonel Bramble d'André Maurois[40], s'inspire à nouveau des animaux de Benjamin Rabier[38] et puise au Musée colonial de Tervueren quelques représentations d'objets, tels les pirogues et le fameux homme-léopard de l'album[15],[37].

Publication de l'album[modifier | modifier le code]

Le 29 mai 1930, trois semaines après la fin de l'histoire en Union Soviétique, Milou annonce dans Le Petit Vingtième son prochain voyage au Congo,[39] et à partir du 5 juin 1930[41], la série est publiée toutes les semaines[42] jusqu'en juin 1931[43]. La parution ne s'accompagne d'aucune controverse[42]. Le 9 juillet 1931, Wallez organise, comme pour Tintin au pays des Soviets, le retour du héros à la gare du Nord de Bruxelles, cette fois sous les traits de Henry Den Doncker muni d'un casque colonial, accompagné d'un chien dans le rôle de Milou, et de Hergé. La foule qui les accompagne et qui les acclame témoigne du succès de cette nouvelle aventure[42]. Coup de force commercial, les éditions du Petit « Vingtième » proposent d'ores et déjà l'album à la vente au cours de la manifestation[44]. Peu après, le journal Cœurs vaillants diffuse à son tour l'histoire en France[42].

Devant les succès de son auteur, Le Vingtième Siècle signe un nouveau contrat avec Hergé : celui-ci gagne désormais 2 000 francs mensuels, au lieu des 600 qu'il gagnait à ses débuts[44].

10 000 exemplaires de Tintin au Congo sont vendus en 1931, dont un tirage de tête de 500 exemplaires, numérotés et signés « Tintin » et « Milou » sur la première page de garde de gauche[45]. Ce dernier tirage est extrêmement rare, puisqu'on estime que moins de douze exemplaires existent encore dans le monde, et l'un d'eux s'est vendu en 1998 pour la somme de 15 000 euros[45]. En 1934, Casterman devient le nouvel éditeur des Aventures de Tintin et réédite l'album en 1937 avec deux modifications majeures : une nouvelle couverture et la suppression des références au Petit Vingtième dans toutes les bulles[46]. Le nouvel éditeur propose également de changer le titre, mais Hergé refuse, car il n'a pas idée d'un autre titre qui s'imposerait tout seul[47], et le public s'y est déjà habitué[46]. D'autres rééditions ont lieu pendant la Seconde Guerre mondiale[48], portant le total des albums vendus avant 1946 (et la parution de l'album en couleur) à 25 300 exemplaires[49].

Réédition couleur[modifier | modifier le code]

L'arrivée de la Seconde Guerre mondiale bouscule plein d'habitudes. Le Vingtième Siècle a disparu, et Hergé prépublie dorénavant Les Aventures de Tintin pour le journal Le Soir, ce qui provoque une plus grande médiatisation de son travail et donc une forte augmentation des ventes[50]. L’occupation de la Belgique signifie des pénuries de papier qui conduisent Casterman à vouloir réduire le nombre de pages des albums[51]. Enfin, le magazine Bravo ! qui commence à paraître en 1940, en quadrichromie et en français, connaît beaucoup de succès[51], et l'éditeur remarque qu'il perd des ventes en France et en Suisse pour cause d'absence de couleurs[51]. Pour toutes ces raisons, Louis Casterman travaille avec Hergé à partir de mars 1941 pour qu'il colorise ses Aventures et diminue le nombre de planches[51], ce qu'Hergé accepte en février 1942 une fois ses réticences levées[50]. Ces modifications permettent de répondre plus favorablement aux libraires qui réclament plus d'albums à vendre[50], et le succès à venir de cette décision ne se fait pas attendre[52].

Pour l'aider dans sa longue tâche d'écriture des Aventures de Tintin et de réécriture des albums en noir et blanc, Hergé s'adjoint les services d'Edgar P. Jacobs (et en particulier pour Tintin au Congo)[53]. Ensemble, ils redessinent l'aventure, la colorisent et la réduisent de 115 planches à 62. La quasi-totalité des images sont reprises, les décors sont affinés et les dialogues sont rendus plus vifs bien qu'ils perdent en force humoristique[53]. L'album est finalement publié dans sa version en couleurs en 1946[41].

