Bordurie

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Bordurie
Bordûria
Pays de la série Les Aventures de Tintin
Drapeau de la Bordurie plekszy-gladzienne
Drapeau de la Bordurie plekszy-gladzienne

Localisation Europe de l'Est
Régime politique dictature totalitaire (fasciste puis communiste)
Capitale Szohôd
Habitants principaux Plekszy-Gladz (Maréchal)
Langue officielle bordure
Devise nationale : Amaïh Plekszy-Gladz!
(En langue française : « Vive Plekszy-Gladz ! »)

Créé par Hergé
Première apparition Le Sceptre d'Ottokar (1939)
Éditeur Casterman
© Moulinsart

La Bordurie est un pays imaginaire d'Europe orientale dans Les Aventures de Tintin. Elle joue le rôle de l'antagoniste, en particulier en s'attaquant à son voisin, la Syldavie. La capitale en est Szohôd (transcription du bruxellois zo-ot, « sot »).

Histoire[modifier | modifier le code]

Le pays occupa la Syldavie de 1195 à 1275, mais en fut chassé par le baron Almaszout. Depuis, de nombreux conflits opposèrent les deux pays.

Lors des événements narrés dans Le Sceptre d'Ottokar, la Bordurie tente de s'emparer de son voisin en détrônant le roi, mais sans y parvenir.

Régime[modifier | modifier le code]

Régime fasciste de 1939[modifier | modifier le code]

Dans l'album Le Sceptre d'Ottokar, la Bordurie est clairement un régime totalitaire fasciste. Il existe de nombreux parallèles entre la tentative d'annexion de la Syldavie et les revendications territoriales de l'Allemagne nazie à l'époque de création de l'album[5],[6].

Régime stalinien après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, les clins d'œil indiquent plutôt une caricature des dictatures communistes d'Europe de l'Est. Les indices les plus probants figurent ensuite dans L'Affaire Tournesol, où l'on voit brosser le portrait d'un pays glorifiant à tout propos son dictateur Plekszy-Gladz (dont la moustache évoque celle de Joseph Staline, et dont le nom est calqué sur le Plexiglas, rappelant de façon parodique le pseudonyme de Staline, directement inspiré par l'acier, cf. сталь en russe, Stahl en allemand), et où les visiteurs venus de l'Ouest sont en permanence accompagnés de « guides » appartenant à la police secrète. Néanmoins, le salut militaire bordure Amaïh Pleksy-Gladz évoque le salut nazi Heil Hitler! (ainsi que l'exclamation anverso-gantoise amaï).

Si le tyran Plekszy-Gladz et sa police politique évoquent Staline et le NKVD, ses généraux et le colonel Sponsz ressemblent surtout aux officiers du Troisième Reich ; quant à la capitale Szohôd, la présence de minarets au coeur d'une ville clairement européenne dans certains vignettes de l'Affaire Tournesol évoque une ville des Balkans. On peut donc voir dans la Bordurie une caricature du totalitarisme en général, que ce soit l'URSS stalinienne ou l'Allemagne hitlérienne.

En tout cas les généraux de l'armée bordure détestent assez les pays occidentaux, et méprisent suffisamment les vies des civils, pour applaudir en voyant une représentation de la destruction de New York.

Plus tard, comme cela sera rapporté dans Tintin et les Picaros, le régime de Szohôd fournira un soutien technique au dictateur du San Theodoros, le général Tapioca, éternel rival du général Alcazar, réfugié dans la jungle avec ses partisans. Le régime tapioquiste adopte alors l'idéologie et l'emblème de la Bordurie.

Culte de la personnalité[modifier | modifier le code]

En plus de corriger l'orthographe, on peut constater que le culte de la personnalité du maréchal Plekszy-Gladz fait modifier jusqu'aux pare-chocs des voitures bordures eux-mêmes. On retrouve la forme de la fameuse moustache (dans L'Affaire Tournesol) sur tous les véhicules bordures. La moustache se retrouve également sur le fronton des immeubles (page 47 de L'affaire Tournesol), sur les montures des lampes du palace où séjournent Haddock et Tintin, sur les calendriers et même sur le rebord d'une table de la suite de Tintin à Szohôd (page 48 de L'affaire Tournesol). Enfin, une statue monumentale du maréchal Plekszy-Gladz se situe au centre de la place Plekszy-Gladz à Szohôd. On peut remarquer un passant saluant la statue (page 47 de L'affaire Tournesol), le bras droit replié contre la poitrine, ce qui n'est pas sans rappeler les régimes fascistes ou totalitaires, révolus ou encore existants.

Bordure[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Preuve de l'étendue du culte de la personnalité du dictateur à la moustache, la langue bordure elle-même est moustachue, comme en témoigne la forme particulière de l'accent circonflexe que l'on retrouve dans le nom de la ville Szohôd.

