Jean-Luc Marion

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Jean-Luc Marion

France

Théologie et philosophie contemporaine

Description de l'image  JLMarion.jpg.
Naissance 3 juillet 1946 (68 ans)
Nationalité Drapeau de France Français
École/tradition phénoménologie
Principaux intérêts Métaphysique
théologie
éthique
érotisme
Idées remarquables Donation
phénomène saturé
excès
l'adonné
Influencé par Aristote
Augustin d'Hippone
Thomas d'Aquin
Jacques Derrida
René Descartes
Edmund Husserl
Martin Heidegger
Hans Urs von Balthasar
Emmanuel Levinas
Maurice Merleau-Ponty
Jean Beaufret
Maurice Clavel
Michel Henry
Paul Ricœur
A influencé Thomas De Koninck
Emmanuel Falque
Jean-Marc Rouvière
Claude Romano

Jean-Luc Marion est un philosophe et académicien français né le 3 juillet 1946 à Meudon. Sa pensée se situe dans la postérité d'Edmund Husserl et de Martin Heidegger, auxquels il est introduit dès ses années de formation par Jean Beaufret puis Jacques Derrida, mais elle est également influencée par l'historien de la philosophie Ferdinand Alquié et le théologien Hans Urs von Balthasar. Son oeuvre prend place dans le courant de la phénoménologie française, au côté de celles de Paul Ricoeur, Emmanuel Levinas et Michel Henry.

Son livre le plus important est le traité de phénoménologie Étant donné. Essai d'une phénoménologie de la donation paru en 1997, que l'on a comparé «sinon à une nouvelle Critique de la raison pure, au moins à une Critique de la raison pure inversée»[1].

Ses ouvrages sont traduits en anglais, allemand, italien, espagnol, portugais, roumain, polonais, russe, japonais, chinois, grec, hébreu, slovène et lituanien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École normale supérieure (1967-1972), où il fut l'élève de Louis Althusser, agrégé de philosophie et docteur en philosophie, il fut d'abord professeur de philosophie à l'université de Poitiers, puis à Paris-X-Nanterre, avant d'occuper à la Sorbonne (université de Paris-IV Sorbonne) la chaire de métaphysique précédemment occupée par Emmanuel Levinas. Il fut également professeur invité dans plusieurs institutions, dont l'Université Laval de Québec (1994-1996) et l'université Johns-Hopkins (2006, 2007, 2013). La Chaire Étienne Gilson, de l'Institut catholique de Paris, lui a été confiée en 2004-2005. Il est actuellement professeur à l'université de Chicago où il a succédé à Paul Ricoeur.

Il dirige la collection Épiméthée, aux Presses universitaires de France.

Il est élu à l'Académie française le 6 novembre 2008 au fauteuil du cardinal Lustiger, dont il a été l'un des plus proches collaborateurs, et dont il prononce l'éloge lors de son discours de réception le 21 janvier 2010. Le 10 décembre 2011, Jean-Luc Marion a été nommé membre du Conseil pontifical pour la culture (dicastère de la Curie romaine) par le pape Benoît XVI. Il est également doctor honoris causa de nombreuses universités étrangères.

Il fut un ami proche du philosophe et phénoménologue Michel Henry, mais aussi de Jacques Derrida, avec lequel il a eu un long débat sur le statut phénoménologique du don.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Son œuvre peut se diviser en quatre champs de recherche principaux :

– l'histoire de la métaphysique, abordée à partir de son moment cartésien (la place et le rôle de René Descartes dans le système et l'histoire de la métaphysique) ;
– la phénoménologie contemporaine, qu'il radicalise pour la penser à partir de la donation pure et de la saturation ;
– la théologie chrétienne, où Dieu est conçu au delà de l'être, à l'opposé de son identification métaphysique à un étant premier ou à une cause première ;
– une philosophie de l'amour, qui se fonde sur la pensée de l'éthique par Lévinas pour faire de l'amour la modalité essentielle du rapport à autrui.

Dans le prolongement d'Emmanuel Levinas, il entend ainsi montrer que la question de l'être, qui définit de part en part la métaphysique, n'est pas fondamentale, et qu'elle doit être dépassée à la fois par une question éthique redéfinie comme amour, et par la transcendance théologique (cf. Dieu sans l'être). C'est sur ces bases qu'il développe une phénoménologie de l'amour, dans Prolégomènes à la charité (1986) et Le Phénomène érotique (2003). Dans ce dernier ouvrage, il pense à nouveaux frais la question de l'émergence de la subjectivité: contrairement à Descartes, il affirme que ce n'est pas dans le repli de la conscience qu'elle peut se poser comme existante. Ainsi c'est autrui, par son amour et l'intentionnalité de son acte d'amour, qui est seul capable d'armer la certitude de soi face à l'assaut de la vanité contre laquelle, rappelle Marion, l'ego certain de lui-même ne tient pas.

Marion renouvelle également profondément la phénoménologie en la redéployant à partir de la donation et du don (Réduction et donation, Étant donné, De surcroît) et en redéfinissant la phénoménalité à partir du concept de « phénomène saturé ». Alors que Husserl n'avait envisagé le phénomène que dans les cas d'une pénurie d'intuition incapable de valider l'intention de sens et de l'adéquation entre intention et signification permettant de produire l'évidence, Marion envisage le cas d'un surcroît irréductible d'intuition sur la signification, c'est-à-dire de la saturation du concept, qui lui permet d'inverser le sens même de la phénoménologie par le concept d'anamorphose, où la subjectivité constituante se laisse dicter les conditions d'apparition du phénomène.