Depuis la publication du Lotus bleu en 1934, Hergé se documente beaucoup plus pour chacune de ses histoires. La refonte de Tintin au Congo n'échappe pas à la règle. Il se sert de nombreuses photos d'époque et de cartes géographiques pour reproduire fidèlement des objets dans l'album[54]. Afin de s'émanciper du public belge et s'ouvrir à d'autres marchés, Hergé gomme les allusions à la Belgique et au statut colonial[54] : le nom du navire Thysville disparait[2], il n'y a plus d'escale à Boma ni d'arrivée à Matadi, Tintin annonçant simplement « Et voilà l'Afrique »[6], et la leçon de géographie que donnait Tintin est substituée par une leçon de mathématiques plus consensuelle[19]. Il simplifie aussi le personnage Jimmy Mac Duff, propriétaire du léopard apprivoisé que Tintin éconduit de sa classe, qui subit un changement en passant d'homme noir et « directeur du grand cirque américain » à homme blanc et « fournisseur des plus grands zoos d'Europe »[54],[55]. Enfin, Hergé s'amuse à modifier la scène de départ[2] : Dupond et Dupont font une brève apparition alors qu'ils n'apparaissent qu'à partir des Cigares du pharaon dans les versions en noir et blanc, Quick et Flupke gardent leur présence discrète, et Hergé se représente lui-même accompagné de ses amis Edgar P. Jacobs et Jacques Van Melkebeke[41].

Controverses[modifier | modifier le code]

Critiques liées au racisme[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, Tintin au Congo connaît le même destin que Tintin au pays des Soviets : il est introuvable en librairie pour le grand public car les stocks sont épuisés[56]. Les éditions Casterman n'ont en effet pas réédité l'album, par crainte d'une mauvaise réaction de la part d'intellectuels blancs occidentaux, plus que de la part d'Africains noirs qui vénèrent Tintin[56]. Hergé avait accepté cette décision à contre-cœur, d'autant plus que 800 000 exemplaires se sont vendus depuis 1946[57]. La gêne est telle pour Casterman qu'ils retirent même la couverture de l'album au dos des Bijoux de la Castafiore en 1963[57]. Lui-même surpris, Hergé invite son éditeur à corriger cette erreur et à réimprimer sans attendre Tintin au Congo partout dans le monde, sauf en Afrique pour ne pas contrarier les Africains[57]. L'album a malgré tout déjà été réédité par une maison d'édition rwandaise, dans une version en swahili et distribuée à 10 000 exemplaires[57].

La situation reste bloquée jusqu'à la fin des années 1960, quand Hergé somme son éditeur de republier Tintin au Congo, d'autant plus que les éditions Rencontre l'ont approché à ce sujet[58]. Casterman accède rapidement à sa requête et procède à quelques corrections demandées, par exemple le remplacement de « nègre » par « noir » dans les textes[58]. L'album est à nouveau disponible en mai 1970[59] dans sa version en couleurs, tandis que celle en noir et blanc est rééditée trois ans plus tard au sein des Archives Hergé[58].

Cette longue période d'hésitations est la conséquence d'attaques contre l'œuvre d'Hergé depuis plusieurs années[60]. En 1960, Le Canard enchaîné invite ses lecteurs à se méfier de :

«  ce "héros" pour qui les Blancs sont tout blancs et les Noirs tout noirs. Si vos enfants doivent être sages comme des images, évitez que ces images soient du dessinateur Hergé. »

— Le Canard enchaîné, 12 janvier 1960, [61]

Plus tard, le magazine Jeune Afrique publie une violente critique de Gabrielle Rolin qui dénonce des albums réactionnaires et un antisémitisme latent :

« Le nom des "Mauvais" est à lui seul révélateur : Salomon Goldstein, Rastapopoulos, le Cheik Bab el Ehr, le maréchal Plekszy-Gladz ; leur physique ne l'est pas moins : nez crochu des uns, teint coloré des autres (ceux que le capitaine Haddock traite de "coloquintes à la graisse d'anthracite"), pommettes mongoles des troisièmes. »

— Gabrielle Rolin, « Tintin le vertueux — l'oreille réactionnaire », Jeune Afrique, 3 janvier 1962, [61]

Conscient de ces condamnations pour contenu raciste, Hergé se réfugie derrière les préjugés des années 1930 auxquels il n'a pas su échapper comme pour Tintin au pays de Soviets. Pour lui, Tintin au Congo est rempli de stéréotypes typiques de la vision qu'avaient de l'Afrique les Européens à cette époque, et les personnages de son ouvrage sont « des noirs de fantaisie »[62],[63]. Dans une interview donnée à Numa Sadoul, Hergé déclare :

« Toutes les opinions sont libres, y compris celle de prétendre que je suis raciste... Mais enfin, soit ! Il y a eu Tintin au Congo, je le reconnais. C'était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants... Heureusement pour eux que nous sommes là ! etc." Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique. »

— Hergé, [64]

Des références aujourd'hui célèbres ont pourtant été ignorées par Hergé, comme le Voyage au Congo d'André Gide, et les articles d'Albert Londres Terre d'ébène, reporter qu'il admire pourtant, qui critiquent profondément l'action belge dans sa colonie[65].