L'Affaire Tournesol[7] présente toutefois le nom de la capitale avec un vrai accent circonflexe sur les capitales grasses lorsque l'avion atterrit à Szohôd. On peut supposer que c'est une forme plus internationale. La moustache de Plekszy-Gladz elle, est bien visible et elle ne peut être confondue avec un accent circonflexe.

L'accent bordure revient sur les mots en o comme l'expression sztôpp (p. 47) et tzhôl (douane, p. 59). C'est la seule voyelle, à ce jour, connue pouvant être diacritée. Par ailleurs, on ne trouve pas la moustache dans le nom du colonel Sponsz.

La langue bordure, telle qu'elle est présentée, ressemble par son orthographe à un mélange de langue slave et de langue germanique. Mais on peut néanmoins supposer que cette dernière orthographe soit assez capricieuse : on dit Szprinkoth, Szohôd, Plekszy-Gladz, priszty, Himmerszeck, sztôpp, Sponsz, Laszlo, mais on écrit Zsnôrr, zserviz...

À la rigueur on pourrait confondre le bordure avec le hongrois, où le sz se lit « s » et le zs « j », quoique le caractère indo-européen est tout de même fort visible. En polonais, le sz se lit « ch » ; le zs n'existe pas.

Tout comme le syldave, la langue semble inspirée du marollien, un dialecte bruxellois, mélange de flamand et de français, mais, contrairement à sa voisine du royaume du pélican noir, la langue bordure utilise uniquement des lettres de l'alphabet latin. Le caractère germanique de la langue, donc, est frappant dans le corpus, car, comme dit plus haut, ressemblant au marollien, aussi pauvre soit-il, puisqu'il ne compte qu'une vingtaine de mots.

Lexique[modifier | modifier le code]

  • amaïh ! = salut !, vive !
  • hôitgang = sortie (< Néerl. uitgang)
  • mänhir = monsieur (< All. Meinherr)
  • ointhfan = bureau de réception (< Néerl. ontvangst)
  • platz = place
  • pristzy ! = juron (< Fr. sapristi)
  • szonett = sonnerie (< Fr. sonnette)
  • sztôpp = stop
  • tzhôl = douane (< All. Zoll)
  • zserviz = service
  • zsnôrr = moustache (< Néerl. snor)

Bordurie et Syldavie[modifier | modifier le code]

La Bordurie, fidèle à sa rivalité héréditaire avec la Syldavie, lui livre une lutte acharnée, et parvient à enlever le professeur Tournesol au nez et à la barbe des agents secrets syldaves, eux aussi très intéressés par la dangereuse invention du savant.

Si la Bordurie n'est pas nommée dans la dilogie Objectif LuneOn a marché sur la Lune, l'agent au service de l'ennemi jamais nommé est le colonel Boris, c'est-à-dire l'agent au service de la cause bordure dans Le Sceptre d'Ottokar.

En avril 2010, le magazine britannique the Economist a publié une carte fantaisiste (une carte de l'Europe re-dessinée de manière, selon eux, à ce qu'elle puisse sortir de la crise) et fait apparaître la Syldavie et la Bordurie sur les territoires libérés par le déplacement de certains autres pays ; mais, contrairement à ce qui se passe dans les ouvrages d'Hergé, ici les deux pays n'ont pas de frontière commune[8].

Selon Nikola Petrović-Njegoš, connaissant le passé d'Élizabeth Dufour, mère de Hergé, la Bordurie réfère à la Serbie, et la Syldavie au Monténégro dans le contexte de tension des guerres balkaniques[9].

L'emblème de la moustache rappelant d'ailleurs le régime Oustachi par homographie.[réf. nécessaire]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cryptogramme géométrique qui ne peut qu'évoquer la svastika du Reich. » (Soumois 1987, p. 142)
  2. Soumois 1987, p. 142
  3. L'avion tel qu'il apparaît dans la version en noir et blanc : planche 94 dans Le Petit Vingtième n° 26 du 29 juin 1939.
  4. « Dans la version moderne, le cryptogramme est remplacé par un signe de la paix renversé et rougi. » (Soumois 1987, p. 142)
  5. Rémi Kauffer, « L'Anschluss : valse brune à Vienne », Historia, Paris « Hors-série » « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ juillet 2011, p. 82-87
  6. Frédéric Soumois, « Du rififi dans les Balkans », Historia, Paris « Hors-série » « Les personnages de Tintin dans l'histoire : Les événements de 1930 à 1944 qui ont inspiré l'œuvre d'Hergé »,‎ juillet 2011, p. 80-81
  7. L'Affaire Tournesol, p. 46, première vignette de la quatrième bande.
  8. Carte de The Economist
  9. LA MARCHE DE L'HISTOIRE, le témoin du vendredi, France Inter, 7 mars 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Soumois, Dossier Tintin : Sources, Versions, Thèmes, Structures, Bruxelles, Jacques Antoine,‎ 1987, 316 p. (ISBN 2-87191-009-X)