Jean-Luc Marion fut au centre d'un d'un débat qui porta dans les années 1990 sur la phénoménologie française contemporaine. Dominique Janicaud publie en effet un livre dans lequel il reproche à certains phénoménologues français dont Jean-Luc Marion de mettre leur travail philosophique au service de leur foi, participant ainsi à un « tournant théologique de la phénoménologie française ». C'est en la personne de Jean-Luc Marion que Janicaud trouve un interlocuteur pour alimenter le débat. En 1999, Janicaud publie La Phénoménologie éclatée, dans lequel il poursuit son enquête, en insistant particulièrement sur Marion. En avril 2009, Gallimard, avec l’accord des éditions de l’Éclat, publie ensemble Le Tournant théologique de la phénoménologie française et La Phénoménologie éclatée sous le titre de La Phénoménologie dans tous ses états.

Marion développe également une philosophie de l'art à partir du concept de phénomène saturé, en s'intéressant plus particulièrement à la peinture de Mark Rothko et de Gustave Courbet, mais aussi à Hergé auquel il a consacré un petit livre Hergé. Tintin le terrible ou l'alphabet des richesses.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Alain de Benoist et Jean-Luc Marion, Avec ou sans Dieu ?, coll. « Carrefour des jeunes », Beauchesne, Paris 1970.
  • Sur l’ontologie grise de Descartes. Science cartésienne et savoir aristotélicien dans les Regulae, Librairie Philosophique J. Vrin, 1975.
  • L’Idole et la distance. Cinq études, Grasset, 1977.
  • Sur la théologie blanche de Descartes. Analogie, création des vérités éternelles, fondement, P.U.F, 1981.
  • Dieu sans l’être, Fayard, 1982 - rééd. PUF, 2010.
  • Sur le prisme métaphysique de Descartes. Constitution et limites de l’onto-théo-logie cartésienne, P.U.F, 1986.
  • Prolégomènes à la charité, Éditions de la Différence, 1986.
  • Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie, P.U.F., 1989.
  • Questions cartésiennes I. Méthode et métaphysique, PUF, 1991.
  • La Croisée du visible, Éditions de la Différence, 1991, PUF.
  • Questions cartésiennes II. L’ego et Dieu, PUF, 1996.
  • Hergé. Tintin le terrible ou l'alphabet des richesses, Hachette, 1996, 2006.
  • Étant donné. Essai d’une phénoménologie de la donation, P.U.F., 1997.
  • De surcroît. Études sur les phénomènes saturés, PUF, 2001, 2010.
  • Le Phénomène érotique, Grasset, 2003.
  • Le Visible et le révélé, Cerf, 2005.
  • Au lieu de soi, l'approche de saint Augustin, PUF, 2008
    • Ouvrage issu d'un cycle de conférences données en 2004 sur la lecture et l'interprétation des Confessions sur un mode non métaphysique, au moyen des principaux concepts élaborés dans une logique phénoménologique. L'enjeu est double : tester la validité herméneutique des concepts de donation, de phénomène saturé, retrouver dans l'œuvre l'itinéraire d'une approche au lieu de soi.
  • Certitudes négatives, Grasset & Fasquelle, 2010.
  • Le croire pour le voir, Communio Parole et silence, 2010.
  • Discours de réception à l’Académie française, Grasset & Fasquelle, 2010.
  • La Rigueur des choses, entretiens avec Dan Arbib, Flammarion, 2012.
  • Sur la pensée passive de Descartes, PUF, mars 2013.
  • Courbet ou la peinture à l’œil, Flammarion, février 2014.
  • Cours sur la volonté, édité par Christophe Perrin, collection Empreintes philosophiques, Presses Universitaires de Louvain, mai 2014.

Études sur Jean-Luc Marion[modifier | modifier le code]

  • Numéro spécial de la revue Philosophie, no 78, 2003, Éditions de Minuit.
  • Dossier spécial dans la revue Nunc, no 16, septembre 2008, Éditions de Corlevour.
  • Givenness and God: Questions of Jean-Luc Marion, Ian Leask and Eoin G. Cassidy, eds., Fordham University Press, 2005
  • Jean-Luc Marion: A Theo-logical Introduction, Robyn Horner, Ashgate, 2005.
  • Counter-Experiences: Reading Jean-Luc Marion, edited by Kevin Hart, University of Notre Dame Press, 2007.
  • Reading Jean-Luc Marion:Exceeding Metaphysics, Christina M. Gschwandtner, Indiana University Press, 2007.
  • Interpreting Excess: Jean-Luc Marion, Saturated Phenomena, and Hermeneutics, Fordham University Press, 2010.
  • A Genealogy of Marion's Philosophy of Religion: Apparent Darkness, Indiana University Press, 2011.
  • Sylvain Camilleri et Adam Takacs (éds.), Jean-Luc Marion. Cartésianisme, phénoménologie, théologie, Paris, Archives Karéline, 2012.
  • Dieu n'a que faire de l'être, introduction à l'oeuvre de Jean-Luc Marion, Stéphane Vinolo, Paris, éd. Germina, octobre 2012.
  • La Philosophie et le sens de son histoire : études autour de Jean-François Marquet et Jean-Luc Marion, Patrick Cerutti, Zeta Books, 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Emmanuel Falque, «Phénoménologie de l'extraordinaire», numéro spécial de la revue Philosophie, no 78, 2003, Éditions de Minuit, p. 52.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]