À l'insu de Hergé, la réédition colorisée de Tintin au Congo a peut-être été un élément aggravant de ce malaise[66]. La version de 1931 en noir et blanc est très clairement datée et le style du dessin indique, dès le premier regard, que l'album s'inscrit dans son époque. Au contraire, la version de 1946 en couleurs est dans le même style que le reste des Aventures de Tintin et se déroule dans un cadre plus intemporel, annulant du même coup l'effet de distanciation avec une époque révolue que pourrait avoir le lecteur[66].

Si la situation en Europe est tendue pour l'auteur, elle l'est beaucoup moins au Zaïre[67]. Là-bas, Tintin est une partie du patrimoine national, car il est allé au Congo sans même avoir rencontré des cultures majeures comme la Grèce ou le Japon[67]. Il fait partie de l'imaginaire collectif congolais, au point que le dictateur du Zaïre Joseph-Désiré Mobutu félicite Richard Nixon en 1969 pour le succès d'Apollo 11 en rappelant que Tintin et le capitaine Haddock avaient été pionniers dans ce domaine avec l'album On a marché sur la Lune[67]. Peu avant la reparution de Tintin au Congo en couleurs, l'hebdomadaire Zaïre publie également un article élogieux :

« Il y a une chose que les Blancs qui avaient arrêté la circulation de Tintin au Congo n'ont pas comprise. Cette chose, la voici : si certaines images caricaturales du peuple congolais données par Tintin au Congo font sourire les Blancs, elles font rire franchement les Congolais, parce que les Congolais y trouvent matière à se moquer de l’homme blanc "qui les voyait comme cela" ! »

— Zaïre, N°73, 2 décembre 1969, [59]

Pour Clément Vidibio, éditorialiste de la revue, au Congo de Tintin, « les hommes bons sont le plus souvent congolais et Tintin, le généreux, lutte contre le mal incarné par un mauvais blanc ». Il serait « injuste de frustrer le Congo de ce jeune héros dont la tendresse pour notre pays n'est pas à démontrer »[68].

Ainsi peut-on au contraire de nos jours trouver dans cette même œuvre une caricature de la vision simpliste des occidentaux, laquelle contient sa propre explication et condamnation du racisme.[réf. nécessaire]

Procès[modifier | modifier le code]

Dès 2007, la controverse liée aux stéréotypes raciaux redevient d'actualité suite à un avis de la Commission britannique pour l'égalité des races (British Commission on Racial Equality) qui juge la bande dessinée « raciste », et demande de la retirer des librairies[69]. Le libraire Borders décida alors de ne plus vendre cet album au « rayon enfant », le déplaçant vers les « BD adultes »[70]. La même année, le citoyen congolais Bienvenu Mbutu Mondondo dépose une première plainte pour racisme devant le tribunal pénal de Bruxelles. Il exige que la vente de Tintin au Congo soit interdite ou que l'album porte un avertissement. Une deuxième plainte au civil a été déposée en 2010. Dans les deux cas, la justice belge a estimé que l'ouvrage ne représentait ni un délit, ni une contravention, elle a aussi exclu toute intention dans le chef d’Hergé de diffuser des idées de discrimination[71]. Le 10 février 2012, la justice belge a tranché et a estimé que Tintin au Congo n'était pas animé d'une intention discriminatoire. Le tribunal a tenu compte du contexte propre à l'époque. C'est l'époque de la Revue nègre de Joséphine Baker, de l'exposition coloniale de Paris. Hergé est dans l'air du temps, ce n'est pas du racisme mais du paternalisme gentil, selon l'avocat représentant la maison Casterman et la société Moulinsart. La défense a également fait valoir que la loi contre le racisme n'existait pas à l'époque où Hergé a écrit Tintin au Congo[71],[72]. Bienvenu Mbutu Mondondo a immédiatement annoncé qu'il interjetterait appel[72]. Procès en appel qu'il perd devant le Tribunal de Bruxelles en date du 5 décembre 2012. La cour d'appel, en dernier ressort, juge et confirme le fait qu'Hergé s'est borné à réaliser une œuvre de fiction dans le seul but de divertir ses lecteurs, et que pour l'époque, il y pratique un humour candide et gentil sur lequel il n'y a pas lieu d'appliquer une quelconque censure.

Critiques liées à l'écologie[modifier | modifier le code]

Tintin qui ne connaît pas encore en 1930 la problématique de la conservation des espèces fait preuve dans cette aventure d'un total manque de respect envers les animaux, contrairement aux albums suivants[73] : il donne entre autres des coups de pieds à un léopard affaibli, fait exploser un rhinocéros à la dynamite, tue et dépèce un singe et un serpent, assomme un buffle, chasse un éléphant pour en prélever ses défenses et réalise une hécatombe de gazelles. Cette dernière s'inspire d'un roman d'André Maurois, Les silences du colonel Bramble. Hergé remplace cependant les lions de Maurois par des antilopes, plus comestibles[74].

Dans cette aventure, Tintin fait exploser un rhinocéros (page 56) en y perçant un trou qu'il emplit de dynamite. L'éditeur suédois n'a pas apprécié ce passage et obtenu sa modification. Dans la nouvelle page redessinée pour l'exportation à la Suède et l'Allemagne, le rhinocéros s'enfuit effrayé par le coup de fusil qu'il déclenche lui-même. Dans la version française, la scène initiale a été conservée[75].

D'autre part, la version anglaise contient une note d'avertissement, le contenu de cette œuvre étant susceptible de choquer la sensibilité des lecteurs.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le briseur de rocher[modifier | modifier le code]

Tintin est appelé deux fois « Boula-Matari » (p. 28 et dernière page). Boula-Matari qui signifie le « briseur de rocher » était le surnom donné par les indigènes en signe de déférence et de respect à l'explorateur anglais Sir Henry Morton Stanley[76],[77].

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Tom : il est envoyé par Gibbons pour supprimer Tintin. Il est le « méchant » de l'album, mais ne parviendra jamais à effectuer sa mission et finit dévoré par des crocodiles.
  • Coco : il guide Tintin durant son aventure et lui sauve la vie.
  • Le roi des Babaoro'm : il demande à Tintin d'aller à la chasse au lion.
  • Muganga : c'est le sorcier des Babaoro'm. Il devient jaloux de Tintin. Avec Tom, il tentera de se débarrasser du reporter. Il est membre de la confrérie des Aniotas.
  • Le missionnaire blanc : il sauve Tintin des crocodiles.
  • Jimmy Mac Duff : il est fournisseur d'animaux pour les zoos européens.
  • Gibbons : c'est le patron de Tom. Il a reçu par Al Capone le Balafré l'ordre de tuer Tintin. Ne pas confondre avec un autre personnage du nom de Gibbons qui apparaîtra dans Le Lotus bleu.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Retour de Tintin au Congo[modifier | modifier le code]

Tintin retournera au Congo en 1970 dans le court-métrage d'animation publicitaire Tintin et la SGM (Société Générale des Minerais belge). Un livre broché adapté du film est édité la même année par Publiart (Guy Decissy)/Casterman[78].

Parodies[modifier | modifier le code]

En 1993, Philippe Geluck publie un album intitulé Le Chat au Congo, dont la quatrième de couverture parodie celle de la série Les Aventures de Tintin.

Dans l'album Jérusalem d'Afrique de la série Le Chat du Rabbin, paru en 2006, les personnages principaux croisent au Congo un reporter « très sûr de lui », dont les traits ressemblent étrangement à Tintin. L'auteur reprend ici les critiques classiques contre l'album en dépeignant un Occidental balourd et niais, qui tire à vue sur la faune africaine, ne cesse jamais de parler et, quoique assez sympathique, arbore une attitude paternaliste vis-à-vis de ses visiteurs qu'il prend visiblement pour des ignares (il leur demande innocemment s'ils ont déjà vu des caractères d'imprimerie).

En février 2011, la revue d'art Collection publie sur son blog officiel un détournement de l'album sous le titre Tintin au Congo à poil. L'album y est repris intégralement avec un unique changement : Tintin est représenté nu durant toute l'aventure, portant seulement ses chaussures et parfois un chapeau. Ce détournement critique l'image de « bon sauvage » généralement appliqué aux Noirs par les colonialistes. L'auteur de cette parodie a par la suite préféré la retirer du blog de Collection mais d'autres sites ont continué à en diffuser une copie[79],[80].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvre d'Hergé[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Cet ouvrage est à tendance hagiographique et n'est donc utilisé que pour référencer les dates des événements.
  • Michael Farr, Tintin — Le rêve et la réalité — L'histoire de la création des aventures de Tintin, Bruxelles, Éditions Moulinsart,‎ 2001, 205 p. (ISBN 978-2-930-28458-3), p. 20-27 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Goddin, Hergé, Chronologie d'une œuvre : 1907-1931, t. 1, Bruxelles, Éditions Moulinsart,‎ 2000, 420 p. (ISBN 978-2930284378)
  • Philippe Goddin, Hergé, Chronologie d'une œuvre : 1943-1949, t. 5, Bruxelles, Éditions Moulinsart,‎ 2004, 420 p. (ISBN 978-2874240522)
  • Benoît Peeters, Hergé, fils de Tintin, Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 2006, 629 p. (ISBN 978-2-0808-0173-9), p. 98-103 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Numa Sadoul, Tintin et moi, entretiens avec Hergé, Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 2000, 301 p. (ISBN 2080800523)
  • Frédéric Soumois, Dossier Tintin : Sources, Versions, Thèmes, Structures, Bruxelles, Jacques Antoine,‎ 1987, 316 p. (ISBN 2-87191-009-X)
  • Alain-Jacques Tornare, Tint'interdit — Pastiches et parodies, Éditions de Penthes — Éditions Cabédita,‎ 2014, 48 p. (ISBN 978-2-88295-697-2), p. 26-28 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Marcel Wilmet, Tintin noir sur blanc : L'aventure des aventures, Tournai-Paris, Casterman,‎ 2011, 128 p. (ISBN 978-2-203-01779-5), p. 24-33 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles[modifier | modifier le code]

  • Philippe Delisle, « Clichés d'Afrique », Philosophie Magazine, Paris, no 8H « Tintin au pays des philosophes »,‎ septembre 2010, p. 36-38
  • Jean-Louis Donnadieu, « Colonisation : L'Afrique de l'homme blanc », Historia, Paris « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ juillet 2011, p. 33-37
  • Jean-Jacques Mandel (photogr. Pascal Maître), « Congo, l'Afrique sans rancune », Géo, Paris, no 1H « Tintin, grand voyageur du siècle »,‎ novembre 2000, p. 42-54
  • Eudes Girard, « Une relecture de Tintin au Congo », Études, no 416,‎ juillet 2012

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Peeters 2006, p. 100
  2. a, b et c Hergé 1974, p. 1
  3. Hergé 1974, p. 2
  4. Hergé 1974, p. 5
  5. Hergé 1974, p. 7
  6. a et b Hergé 1974, p. 9
  7. Hergé 1974, p. 11
  8. Hergé 1974, p. 13
  9. Hergé 1974, p. 18
  10. Hergé 1974, p. 15
  11. Hergé 1974, p. 24
  12. Hergé 1974, p. 25
  13. Hergé 1974, p. 27
  14. Hergé 1974, p. 30
  15. a et b Hergé 1974, p. 31
  16. Hergé 1974, p. 33
  17. Hergé 1974, p. 34
  18. Hergé 1974, p. 35
  19. a et b Hergé 1974, p. 36
  20. Hergé 1974, p. 39
  21. Hergé 1974, p. 43
  22. Hergé 1974, p. 45
  23. Hergé 1974, p. 48
  24. Hergé 1974, p. 52
  25. Hergé 1974, p. 53
  26. Hergé 1974, p. 61
  27. a et b Assouline 1996, p. 41
  28. Peeters 2006, p. 65
  29. Assouline 1996, p. 45-48
  30. Peeters 2006, p. 67-71
  31. Peeters 2006, p. 73-74
  32. Assouline 1996, p. 61
  33. Assouline 1996, p. 76
  34. Assouline 1996, p. 74
  35. Peeters 2006, p. 91-92
  36. Assouline 1996, p. 81
  37. a, b et c Peeters 2006, p. 99
  38. a et b Assouline 1996, p. 82
  39. a, b et c Peeters 2006, p. 98
  40. a, b et c Assouline 1996, p. 83
  41. a, b et c Farr 2001, p. 21
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